Fiche d'information de l'État : Ouganda Ouganda

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Ouganda

L'Ouganda est un petit pays enclavé d'Afrique orientale. Il est entouré à l'ouest par la République démocratique du Congo, au nord par le Soudan, à l'est par le Kenya, et au Sud par le Rwanda et la Tanzanie. L'Ouganda est membre de trois organisations impliquées par leur statut dans des opérations de paix : l'ONU (1962), l'Union africaine (ex-OUA, 1963) et l'IGAD (1986).

L’ouganda : un pays « fragile » dans un espace régional instable

La Constitution ougandaise de 1995 entend garantir le respect du droit international et une participation plus accrue de l’Ouganda aux négociations internationales. Cependant, c’est à l’échelle du continent africain que l’Ouganda tend à se démarquer. Situé dans une région géographique instable, ce « petit pays » est contraint d’adapter sa politique étrangère aux conflits qui animent ses proches voisins. Ainsi, il apporte son soutien dans la région des Grands Lacs, au Soudan du Sud, ou encore en Somalie, et joue donc en Afrique orientale un rôle « moteur ».

 

Néanmoins, l’Ouganda reste un pays fragile. Les divisions internes du pays et les tensions régionales font qu’il peine encore à influencer ses tiers sur des thématiques fortes, notamment en matière de respect du droit international et de promotion de la paix. En effet, l’Ouganda est traversé par de nombreux conflits inter-ethniques et religieux (chrétiens, protestants et musulmans répartis dans toutes les ethnies). En outre, la militarisation progressive du régime de Yoweri Museveni a entrainé la précarisation des structures politiques et des institutions judiciaires.


Cette militarisation est souvent perçue comme nécessaire par le régime au regard des oppositions armées auxquelles ont dû faire face les forces gouvernementales. Parmi celles-ci, on retrouve notamment l’Armée de résistance du seigneur (LRA) qui justifie une opération de paix en cours dans le pays (ICR/LRA). Cette mission, limitée dans un premier temps à l’Ouganda, a désormais une dimension régionale. En effet, si l’Ouganda a su chasser la LRA de son territoire, cette dernière continue toutefois de mener ses activités en République centrafricaine, en République démocratique du Congo et au Soudan du Sud.

 

Initiée en 2011, la mission ICR/LRA est soutenue par l’Union européenne, et l’ONU. C’est d’ailleurs cette dernière qui offre, par le biais des missions MONUSCO et MINUS, un soutien logistique et opérationnel. Cette transition vers une mission d’ordre régionale s’opère à l’origine en 2009, lorsque se pose le constat d’une incapacité des forces armées nationales à solutionner le problème de la LRA de manière individuelle. La Conférence de l’Union Africaine accorde ainsi son feu vert pour une situation conflictuelle qui perdure depuis plus de 20 ans.

 

En effet, les échecs militaires se sont multipliés depuis la création de la LRA en Ouganda, en 1987. Le pays a essuyé de nombreux revers jusqu’à l’ultimatum imposé par Yoweri Museveni en 1994, sommant l’armée de Joseph Kony de rendre les armes dans un délai de 7 jours. Un ultimatum entraînant la rébellion – originairement créée à l’encontre du régime Museveni – à fuir vers le Soudan du Sud. Depuis, la LRA ne cesse de proliférer, s’étendant désormais à la République centrafricaine ainsi qu’à la République démocratique du Congo, et ayant pour premières cibles les populations civiles.

 

STRUCTURES DÉCISIONNELLES POLITIQUES ET MILITAIRES

 

Sous protectorat britannique depuis 1894, l’Ouganda devient indépendant dès 1962 et se retrouve aux prises d’une série de guerres civiles et de coups d’Etats. Après la victoire d’Edward Mutesa lors de la première élection présidentielle de la République d’Ouganda (1963), Milton Obote, alors Premier ministre, perpètre un coup d’Etat avec l’aide du général Idi Amin Dada, chef d’état-major. Il instaure, dès 1967, une nouvelle Constitution permettant la mise en place d’un régime présidentiel à parti unique. Dans un même temps, Edward Mutesa, dernier Roi et premier Président de l’Ouganda, s’exil à Londres.

