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Nouvelle-Zélande

La Nouvelle-Zélande, pays d’Océanie, est membre d’une organisation intergouvernementale engagée dans la conduite d’opérations de maintien de la paix : l’ONU (depuis 1945). Le pays participe aussi régulièrement à des opérations menées sous la bannière de l’OTAN, organisation dont il est membre-observateur et avec laquelle il a signé des accords bilatéraux. Dans le cadre d’une entente avec le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande déploie également du personnel dans des missions de l’UE. Enfin, la Nouvelle-Zélande est membre-fondateur du Forum des Îles du Pacifique, une organisation qui, bien que n’ayant aucune base formelle pour mener des missions de paix, déploie actuellement une mission de paix dans les Îles Salomon.

Politique de maintien de la paix

Dotée d’une population de 4,3 millions et d’un PIB par habitant supérieur à 32 000 US$, la Nouvelle-Zélande est considérée comme une puissance politique et militaire moyenne sur la scène internationale. A ce titre, le pays se dit attaché au multilatéralisme, à la primauté du droit international, au règlement pacifique des différends internationaux et à un système de sécurité collective fonctionnel. Il n’est donc pas surprenant que la Nouvelle-Zélande accorde depuis 1945 une grande importance à l’ONU en général et aux opérations de paix en particulier. Au travers de son implication au sein de l’ONU - et d’autres organisations intergouvernementales ou régionales - le pays cherche à assurer sa sécurité et sa prospérité tout en défendant sa souveraineté.

 

Si le statut de la Nouvelle-Zélande ne dépasse pas celui de puissance moyenne sur la scène internationale, l’impact du pays est très important dans la région Pacifique, constituée d’une quinzaine d’îles-nations dont la population dépasse rarement le million d’habitants. La Nouvelle-Zélande est ainsi une puissance militaire relativement importante dans le Pacifique-Sud. Le rôle et le poids particulier du pays dans la région proviennent aussi paradoxalement du fait que la Nouvelle-Zélande est moins grande, moins forte - et donc moins menaçante – que l’hégémon régional : l’Australie. De plus, plus de 15% de la population néo-zélandaise est d’ethnie maorie, ce qui fait du pays un interlocuteur privilégié et influent, tant diplomatiquement que culturellement, auprès des Îles du Pacifique.

 

L’Asie du Sud-est, pôle économique voisin et en pleine expansion, constitue aussi une zone d’influence et d’intérêt de premier ordre pour le pays. Enfin, le Moyen-Orient, de par son importance géostratégique, est la principale zone d’intérêt en dehors du voisinage du pays. La Nouvelle-Zélande est ainsi impliquée de manière ininterrompue dans des opérations de paix déployées dans la région depuis plus de 60 ans.

 

Depuis quelques années, la Nouvelle-Zélande fait de la protection des civils son principal cheval de bataille au sein de l’ONU. La lutte aux changements climatiques, qui mettent en péril l’existence même de plusieurs de ses voisins, est la seconde cause pour laquelle le pays donne de la voix dans les forums internationaux. La réforme du Conseil de sécurité (CS) de l’ONU est enfin un autre dossier sur lequel la Nouvelle-Zélande est très active, le pays désirant voir le CS devenir plus efficace et plus représentatif.

 

En ce qui a trait aux opérations de maintien de la paix (OMP), la Nouvelle-Zélande est reconnue pour son expertise dans la police communautaire, les problématiques de genre, le déminage et le transfert des connaissances aux populations locales, en plus de son expérience dans l’ingénierie et l’humanitaire.

 

En tant que voisin de la grande puissance régionale qu’est l’Australie, la Nouvelle-Zélande a su développer au fil des décennies un partenariat très étroit avec celle-ci. Ce partenariat, qui s’étend notamment aux domaines commercial, bancaire, diplomatique, scientifique et militaire, a une influence directe sur l’implication du pays dans les OMP. Ainsi, au moment de la rédaction de ces lignes, le déploiement de troupes néo-zélandaises est pour ainsi dire calqué sur celui des troupes australiennes, la totalité des missions de paix dans lesquelles est engagée la Nouvelle-Zélande comptant également des troupes de son voisin.(1)

Avant de prendre la décision de participer ou non à une OMP, les autorités néo-zélandaises considèrent différents facteurs : les implications stratégiques d’un éventuel déploiement (effets sur sa propre sécurité nationale, sur la situation humanitaire dans le pays d’intervention et sur les relations entre la Nouvelle-Zélande et ses principaux alliés), la nature de la mission (y compris la légalité de son mandat selon le droit international), l’impact d’une possible participation sur les forces armées et enfin la possibilité pour la Nouvelle-Zélande de porter assistance au pays d’une autre manière.

