Le maintien de la paix fait référence au type traditionnel d’opérations de paix. Ces missions sont généralement mises sur pied par le Conseil de sécurité des Nations unies, et visent à faire respecter un accord de cessez-le-feu préalablement signé entre deux, ou plusieurs, États belligérants. De nos jours, le terme maintien de la paix est souvent utilisé (à tort) afin de désigner toute la gamme d’opérations de paix supervisées par une organisation internationale.
Or, pour être qualifiée de mission de maintien de la paix au sens classique du terme, une opération doit répondre à plusieurs caractéristiques :
1. Les effectifs déployés créent une zone tampon entre les parties en conflits afin d’éviter une recrudescence des affrontements violents. Les États belligérants n’ont généralement pas le droit de se trouver à l’intérieur de la zone tampon jusqu’à la terminaison de la mission ;
2. Les parties sont des États reconnus par la communauté internationale, excluant ainsi les interventions dans le cadre de guerres civiles ou de révolutions. À ce titre, une ambigüité plane concernant l’Opération des Nations Unies au Congo (ONUC) ainsi que la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP). Les deux opérations se sont déployées dans des conflits intra-étatiques. De plus, l’ONUC avait le mandat d’utiliser la force pour éviter toute escalade du conflit ;
3. Les États en causes ont signé un accord de cessez-le-feu avant que la mission ne soit autorisée, consentent à sa création, et s’engagent à coopérer avec ses effectifs ;
4. L’opération est mise sur pied par les Nations unies. C’est habituellement le Conseil de sécurité qui les crée ;
5. Les États qui fournissent des soldats ne sont pas impliqués dans le conflit ;
6. Les cinq membres permanents ne contribuent (généralement) pas à ces missions, laissant ainsi place aux puissances dites moyennes. Cet accord tacite a été respecté, à quelques exceptions près, jusqu’en 1991. Depuis lors, il n’est pas rare de voir les membres permanents déployer des militaires dans le cadre de missions de paix ;
7. Les soldats internationaux sont considérés comme étant neutres. Puisqu’ils ne sont pas partie prenante au conflit, les armées belligérantes évitent habituellement d’engager le feu contre eux ;
8. Les Casques bleus sont majoritairement des militaires, légèrement armés, et n’ont recours à la force qu’en cas de légitime défense. Puisqu’ils sont neutres et impartiaux, ils ne peuvent pas ouvrir le feu sur l’une ou l’autre des parties.
Les militaires ou observateurs qui participent aux opérations de maintien de la paix sont délégués par les États membres des Nations unies de façon volontaire. Même sous l’égide de l’ONU, ces soldats restent toujours sous les ordres de leur gouvernement respectif. Ces derniers peuvent à tout moment rapatrier leurs militaires ou refuser à ce qu’ils participent à certains aspects de la mission.
Ce type d’opération est considéré comme étant de première génération (voir générations d’opérations de paix). Elles sont autorisées en vertu du chapitre VI de la Charte des Nations unies. En 1988, le prix Nobel de la paix a été remis à l’ensemble des Casques bleus qui ont participé aux opérations de paix depuis leur création afin d’honorer leur apport à la paix et à la sécurité internationales.
La création des opérations de maintien de la paix - huit principes de base
En 1995, le Département des Opérations de maintien de la paix des Nations unies rendait publique un document énonçant huit principes de bases, que le Conseil de sécurité doit considérer avant de mettre sur pied une opération de maintien de la paix.
Premièrement, la légitimité est l’élément le plus important d’une mission. Pour être considérée légitime, une opération doit avoit été mise en place et définie par le Conseil, doit être multinationale, excluant les parties en causes dans le conflit, et respecter le mandat confié par la communauté internationale. De surcroît, le Département innova en annonçant que la manière dont une opération est menée est également un critère de légitimité.
Deuxièmement, l’ONU considère qu’une mission de maintien de la paix doit jouir, en tout temps, du support de tous les membres du Conseil de sécurité. Leur appui est jugé essentielle au bon fonctionnement des opérations. Le Conseil doit également faire le nécessaire, tant sur le plan diplomatique que politique, pour faire en sorte que leurs résolutions soient mises en œuvres, ainsi que pour seconder le Secrétaire général.
Troisièmement, les États contributeurs de Casques bleus doivent être prêts à participer activement aux opérations de maintien de la paix. Un retrait prématuré pourrait engendrer des situations catastrophiques, en plus de miner la capacité des Nations unies à maintenir la paix et la sécurité internationales.
Quatrièmement, le Conseil de sécurité doit octroyer un mandat clair et réaliste aux opérations de maintien de la paix qu’ils créés. Une seule et même interprétation d’un mandat par toutes les parties en causes, qu’elles soient impliquées dans le conflit en question ou qu’elles soient contributeurs d’effectifs, est essentielle au bon déroulement des missions.