 

Milton Obote marque une transition symbolique pour le pays, centralisant notamment le pouvoir jusque-là réparti entre les différentes ethnies en présence. C’est d’ailleurs sur la question ethnique que s’est principalement concentrée sa carrière politique. Son souhait premier de dissoudre le régime fédéraliste a largement permis à Milton Obote de se jouer des rivalités ethniques, favorisant la formation de guérillas et un accroissement des divisions internes.

 

En 1971, le général Idi Amin Dada commet à son tour un coup d’Etat, forçant Milton Obote à fuir en Tanzanie. Ce nouvel épisode politique marque le début d’une guerre civile qui s’apprête à durer plus de quinze ans et ne prendra fin qu’en 1986. Déclaré président à vie, Idi Amin Dada est aussi le fer de lance de la guerre contre la Tanzanie, qui aboutit sur la prise de la capitale, Kampala, et l’amène ainsi à un exil forcé vers la Libye.

 

La chute d’Amin Dada offre une fenêtre d’opportunité à Milton Obote qui revient sur le devant de l’arène politique et remporte l’élection présidentielle en 1980. Une élection qui n’est pas sans susciter de vives protestations populaires et amène à la formation par Yoweri Museveni de l’Armée de Résistance Nationale (NRA), principalement présente au sud du pays. Dans un même temps, les fidèles d’Amin Dada continuent de contrôler le Nord, au moyen de milices.

 

En difficulté face aux heurts et protestations, le retour de Milton Obote à la tête du pays sera de courte durée. Plus encore, en souhaitant insérer au sein des commandements de l’armée des membres issus de sa tribu, Obote provoque son éviction en permettant nouveau coup d’Etat en 1985, perpétré cette fois par le général Bazilio Olara-Okello, et le forçant à s’exiler vers la Tanzanie.

 

Peu de temps après, la NRA de Yoweri Museveni parvient à s’emparer de Kampala, propulsant ce dernier au pouvoir. Depuis les années 1990 seulement, les structures politiques ougandaises semblent donc se stabiliser. Ceci s’explique principalement par l’absence d’alternance au pouvoir, détenu depuis lors par Museveni. Néanmoins,  le régime reste fragile au regard des divisions internes qui animent toujours le pays, et limitent – de facto – sa portée démocratique.

 

C’est notamment pour éviter d’accroître ces divisions –  ethniques et religieuses – que les partis politiques furent proscrits de l’arène politique par le Président Museveni. A la suite d’un référendum en 2005, ils sont de nouveau autorisés, ce qui semble confirmer une nouvelle tendance libérale et démocratique. Néanmoins, deux critiques récurrentes s’adressent au régime depuis les années 2000 et laissent miroiter un biais dans le fonctionnement des institutions du pays.

 

Premièrement, l’opposition dénonce une tendance à la personnalisation du pouvoir, qui tend à concentrer la décision dans les seules mains du Président, autour duquel gravite un réseau principalement composé de ses proches (famille et ami(e)s), et favorisant des scandales de corruption au sein des institutions et de l’armée ougandaises. C’est d’ailleurs vis-à-vis de cette dernière que se concentre la seconde critique majoritaire à l’encontre du régime de Museveni, accusé d’encourager une militarisation du régime au détriment des structures politiques et judiciaires du pays.

 

UNE PARTICIPATION EBRANLEE PAR LES TENSIONS RÉGIONALES

 

Les régimes d'Idi Amin (1971-1979) et d'Obote (1981-1985) ont premièrement placé l’Ouganda au ban de la communauté internationale, lui faisant notamment perdre toute crédibilité sur la scène régionale. Il faudra attendre l’arrivée de Museveni au pouvoir, pour que le régime connaisse une phase transitoire et symbolique. Tout d’abord concentrée autour du redressement des infrastructures du pays, elle sera dès la seconde moitié des années 1990 marquée par un processus de réhabilitation de l’Ouganda sur la scène internationale.

