Historique de l'opération ONUST

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ONUST       Égypte Israël Jordanie Liban Syrie

Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve

 

L’organisme des Nations unies chargé de la surveillance de la trêve, l’ONUST, fut créé par la résolution 50 le 29 mai 1948 avec le mandat de surveiller, au Moyen-Orient, les cessez-le-feu et les Conventions de l'Armistice général suivant les guerres israélo-arabe, de circonscrire les incidents isolés et de les empêcher de dégénérer en conflit généralisé ainsi que d'aider les autres opérations de maintien de la paix déployées dans la région (FINUL, FNUOD, FMO). Ses activités se déroulent sur le territoire de cinq États (Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Syrie). Il existe depuis 65 ans et est la première opération de maintien de la paix crée par les Nations unies. Il s’agit aussi de la seule opération de maintien de la paix dont le mandat n'est jamais renouvelé par le Conseil de sécurité.



C’est dans la genèse du conflit Israélo-arabe que l’ONUST se crée. Après  la Deuxième guerre mondiale, les grandes puissances ont pour objectif de créer un État nouveau pour le peuple juif. La création de l’État d’Israël est alors perçue comme un moyen de dédommager la population juive victime du génocide de la Seconde guerre mondiale. Ainsi, l’Assemblée Générale des Nations unies approuve une résolution qui prévoit de séparer le territoire palestinien en deux États et de confier à Jérusalem un statut international. Ce projet est rejeté par les arabes venant de Palestine mais aussi par les autres pays arabes entourant celle-ci.




La situation se complique le 14 mai 1948 suite au retrait du mandat britannique sur la Palestine et à la proclamation de l’État d’Israël. Le lendemain, avec l’aide des autres pays arabes, les Palestiniens lancent les hostilités contre le nouvel État. D’abord communautaire, le conflit prend vite une ampleur régionale.




Face à cette montée de violence, le Conseil de sécurité adopte le 29 mai 1948 la résolution 50 (1948) demandant la cessation des hostilités et décidant du déploiement d’un groupe d’observateurs militaires chargé de surveiller la trêve. La résolution 50 donne donc naissance à l’Organisme des Nations unies chargé de la surveillance de la Trêve (ONUST)  qui débute en juin 1948. Les observateurs militaires sont déployés à partir du 11 juin 1948 sur le territoire Israélo-Palestinien ainsi qu’en Égypte, en Jordanie, au Liban et en République arabe syrienne. On y compte 70 militaires et 50 gardes, sous l’égide du médiateur le Comte Bernadotte de Suède ; celui-ci est toutefois assassiné le 17 septembre 1948 par des extrémistes israéliens. En 1949, les observateurs militaires de l´ONUST se voient confier la mission supplémentaire de surveiller l’application des Conventions d´armistice entre Israël et ses voisins arabes

Les Conventions d’armistice de 1949

Les Conventions d’armistice de 1949 sont au nombre de quatre et sont administrées par quatre commissions mixtes, sous l’égide du chef de la mission de l’ONUST. Chaque commission comporte autant de délégués israéliens que de délégués arabes provenant du pays concerné. Le but de ces conventions est de maintenir la stabilité dans la région du Moyen-Orient  en mettant fin à la guerre israélo-arabe de 1948 à 1949, mais leur nombre témoigne de la fragilité de la résolution du conflit.

 

•             La commission israélo-jordanienne :

 

La présence à la fois d’Israéliens et de Jordaniens au sein de la vieille cité de Jérusalem et de l’Ouest de Jérusalem relève d’enjeux majeurs pour les deux populations.




Le travail de la commission aboutit à la signature de la  Convention d’armistice du 3 avril 1949. Celle-ci instaure une partition entre Israël et la Jordanie ainsi qu’une zone neutralisée  marquée par les lignes artificielles verte et rouge. Cette convention établit le Government House à proximité de cette zone.

•             La Commission israélo-libanaise :

La Convention d’armistice est signée le 23 mars 1949. Celle-ci a pour objectif principal de revenir aux frontières internationalement reconnues avant le conflit ainsi que d’arriver au retrait des forces israéliennes de 13 villages libanais sous occupation israélienne.

•             La Commission israélo-syrienne :

La Convention d’armistice est signée le 20 juillet et procède au retrait des forces syriennes sur le territoire israélien ainsi qu’à la mise en place d’une zone démilitarisée.

 

  • La Commission israélo-égyptienne :

 

 

Cette convention est signée le 24 février 1949 et  prévoit le retour aux frontières reconnues avant le conflit, une zone démilitarisée ainsi que la libération des troupes égyptiennes.