 

En dépit de son attachement au multilatéralisme, la Nouvelle-Zélande se donne toutefois la possibilité d’entreprendre ou de participer à des missions de paix n’ayant pas reçu l’aval formel du Conseil de sécurité de l’ONU. Il est également prêt à s’engager dans des missions d’imposition de la paix. Son Livre blanc sur la Défense stipule ainsi que « il est probable que la participation de la Nouvelle-Zélande à des opérations de sécurité internationale se fera presque toujours au sein d’une coalition dûment mandatée ou approuvée par l’ONU ou une organisation régionale ».(2)

 

Le pays participe actuellement à des missions sous le drapeau de l’ONU, de l’OTAN, de l’UE, du Forum des Îles du Pacifique et d'une coalition multinationale (FMO).

Structures décisionnelles

Le Defence Act de 1990 (3) prévoit que les forces armées néo-zélandaises peuvent servir : à la défense de la Nouvelle-Zélande et de ses intérêts, en Nouvelle-Zélande ou à l’étranger, à contribuer aux traités ou accord de sécurité collective et à contribuer aux forces des Nations Unies ou d’autres organisations ou Etats pour des opérations respectant les principes de la Charte de l’ONU.

 

Le Livre blanc 2010 du ministère de la Défense de la Nouvelle-Zélande trace les lignes à suivre jusqu’à l’horizon 2035 en termes de politique de défense du pays. Ce document précise les occasions pour lesquelles le gouvernement peut faire appel aux forces armées du pays. Parmi ces occasions, notons par ordre d’importance : la contribution à des opérations de paix et de sécurité dans le Pacifique-Sud, la contribution à la paix et la sécurité dans la zone Asie-Pacifique et la protection des intérêts plus larges du pays en contribuant au renforcement de la paix et de la sécurité internationale et de l’Etat de droit international.

 

Le Livre blanc stipule qu’il est attendu du gouvernement néo-zélandais qu’il fasse usage de la force notamment dans le cadre d’une action collective en soutien à un membre du Forum des Îles du Pacifique faisant face à une menace directe, dans le cadre des Five Power Defence Arrangements (4) et enfin dans le cadre d’une requête de l’ONU.

 

Lorsque l’ONU demande à la Nouvelle-Zélande de participer à une opération de paix, le gouvernement demande au ministère de la Défense, en collaboration avec les ministères également concernés par le déploiement, de rédiger un rapport (Cabinet Paper). Ce rapport est ensuite approuvé ou rejeté par le gouvernement. S’il est accepté, un budget est attribué au projet de déploiement. Ce processus n’inclut donc à aucun moment de débat au Parlement. Les divers déploiements néo-zélandais en dehors du pays sont soumis à une revue annuelle (Yearly Review) de la part du Parlement. Cette revue annuelle limite la possibilité pour le gouvernement de promettre de manière catégorique un engagement de ses troupes sur le long terme et fait en sorte que les changements de mandat du personnel néo-zélandais au sein d’une mission de paix ne sont généralement qu’incrémentaux.

 

Dans sa zone d’influence, le Pacifique-Sud, le gouvernement néo-zélandais assigne des tâches plus ambitieuses à ses forces armées afin qu’elles y maintiennent la paix et la sécurité : contribuer à des missions de stabilisation, contribuer aux efforts gouvernementaux et internationaux en termes de développement et de renforcement des capacités, apporter un soutien en cas de catastrophe écologique et humanitaire, aider à la surveillance maritime et soutenir le développement professionnel des forces de défense et de sécurité des pays de la région.

Evolution de la participation

La Nouvelle-Zélande a répondu très tôt aux appels du Conseil de Sécurité de l’ONU, déployant plus de 1000 troupes en Corée du Sud entre 1950 et 1953, puis participant de manière beaucoup plus modeste à l’UNMOGIP à partir de 1952 et à l’ONUST à partir de 1954. Ces deux déploiements resteront les seules contributions du pays aux OMP jusqu’à l’arrivée, en 1982, d’un petit contingent d’observateurs militaires dans le Sinaï, sous la bannière de la FMO.

 

Parallèlement, en 1979, les autorités décident d’envoyer un détachement d’environ 75 soldats en Rhodésie au sein de la Commonwealth Monitoring Force. Ce déploiement marque la première d’une série de déploiements réalisés au sein de coalitions non-autorisés par le Conseil de sécurité de l’ONU, mais réalisés dans le respect du principe du consentement du pays-hôte. Ce type de déploiements se répètera notamment en Papouasie-Nouvelle Guinée en 1997 dans le cadre du GST, au Timor Leste en 1999 dans le cadre de l’INTERFET, et aux Îles Salomon en 2003, dans le cadre de la RAMSI.

