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Norvège

Le Royaume de Norvège est un État d’Europe septentrionale. Il fait partie de ce que l’on appelle communément les pays scandinaves ou pays nordiques. La Norvège est membre-fondateur de trois organisations internationales habilitées à conduire des opérations de paix : l’ONU (1945), l’OTAN (1949) et l’OSCE (1975).

Politique du maintien de la paix

L’implication de la Norvège dans la diplomatie multilatérale date de près d’un siècle, le pays ayant été en 1920 un membre fondateur de la Société des Nations. Le dernier président de l’Assemblé générale de cette organisation, avant sa dissolution en 1946, était d’ailleurs un Norvégien, Joachim Hambro. L’adhésion de la Norvège à l’ONU s’est donc faite naturellement, tout comme l’élection de son ancien ministre des Affaires étrangères, Trygve Lie, en tant que premier Secrétaire général de l’ONU. M. Lie, qui restera à la tête de l’ONU de 1946 à 1952, avait auparavant présidé, lors de la Conférence de San Francisco ayant posé les jalons de l’ONU (avril - juin 1945), la commission chargée de rédiger le chapitre de la Charte de l’ONU traitant du Conseil de sécurité.

 

Provenant d’un État de taille moyenne sans passé colonialiste, sans grands d’intérêts économiques et stratégiques en dehors de son voisinage direct, mais jouissant d’une tradition de règlement pacifique des différends, les Casque bleus norvégiens disposent des atouts nécessaires pour bénéficier d’une grande crédibilité dans les OMP, tant auprès des populations locales que des parties en conflit et des autres contingents onusiens. De plus, en tant que pays prospère et pacifique où règne une grande paix sociale et dont les habitants comptent parmi les plus heureux au monde, la Norvège peut aisément passer pour un modèle de soft power sur les plans diplomatique et culturel. Par ailleurs, la Norvège est soucieuse de défendre un ordre international qui lui soit favorable, c'est-à-dire un ordre international qui soit basé sur la loi plutôt que sur la puissance et qui permette de prévenir les conflits pouvant affecter la stabilité politique et économique du monde.

 

L’implication de la Norvège dans les OMP repose sur le concept de « politique d’engagement » développé par le ministère des Affaires étrangères au fil des décennies. Selon le dernier Livre blanc du ministère des Affaires étrangères, document datant de 2009 et intitulé Interests, Responsibilities and Opportunities : The main features of Norwegian foreign policy(1), la politique d’engagement de la Norvège dans les OMP est justifiée par : une responsabilité morale face aux pays en conflits, la sauvegarde des intérêts de la Norvège et la position et l’expertise unique du pays dans les OMP (2). Les domaines de prédilection et de spécialisation des Norvégiens déployés dans le cadre d’OMP sont la protection des civils (avec notamment la collaboration du Norwegian Refugees Council), la consolidation de la paix, la dimension genre et la réforme du secteur de la sécurité (RSS). Les zones géographiques privilégiées par la Norvège sont l’espace européen ainsi que l’Afrique de l’est.

 

De leur côté, les forces armées norvégiennes se donnent notamment comme objectifs, dans leur Livre blanc sur la Défense de 2008 (3), « de contribuer à la paix, à la stabilité, à l’application du droit international et du respect des droits humains et de prévenir l’usage de la force, par des acteurs étatiques et non-étatiques, contre la Norvège et l’OTAN ». Ces objectifs peuvent être atteints entre autres grâce « à une participation aux opérations de paix multinationales et à une coopération internationale de défense ». A ce titre, les forces norvégiennes ont notamment pour tâche de « contribuer à la gestion multinationale des crises » et de « fournir un soutien militaire à la diplomatie ».

 

Enfin, il est difficile d’aborder la politique de maintien de la paix de la Norvège sans évoquer la collaboration du pays en la matière avec la Finlande, la Suède, le Danemark et l’Islande. Les trois premiers pays organisent en effet des exercices militaires conjoints depuis les années 1960. Cette coopération militaire à portée défensive s’est depuis propagée au Danemark et à l’Islande, ainsi qu’à d’autres domaines, militaires et civils, dont les opérations de paix. Un Bataillon nordique a notamment pu être mis en place et déployé dans le cadre de l’IFOR en 1996. Cette collaboration s’est finalement institutionnalisée en 1997 avec l’établissement du Nordic Coordinated Arrangement for Military Peace Support (NORDCAPS) dont le but était d’adapter et d’améliorer la coopération de ces pays dans le domaine des OMP. Le programme de formation aux OMP de NORDCAPS est probablement la plus belle réussite de la coopération nordique, puisqu’elle a permis au fil des années à des milliers de personnes provenant de dizaines de pays différents de se doter des outils nécessaires à une participation efficace à des missions de paix. Depuis 2009, NORDCAPS est devenu NORDEFCO (Nordic Defence Coordination) et en janvier 2011, les pays Baltes ont été invités à se joindre à cette organisation.

