Fiche d'information de l'État : Niger Niger

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Niger

La République du Niger est un État d’Afrique occidentale devenu indépendant en 1960. Le Niger est membre de trois organisations habilitées à conduire des opérations de paix : l’ONU (1960), l’Union Africaine (1963) et la CEDEAO (1975).

POLITIQUE DE MAINTIEN DE LA PAIX

La République du Niger souscrit au maintien de la paix en vertu de ses engagements internationaux. La Charte de l’ONU, le Traité de Lagos (CEDEAO) et la Charte d’Addis Abeba (UA) sont les dispositifs juridiques qui permettent au Niger de contribuer à la paix et à la sécurité internationale. La participation du Niger dans les opérations de paix (OP) est assez récente. Le Niger entend participer au maintien de la paix, de manière régulière et accroître sa contribution au niveau militaire et policier pour faire partie des pays africains qui s’impliquent le plus dans l’effort de paix régional (à l’instar du Ghana, du Nigéria, du Bénin, de l’Afrique du Sud ou du Sénégal). Ainsi, la participation aux OP au niveau sous-régional, notamment au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) demeure l’un des objectifs prioritaires du Niger en matière de paix et de sécurité. À ce jour, les personnels des forces nigériennes ont pris part à une quinzaine d’OP, notamment en Afrique et en Asie. Ces opérations ont été menées soit en contingents (militaires ou policiers), soit en qualité d’officiers d’état-major et d’experts en missions, soit en tant qu’observateurs (comme au Burundi, en RDC, au Libéria ou en Côte d’Ivoire). Pendant les dernières années, l’engagement des forces nigériennes est en légère hausse.

Reconnu et apprécié sur le plan régional et international, le Niger participe aux opérations de maintien de la paix en déployant actuellement des contingents militaires et policiers dans des OP onusiennes (MINUJUSTH, MONUSCO, MINUSMA, MINUSCA). Dans le cadre de l’Union Africaine, les forces nigériennes participent actuellement à la Force multinationale mixte pour lutter contre Boko Haram et à la MINUAD au Darfour. Dans le cadre des coopérations multilatérales régionales, le Niger fait partie du groupe régional G5 Sahel avec sa force militaire anti-terroriste conjointe.

 

STRUCTURES DÉCISIONNELLES POLITIQUES ET MILITAIRES

Lors du processus décisionnel qui enclenche la participation du Niger dans les OP, les résolutions de l’ONU, de l’UA ou de la CEDEAO constituent les dispositions juridiques qui permettent le déploiement des troupes nigériennes. Au niveau national, c’est la constitution du 31 octobre 2010 qui autorise la participation des Forces Armées Nigériennes (FAN) dans le maintien de la paix. Selon elle, le Président de la République est le chef suprême des armées et le garant du respect des accords internationaux et de la sécurité nationale. À ce titre, il a la responsabilité d’autoriser la participation des FAN dans les OP. Il peut consulter plusieurs instances politiques et militaires avant de prendre sa décision finale. Parmi elles, on retrouve le Ministère de la Défense, le Ministère des Affaires Étrangères, la Direction de la Coopération Militaire, la Direction des Nations Unies et celle des Organisations Internationales, la Gendarmerie Nationale. Le Conseil supérieur de la défense nationale émet également des avis sur toute question du domaine militaire dont il est saisi, tout comme le Conseil national de sécurité qui donne son avis sur les questions relatives à la sécurité, la défense, la politique étrangère et les intérêts stratégiques du pays.

Les Forces Armées sont constituées des FAN et de la Gendarmerie Nationale (GN). Les FAN (créées le 1er août 1961) assurent la défense de l'intégrité du territoire national contre toute agression extérieure et participent, aux côtés des autres forces, à la préservation de la paix et de la sécurité. Elles sont regroupées autour du Ministère de la Défense Nationale et elles sont composées de l'Armée de Terre, l’Armée de l'Air et des Services Interarmées. La GN est composée de la Gendarmerie Territoriale, la Gendarmerie Mobile et des Services Centraux de la Gendarmerie. Elle fournit les éléments de police civile et participe aux côtés des armées, aux OP internationales. Les officiers de police sont généralement déployés pour une période d’un an renouvelable. Les contingents militaires sont généralement déployés dans les missions de l’ONU pour une durée d’un an non renouvelable, à l’expiration de laquelle les noms de leurs remplaçants sont communiqués au Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) pour un prochain déploiement. Les Forces Armées constituent les composantes militaires et policières opérationnelles qui contribuent à l’effort de paix internationale et participent au maintien de la paix.

