Historique de l'opération MUASEC

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MUASEC       Comores

Mission de l'Union africaine pour la surveillance des élections aux Comores (2006)

 

À la demande du gouvernement comorien, la Mission de l'Union africaine pour le soutien aux élections aux Comores (MUASEC) a été approuvée par le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union africaine le 21 mars 2006. Dirigée par l'Afrique du Sud, composée de personnels militaires et policiers, la MUASEC avait pour mandat d'observer et de superviser le déroulement du processus électoral et de contribuer à créer un environnement stable avant, pendant et après la tenue des élections. La mission a pris fin le 9 juin 2006, deux semaines après l'investiture du nouveau président comorien, l'ayatollah Ahmed Abdallah Sambi.



Depuis son accession à l'indépendance en 1975, l'histoire de l'Union des Comores, a été parsemée d'une vingtaine de coups d'État. En 1997, la crise politique et économique atteint son paroxysme lorsque les îles d'Anjouan et Mohéli déclarent leur indépendance. les troupes envoyées par le gouvernement de la Grande Comore sont aussitôt défaites. Le Président Mohamed Abdoulkarim Taki meurt en 1998, remplacé par un président par intérim, Tadjidine Ben Saïd Massoundé.



Celui-ci signe un accord d'autonomie à Antananarivo, Madagascar, en avril 1999, mais les représentants d'Anjouan et de Mohéli suspendent leur accord à une consultation populaire préalable. Des manifestations violentes à Moroni prennent pour cible la population anjouanaise. Sous prétexte de rétablir l'ordre, le colonel Azali Assoumani dépose le président par intérim Massoundé. Il promet de restaurer la loi civile en 2002 après l'instauration de nouvelles institutions gouvernementales. À Anjouan, la population se prononce à 94,5% en faveur de l'indépendance au cours d'un referendum organisé par le gouvernement sécessionniste et dénoncé par l'OUA qui fait état de violences et intimidations. L'OUA impose des sanctions et recommande une action militaire pour mettre fin à la sécession, tandis que les autorités d'Anjouan expulsent les opposants à la sécession. Devant la menace d'un blocus naval par l'Afrique du Sud, les parties acceptent toutefois de revenir à la table des négociations.



Un accord de réconciliation est conclu à Fomboni (Mohéri) sur la base de l'accord-cadre d'Antananarivo. Le 9 août 2001, un « comité militaire » anti-sécessionniste dirigé par le Major Mohammed Bacar prend le pouvoir à Anjouan. En décembre 2001, après une médiation de l'Organisation de l'Unité Africaine, un accord est conclu prévoyant l'institution d'un gouvernement et d'un président semi-autonomes dans les îles de la Grande Comore, Anjouan et Mohéli. L'accord prévoit également la rotation de la présidence fédérale enter les trois îles, présidence assurée depuis mars 2002 par Assoumani Azali, représentant de la Grande Comore. Cet accord est toutefois largement soumis à l'interprétation des acteurs et, en 2003, la question du rôle des assemblées locales et fédérale a donné lieu à une nouvelle crise. Le 20 décembre 2003, aux termes d'une médiation intense de l'Afrique du Sud, de la France, de l'Organisation Internationale de la Francophone, et de la Ligue des États Arabes, un accord sur les arrangements transitoires a été signé prévoyant la tenue d'élections législatives au plus tard en avril 2004 (Accord de Beit-Salam).



Une mission internationale d'observation a été établie afin d'en assurer le bon déroulement. L'Union africaine y était représentée par l'Afrique du Sud, le Kenya, l'île Maurice, Madagascar et la Tanzanie. Non sans peine, l'élection des assemblées autonomes s'est tenue en mars 2004 et l'assemblée de l'Union a été élue le mois suivant. Toutefois l'élection présidentielle qui devait donner lieu à la première rotation entre les îles risquait d'être à nouveau contestée. Une mission sud-africaine d'établissement des faits fin janvier 2006 a ainsi conclu à la nécessité d'une mission internationale d'observation du processus électoral alors que la méfiance persiste entre les îles constituant l'Union. Le processus électoral s'est déroulé en deux temps. Le 16 avril 2006, une élection primaire, réservée aux 270 000 habitants d'Anjouan, a permis l'élection de trois candidats qui concourront pour la présidence fédérale le 14 mai avec la participation de 670 000 Comoriens. Il s'agit de Ahmed Abdallah Sambi (23,70%), Mohamed Djaanfari (13,80%) et Ibrahim Halidi (10,37%). Ces primaires semblent avoir été entachées d'irrégularités, le président de la Commission nationale des élections aux Comores faisant état de « manipulations ». La présidentielle fédérale s'est toutefois déroulée dans le calme le 14 mai, sous l'œil vigilant des soldats de la MUASEC dont les effectifs ont été doublés pour l'occasion. Elle a vu l'accession au pouvoir du guide religieux islamiste modéré Ahmed Abdallah Sambi.