Fiche d'information de l'État : Pakistan Pakistan

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Pakistan

La République islamique du Pakistan est un Etat d’Asie. Elle partage ses frontières avec l’Iran, l’Afghanistan, la République populaire de Chine et l’Inde. Le Pakistan est membre d’une organisation conduisant des opérations de paix : ONU (1947).

POLITIQUE DE MAINTIEN DE LA PAIX


Le maintien de la paix occupe une place importante dans la politique étrangère du Pakistan. Selon l’article 40 de la constitution pakistanaise, l’Etat doit « promouvoir la paix et la sécurité internationales, encourager des relations cordiales et amicales entre tous les Etats, et promouvoir le règlement des différends internationaux par des moyens pacifiques ». En matière de maintien de la paix, à défaut d’une doctrine nationale véritablement établie, les orientations de cette politique transparaissent dans les discours des leaders politiques.

 

En particulier, cet engagement du Pakistan en faveur du maintien de la paix résulte de la volonté de son fondateur et premier président, Mohamed Ali Jinnah. Dans un discours de février 1948, établissant les fondements de la politique étrangère pakistanaise, il déclarait :

 

Notre politique étrangère repose sur l’amitié et la bonne volonté envers toutes les nations du monde. Nous croyons aux principes d’honnêteté et de respect des règles dans les relations nationales et internationales, et sommes disposés à apporter la plus grande contribution possible à la promotion de la paix et de la prospérité entre les nations du monde. Le Pakistan ne manquera jamais d’étendre son soutien moral et matériel à tous les peuples opprimés et persécutés, et de soutenir les principes de la Charte des Nations Unies.

 

Dès janvier 1948, Ali Jinnah insistait sur l’appui sans faille apporté par son pays à l’ONU : « Le Pakistan fera tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir l’Organisation et l’aider à atteindre les idéaux qui en sont les objectifs ».

 

Cette prise de position a marqué le début d’un engagement important et sans cesse renouvelé du Pakistan dans les affaires onusiennes et, plus particulièrement, dans les opérations de maintien de la paix (OMP). Depuis 1962 et sa première participation à une OMP – l’ONUC, au Congo - le Pakistan a participé à 59 des 71 opérations déployées par les Nations Unies. Aujourd’hui encore, cet engagement n’est pas démenti : le Pakistan est le troisième contributeur de troupes des Nations Unies, avec 7175 personnels (même si on observe une baisse puisque le Pakistan était 1er contributeur en 2013. L’Ethiopie et l’Inde ont augmenté leur contribution, ce qui leur permet d’occuper les deux premières places).

Structure décisionnelle politique et militaire

La Constitution pakistanaise encadre l’engagement des forces armées dans les opérations extérieures. Elle confère au Président le rôle de chef des armées (art. 243), dont la mission consiste à « défendre le Pakistan contre toute agression extérieure ou menace de guerre, et, en respect de la loi, agir pour aider le pouvoir civil quand nécessaire » (art. 245), rendant possible une participation aux OMP sur décision de l’exécutif civil.

 

Après la création de l’OMP par le Conseil de sécurité des Nations Unies, la décision de participer émane de la présidence, sur avis du ministère des Affaires étrangères. Dans un second temps, la section maintien de la paix de l’Etat-major des forces armées décide des moyens humains et matériels à mettre en œuvre.

 

Cependant, ce processus décisionnel est fortement critiqué, en particulier du fait du manque de coordination interministérielle défense/affaires étrangères et de la marginalisation du parlement en son sein.

 

ÉVOLUTION DE LA PARTICIPATION

1962-1989 : une participation hésitante au maintien de la paix

 

La première participation pakistanaise à une OMP remonte à 1962, avec le déploiement de 400 hommes (soutien logistique) au sein de l’ONUC. Elle résulte de la convergence de deux facteurs. Outre une volonté politique affirmée (souhait de concurrencer le voisin indien déjà impliqué dans le maintien de la paix, orientations de la politique étrangère pakistanaise), cette participation résulte de la possibilité matérielle pour le Pakistan de s’engager dans des opérations extérieures. Entre 1954 et 1965, les Etats-Unis, afin de renforcer leur partenariat stratégique avec cet acteur régional majeur, lui ont concédé 630 millions de dollars d’aide militaire, permettant le développement d’une armée apte à participer à des opérations extérieures.

 

Cette première participation inaugure un engagement important des Pakistanais dans le maintien de la paix. Entre 1962 et 1963, 1 500 soldats pakistanais participent à l’UNSF, en Nouvelle-Guinée-Occidentale, dont le poste de commandant de la force est occupé, pour la première fois, par un général pakistanais. Le Pakistan participe également à l’UNYOM (Yémen, juillet 1963 – septembre 1964).

