Fiche d'information de l'État : Liban Liban

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Liban

La République du Liban est un Etat du Proche-Orient indépendant depuis 1946. Le Liban n’a adhéré qu'à une seule organisation habilitée à conduire des opérations de paix : l'ONU en 1945. Cependant, l'importance géopolitique du Liban place le pays à la fois dans la sphère d'intérêt de l'UE, des États-Unis et de l'OTAN. En effet, le Liban faisait partie du projet de Grand Moyen Orient (GMO) de George W. Bush, qui visait à étendre la démocratie au Moyen-Orient dans l’intérêt des Etats-Unis ; il est aussi potentiellement concerné par la volonté de l’OTAN de faire participer les pays de la Méditerranée orientale au Dialogue méditerranéen et au Partenariat pour la Paix (Programme de coopération militaire bilatérale et pacifique).

POLITIQUE DE MAINTIEN DE LA PAIX

Le Liban a la particularité d'être à la fois un potentiel pourvoyeur de troupes dans le cadre d'opérations maintien de la paix et d'en accueillir plusieurs depuis les premières résolutions de l'ONU. En effet, le pays est en proie à des conflictualités de longue date avec ses voisins Israël et dans une moindre mesure, la Syrie, liées notamment aux oppositions entre les trois grandes communautés religieuses sur son territoire (musulmans chiites soutenus par l’Iran et la Syrie, musulmans sunnites et chrétiens maronites). Sa position géographique l’implique malgré lui dans les conflits à propos du plateau du Golan, qui occasionne encore aujourd’hui des échanges violents entre la Syrie et Israël.


La résolution 158 créait en mai 1958, le Groupe d'observation des Nations Unies au Liban (GONUL). Basé à Beyrouth, le mandat de ce groupe d'observateurs principalement militaires issus d'une vingtaine de pays (entre 375 et 591) était de veiller entre juin et décembre 1958 à ce qu'il n'y ait pas d'infiltrations illégales de personnel, d'armes ou d'autres matériels par la frontière entre la Syrie et le Liban.


D'autres forces de l'ONU opèrent sur le territoire ou à proximité du Liban. Depuis mars 1978, la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban, FINUL, est déployée dans le sud du pays à la « ligne bleue » séparant le Liban, d'Israël et de la Syrie. Après la crise de juillet-août 2006, qui a opposé des forces armées libanaises et israéliennes, la résolution 1701 du Conseil de Sécurité élargit la mission : la Force devra, en sus de l’exécution de son mandat d'origine, contrôler la cessation des hostilités, accompagner et appuyer les forces armées libanaises à mesure de leur déploiement dans tout le Sud et fournir son assistance pour aider à assurer un accès humanitaire aux populations civiles et le retour volontaire des personnes déplacées dans des conditions de sécurité. En Aout 2015, la poursuite de la mission a été autorisée jusqu’au 31 août 2016 par la résolution 2236. Compte-tenu de la situation dans le pays, le mandat devrait encore être renouvelé.


Il faut y associer, par proximité géographique, la Force des Nations Unies chargée d'observer le désengagement des hauteurs du Golan, la FNUOD, depuis juin 1974. La mission doit faire face à un regain de tensions entre la Syrie et Israël depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011. En effet, cette guerre est donne lieu à des tirs, parfois accidentels, en territoire israélien, ce qui provoque une riposte de la part l’état hébreu. La FNUOD peine donc à maintenir le cessez-le-feu, et la sécurité du personnel de la mission et des habitants à la frontière libanaise est menacée.


Le Liban est aussi concerné par l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST), qui la première opération de maintien de la paix créée dans le cadre des Nations Unies en mai 1948. Les observateurs militaires de l'ONUST restent déployés au Moyen-Orient pour surveiller les cessez-le-feu et les Conventions d'Armistice général, circonscrire les incidents isolés afin de les empêcher de dégénérer en conflit généralisé, et, enfin, aider les autres opérations de maintien de la paix déployées dans la région, avec des bureaux à Beyrouth. Cette mission est complémentaire de la FINUL et de la FNUOD et leur apporte un soutien matériel et humain. Des observateurs militaires de l’ONUST sont notamment déployés dans le Golan.


Par ailleurs, quinze années de guerre civile entre 1976 et 1991 ont conduit à une situation équivoque quant à l'ingérence étrangère sur son territoire, qu'il s'agisse de troupes agissant sous mandat des Nations Unies, de corps expéditionnaires (italiens, français, américains pendant la guerre civile), voire de troupes issues de pays voisins venus en occupants (Syrie dès 1976, Israël entre 1982 et 2000). Ajoutons à cela que l’Arabie Saoudite et l’Iran, grandes puissances de Moyen-Orient, interviennent toutes deux dans les problèmes libanais, que ce soit par un soutien financier aux communautés et au Hezbollah, ou par un arbitrage politique entre les deux principaux partis libanais. En effet, l’Arabie saoudite soutient la « coalition du 14 mars », hostile au régime syrien, tandis que l'Iran appuie le mouvement chiite mené par le Hezbollah. Traversé par des enjeux internationaux, on comprend alors mieux l’enjeu du maintien de la paix au Liban et l’implication de puissances étrangères.