Structures décisionnelles

La Constitution norvégienne, qui date de 1814, est la deuxième plus vieille au monde. Elle ne comporte donc aucune mention sur une éventuelle participation à des opérations de paix. On pourrait même suggérer que le déploiement de soldats norvégiens hors du pays serait anticonstitutionnel, puisque l’article 25 de la Constitution stipule que ceux-ci « ne peuvent être engagés au service de puissances étrangères ». Cette disposition est toutefois interprétée dans le contexte de l’époque, alors que l’inquiétude des dirigeants était de voir le roi de Suède, qui régnait alors sur la Norvège, envoyer des troupes norvégiennes à l’étranger sans le consentement du gouvernement local. Cette limitation est donc vue comme ne s’appliquant pas à l’envoi de troupes norvégiennes dans le cadre d’OMP.

 

Le processus d’envoi de troupes norvégiennes dans des missions de paix s’est amélioré au fil du temps et des divers engagements militaires du pays avec l’ONU, grâce notamment à une bonne coopération pan-gouvernementale. Afin que la Norvège puisse déployer des troupes au sein d’une OMP, il faut tout d’abord que cette mission soit dûment autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU. Une fois adoptée la résolution établissant le mandat de la mission à venir, le gouvernement, plus précisément le ministère des Affaires étrangères et le ministère de la Défense, étudie cette requête, puis la partage avec un comité parlementaire composé des chefs des partis siégeant au Storting (Parlement). Ce comité fixe ensuite les contours, les conditions et les limitations du futur engagement. Il est de coutume que le gouvernement suive les recommandations de ce comité, même s’il n’est pas légalement tenu de le faire. Les prérogatives du Storting, en ce qui a trait au budget, nécessitent toutefois dans les faits l’assentiment de ce dernier pour tout déploiement. Ce processus assure en général une approbation rapide – ou le cas échéant, un refus rapide – au vu du nombre réduit de personnes incluses dans la prise de décision. Il est important d’ajouter que la tradition veut qu’avant chaque déploiement, les ministres de la Défense de la Norvège, de la Suède et de la Finlande se concertent à des fins de coopération. Le nombre maximal de soldats norvégiens pouvant être déployés dans les OMP a longtemps été de 2000. Ce plafond a cependant été aboli récemment, puisque n’ayant jamais été atteint.

Évolution de la participation

La première participation de la Norvège à un déploiement onusien remonte à 1948, avec l’envoi d’un contingent d’observateurs militaires au Moyen-Orient, dans le cadre de l’ONUST. Depuis cette date, près de 120 000 Norvégiens ont été déployés dans près de 40 opérations de paix, tant dans des missions de l’ONU que dans des missions de l’UE, de l’OTAN ou de l’OSCE. En 2011, la Norvège était le 19ème plus gros donateur au budget de l’ONU (20,5 millions de dollars américains), soit 0,85% du budget onusien. La contribution de la Norvège aux OMP de l’ONU en termes de personnels est toutefois bien moindre, puisqu’en date du 30 juin 2011, le pays pointait au 74ème rang avec 61 Norvégiens seulement déployés dans des OMP placées sous la bannière de l’ONU. La faiblesse de l’implication onusienne de la Norvège en termes de personnels s’explique notamment par l’engagement du pays auprès de l’OTAN, plus particulièrement en Afghanistan (FIAS).

 

La participation de la Norvège aux OMP a bien entendu évolué depuis 1948, au gré du contexte géopolitique. La fin de la Guerre froide, qui avait pendant si longtemps cantonné les missions de l’ONU à des fonctions d’interposition (niche dans laquelle la Norvège s’est forgée une solide expertise) a laissé place, au début des années 1990, à des guerres civiles d’un autre âge, notamment en Somalie, au Rwanda et en ex-Yougoslavie, où le pays fournira l’un des principaux contingents au sein de la FORPRONU. Les attentats du 11 septembre 2001, qui ont touché les États-Unis et entraîné l’OTAN, dont la Norvège fait partie, dans deux interventions armées (en Irak et en Afghanistan). Ces deux évènements ont ainsi modifié la manière de concevoir et de mener des OMP et ont forcé la Norvège à s’adapter.