Ces Conventions d’armistice sont toutefois rapidement violées. Face à la reprise des hostilités en Palestine,  le Conseil de Sécurité décide le 15 juillet 1948, à travers la résolution 54, que l’ONUST doit maintenir sur place ses observateurs militaires afin de surveiller leur mise en place effective ainsi que le maintien du cessez-le-feu et la poursuite des efforts de la démilitarisation de la ville de Jérusalem. Le mandat de l’ONUST est alors renouvelé.

Évolutions de l’ONUST

La structure de L’ONUST  et son mandat sont modifiés suite aux évènements marquant la violation des conventions d’armistices après les guerres de 1956, 1967 et 1973. C’est ainsi que les résolutions 242 (1967) et 338 (1973) lui confient non plus seulement la surveillance du respect des Conventions d’armistice mais aussi la mission de « circonscrire les incidents isolés et les empêcher de dégénérer en conflit généralisé ».

La crise de Suez (octobre 1956-mars 1957) :

La crise de Suez, qui éclate suite à la nationalisation du Canal de Suez  sur le territoire égyptien, aboutit à la création de la FUNU 1, à laquelle l’ONUST apporte son aide. Les observateurs de la mission sont déployés le long de la ligne de cessez- le- feu entre les Égyptiens et les Israéliens dans le Sinaï, afin de s’interposer entre les forces égyptiennes et israéliennes sur la ligne de cessez-le-feu, remplaçant ainsi les Franco-britanniques dans la zone du Canal de Suez à partir du 15 novembre 1956. La FUNU 1, dont la mission est d’ « assurer et superviser la cessation des hostilités, y compris le retrait des forces armées françaises, israéliennes et britanniques du territoire égyptien, et, après le retrait, s'interposer entre les forces égyptiennes et israéliennes », se retire en 1967 suite à la demande du gouvernement égyptien.




C’est dans ce même contexte que dès 1956, l’ONU décide d’installer des groupes d’observateurs permanents dans la région du Lac de Tibériade et dans la vallée de la Houla dans le secteur séparant la Syrie et Israël. Ces groupes d’observateurs ont pour mission de patrouiller le long des Lignes de démarcations issues de l'armistice et de supervisé une zone neutre dans la Ville Sainte et des deux zones démilitarisées du lac de Tibériade et de la vallée de la Houla. Après 1967, ces groupes seront déplacés sur les hauteurs du  Golan. Six groupes d’observateurs seront placés de chaque côté de la zone tampon.




La guerre de six jours (5 juin-10 juin 1967) :


Ce conflit oppose Israël à la Syrie, la Jordanie et l’Égypte. Il nait face à l’occupation de divers territoires arabes par Israël, triplant sa superficie d’avant le conflit. L’Égypte est envahie dans la bande de Gaza et le Sinaï. La Syrie perd le Golan. En Jordanie, la Cisjordanie ainsi que Jérusalem Est  sont occupés par les Israéliens.



L’ONUST a joué un rôle important avec la mise en place d’un cessez-le-feu  durant la guerre de 1967. En effet, après avoir condamné les violations du cessez-le-feu en Syrie dans sa résolution 236 du 11 juin 1967, le Conseil de sécurité exige un retour, avec l’aide de l’ONUST, aux positions de cessez-le-feu datant d’avant le 10 juin 1967 à 16h30. Des postes d’observations sont mis en place. Initialement quatre bases sont installées du côté israélien et cinq sur le côté syrien. Le nombre de postes d’observations est augmenté par la suite pour atteindre respectivement les chiffres de sept et neuf.




Dans sa résolution 242, le Conseil de Sécurité souligne « l'inadmissibilité de l'acquisition de territoires par la guerre et la nécessité d'œuvrer pour une paix juste et durable permettant à chaque État de la région de vivre en sécurité ». Il demande alors le retrait des forces israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit et la cessation des hostilités en respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique de chaque pays de la région.




Les Israéliens présents en Égypte se retirent sur le côté Est du Canal de Suez et deux postes d’observation  sont créés des deux côtés de celui-ci à partir de juillet 1967.  Des observateurs supplémentaires sont ensuite déployés dans le secteur.




Bien qu’il n’y ait pas d’affrontements au Liban ni de violations de la ligne de démarcation suite aux évènements de 1967, l’arrivée massive au sud du pays de réfugiés palestiniens venant de l’Ouest de Gaza a des conséquences sur les relations israélo-libanaises. Des groupes de résistance armés se forment et des tensions commencent à partir de 1972  pour finalement aboutir en 1978 à un conflit armé le long de la ligne de démarcation ainsi qu’à l’invasion israélienne du Liban.




