Fiche d'information de l'État : Nigéria Nigéria

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Nigéria

La République du Nigéria, est un État fédéré d'Afrique Occidentale indépendant depuis octobre 1960. Le pays a adhéré à trois organisations habilitées à conduire des opérations de paix : l'ONU (1960), l'Union africaine (1963) et la CEDEAO (le 28 mai 1975).

STRUCTURES DÉCISIONNELLES POLITIQUES ET MILITAIRES

En vertu de sa constitution fédérale (adoptée en 1999), le Nigéria affirme son attachement aux principales conventions internationales en faveur de la paix. La politique de défense est décidée par le Président de la Fédération en accord avec l'Assemblée Nationale. Le président assume la fonction de commandant général des forces armées et a le pouvoir de déterminer l'utilisation opérationnelle de ces forces à l'intérieur et à l'extérieur du territoire fédéral. Il a aussi le pouvoir de nommer les chefs d'État-major de toutes les branches des forces armées de la fédération (armée de terre, armée de l'air et armée navale).


Au niveau national, bien que le Nigéria ait connu une longue période d'instabilité politique depuis l'indépendance, le pays s'est engagé progressivement dans une voie de résolution pacifique des différends (luttes ethniques, conflits de propriété, divergences religieuses entre chrétiens et musulmans ...). Plusieurs structures de prévention et de résolution des conflits ont ainsi été créées dans cette perspective. Il s'agit du Bureau pour la coordination de la sécurité nationale au Nigéria, des Services de sécurité de l'État (SSS), de l'Agence nationale des renseignements (NIA) et de l'Agence de renseignement de la défense (DIA). Ces agences sont principalement intéressées par la sécurité de l'État et du gouvernement contre toute agression intérieure ou extérieure.


Au niveau international, l'expérience du Nigéria en matière de maintien de la paix s'est surtout manifestée dans le cadre de ses structures militaires (armée de terre, navale et armée de l'air). L'Armée de terre est historiquement la branche la plus impliquée dans les opérations de maintien de la paix. En effet, depuis 1960, celle-ci fournit le plus grand nombre d'unités réparties en divisions d'infanterie, de brigades d'artillerie, etc. Elle a démontré ses capacités de mobilisation, de déploiement et de support des unités d'intervention dans le cadre des opérations de paix en ex-Yougoslavie, en Angola, en Somalie et en Sierra Leone. L'armée de l'air (composée de quelques unités d'hélicoptères et d'avions de chasse à capacité opérationnelle réduite) a fortement contribué au maintien de la paix, notamment au Tchad, en Angola, au Liban, en ex-Yougoslavie et au Koweït. Ainsi, elle a pris part à des opérations telles que : la réalisation de ponts aériens, le transport des troupes, le soutien logistique, la surveillance et le travail de liaison ; l'évacuation des blessés et l'organisation des secours, le contrôle du trafic aérien, le maintien de la sécurité de la base aérienne.


En plus de son armée nationale, le Nigéria a su aussi compter sur sa police pour ses activités de maintien de la paix. Par exemple, dans le cadre de la MINUL (Libéria, 2003) et de la Mission de l'ONU pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) en 2004, 142 et 133 policiers ont été déployés.


En dehors du cadre institutionnel, le Nigéria s'est beaucoup impliqué dans la formation pour le maintien de la paix. La stratégie des autorités est basée sur un programme national établi par l'École Militaire Nationale, le Centre de Recherche sur la Paix et la Résolution des Conflits, l'Académie Diplomatique, l'Institut International pour la Paix ainsi que par d'autres institutions telles que l'École d'Infanterie, le Collège de l'Etat-Major et l'École de Police. Au final, grâce à ces écoles de formation, les forces armées du Nigéria se sont exercées à des entraînements intensifs qui s'ajoutent à l'expérience acquise et qui cherchent toujours à s'adapter à la réalité des missions de paix de l'ONU et de l'UA sur le terrain.

LA QUÊTE D’UN LEADERSHIP AFRICAIN A TRAVERS LE DEPLOIEMENT D’UNE POLITIQUE DE MAINTIEN DE LA PAIX

La République fédérale du Nigéria est actuellement un membres des Nations unies qui contribue le plus souvent à la construction et la consolidation de la paix sur le continent africain ou ailleurs ; ceci dans le cadre des opérations de maintien de la paix des Nations unies ou celles de la CEDEAO (Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest). Au 30 août 2016, le pays est classé 14e au niveau des contributeurs de contingents pour les opérations de maintien de la paix.

