Historique de l'opération MUAS

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MUAS       Soudan

Mission de l'Union africaine au Soudan (Darfour) (2004-2007)

 

Depuis février 2003, une guerre civile fait rage dans la région du Darfour, dans l'ouest du Soudan, provoquant une grave crise humanitaire. Ce conflit oppose le gouvernement soudanais, ainsi que ses milices locales, à deux groupes rebelles représentant divers groupes ethniques et politiques. L'Armée de libération du Soudan (ALS) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (en anglais JEM) appellent alors au renversement du gouvernement soudanais et à la mise en place « d'un Soudan démocratique uni ». Les combats ont fait, selon les estimations, entre 200 000 et 300 000 morts civiles et plus de 2 millions de déplacés. La force de l'UA est chargée de surveiller l'application d'un cessez-le-feu signé il y a un peu plus d'un an. Ses pouvoirs sont toutefois limités à la protection des civils. La MUAS est remplacée par la MINUAD le 31 décembre 2007.



Le Soudan devient un État indépendant en 1956. Dans les années 1980, le gouvernement arme de nombreuses milices locales dans le cadre de son conflit avec le Sud. Les premiers heurts entre populations arabes et non-arabes se produisent entre 1987 et 1989, ce qui aboutit à la création des milices pro-arabes Janjaweeds. En réaction à cela sont créées des milices non-arabes, alliées au mouvement rebelle SPLA.



En 1994, les populations non-arabes voient leur influence divisée entre trois nouvelles unités administratives (Nord, Sud et Ouest). De 1996 à 1998, dans le Darfour-Ouest, un conflit éclate entre arabes et non-arabes. Les tueries et la politique de la terre brûlée conduite par les milices arabes feront des centaines de morts et près de 100000 réfugiés se retrouveront au Tchad. Début 2003, l'Armée/Mouvement de Libération du Soudan (M/ALS) et le Mouvement Justice et Égalité (MJE) attaquent des installations militaires provoquant le début des frappes aériennes gouvernementales contre des villages au Darfour.



Le 8 avril 2004, sous les auspices du Président Idriss Déby du Tchad et du Président de la Commission, et en présence des observateurs et facilitateurs internationaux, les parties soudanaises ont signé un Accord de cessez-le-feu humanitaire sur le conflit du Darfour et un Protocole sur la mise en place de l'assistance humanitaire au Darfour. Conformément à l'Accord de cessez-le-feu humanitaire, les parties sont, entre autres, convenues : - de cesser les hostilités et de proclamer un cessez-le-feu ; - de mettre en place une Commission de cessez-le-feu qui fera rapport à une Commission conjointe ; - de faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire au Darfour ; et - de conjuguer leurs efforts en vue d'établir une paix globale et définitive au Darfour. Après une mission de reconnaissance conduite par l'Union africaine et incluant tous les partenaires, qui a visité le Darfour du 7 au 16 mai 2004, des recommandations ont été faites pour la mise en place de la Commission de cessez-le-feu, le déploiement d'observateurs militaires et d'éléments militaires pour assurer leur protection.



Le 28 mai 2004, les parties soudanaises ont signé un Accord sur les modalités de la mise en place de la Commission de cessez-le-feu et le déploiement d'observateurs militaires dans la région du Darfour. Conformément à cet Accord, il a été décidé de déployer 60 observateurs militaires africains (MILOBs) et 300 militaires chargés d'assurer leur protection, ainsi que des observateurs issus des parties soudanaises. Il a également été convenu que des représentants de la communauté internationale, à savoir l'Union européenne et les Etats Unis, participeraient à cette mission.