 

DANS LE CONTEXTE ONUSIEN

Le Niger participe de nos jours, de manière active aux efforts de l’ONU, au sein de 4 OP (en Haïti avec la MINUJUSTH, en République Démocratique du Congo avec la MONUSCO, au Mali avec la MINUSMA et en République centrafricaine avec la MINUSCA). En termes d’effectifs, le Niger déploie actuellement 1083 personnes (dont 28 femmes) qui participent aux OP onusiennes (975 soldats dont 11 femmes, 76 policiers dont 17 femmes, et 32 officiers d’état-major et d’experts en mission). En mai 2018, le Niger figure au 19ème rang mondial des pays qui contribuent le plus aux OP onusiennes, au 13ème rang des pays africains et au 7ème rang des pays francophones, derrière des États comme le Rwanda, le Sénégal, ou encore le Togo. La participation du Niger dans les OP s’étend dans des missions de paix en terre africaine francophone (République Démocratique du Congo, Mali, République centrafricaine) et en terre francophone dans la mer des Caraïbes (Haïti). L’importante intervention des FAN en Côte d’Ivoire (ONUCI) depuis avril 2003 a trouvé sa fin en début de l’année 2017. Le Niger a également retiré ses dernières forces du Libéria (MINUL) à la fin de l’année 2016.

Le contingent au sein de la MINUSMA est le plus important contingent nigérien déployé actuellement avec 894 hommes, dont 850 militaires, 30 policiers, 3 experts en mission et 11 officiers d’état-major (dont 19 femmes en total). Il est notamment stationné dans les villes d’Ansongo et de Gao. Au niveau d’Ansongo, les forces nigériennes sont chargées d’assurer la sécurisation de la ville, tout en effectuant des patrouilles pour sécuriser l’axe Yassan-Gao. Les effectifs qui se trouvent à Gao participent aux côtés des troupes Françaises et Maliennes à la sécurisation de la ville et de l’aéroport de Gao. Les forces nigériennes déployées en République centrafricaine (MINUSCA) représentent le deuxième contingent nigérien le plus important déployé actuellement. Il comprend 125 militaires, 10 policiers et 3 experts en mission et 5 officiers d’état-major (dont 4 femmes en total).

 

DANS LE CADRE DE LA CEDEAO

La République du Niger s’implique activement dans la coopération régionale en tant que membre de plusieurs organisations régionales et sous-régionales. Ainsi, elle participe aux OP menées par la CEDEAO, l’une des organisations sous-régionales la mieux intégrée sur le continent. Le Niger a signé l’Accord de Non-agression et d’Assistance en matière de Défense (ANAD). Ce pacte est destiné à assurer la paix et la sécurité pour la prévention des conflits, le règlement pacifique des différends et l’assistance militaire en cas d’agression entre les pays de la CEDEAO.

Le Niger a déployé des contingents au Libéria en 1997 (ECOMIL) et en Guinée Bissau en 1999 (ECOMOG-Guinée Bissau). En 2003, le gouvernement nigérien a envoyé ses unités en Côte d'Ivoire pour participer aux troupes de la CEDEAO sur place qui ont rapidement été intégrées dans l’ONUCI. Pendant l’année 2012, les forces nigériennes participent à la mission ECOMIB en Guinée-Bissau, déployée pour quelques mois pour sécuriser le processus de transition politique après le coup d’État en avril. Entre décembre 2012 et juillet 2013, le Niger a participé à l’opération AFISMA au Mali, menée par la CEDEAO et l’UA. Avec un effectif de 500 hommes et le Général de Brigade nigérien Garba Yaye en tant que Commandant adjoint de l’AFISMA, le Niger a ainsi contribué à la protection des civils et la restauration de l’autorité étatique malienne jusqu’au remplacement de la mission par la MINUSMA.

