Fiche d'information de l'État : Malaisie Malaisie

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Malaisie

La Malaisie est un État d’Asie du sud-est, situé au sud de la Thaïlande. La Malaisie a adhéré à deux organisations habilitées à conduire des opérations de paix : l’ONU (1957) et l’ASEAN (1967).

Politique de maintien de la paix

 

La Malaisie accorde une place prépondérante aux organisations multilatérales dans la mise en œuvre de sa politique étrangère - elle est notamment membre de l’ASEAN, de l’APEC et de l’OIC. En particulier, elle s’est pleinement engagée dans les affaires onusiennes, et joue un rôle actif au sein des opérations de maintien de la paix (OMP). En 2007, dans une entrevue accordée à La lettre diplomatique, le ministre des Affaires étrangères, Dato’ Seri Syed Hamid Albar, rappelait le soutien apporté par son pays à l’ONU : « l’engagement de la Malaisie dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies est le résultat d’un soutien sans équivoque au rôle central joué par les Nations Unies dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales, ainsi que dans la défense d’un ordre économique et politique international plus équitable ».

 

La Malaisie a participé depuis 1960 à 30 opérations déployées par l’ONU. Elle se hisse aujourd’hui au 23ème rang des contributeurs onusiens, avec 1 066 hommes participant à huit opérations. La Malaisie intervient également en dehors du cadre onusien, au sein des missions déployées par les acteurs régionaux dans son environnement proche (Aceh, Timor, Philippines), se positionnant ainsi comme un acteur sous-régional majeur du maintien de la paix.

Structures décisionnelles politique et militaire

Selon la constitution, le roi de Malaisie est le commandant en chef des forces armées (art. 41). Il est assisté par un Haut-conseil des forces armées, responsable « du commandement, de la discipline, de l’administration, et de tout autre sujet relatif aux forces armées et à leur usage opérationnel » (art. 137). Le rôle des MAF (Malaysian Armed Forces) consiste à assurer la défense du territoire et des intérêts nationaux malaisiens, à assister les autorités civiles en cas de catastrophe, et à intervenir dans le cadre d’opérations multinationales si nécessaire. Cette participation des MAF se fait sur décision du roi et du Haut-conseil des forces armées, après consultation du Département des affaires multilatérales du ministère des Affaires étrangères. La mise en œuvre de la décision du Roi, ses aspects humains et logistiques, demeure du ressort de l'état-major des forces armées.

Historique de la participation de la Malaisie aux OMP

La Malaisie a participé pour la première fois à une opération entre 1960 et 1962, avec le déploiement de 3 700 hommes au sein de l’ONUC (Congo, juillet 1960 – juin 1964). Trois ans après son indépendance, cet engagement témoigne de l’attachement de la Malaisie dans les Nations Unies et son adhésion aux principes de la Charte. Néanmoins, elle ne s’engage de nouveau dans les opérations de paix onusiennes qu’en 1988, avec le retour à une situation politique plus stable marquée par la fin de l'insurrection communiste dans l'État du Sarawak : un contingent malaisien prend part à la GONMUII chargée de surveiller le cessez-le-feu entre l’Iran et l’Irak (août 1988/février 1991). Cette participation donne le coup d’envoi à un engagement plus large. La Malaisie participe ensuite aux missions en Namibie (GANUPT, avril 1989 – mars 1990), en Irak (MONUIK, avril 1991 – octobre 2003), au Sahara Occidental (MINURSO, depuis avril 1991), en Angola (UNAVEM II, juin 1991 – février 1995) et au Cambodge (APRONUC, mars 1992 – septembre 1993 ; surveillance du cessez-le-feu, assistance à l’organisation des élections législatives de mai 1993). Un contingent malaisien est déployé au sein de la FORPRONU (février 1992 – mars 1995) à partir de 1993, au sud-ouest de Sarajevo. Après les Accords de Dayton, ce contingent est transféré au sein de la force de l’OTAN (IFOR, décembre 1995 – décembre 1996), et déployé dans l’ouest du pays. Au total, plus de 8 000 soldats malaisiens ont été déployés en Bosnie-Herzégovine.

 

La Malaisie s'engage aussi au sein de la mission déployée en Somalie (ONUSOM II, mars 1993 – mars 1995) ; son contingent est chargé de participer à l’établissement d’un climat sécuritaire stable, afin de faciliter la distribution de l’aide humanitaire. Elle participe ensuite à de nombreuses opérations : MONUIK (Irak/Koweït, avril 1991 – octobre 2003) ; MIPRENUC (Cambodge, octobre 1991 – mars 1992) ; MONUL (Liberia, septembre 1993 – septembre 1997) ; GONUBA (Bande d’Aouzou, mai 1994 - juin 1994) ; UNAVEM III (Angola, février 1995 – juin 1997) ; FORDEPRENU (Macédoine, mars 1995 – février 1999) ; ONURC (Croatie, mai 1995 – janvier 1996) ; MINUBH (Bosnie, décembre 1995 – décembre 2002) ; MONUA (Angola, juin 1997 – février 1999) ; MONUSIL (Sierra Leone, juillet 1998 – octobre 1999) ; ATNUTO (Timor Oriental, octobre 1999 – mai 2002) ; MINUSIL (Sierra Leone, octobre 1999 – décembre 2005) ; MINUEE (Érythrée/Éthiopie, juillet 2000 – juillet 2008) ; MANUTO (Timor Oriental, mai 2002 – mai 2005).