L'effacement progressif des anciennes grandes puissances comme la France et la Grande-Bretagne en Afrique de l'Ouest a permis au Nigéria de jouer un rôle stabilisateur de premier plan dans la sous-région.. Le pays a ainsi déployé une véritable politique régionale en faveur du maintien de la paix. En effet, la section 19 de la constitution nigériane de 1999 met en avant dans les objectifs de politique étrangère du pays ; la promotion du développement économique, de l’intégration, de l’unité, de la paix et la sécurité en Afrique et dans le reste du monde. Cette affirmation constitutionnelle se traduit dans les faits à travers le déploiement d’une véritable politique régionale de sécurité. Les chercheurs de la fondation Friedrich-Ebert-Stiftung soulignaient dans un rapport que « the national security policy of Nigeria provides the framework with which the calculation of instrumental responses (military, economic, social, health, etc.,) to these multiple threats must proceed”. De plus, en mettant en avant le maintien de paix au niveau régional dans ses objectifs de politique étrangère, le Nigeria prend en compte les effets de l’insécurité régionale sur sa sécurité nationale et l’intégrité territoriale du pays. De ce fait, la « Nigeria’s National Defence Policy » de 2006 décrit l’environnement sécuritaire du Nigeria et souligne les lignes directrices dans l’emploi des forces armées afin de maintenir l’intégrité territoriale du pays.

L’omniprésence du Nigeria sur les théâtres conflictuels principalement africains puis internationaux, démontre une volonté de s’imposer en tant que leader sur le continent africain. En perpétuel concurrence économique, politique et militaire avec l’Afrique du sud pour le leadership africain, le Nigéria a su mettre à profit ses différentes ressources en faveur de ses actions de projection de puissance. En effet, considéré comme le pays le plus peuplé d’Afrique et disposant de ressources financières suffisantes grâce aux revenus des ressources pétrolifères, le Nigeria a les moyens de ses ambitions. Cet activisme du pays est encouragé par la régionalisation du maintien de la paix suite au retrait des puissances occidentales.


Particulièrement en Afrique de l’Ouest, le Nigeria est apparu comme le gendarme en faveur du rétablissement de la paix. De plus, le pays a joué un rôle pacificateur de premier plan en matière de médiation, notamment dans les crises libérienne ou ivoirienne, lui conférant ainsi une stature de puissance régionale. Cette politique a permis au Nigeria d’acquérir une certaine reconnaissance, non seulement dans son voisinage immédiat mais aussi au niveau de la communauté internationale. Fort de ses différentes expériences onusiennes et avec l’ECOMOG (Economic Community of West African States Cease-fire Monitoring Group), le pays est apparu comme un acteur militaire et diplomatique incontournable en Afrique. De ce fait, le Nigeria espérait, à travers ses actions en faveur du maintien de la paix, faire partie des membres permanents d’un futur conseil de sécurité reformé.

LE DECLIN DU NIGERIA EN TANT QUE PUISSANCE REGIONALE

La quête d’un leadership africain par le Nigeria semble aujourd’hui être entravée par les menaces sécuritaires internes du pays. En effet, le pays a été affaibli par les actions du groupe islamiste Boko Haram, principalement actif dans le nord et dans le bassin du Lac Tchad. Originaire du nord-ouest du Nigéria, ce groupe fut créé par Mohamed Yusuf en 2002 à Maiduguri et s’apparentait à un « simple » mouvement contestataire. Au fil des années, il s’est transformé en un groupe terroriste particulièrement violent. Le groupe a clairement affiché ses velléités expansionnistes depuis son allégeance au groupe Etat islamique en 2015. Les actions terroristes de Boko Haram ont par conséquent conduit à une régionalisation de la menace et à une urgence humanitaire avec la formation de camps de réfugiés précaires au Niger et au Tchad. En dépit des querelles récentes de leadership au sein du groupe et des actions militaires conjointes des pays frontaliers du bassin du Lac Tchad (Cameroun, Niger, Tchad), Boko Haram reste présent. Loin d’être affaibli, le groupe continue de mener des actions terroristes kamikazes ciblées sur les populations.


Ce problème sécuritaire a mis en évidence les lacunes institutionnelles et militaires du pays ainsi que son incapacité à assurer sa propre sécurité. Les problèmes internes causés par le groupe et la menace qu’il fait peser sur la sécurité régionale ont ébranlé la posture de puissance régionale du Nigeria. Le pays, sous la direction de Goodluck Jonathan, n’avait pas su donner un réponse adéquate à ce problème sécuritaire. Quant au gouvernement de Muhammadou Buhari, qui avait promis d’éradiquer le groupe d’ici décembre 2015, il n’y est pas totalement parvenu en dépit de plusieurs remaniements au sein de l’encadrement des forces armées nigérianes.


Le pays est apparu aux yeux de la communauté internationale comme incapable de se protéger lui-même. Dans le rapport de la fondation Friedrich-Ebert-Stiftung, les experts affirment que « Nigeria faces critical housekeeping challenges which cannot allow it to protect its obvious hegemonic advantages effectively. Nigeria cannot provide effective sub-regional leadership when it has not done so in the area of leadership at home”.


De plus, le Nigeria n’est plus la première puissance économique africaine. En effet, selon des données de juillet 2016 du FMI, le Nigeria a été devancé par l’Afrique du Sud au rang de première puissance économique du continent. Avec la chute des cours mondiaux du pétrole, le pays fait face à une crise économique et financière ainsi qu’à la chute de sa devise nationale : le Naira. Le pays dépend en grande partie des revenus des hydrocarbures et reste très affaibli par l’instabilité des prix du pétrole.

