La FIAS étend son action au sud de l'Afghanistan

L'OTAN joue sa crédibilité en matière de gestion de crise

5 avr. 2006

 

Le 31 juillet 2006, la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) a pris officiellement le contrôle de la région sud de l'Afghanistan. Un contingent canadien d'approximativement 2200 militaires a complété son déploiement à Kandahar en février. D'autres contingents suivront pour concrétiser cette étape. Parmi les plus significatifs, plus de 5000 militaires britanniques sont installés dans la région voisine du Helmand. Aussi, après de houleux débats, le parlement néerlandais a approuvé l'envoi cet automne de 1400 soldats qui seront affectés essentiellement à la région d'Uruzgan.


L'extension à la région sud se heurte à plusieurs difficultés. L'année 2005 a été marquée par une forte recrudescence des attaques contre les forces internationales et les adhérents au processus de stabilisation en cours, notamment dans les secteurs sud et est. Depuis le début de l'année 2006 la tendance s'est confirmée voire amplifiée avec, en plus des attentats et des embuscades, des assauts contre des bases reculées de l'armée nationale afghane impliquant des grandes concentrations de combattants. Le 29 mai, de graves émeutes à Kaboul ont suivi un accident de la route impliquant un convoi américain. La ville est considérée comme un des secteurs les plus calmes d'Afghanistan et de telles violences ne s'étaient pas produites depuis la chute des talibans en 2001. Après plus de quatre ans d'efforts, cette vigueur renouvelée des insurgés et des opposants au gouvernement Karzaï soulève des questions sur la stratégie adoptée jusqu'à présent pour stabiliser et reconstruire le pays. Le Président Karzaï a pour sa part remis en cause certaines des tactiques agressives employées dans le cadre de l'opération "Enduring freedom", mentionnant entre autres les frappes aériennes et les fouilles de maison.

 

Alors que la prise en charge de la région sud ouvrait la possibilité de fusionner les deux opérations militaires internationales actives en Afghanistan, tout indique que la FIAS continuera de se concentrer sur ses missions de stabilisation et de sécurité alors que l'opération américaine "Enduring freedom" (ou "liberté immuable") poursuivra sa mission de contre-terrorisme. Le maintien du statut quo reflète les divergences irréconciliables entre Américains d'une part, partisans d'une fusion, et certains pays européens qui refusent de voir inclus la chasse aux terroristes dans le mandat de la FIAS. Il faut cependant souligner que cette distinction n'empêche pas la plupart des pays de participer simultanément aux deux opérations.

 

Ces divergences sont aussi liées au degré d'engagement de la communauté internationale en Afghanistan. Celui-ci souffre de la comparaison avec l'implication bien plus importante dans d'autres crises notamment dans les Balkans. La situation augure mal tant pour la FIAS que pour le processus de stabilisation en cours en Afghanistan.


Marc André Boivin - Coordonnateur au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix

 

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