 

Néanmoins, entre 1964 et 1989, le Pakistan est absent. Les troubles internes qui frappent le pays (établissement d’un régime militaire à partir de 1958, sécession du Bangladesh et troisième guerre contre l’Inde en 1971, en particulier) le détourne de son rôle international. Ce n’est qu’avec le départ du pouvoir du général Zia et le retour progressif de la démocratie, à partir de 1988, que le Pakistan s’engage à nouveau dans le maintien de la paix : 20 observateurs pakistanais participent au GANUPT, en Namibie, en 1989.

 

Ce retour pakistanais dans le maintien de la paix trouve son origine dans la convergence de plusieurs facteurs. Au niveau politique, le retour progressif à la démocratie et l’isolement du Pakistan sur la scène internationale au début des années 1990 l’incite à s’engager plus largement dans les OMP onusiennes afin de restaurer la confiance internationale à son égard et d’acquérir l’image d’une puissance pacifique. Au niveau matériel, la participation au maintien de la paix onusien est synonyme de multiples avantages opérationnels et financiers : déploiement de troupes sur des théâtres d’opération extérieurs ; utilisation du matériel en situation ; remboursement de 1 000 $ mensuels pour tout soldat déployé sous casque bleu.

 

En raison de l’instabilité de ses frontières, le Pakistan accueille en outre trois opérations sur son territoire : UNMOGIP (Groupe d’observateurs militaires des Nations Unies pour l’Inde et le Pakistan, depuis avril 1948), UNIPOM (Mission d’observation des Nations Unies pour l’Inde et le Pakistan, septembre 1965 – mars 1966) et UNGOMAP (Mission de bons offices des Nations Unies en Afghanistan et au Pakistan, mai 1988 – mars 1990).

 

La décennie 1990 : un engagement soutenu

 

Le Pakistan s’est engagé pleinement dans le maintien de la paix onusien : il a participé à 47 des 59 opérations déployées entre 1990 et 2016. L’opération au Koweït (MONUIK, avril 1991 – octobre 2003) marque le retour en nombre des contingents pakistanais : au total, plus de 1 100 hommes sont déployés, et affectés à la reconstruction du nord du pays, dévasté durant la première guerre du Golfe.

 

En Bosnie, 3 000 Pakistanais prennent part à la FORPRONU (février 1992 – mars 1995). Leur mission a essentiellement consisté à maintenir une situation sécuritaire stable, à assurer la liberté de mouvement de la population, et à protéger les membres des Nations Unies et des ONG actifs dans leur zone de déploiement. Le Pakistan participe aussi à la MINUBH (décembre 1995 – décembre 2002).

 

Le Pakistan joue également un rôle actif au sein de l’APRONUC (Autorité provisoire de Nations Unies au Cambodge, mars 1992 – septembre 1993) ; ses forces sont principalement chargées d’assurer la sécurité du personnel des Nations Unies, et prennent activement part au processus DDR.

 

L’engagement pakistanais est particulièrement significatif en Somalie : au total, ce sont 7 200 hommes qui prennent part aux différentes missions déployées dans ce pays de la Corne de l’Afrique (ONUSOM I, avril 1992 – mars 1993 ; UNITAF, décembre 1992 – mai 1993 ; ONUSOM II, mars 1993 – mars 1995). Initialement chargé d’assurer la sécurité des 40 observateurs déployés par les Nations Unies, le contingent pakistanais voit sa mission évoluer progressivement, suivant les réorientations successives de l’intervention en Somalie : sécurisation des zones portuaires et aéroportuaires, distribution de l’aide alimentaire.

 

Un contingent pakistanais intervient également en Haïti : MINUHA, septembre 1993 – juin 1996. Ce bataillon a été déployé à Cap Haïtien (nord de l’île), et avait pour mission première de maintenir un environnement sécuritaire stable. Il a en outre participé à l’organisation des élections présidentielles de décembre 1995 et à la distribution de l’aide humanitaire.

 

En l’absence d’une véritable doctrine du maintien de la paix, la participation du Pakistan à ces différentes opérations souligne dans les faits l’évolution de sa position. D’un maintien de la paix « traditionnel », se caractérisant par l’interposition des Casques bleus et la supervision de cessez-le-feu, le Pakistan s’engage progressivement dans des OMP de plus en plus complexes, caractérisées par des missions plus larges : aide humanitaire, élections, administration provisoire, en particulier.


Le Pakistan, premier contributeur de troupes des Nations Unies en 2009


Troisième contributeur en troupes au début des années 2000, le Pakistan a accru sa participation de 850% depuis lors, pour devenir en 2009 le principal pourvoyeur de troupes de l’ONU, et cela jusqu’en 2013. Il déployait 10 584 personnels (9781 soldats, 91 policiers et 112 observateurs militaires) au sein de 11 des 15 opérations en cours à l’époque – l’engagement pakistanais étant particulièrement important sur le continent africain, au sein de la MONUC (RDC), de la MINUL (Liberia), de la MINUS (Soudan) et de l’ONUCI (Côte d’Ivoire). Les contingents pakistanais représentaient plus de 11% de l’ensemble des Casques bleus.