 

L’évolution de la participation de la Norvège aux opérations de paix depuis les années 1990 a ainsi suivi trois grandes tendances généralement observées dans les OMP. La première évolution concerne le retrait des troupes des pays occidentaux des missions onusiennes. Ainsi, en novembre 1995, la Norvège comptait 1791 personnels déployés sous la bannière de l’ONU, contre seulement 66 quinze années plus tard. Cette tendance est allée de pair avec la deuxième tendance, qui a vu les organisations régionales et sous-régionales jouer un rôle accru dans le domaine de la paix et de la sécurité. La Norvège joue ainsi depuis 1996 un rôle croissant dans les diverses missions de l’OTAN en ex-Yougoslavie (IFOR puis SFOR), au Kosovo (KFOR) et en Afghanistan (FIAS). Ainsi, sur les quelque 470 Norvégiens déployés dans les différentes OMP au 30 juin 2011, plus de 85% étaient engagées sous la coupe de l’OTAN.

 

Parallèlement, le pays s’associe depuis 2003 à l’UE dans ses efforts de paix, grâce à sa collaboration à l’Agence européenne de défense (AED). La Norvège a ainsi pu envoyer des contingents en Macédoine (EUPOL Proxima), en Afghanistan (EUPOL) et au Kosovo (EULEX). Elle est aussi impliquée dans le Bataillon nordique qui fait partie intégrante des forces militaires de réaction rapide européennes. La Norvège participe enfin depuis 1996 à certaines OMP menées par l’OSCE, notamment en Géorgie (OSCE Géorgie) et en Bosnie-Herzégovine (OSCEBIH).

 

La troisième évolution est liée à l’importance croissante accordée au volet civil des OMP (par opposition au volet militaire). La Norvège est en effet engagée dans des missions hybrides dans lesquelles la frontière entre le militaire et le civil sont floues. Les missions de combats cèdent le pas à des missions de formation, les militaires sont chargés d’acheminer de l’aide humanitaire ou encore de réaliser des tâches relevant du domaine du développement. La Norvège s’implique-t-elle ainsi davantage dans les activités de la Commission de consolidation de la paix (CCP) : elle siège notamment sur le Comité d’organisation de la CCP et elle préside les travaux de la Commission au Burundi. Le pays s’efforce aussi d’améliorer la gouvernance étatique dans les pays post-conflits, grâce à l’initiative Oil for development qui vise à sensibiliser plus de 20 pays à mieux gérer leurs ressources pétrolières. Par ailleurs, la Norvège œuvre au renforcement des capacités de l’UA par le biais de son aide à la mise en place de la Force africaine en attente, et plus précisément de la Brigade Est (EASBRIG) de cette force.

 

Enfin, en septembre 2008, le gouvernement norvégien s’est doté d’un Livre blanc sur son action humanitaire, document qui reconnaît l’importance croissante de l’aide humanitaire dans un monde globalisé et qui fixe les priorités du pays dans ce domaine (4). Enfin, depuis 2001, la Norvège considère que ses principales menaces ne proviennent plus de son environnement immédiat, contrairement à ce qui prévalait durant la Guerre froide. Le Livre blanc sur la Défense affirme donc que le danger provient plutôt du terrorisme international, de la prolifération d’armes de destruction massive et des États faillis. La Norvège voit désormais sa participation aux OMP moins comme étant guidée par des normes et valeurs altruistes que comme un outil de Realpolitik visant à prévenir ces menaces.


Damien Larramendy - Agent de recherche, Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix

10 août 2011


(1) Norvège, Ministère des Affaires étrangères, 2009, Interests, Responsibilities and Opportunities : The main features of Norwegian foreign policy.

(2) Norvège, Ministère des Affaires étrangères, 2009, Interests, Responsibilities and Opportunities : The main features of Norwegian foreign policy, p.113.

(3) Norvège, Ministère de la Défense, Norwegian Defence 2008, 2008, p.8.

(4) Norvège, Ministère des Affaires étrangères, 2008, Norway’s humanitarian policy