 

L’arrivée au pouvoir de Yoweri Museveni a radicalement inversé le positionnement politique de l’Ouganda, à l’échelle régionale et internationale. Artisan de la modernisation du pays, il suit les recommandations du FMI et entreprend une série de réformes qui conduiront à un regain de confiance de la part des investisseurs étrangers. Gagnant en crédit et renouant progressivement ses liens diplomatiques avec les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou encore Cuba et l’Iran, Museveni entrevoit d’instaurer une nouvelle forme de leadership à l’échelle du continent, propulsant l’Ouganda à la tête d’une série de négociations relatives aux politiques de sécurité africaines.

 

En effet, l’Ouganda s’inscrit désormais comme un acteur de taille à l’échelle de la région. En 1994 notamment, il devient une base logistique pour la mission de l’ONU au Rwanda et entame alors un pivot vers une politique de promotion de la paix et de prévention des conflits. Jouant un rôle essentiel de médiation, l’Ouganda déploie désormais plus de 8000 militaires et policiers, principalement répartis sur les missions ICR/LRA et AMISOM, une avancée conséquente depuis son premier engagement actif au sein de la MINUL (Lybie) en 2003.

 

Le pays s’engage notamment au sein de plusieurs crises régionales, au Soudan, dans la région des Grands Lacs et dans la Corne de l’Afrique. Après avoir participé aux pourparlers de paix d'Arusha pour le Rwanda au début des années 1990 puis mené et présidé l’initiative de paix régionale pour le Burundi (Accord de paix et de réconciliation d’Arusha) en 2000, l’Ouganda s’affirme au sein de l’IGAD à l’occasion des pourparlers de paix entre le Sudan People's Liberation Army (SPLA) de John Garang et le gouvernement soudanais. Pourparlers qui conduisirent, le 20 juillet 2002, à la signature du Protocole de Machakos.

 

Cependant, les nombreuses tensions qui animent l’Afrique, et plus particulièrement la région de l’Ouganda, tendent à fragiliser la participation du pays en matière de soutien pour la paix. Ce fut le cas notamment pour la mission IGASOM, en Somalie. Cette mission, mandatée par l’Union africaine en 2005, devait permettre d’assurer le transfert à Mogadiscio du gouvernement transitoire formé à Nairobi. Cependant, l'insécurité persistante dans la capitale somalienne, ajoutée aux divisions au sein même des institutions transitoires, font que la mission n’a jamais été déployée et fut remplacée par l’AMISOM au sein de laquelle l’Ouganda déploie 6 223 militaires.

 

L’Ouganda subit ainsi le revers de ses ingérences militaires sur le continent africain, notamment en République Démocratique du Congo. Ceci lui a valu de se faire retirer son droit de participation à l’African Crisis Response Initiative (ACRI), programme américain de formation à la lutte anti-terroriste. Plus récemment, la problématique de l’ingérence militaire a refait surface vis-à-vis du Soudan, où l’ONU s’apprête à déployer 4000 casques bleus supplémentaires. L’Ouganda a fait part de sa volonté de se retirer de toute éventuelle mission afin qu’il ne puisse se voir taxé ingérence dans au Soudan du Sud, pays où l’Ouganda avait déjà envoyé ses forces, de 2013 à 2015, afin de soutenir le gouvernement du président Kiir.

 



Sandrine Perrot


Chercheure post-doctorale au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM).


Fiche mise à jour le 10 octobre 2016 par Laura Karam,


Stagiaire au Centre d’Etude des Crises et des Conflits Internationaux de l’Université Catholique de Louvain (CECRI)