 

La décennie des années 1990 marque un tournant dans l’évolution de la participation du pays aux opérations de paix. La guerre en ex-Yougoslavie et la mise en place de la FORPRONU (1992-1995) inciteront la Nouvelle-Zélande à déployer plus de 250 soldats sous la bannière de l’ONU. Dès lors, le nombre de soldats néo-zélandais participant à des efforts de paix ne redescendra plus en dessous de ce seuil. Ce nombre augmentera même encore de manière substantielle entre les années 1999 et 2001, avec la dégradation de la situation au Timor-Leste et le déploiement subséquent de plusieurs milliers de troupes internationales, respectivement sous les drapeaux de l’INTERFET, de l’ATNUTO et de la MANUTO. La participation du pays à ces déploiements aura été la plus importante depuis la Guerre de Corée, la Nouvelle-Zélande ayant compté, au plus haut de sa présence au Timor-Leste, plus de 1000 soldats sur zone.

 

Depuis 2001 et la réduction des effectifs de la MANUTO, la Nouvelle-Zélande n’a plus déployé plus de 50 Casques bleus sous le drapeau de l’ONU, préférant s’engager dans des opérations menées par l’OTAN (KFOR et FIAS) ou des missions mise sur pied par des coalitions ad hoc de pays (ISF au Timor Leste et RAMSI aux Îles Salomon). Depuis 2003, le nombre total de personnels déployés à l’étranger dans des missions de paix semble ainsi s’être stabilisé aux environs de 400.

 

En date du 18 août 2011, la Nouvelle-Zélande déployait 414 personnels dans des OMP, dont 15 seulement sous la bannière onusienne.

 

Tel qu’évoqué plus haut, la Nouvelle-Zélande s’est spécialisée au fil des années, au sein des opérations de paix, dans la police communautaire. Cette spécialisation s’explique par le fait que plusieurs pays du Pacifique-Sud (Kiribati, Palau, les Îles Marshall, Micronésie, Nauru, Samoa, Tuvalu et les Îles Salomon) n’aient pas de forces armées, d’où un rôle accru pour la police locale. La police néo-zélandaise participe ainsi depuis une dizaine d’années à la formation des forces policières de ces différents pays. Elle a donc développé une certaine expertise dans ce domaine, expertise dont l’efficacité est renforcée depuis 2005 par l’International Services Group, une cellule au sein des forces de police néo-zélandaises qui gère les contingents policiers déployés à l’étranger. (5)

 

La participation à la FORPRONU a également été un tournant dans le sens où elle a permis aux forces armées néo-zélandaises de se rendre compte de l'inadéquation de leur matériel (notamment en termes de véhicules) pour des opérations de paix dites « robustes ». Dès la fin des années 1990, le pays s’est ainsi doté de véhicules blindés lui ayant permis de participer par la suite à des opérations telles que la FIAS et la KFOR.

 

Hormis le déploiement de quelque 250 casques bleus néo-zélandais au sein de la FORPRONU, la participation du pays aux OMP reste anecdotique en dehors de la zone Asie-Pacifique. La Nouvelle-Zélande n’a ainsi déployé qu’un nombre très limité de personnels en Afrique.

 

Les tsunamis ayant touché Bali en 2004 et le Pacifique-Sud en 2009 ont également poussé les autorités néo-zélandaises et australiennes à renforcer leur collaboration militaire afin de pouvoir déployer rapidement des troupes dans les régions de l’Asie du Sud-est et du Pacifique-Sud en cas de catastrophe naturelle. C’est ainsi que les autorités militaires des deux pays ont signé en juin 2011 un accord formalisant la mise en place d’une force conjointe de réaction rapide (ANZAC Ready Response Force). La Nouvelle-Zélande souhaite obtenir un siège de membre non-permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU pour la période 2015-16.


Damien Larramendy

Agent de recherche au ROP

13 septembre 2011


(1) Les forces armées néo-zélandaises et leur action sont d’ailleurs vues par les autorités tant civiles que militaires, comme un outil de rapprochement avec l’Australie. Voir Foundations of New Zealand Military Doctrine 2004

(2) Gouvernement de Nouvelle-Zélande, Ministère de la Défense, Livre blanc 2010 p.32.

(3) Parlement de Nouvelle-Zélande, 1990, Defence Act 1990 No 28.

(4) Série d’accords de défense entre le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Malaisie et Singapour signés en 1971.

(5) Martin, Cullum. 2010. “New Zealand’s Expeditionary Police : The Expanding Role of New Zealand Police in International Relations”, The Oceanic Conference on International Studies, 30 juin – 2 juillet 2010, Auckland.


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