Historique de l'opération MONUG

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MONUG       Géorgie

Mission d'observation des Nations Unies en Georgie (1993-2009)

 

Après l'indépendance de la Géorgie en avril 1991, des séparatistes réclament à leur tour un statut équivalent pour la région de l'Abkhazie. Cette situation mène à une guerre. L'ONU établit alors la MONUG pour vérifier l'accord de cessez-le-feu entre le gouvernement géorgien et les autorités abkhazes de Géorgie. Elle travaille de concert avec la force de Communauté des États indépendants (voir CEI/CISPKF). Le mandat de la MONUG prend fin le 15 juin 2009 à minuit, celui-ci n’ayant pas été renouvelé en raison d’un véto russe au Conseil de sécurité de l’ONU.



Dès son accession à l’indépendance en 1991, la Géorgie doit faire face à des revendications sécessionnistes de la part de certaines de ses républiques autonomes, souvent soutenues par des forces étrangères. Tel est le cas de l’Abkhazie, république autonome rattachée à la Géorgie depuis 1931 et peuplée majoritairement de Géorgiens.



Le 23 juillet 1992, le soviet suprême d’Abkhazie, profitant de l’absence des députés géorgiens, réinstaure la Constitution abkhaze de 1925 qui lui octroie un statut équivalent à celui de la Géorgie. Un conflit ouvert y éclate au cours de l’été 1992 lorsque le gouvernement géorgien y déploie 2000 soldats. Les affrontements font 200 morts et des centaines de blessés, en plus de provoquer la fuite des autorités abkhazes vers la ville de Gudauta. Le 3 septembre 1992, un accord de cessez-le-feu est signé entre la Géorgie, les autorités abkhazes et la Fédération de Russie et prévoit entre autres la sauvegarde de l’intégrité territoriale de la Géorgie, le désarmement des factions illégales et le retrait des forces étrangères, ainsi que la réduction des forces géorgiennes en Abkhazie. À peine signé, le cessez-le-feu est violé de part et d’autre le 1er octobre 1992. Soutenus par des forces russes et par des volontaires de la Confédération des peuples du Caucase du Nord, les indépendantistes abkhazes parviennent à reprendre la plupart des principales villes de la République.



Le 27 juillet 1993, un nouvel accord de cessez-le-feu est conclu; il prévoit la démilitarisation de la zone de combats et le déploiement d’observateurs internationaux sous l’égide de l’ONU. Une première équipe avancée de 10 observateurs arrive à Soukhoumi, capitale abkhaze, le 8 août 1993. Le 24 août, le Conseil de sécurité adopte la résolution 858 (1993) créant la Mission d’Observation des Nations Unies en Géorgie (MONUG). Son déploiement est suspendu par la rupture du cessez-le-feu le 16 septembre 1993 : les forces abkhazes, bénéficiant de soutien extérieur, attaquent Soukhoumi et Ochamchira, puis parviennent à occuper l’ensemble du territoire.



Le 4 novembre 1993, un mandat intérimaire est confié à la MONUG par la résolution 881 : celle-ci est chargée de maintenir le contact avec les deux parties en conflit et avec les contingents russes, en plus de rendre compte de l’évolution de la situation. Le 14 mai 1994, un énième accord de cessez-le-feu est conclu, sous l’égide du Représentant du Secrétaire général de l’ONU. Il prévoit le déploiement concomitant de la MONUG et d’une force de maintien de la paix de la Communauté des États Indépendants (CEI) nommée Force de maintien de la paix sur la frontière géorgio-abkhazienne (CISPKF).



Le 27 juillet 1994, le Conseil de sécurité adopte la résolution 937 qui élargit la mission de la MONUG et autorise le renforcement de ses effectifs à 136 observateurs militaires. Cependant, malgré les efforts diplomatiques de la Communauté internationale, le conflit demeure irrésolu. Le statut politique de l’Abkhazie au sein de l’État géorgien est toujours officiellement indéfini, depuis sa déclaration d’indépendance qui ne reçut pas une grande reconnaissance internationale. De son côté, la Géorgie continue à la considérer sienne, tandis que la Russie reconnaît le droit à l’indépendance abkhaze. Malgré les efforts de la MONUG, aucun progrès n’est noté par les forces en présence.



En juillet 2000, dans son rapport au Conseil de sécurité, le Secrétaire général de l’ONU constate toujours le manque de résultats encourageants dans le cadre du processus de paix. Il prétend qu´aucun progrès ne pourrait être accompli si les parties géorgienne et abkhaze ne font pas preuve d’une réelle volonté politique. Il croit que le temps et l'attention voulus devaient être consacrés à la question fondamentale du statut politique de l´Abkhazie, mais aussi aux aspects pratiques du retour des réfugiés, à la sécurité et au relèvement économique.