En conséquence, le Conseil de Sécurité adopte le 19 mars 1978 les résolutions 425 et 426 par lesquelles il crée la FINUL (force intérimaire des Nations unies au Liban), qui a pour but de superviser le retrait des forces israéliennes, de préserver la paix et la sécurité internationale ainsi que de maintenir l’autorité effective du gouvernement libanais sur son territoire. Déjà présent dans la région, l’ONUST travaille alors en partenariat avec la FINUL. Après le conflit, devant la gravité de la situation et malgré les efforts fournis, le Conseil de Sécurité adopte le 3 mai 1978 la résolution 427 qui augmente le nombre d’observateurs de 4 000 à 6 000 hommes. Ainsi, cinq postes d’observation sont ainsi établis le long de la ligne rouge et six postes d’observation s’installent dans le sud du Liban (à Lab, Hin, Ras, Mar et Khiam).

La guerre d’octobre (6 octobre-24 octobre 1973) :

La guerre d’octobre, ou du Kippour, oppose Israël à la coalition entre la Syrie et l’Égypte suite au lancement par ces deux derniers d’une attaque-surprise le 6 octobre 1973. Cette attaque est lancée dans le Sinaï et le Golan occupés par les Israéliens depuis la guerre de 1967. Les autorités israéliennes ripostent aux attaques en pénétrant en Syrie et en traversant le Canal de Suez. Les Israéliens avancent dans l’Ouest et le Sud de l’Égypte.




Le Conseil de Sécurité adopte alors la résolution 338, dans laquelle il exige un cessez- le- feu. Suite au non-respect  de cette résolution, la résolution 340 est adoptée. Cette dernière augmente le nombre d’observateurs militaires des deux côtés de la ligne de démarcation séparant l’Égypte et Israël. Cette aussi via cette résolution que la FUNU 2 est créée.

Évolutions récentes

Les évolutions récentes de l’ONUST sont liées au conflit syrien. À partir du 5 avril 2012, des membres de l’ONUST sont envoyés en Syrie aux côtés des observateurs de la mission onusienne créée afin de superviser et de contrôler l’arrêt de la violence armée en Syrie. Suite à l’arrivée à terme, le 19 août 2012, du mandat de la Mission de supervision des Nations unies en Syrie (MISNUS), le Bureau de liaison des Nations unies en Syrie est créé (l’UNLOS). Ainsi aujourd’hui l’ONUST apporte son aide à ce dernier.

Défis :

La mission de l’ONUST fait face à de nombreux défis du à la complexité du conflit au Moyen-Orient. Toutefois l’ONUST conserve un rôle important dans la région. Comme Kofi Annan l’a souligné, « (…) l’Organisme des Nations unies chargé de la surveillance de la trêve, la Force des Nations unies chargée d’observer le dégagement et la Force intérimaire des Nations unies au Liban – jouent un rôle crucial pour ce qui est du maintien de la sécurité régionale. Les Nations unies fournissent une assistance considérable permettant de répondre aux besoins de base des Palestiniens dans l’ensemble de la région ».




Un des défis majeurs reste toutefois selon lui la limitation des capacités des opérations de maintien de la paix déployées dans le cadre du conflit israélo-arabe. En particulier le cas de la FINUL, en vertu de la difficulté d’application de la résolution 1701 de 2006.

Structure de l’ONUST

Au total, en date du 31 janvier 2013,  on compte 395 effectifs déployés au service de l’ONUST dont 162 sont membres du personnel en uniforme en tant qu’observateurs militaires et 233 sont membres du personnel civil. L’ONUST est attachée à différentes missions de maintien de la paix déployées dans la région du Moyen-Orient. Son action est complémentaire de celles de la Force des Nations unies chargée d’observer le dégagement (FNUOD) dans les hauteurs du Golan (cette Force est assistée par 76 observateurs militaires de l’ONUST) et de la Force Intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Un groupe d´observateurs reste dans le Sinaï pour maintenir une présence des Nations unies dans cette péninsule. Il y a également des groupes d´observateurs à Beyrouth et à Damas. 150 observateurs sont déployés dans le Golan, au Sud du Liban, au quartier général de Jérusalem, à Beyrouth, à Ismaïlia en Égypte et à Damas et sont encore présents aujourd’hui.




50 vies humaines ont été perdues depuis la création de la mission. Son quartier général, le Government House, se situe à Jérusalem. La mission de l’ONUST compte 25 pays contributeurs.




Le lien ci-dessous donne une indication sur l’emplacement des postes d’observations ainsi que des postes avancés.

http://www.un.org/Depts/Cartographic/map/dpko/untso.pdf




Pour l’année 2012-2013, le budget de l’ONUST s’élevait à 70 280 900 dollars américains.






25 mars 2014

Rédigé par Sonia Rhoades

Stagiaire au
Centre d’étude des crises et des conflits internationaux (CECRI), Institut de Science politique Louvain-Europe (ISPOLE), Université catholique de Louvain