Le 9 juin 2004, la Commission de cessez-le-feu et le premier groupe d'observateurs militaires ont été installés à El-Fasher. Pendant ce temps, la situation sécuritaire et humanitaire au Darfour continuait à se détériorer, et il est rapidement devenu évident que les 60 observateurs de l'UA étaient peu nombreux et insuffisamment répartis sur le terrain pour mener à bien leur mandat, et ce dans un contexte marqué par l'accroissement des violations du cessez-le-feu. La décision de la 3ème session ordinaire de la Conférence de l'Union, tenue à Addis Abéba du 6 au 8 juillet 2005, de porter à 80 le nombre des observateurs militaires de l'UA ne pouvait changer la situation de façon significative. L'efficacité du déploiement initial de l'AMIS a été limitée aussi bien par sa taille réduite que par les défis logistiques rencontrés sur le terrain. Le petit nombre d'observateurs déployés au Darfour, quelque fût leur efficacité et leur dévouement, ne pouvait assurer une surveillance significative d'un territoire qui est presque aussi grand que la France, particulièrement dans un contexte où les parties n'avaient pas rempli leurs obligations au terme de l'Accord de cessez-le-feu humanitaire qu'elles ont signé. Le GoS, les Mouvements armés et la Communauté internationale dans son ensemble ont indiqué qu'AMIS I, compte tenu de sa faible capacité, ne pouvait mener à bien, et dans les délais impartis, les tâches qui étaient les siennes. A cause de ces facteurs, le sentiment général était qu'AMIS I devait être renforcée.



C'est à la lumière de ce qui précède que la 13ème réunion du CPS, tenue le 27 juillet 2004, a demandé au Président de la Commission de préparer et de lui soumettre, pour examen, un plan global sur la meilleure façon de renforcer l'efficacité de la Mission de l'Union africaine sur le terrain, y compris la possibilité de la transformer en une opération de maintien de la paix à part entière dotée du mandat et des effectifs requis pour assurer la mise en oeuvre effective de l'Accord de cessez-le-feu, avec un accent particulier sur le désarmement et la neutralisation des milices Janjaweed, la protection de la population civile et la facilitation de l'acheminement de l'assistance humanitaire. Le plan fut ultérieurement formulé par la Commission, avec l'assistance des Nations unies et d'autres partenaires. Ce plan, appelé AMIS II, transforme la nature, la portée et la composition de la Mission et demande le renforcement du mandat et des effectifs des observateurs militaires et de la force de protection. Le plan a été approuvé par le CPS lors de sa 17ème réunion tenue le 20 octobre 2004. Le CPS a décidé « que l'AMIS comprendra un effectif de 3320 personnels, y compris 2341 personnels militaires dont 450 observateurs, jusqu'à 815 policiers civils, ainsi que le personnel civil approprié. La Mission renforcée sera dirigée par un Représentant spécial du Président de la Commission chargé d'assurer la direction et la coordination d'ensemble des activités de la Mission et de maintenir des contacts étroits avec l'ensemble des parties, ainsi qu'avec les Nations unies et l'ensemble des autres acteurs concernés, en vue d'assurer l'harmonisation et la coordination des efforts».



La signature le 5 mai d'un accord de paix sur le Darfour par le gouvernement soudanais et la branche majoritaire du plus important mouvement rebelle du Darfour, l'Armée de libération du Soudan (ALS), auxquels se sont joints, le 8 juin 2006, une trentaine de commandants et de représentants politiques des branches dissidentes de la faction minoritaire du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) et du Mouvement pour l'Égalité et la Justice (JEM) qui ont signé une « déclaration d'engagement en faveur de l'accord de paix sur le Darfour », ouvre la voie à un éventuel remplacement de la MUAS par une force onusienne.


Toutefois, cette éventualité est suspendue à l'accord hypothétique du gouvernement soudanais qui s'est déclaré opposé au déploiment d'une force autre qu'africaine sur son sol et propose en revanche le renforcement de la MUAS actuelle. S'écartant du transfert de la MUAS à une force onusienne, les propositions de la communauté internationale visent davantage le déploiement à terme d'une force hybride UA-ONU de 20000 soldats et policiers. En attendant, le mandat de la MUAS a été prolongé pour six mois à compter du 1er janvier 2007. La Commission du personnel militaire de l'UA propose ainsi le renforcement du mandat et des capacités de la MUAS, portant le total des effectifs à 10500 militaires et 2200 éléments de police civile. Le Conseil de Paix et de Sécurité réuni le 27 juin 2006 à Banjul (Gambie) a approuvé les tâches supplémentaires et le nouveau mandat de la MUAS incluant la protection des civils, sans augmentation d'effectifs. L'effectivité de ce renforcement dépend de la volonté des pays donateurs qui se sont engagés à augmenter leur contribution pour la durée du mandat officiel actuel.