Pendant toutes ces années d’impasse, la situation sur le terrain demeure instable. Victime d’une attaque par embuscade contre un de ses véhicules à Soukhoumi en septembre 1998 et de la destruction d’un de ses hélicoptères dans la vallée de la Kodori en octobre 2001, la MONUG continue tout de même à s'acquitter de son mandat sans modification de sa structure ni de ses activités, sur la base du concept de patrouille restreinte. En plus de ses patrouilles terrestres et aériennes quotidiennes, qui couvrent l’ensemble de sa zone de responsabilité, la MONUG poursuit ses réunions avec les parties en présence et mène à bien son programme de génie et de construction. Le Conseil de sécurité, par sa résolution 1311 du 28 juillet 2000, proroge le mandat de la MONUG pour une nouvelle période de six mois et précise qu’il pourrait réexaminer le mandat de la mission « au cas où des changements interviendraient en ce qui concerne le mandat ou la présence de la force de maintien de la paix de la CEI ».



Toutefois, aucun changement n’est apporté à la mission avant 2003, où le Conseil de sécurité, par sa résolution 1494 du 30 juillet 2003, suit les recommandations du Secrétaire général qui préconise l'addition d'une force de police de l'ONU composée de 20 officiers, pour augmenter la capacité de la MONUG à mettre en oeuvre son mandat et pour, en particulier, contribuer à la création de conditions favorables à un retour dans la dignité des personnes déplacées et des réfugiés.



Dans son rapport de juillet 2005, le Secrétaire général note la reprise de la participation des parties géorgienne et abkhaze aux réunions du Groupe des Amis du Secrétaire général de l'ONU pour la Géorgie (Russie, États-Unis, Allemagne, France et Grande-Bretagne) à Genève, ainsi qu'aux réunions examinant les divers aspects pratiques du processus de paix. Selon lui, cette reprise représente une encourageante évolution, après une suspension prolongée des contacts directs entre les parties. Les 2 et 3 février 2006, de hauts représentants du Groupe des Amis se réunissent à Genève sous la présidence du Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix. Des accords sont signés concernant la nécessité d’un règlement pacifique du conflit dans le cadre des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, concernant leur attachement à la souveraineté, à l’indépendance et à l’intégrité territoriale de la Géorgie à l’intérieur de ses frontières reconnues au niveau international et concernant le renforcement de la confiance entre les parties. De plus, en décembre 2006, un Bureau des Nations Unies pour les droits de l’homme est établi au sein de la MONUG, conformément à la résolution 1077 (1996) du Conseil de sécurité.



Toutefois, ces avancements ne sont toujours pas appuyés par la volonté politique sur le terrain. De plus, la situation se complique avec la détérioration des relations entre la Russie et la Géorgie en 2006, résultant de l’envoi de 500 militaires géorgiens dans les gorges de Kodori, zone limitrophe de la république séparatiste d’Abkhazie, de l’arrestation par la Géorgie de quatre agents militaires russes du renseignement militaire pour « espionnage », de la suspension russe de ses liaisons aériennes, terrestres, maritimes et postales avec la Géorgie et de l’introduction par la Russie d’une résolution au Conseil de sécurité exigeant que la Géorgie retire ses troupes des gorges de Kodori, résolution non respectée par les autorités géorgiennes.



Le 4 mars 2007, la région sécessionniste prorusse d’Abkhazie organise des élections et élit son parlement. Rapidement, la Géorgie, appuyée par l’Union européenne, l’OTAN, l’OSCE et les États-Unis, ne reconnait pas ce scrutin. Toutefois, la Russie le respecte et le qualifie de « démocratique ». Le 15 avril 2008, le Conseil de sécurité de l’ONU proroge une nouvelle fois, par la résolution 1808, le mandat de la MONUG jusqu’au 15 octobre 2008. Il appelle instamment de nouveau les parties à coopérer avec la mission et à participer activement au processus politique dirigé par le Représentant spécial du Secrétaire général, soulignant la nécessité de maintenir la stabilité le long de la ligne de cessez-le-feu et dans la haute vallée de la Kodori. La MONUG coopèrent toujours sur le terrain avec la force de maintien de la paix de la Communauté d’États indépendants, la CISPKF. Le mandat de la MONUG se terminera le 16 septembre 2009.

 

6 juin 2008