Cinquièmement, une opération de maintien de la paix doit jouir du consentement de toutes les parties impliquées. Puisque par définition, le maintien de la paix n’implique pas d’actions coercitives, il est primordial que les États en causes acceptent le déploiement des Casques bleus sur leur territoire.
Sixièmement, une mission de maintien de la paix doit être impartiale et objective. Elle ne doit pas appuyer l’un ou l’autre des acteurs impliqués.
Septièmement, les Casques bleus ne peuvent recourir à la force qu’en situation de légitime défense pour défendre leur vie, ou celle d’autres intervenants des Nations unies. Il est toutefois fortement suggéré aux commandants d’opérations de privilégier des techniques excluant la violence, comme la négociation, les mesures défensives et la concentration des forces militaires pour créer un effet de dissuasion. L’emploi de la force ne peut, en aucun temps, être utilisé à titre de représailles.
Huitièmement, la mission doit respectée le principe de l’unité de commandement. Les Casques bleus doivent être considérés comme représentant l’ensemble de la communauté internationale et les commandants des contingents nationaux ne doivent pas recevoir d’ordres de leur propre gouvernement. Ils doivent obéir aux commandants des missions.
La première opération de maintien de la paix
Il n’y a pas de consensus à savoir quelle fût la première opération de maintien de la paix. Certains estiment qu’il s’agit de l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve en Palestine (ONUST) qui a vu le jour en 1948. Cette mission est la première à être autorisée par le Conseil de sécurité pour superviser une entente de cessez-le-feu. Les effectifs qui y étaient déployés étaient des observateurs non armés. Pour d’autres, cette mission n’est pas la première opération de maintien de la paix puisqu’elle n’agissait pas à l’intérieur d’une zone tampon neutre. De plus, le terme « maintien de la paix » n’était pas encore utilisé à cette époque.
Plusieurs jugent plutôt que la première opération de maintien de la paix fût la Force d’urgence des Nations Unies I (FUNU I), créée en 1956. La FUNU a été mise sur pied pour éviter la reprise des affrontements entre l’Égypte, Israël, la France et l’Angleterre, ainsi que pour encadrer l’accord de cessez-le-feu signé par les parties en cause. Elle est considérée comme étant un référent en matière de maintien de la paix puisqu’elle répond à tous les critères énoncés précédemment, à l’exception de l’approbation de tous les États en cause. En effet, le gouvernement israélien a toujours refusé à ce que les soldats internationaux patrouillent son territoire pendant les onze années d’existence de l’opération. Une zone tampon a bel et bien été créée, mais elle se trouvait uniquement du côté égyptien de la frontière. La mission a vu le jour grâce aux efforts du ministre canadien des Affaires extérieures, Lester B. Pearson et du Secrétaire général des Nations unies, Dag Hammarskjöld. Le premier s’est d’ailleurs vu remettre le prix Nobel de la paix en 1957 pour son rôle dans la gestion de la crise. Il est à noter que les termes « maintien de la paix » et « Casques bleus » ont commencé à être employés suite à cette mission.
Les opérations de maintien de la paix de nos jours
La très grande majorité des opérations classiques de maintien de la paix ont été créées pendant la guerre froide. Elles visaient alors à éviter que les conflits interétatiques ne dégénèrent en affrontements généralisés. L’effondrement de l’empire soviétique a cependant changé la donne internationale puisque la plupart des conflits des années 1990 se déroulaient à l’intérieur des États, et non pas entre eux, rendant ainsi désuète l’approche classique des Nations unies. Les conflits intra-étatiques ont donné naissance aux missions de paix de deuxième et de troisième génération. La seule opération onusienne mise sur pied depuis la fin de la guerre froide qualifiée de maintien de la paix, est la Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE), créée en 2000. Il s’agissait en outre de la première intervention de la Brigade multinationale d’intervention rapide des forces en attende des Nations Unies (BIRFA). Toutefois, certaines autres opérations de maintien de la paix créées avant que le Mur de Berlin ne tombe existent toujours. C’est notamment le cas pour l’UNFICYP à Chypre, la Force des Nations Unies chargée d’observer le dégagement (FNUOD), ainsi que la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL).
Si les opérations de maintien de la paix conduites sous les auspices des Nations unies sont en voie d’extinction, d’autres organisations internationales ont entrepris de mener des missions de cette nature. C’est notamment le cas de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) qui dirige, depuis 2000 la Force multinationale en Centrafrique (FOMUC). La Mission de surveillance à Aceh (MSA), en Indonésie, supervisée par l’Union européenne depuis 2005, est également considérée comme en étant une de maintien de la paix au sens traditionnel du terme. Ces opérations sont mises sur pied en vertu du Chapitre VIII de la Charte des Nations unies, qui autorise les organisations régionales à entreprendre des actions en faveur de la paix et de la sécurité internationales.
Charles Létourneau
Chercheur
Chaire de recherche du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes
Université du Québec à Montréal
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