 

LE NIGÉRIA ET LES OPERATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX

Sous l'égide de l'Union Africaine et de la CEDEAO

Le Nigéria a toujours été un grand fournisseur non seulement de troupes militaires mais aussi de ressources logistiques et financières pour les opérations de l'ECOMOG. Selon le rapport de l'AHSI (African Human Security Initiative) de 2004, le Nigéria a contribué à hauteur de 5 % des troupes armées et de 90 % des fonds pour les opérations de l'ECOMOG, pendant la crise au Libéria. La mission de l'Union Africaine au Soudan, dans la province du Darfour (MUAS) a aussi exigé un personnel militaire nigérian de plus de 2250 unités (composés de 2000 soldats et 150 forces de police) sur une totalité de 6900. Ces différentes interventions sur le terrain n’ont pas forcément rencontré le succès escompté et le comportement de certains militaires nigérians fut loin d'être exemplaires. Toutefois, ces opérations furent, pour le Nigéria, un argument de poids pour soutenir les efforts de négociation en vue de trouver des solutions politiques et pacifiques durables.

 

Sous l'égide de L'ONU

Le Nigéria participe activement aux efforts pour la paix dans le monde et contribue grandement aux effectifs onusiens. Au 30 août 2016, les effectifs nigérians au sein des opérations de maintien de la paix s’élèvaient à 2170, dont 403 policiers, 46 experts militaires et 1721 hommes de troupes.


La première intervention du Nigéria pour le maintien de la paix date de 1960. A l’époque, la jeune Armée Nationale et la Police furent déployées au Congo dans le cadre de la mission onusienne (ONUC). En effet, le 14 juillet 1960, le conseil de sécurité des Nations Unies autorisa le déploiement d’une mission afin d’assurer le retrait des forces belges, aider le gouvernement à rétablir l'ordre public et fournir une assistance technique. Dans ce contexte, 1350 soldats nigérians ont été déployés. La mission a pris fin en 1964. Aujourd’hui, le personnel nigérian est toujours présent au Congo à travers la MONUSCO. Le pays a en effet dépéché 25 personnes sur place.


Depuis lors, le Nigeria a participé à plusieurs missions onusiennes. Un article du Singaporean journal of business economics and management studies a recensé cette participation comme suit :


- United Nations Security Force in West New Guinea (UNSF) 1962-1983

- United Nations India-Pakistan Observer Mission (UNIPOM) 1965-1966

- United Nations Interim Force in Lebanon (UNIFIL) 1978-1983

- United Nations Iran-Iraq Military Observer Group 1988-1991

- United Nations Angola Verification Mission (UNAVEM I) 1989-1991

- United Nations Angola Verification Mission (UNAVEM II) 1991-1992

- United Nations Angola Verification Mission (UNAVEM III) 1992-1995

- United Nations Transition Assistance Group (UNTAG) in Namibia 1989-1990

- United Nation Iraq-Kuwait Observer Mission (UNIKOM) 1991

- United Nations Interim Mission Kosovo (UNMIK) 1991

- United Nations Transitional Authority in Cambodia (UNTAC) 1992-1993

- United Nations Operation in Somalia (UNOSOM I) 1992-1995

- United Nations Operation in Somalia (UNOSOM II) 1992-1995

- United Nations Protection Force (UNPROFOR) in Yugoslavia 1992-1993

- United Nations Operation in Mozambique (UNOSOZ) 1992-1995

- United Nations Mission in Sierra Leone (UNOMSIL) 1992 onwards

- United Nations Mission in Bosnia and Herzegovina (UNMIBH) 1993

- United Nations Assistance Mission in Rwanda (UNAMIR) 1993-1995

- United Nations Confidence Restoration Operation in Croatia (UNCRO) 1993-1995

- United Nations Mission of Observers in Tajikistan (UNMOT) 1994-2000

- United Nations Group in the Aouzou Strip, Libya/Chad (UNASOG) 1994

- United Nations Prevention Deployment in Macedonia (UNPREDEP) 1995-2000

- United Nations Transitional Administration for Eastern Slovenia, Baranja, Western Sirmium in Croatia (UNTAES) 1996-1998

- United Nations Observer Mission in Previakia (UNMOP) 1996-2000

- United Nations Observer Mission in Angola (MONUA) July 1997

- United Nations Civilian Police Support Group, Dambe Region, Croatia 1998

- United Nations Mission in Democratic Republic of Congo (MONUC) 2000

- United Nations Transition Authority in East Timor (UNTAET) 2000

 

A l’heure actuelle, le Nigeria participe à plusieurs missions de l’ONU, notamment en Centrafrique, au Sahara occidental, au Mali, en Haïti, au Libéria, au Darfour, au Soudan du Sud et en Côte d’Ivoire. En termes d’effectifs engagés, la plus importante contribution actuelle du Nigéria reste la mission au Darfour (UNAMID) avec 928 soldats, 2 experts militaires et 98 policiers (août 2016).


Mountaga Diagne
Doctorant et chargé de cours, Université du Québec à Montréal
Fiche mise à jour le 10 octobre 2016 par Ndeye Ndebane SARR,
Stagiaire au Centre d’Etude des Crises et des Conflits (CECRI), Université Catholique de Louvain (UCL)