 

Le coût humain élevé de la participation pakistanaise aux OMP – 99 victimes depuis 1960, dont 38 uniquement en Somalie – traduit l’ampleur de son engagement. En 2001, le Secrétaire général Kofi Annan déclarait : « vos soldats ont fait le sacrifice ultime au service de la paix mondiale et des Nations Unies. Je salue cet exemple d’idéalisme international parce que je crois qu’il reflète la détermination du peuple pakistanais à servir le monde ».

 

La qualité – reconnue – de la participation pakistanaise aux OMP provient également de l’attention particulière apportée à la formation au maintien de la paix, avec le souci de déployer des troupes compétentes et formées aux spécificités des OMP. La National Defense University, en plus de sa formation traditionnelle interarmées, dispense des formations spécifiques au maintien de la paix (Capstone courses). De 7 à 10 jours, ces formations sont adressées à l’ensemble des officiers nouvellement formés, permettant de sensibiliser l’élite militaire du pays aux enjeux du maintien de la paix et d’ancrer les OMP au cœur la politique de défense pakistanaise.

 

Le Pakistan dans les débats actuels

Loin de se contenter de son rôle de contributeur de troupes, le Pakistan joue un rôle de plus en plus actif dans les débats relatifs aux OMP. Il plaide en particulier pour une évolution du maintien de la paix, basée sur la formulation de mandats clairs, prévisibles et réalistes, et sur une meilleure mise en œuvre des opérations (en matière de planification, déploiement et gestion), insistant sur la nécessité de ressources accrues pour les mener.

 

Le Pakistan se montre ainsi favorable à une concertation croissante avec les contributeurs de troupes (troop contributing countries, TCCs), dans l’optique d’assurer une coordination accrue entre phases et acteurs décisionnels (définition du mandat par le Conseil de sécurité) et opérationnels (mise en œuvre de l’opération par les TCCs) du maintien de la paix. Lors de la séance du C-34 du 27 octobre 2009, le représentant permanent pakistanais déclarait qu’un haut degré de cohérence entre les décideurs du Conseil de sécurité, qui rédigent les mandats et, les TCCs, qui les mettent en œuvre sur le terrain, est essentiel. Ce partenariat doit également inclure une représentation équitable des TCCs aux postes opérationnels et directionnels, à la fois sur le terrain et au siège, prenant en considération leur contribution au maintien de la paix onusien.

 

Faisant partie des principaux pourvoyeurs de troupes des Nations Unies, le Pakistan assortit de plus en plus son engagement dans le maintien de la paix de revendications croissantes en termes de participation aux instances onusiennes. Membre du groupe Unis pour le consensus, favorable à un élargissement du Conseil de sécurité aux seuls membres non permanents (s’opposant ainsi à l’accès de l’Inde à un siège de membre permanent du Conseil).

Le Pakistan se dit aujourd’hui toujours prêt à maintenir sa contribution aux missions de maintien de la paix. Lors du Sommet du maintien de la paix à l’ONU en septembre 2015, le Premier ministre a déclaré qu’il continuerait à fournir à l’ONU ses meilleurs commandants et officiers militaires. Il a également ajouté qu’il « continuerait le déploiement d’atouts précieux en aviation de support, appareils de gestion, unités de communication, transport, maintenance et unités logistiques. »


Le Pakistan a réaffirmé l’importance de la coordination entre les pays contributeurs.  Le pays a également déclaré que l’allocation de nouvelles ressources pour les opérations de maintien de la paix serait effectuée. Il a néanmoins été souligné que les forces onusiennes ne devraient pas être utilisées dans le contre-terrorisme.


Le Pakistan a également relancé une initiative de paix avec l’Inde lors de ce Sommet. Il a plaidé pour un engagement à cesser les menaces devenues récurrentes, et a appelé à un élargissement du Groupe d’observateurs militaires des Nations Unies en Inde et au Pakistan (UNMOGIP) pour surveiller le respect du cessez le feu sur la Ligne de Contrôle. Le Pakistan se maintient donc dans sa position d’acteur incontournable du maintien de la paix.

 


Antoine ESTEBAN, 
Master Analyse des conflits et construction de la paix,
Institut d’Etudes Politiques de Lille

Fiche mise à jour le 26 juillet 2016 par Etienne MORIN,
Stagiaire au Centre d'Etudes des Crises et des Conflits Internationaux (CECRI)


Références

 

31 déc. 2010

Chronology of armaments, disarmament and international security 2010


Stockholm International Peace Research Institute

PDF 218 Ko
 

 

1er déc. 2010

What Waziristan Means for Afghanistan


Middle East Forum

PDF 323 Ko
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