 

Ainsi,  la situation géographie et les contraintes historiques placent le Liban dans une situation particulière, à la frontière d'intérêts qui justifient l'intérêt pour la communauté internationale de veiller à la stabilité régionale.

 

 

STRUCTURES DÉCISIONNELLES POLITIQUES ET MILITAIRES

Le politique

Bien qu'indépendant depuis avril 1946, la constitution a été promulguée en mai 1926. Cependant ce sont les Accords de Taëf d'octobre 1989 qui octroient à chacune des 18 communautés une partie des rouages du pouvoir législatif, exécutif et judiciaire, qui conditionne l'environnement politique de la participation libanaise aux opérations de paix à l'étranger.

En effet, plusieurs éléments nouveaux y sont apportés, à l'instar de la création d'un Conseil Supérieur de la Défense, sous la double autorité du Président issu de la communauté chrétienne maronite (qui est aussi commandant en chef des forces armées, lesquelles sont soumises à l'autorité du Conseil des ministres) et du Premier Ministre de tradition sunnite, lequel préside le Conseil des Ministres. L'envoi de troupes à l'étranger dépend donc d'une double décision qui émane à la fois du Président de la République et du Conseil des ministres qui en informe ensuite le Parlement (Chambre des députés et Sénat).


Par ailleurs, dans les Accords de Taëf est rappelée l’importance du « déploiement de l'armée libanaise dans la zone frontalière libanaise reconnue internationalement, et l'action pour le renforcement de la présence des forces des Nations-Unies dans le Sud-Liban pour garantir le retrait israélien et permettre le retour de la sécurité et de la stabilité dans la région frontalière ».

 

Le militaire

Un des éléments clés dans l'organisation de la chaîne de commandement politico-militaire libanaise est là aussi une conséquence directe des Accords de Taëf. Bien que le confessionnalisme n'entre plus en ligne de compte pour l'attribution de certains commandements, le poste de chef d'état-major est traditionnellement destiné à un général chrétien maronite, donc théoriquement proche de la Présidence de la République. Toutes les décisions importantes, dont le déploiement de troupes à l'étrange, sont du ressort en amont du Conseil supérieur de la Défense et pour son exécution du ressort du ministère de la défense ou de l'Intérieur. En effet, le Liban n’a participé aux opérations de paix onusiennes qu'à travers la mise à disposition de deux policiers en Côte d'Ivoire, dans le cadre de l'ONUCI .

 

Blocage institutionnel

Depuis le 25 mai 2014, date de la fin du mandat de Michel Sleiman, le poste de président est vacant. En effet, le parlement ne parvient pas depuis à réunir le quorum nécessaire pour l’élection d’un nouveau chef de l’Etat. Dans cette situation, mettre en place une politique cohérente de défense est difficile. De plus, le parlement a perdu toute légitimité en décidant de proroger son mandat, qui devait s’achever en 2013, jusqu’en 2017. Cette situation rend la majorité des institutions non-opérationnelles. Le gouvernement libanais, qui fonctionne au ralenti, et est aussi secoué par des crises internes, et peine à résoudre les problèmes régionaux auxquels le Liban est confronté. En effet, le Liban doit, en plus des tensions de longue date entre communautés, gérer un grand afflux de réfugiés, en majorité des syriens fuyant le régime de Bachar Al Assad. En 2015, ceux-ci représentaient un tiers de la population. De plus, la montée du salafisme sunnite et les attaques régulières de Daech et d'al-Nosra aux frontières contribuent encore à la déstabilisation du pays.

Dans ce contexte politique difficile, le Liban reste malgré tout stable sur le plan sécuritaire. L’armée libanaise et les services de sécurité jouissent d’une couverture politique locale, régionale et internationale, pour lutter contre le terrorisme et empêcher que la vague terroriste ne déferle sur le pays. Mais si l’armée est engagée dans les missions de maintien de la paix sur le territoire libanais, il apparait difficile pour le pays d’organiser l’intervention de casques bleus dans d’autres missions actuellement.

EVOLUTION DE LA PARTICIPATION

Le Liban n’a participé qu'à l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI), avec deux policiers rattachés à la mission en 2004. Toutefois, le pays s’est totalement retiré de la mission en mars 2006. Depuis 1948, sept Libanais ont trouvé la mort dans des opérations de paix. Ils étaient tous membres du personnel rattachés à la FINUL au Sud-Liban.

 

CONCLUSION

Si le Liban, en tant que membre de l’ONU, est à priori amené à participer aux missions de paix, l’instabilité actuelle et les problèmes internes auxquels le pays doit faire face en font un acteur limité. Une stabilisation institutionnelle rétablie, mais aussi la fin des conflits avec Israël, seraient nécessaires à un engagement supplémentaire dans les missions de maintien de la paix.


Emmanuel DUPUY
Secrétaire général de l'Institut Prospective et sécurité en Europe (IPSE)
Mis à jour le 28 juin 2016 par Clara Cornille, stagiaire au Centre d'Etudes des Crises et des Conflits Internationaux