 

DANS LE CADRE DE L’UA

Pour une prévention effective et une réponse rapide aux crises émergentes sur le continent africain et ailleurs, les Nations Unies ont progressivement renforcé leur partenariat avec l’UA durant les dernières décennies. Le Niger s’engage activement dans les OP menées par l’UA. En déployant des contingents militaires dans les OP en terre africaine, le Niger se donne la priorité de renforcer l’effort de paix au niveau régional. Ainsi, de 2004 à 2007, les forces nigériennes ont participé à l’opération de l’UA dans la région du Darfour, dans l'Ouest du Soudan (MUAS) pour surveiller l'application d'un cessez-le-feu. En 2007, la MUAS est remplacée par la MINUAD, opération hybride de l'UA et des Nations Unies à laquelle le Niger continue de participer. Depuis janvier 2015, le Niger participe à la Force multinationale mixte (MNJTF) pour lutter contre l’insurrection de l’organisation terroriste Boko Haram. Il s’agit d’une coalition d’États ad hoc avec allégeance à l’UA. Au Sud-Est, le Niger fait lui-même face à de fréquentes attaques de la milice nigériane Boko Haram.

 

COOPÉRATION MULTILATÉRALE

La République du Niger est très active en matière de coopération régionale. Le pays est membre de plusieurs organisations régionales et sous-régionales. Non seulement il fait partie de la CEDEAO, mais aussi de la Commission du bassin du lac Tchad et de la Communauté des États sahélo-sahariens. Le Niger a aussi adhéré à l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) en 1969, organisation panislamique prête à soutenir des OP dans les pays musulmans. Le Niger coopère avec l’Union Européenne qui a développé, depuis 2012, la mission EUCAP Sahel Niger, un programme de soutien multisectoriel aux autorités nigériennes en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée. D’autres partenaires stratégiques sont la Chine et les États-Unis. Le programme international Flintlock, mené par les Etats-Unis, vise à renforcer les capacités militaires des armées sahéliennes dans leur lutte contre les groupes djihadistes. Dans ce cadre, un exercice militaire conjoint a eu lieu dans la base américaine d'Agadez, au Niger en avril 2018. En outre, une coopération Sud-Sud de plus en plus approfondie prend corps et permet à des États comme le Maroc, le Bénin, le Mali et le Burkina Faso d’ouvrir les portes de leurs centres de formation aux stagiaires nigériens et inversement.

Au niveau francophone, le Niger entame des projets de coopération avec l’Organisation Internationale de la Francophonie et des pays comme la France ou la Belgique pour consolider son expertise militaire en maintien de la paix. Les relations militaires franco-nigériennes se basent autour de trois axes : des programmes de formation et d’entraînement, dont des exercices avec d’autres armées africaines ; une coopération bilatérale incluant des livraisons d’équipements militaires ; et des forces françaises déployées au Niger, actuellement dans le cadre de l’opération Barkhane.


Le Niger participe régulièrement à des opérations multilatérales avec ses partenaires stratégiques. Ainsi en 1994, les contingents nigériens ont été déployés dans le cadre de coalitions de forces en terre africaine pour participer à l’Opération Turquoise au Rwanda avec la France et 5 autres pays africains. Depuis février 2014, les forces nigériennes participent au G5 Sahel (G5S) aux côtés de la Mauritanie, du Mali, du Burkina Faso et du Tchad, pour lier le développement économique et la sécurité de ces pays et pour lutter ensembles contre le terrorisme. Le G5S coopère étroitement avec les forces de l’opération militaire française Barkhane, notamment lors de l’opération Mangouste en 2014. Depuis juillet 2017, une force militaire anti-terroriste conjointe (FCG5S) est mise en place, composée de cinq bataillons de 750 hommes, soit un bataillon par pays. L’objectif principal est la lutte anti-terroriste, mais aussi le combat du trafic de drogue, d'armes et de migrants. Le poste de secrétaire permanent de la FCG5S est confié au Nigérien Mamane Sidikou.


Mountaga Diagne

Doctorant et chargé de cours


Fiche mise à jour le 1 juillet 2018 par Léonie Kunze,
Stagiaire au Centre d'Etude des Crises et des Conflits Internationaux (CECRI)