Un acteur régional majeur

La Malaisie a participé à 30 des 63 opérations déployées par les Nations Unies depuis 1948; 20 000 hommes y ont pris part (dont plus d'un millier de policiers), parmi lesquels 20 ont perdu la vie. Elle déploie aujourd’hui 1 066 hommes (778 troupes, 57 observateurs militaires et 234 policiers), au sein de huit opérations onusiennes, et se positionne ainsi au 23ème rang des contributeurs de troupes. Elle a multiplié par quatre sa participation en hommes depuis 2001. Son engagement est particulièrement important au sein de la FINUL (Liban, depuis mars 1978), avec 742 hommes déployés, et de la MINUT (Timor-Oriental, depuis août 2006), à laquelle participent 213 Malaisiens. La Malaisie est également engagée dans le système de force en attente des Nations Unies (UN Standby arrangement system).

 

La Malaisie est particulièrement active au niveau régional. Elle a joué un rôle moteur aux Philippines, au sein de l’EIS (Équipe internationale de surveillance, déployée depuis octobre 2004). Cette mission, chargée de surveiller le cessez-le-feu établi entre le gouvernement philippin et le mouvement d'opposition du Moro Islamic Liberation Front, a été dirigée pendant quatre années consécutives par un Malaisien. Cependant, du fait de l’absence de négociations devant permettre de parvenir à un accord de paix entre les parties, la Malaisie s’est retirée de l’opération en 2008.

 

Elle a également participé à la MSA (Mission de surveillance en Aceh, août 2005 – décembre 2006), déployée par l’UE et l’ASEAN pour surveiller la mise en œuvre de l'accord de paix entre le gouvernement et le GAM (Gerakan Aceh Merdeka/Mouvement Aceh Libre). De même, la Malaisie joue un grand rôle au sein de l’opération ASTUTE, dirigée par l’Australie. Déployée au Timor depuis mai 2006, cette mission permet d'entretenir un environnement sécuritaire stable, propice au bon déroulement de la mission de l'ONU dans l'île, la MINUT. 209 soldats malaisiens y prennent part.

 

Cette participation de la Malaisie lui confère plusieurs avantages, en particulier : l'expérience de déploiements sur des théâtres d’opération extérieurs et de coopération avec des forces armées étrangères ; la stabilisation de son environnement régional ; l'affirmation de sa position au niveau sous-régional. Cet engagement soutenu dans les OMP se traduit par un attachement particulier accordé à la formation au maintien de la paix. En janvier 1996, les autorités de Kuala Lumpur ont mis sur pied le MPTC (Malaysian Peacekeeping Training Center), afin de préparer les membres des forces armées, la police et les civils avant leur déploiement aux enjeux et aux différentes composantes des OMP : planification, logistique, administration, notamment.

La Malaisie dans les débats actuels

La Malaisie prend progressivement position au sein des débats relatifs aux OMP et à leur évolution. En particulier, elle se montre bien évidemment favorable à une meilleure consultation des contributeurs de troupes par le Conseil de sécurité et le Secrétariat. Celle-ci devrait entraîner une meilleure représentation des contributeurs de troupes au sein du Département des opérations de maintien de la paix et dans les états-majors des différentes missions sur le terrain, parallèlement à un engagement plus soutenu des pays développés dans les OMP.

 

En mai 2006, dans le cadre du séminaire ONU/ASEAN organisé en Malaisie et relatif au maintien et à la consolidation de la paix, le ministre des Affaires étrangères déclarait « tous les pays, petits ou grands, devraient faire tous les efforts envisageables pour contribuer activement à tous les aspects des opérations de maintien de la paix de l’ONU, en accord avec leurs obligations découlant de la Charte. Nous croyons que tous les Etats-membres ont la responsabilité de partager la charge de travail sans distinction des zones d’opération ».

 

La Malaisie prend aussi part au débat en faveur d'une réforme du Conseil de sécurité. En 1997, le Malaisien Ismaël Razali, alors président de l’Assemblée générale, avait proposé un élargissement du Conseil à 24 membres, caractérisé par la création de cinq nouveaux sièges permanents sans droit de veto et de quatre sièges de non permanents supplémentaires. Bien que fortement soutenue, cette proposition n'a pu être mise en œuvre, du fait de l'absence d'accord quant au choix des nouveaux entrants. Toutefois, elle a servi de référence pour la composition d’un Conseil de sécurité élargi, jusqu’à de nouvelles propositions faites en 2004 par le Groupe de personnalités de haut niveau (A/59/565, 2 décembre 2004).

 

Aujourd'hui encore, la Malaisie œuvre pour l'ouverture de négociations devant permettre de conduire à un élargissement du Conseil et de renforcer son efficacité. Dans un discours de novembre 2008, le représentant permanent malaisien déclarait, à l’attention des membres permanents, « nous croyons en votre leadership et en votre sagesse pour assurer qu’un processus menant à une réforme du Conseil de sécurité aboutisse à un résultat concret sous la forme de négociations ouvertes, transparentes et inclusives. Nous réaffirmons notre soutien et notre coopération pour travailler avec vous et les autres membres pour remplir avec succès notre devoir de réformer le Conseil de sécurité afin de le rendre plus démocratique, représentatif, efficace et transparent ».


Antoine Esteban

Master Analyse des conflits et construction de la paix, Institut d’Etudes Politiques de Lille

22 janvier 2010