Historique de l'opération RAMSI

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RAMSI       Îles Salomon

Mission régionale d'assistance aux îles Salomon

 

À la suite de troubles dans l'île de Guadalcanal, dans l'archipel des îles Salomon, l'Australie, Fiji, Tonga, la Nouvelle-Zélande et la Papouasie-Nouvelle-Guinée annoncent la création en juin 2003 d'une force militaire pour rétablir l'ordre et assurer la stabilité: la Mission Régionale d'Assistance aux Îles Salomon (RAMSI). Celle-ci se base sur les termes de la Déclaration de Biketawa, adoptée en 2000. Ses activités militaires ayant été peu à peu totalement effacées de ses tâches afin de ne pas atteindre à la souveraineté du pays, la RAMSI est devenue depuis 2013 principalement une force d’aide à la police des îles Salomon.



Les conflits intercommunautaires qui ont abouti à la mise en place de la Mission Régionale d’Assistance aux Îles Salomon (RAMSI) en 2003 sont le résultat de l’incapacité des gouvernements salomonais successifs à faire face à la montée des tensions entre deux des principaux groupes ethniques du pays, les Guadalcanalais et les Malaitais. Depuis l'indépendance en 1978 et même avant, les autorités des Îles Salomon ont tenté d’œuvrer à la constitution d’une conscience nationale forte et d’un sentiment d'unité, sans grand succès pourtant.

 

Malaita et Guadalcanal sont les deux plus grandes îles de l’archipel et, avant la domination coloniale britannique, étaient des entités indépendantes en raison des différentes cultures et origines ethniques de leurs habitants. Toutefois, durant l'époque coloniale, l'administration britannique faisait travailler les Malaitais dans les plantations des autres îles de l’archipel, notamment à Guadalcanal, et était en mesure de réprimer les tensions que causait la situation.

 

Après l'indépendance de 1978, les tensions entre les habitants des deux îles ont continué à s’aggraver puisque beaucoup de Malaitais ont commencé à émigrer à Guadalcanal pour travailler dans la fonction publique ou dans le domaine des affaires. La même année, une pétition est remise au gouvernement central exigeant entre autres qu'un système de gouvernement fédéral soit adopté et que les coutumes de Guadalcanal soient respectées par les migrants. Le gouvernement ne donne aucune suite à ces demandes. En 1987, un comité de révision constitutionnelle, mis sur pied par le gouvernement, dépose son rapport dans lequel il est recommandé, entre autres choses, que les Îles Salomon adoptent le fédéralisme et accordent une plus grande autonomie aux provinces. Encore une fois, le gouvernement ne donne aucune suite aux recommandations du rapport.

 

L’année suivante, en réponse à l’inaction du gouvernement et à une vague d’assassinats commis par des migrants vivant à Guadalcanal (dont des squatters près de Honiara), un groupe de hauts fonctionnaires et de politiciens guadalcanalais soumettent une pétition au gouvernement. La pétition exige des mesures immédiates pour mettre fin aux assassinats avec en premier lieu l'adoption du fédéralisme et le rapatriement de tous les squatters illégaux. Les autres demandes concernaient entre autres la mise en place de mesures pour réduire les migrations internes et la vente de terres tribales. Encore une fois, le gouvernement ne donne aucune suite aux demandes des Guadalcanalais qui continuent durant les années 90 à s’opposer au régime constitutionnel par divers moyens. En 1989 et 1996, des migrants, dont un nombre important de Malaitais, organisent des manifestations violentes à Honiara en lien avec les tensions ethniques qui existent. Bien que le gouvernement réussisse les deux fois à désamorcer les crises, notamment en versant des compensations financières, il ne s’attaque pas aux causes profondes de ces tensions.

Violences ethniques de 1998 à 2003

C’est dans ce contexte qu’en 1998, les demandes Bona fide de 1988 sont de nouveau soumises au gouvernement, après qu’une écolière guadalcanalaise ait été violée par un migrant malaitan. Encore une fois, il n'y a aucune trace de discussion ou d'action par le gouvernement suite à ces demandes. Se sentant dépossédés et ignorés, de jeunes indigènes créent la Guadalcanal Revolutionary Army (GRA), rebaptisée Isatabu Freedom Movement (IFM). Leurs exactions aboutissent à l’expulsion de plus de 20 000 Malaitans à partir de 1999. La création d’une milice rivale, la Malaitan Eagle Force (MEF), aggrave le conflit et mène à une escalade de la violence. À la fin 1998, le Premier ministre de l’époque, Bartholomew Ulufa'alu, demande l'aide du gouvernement australien. Cependant, l'Australie refuse d’intervenir en raison de l'absence d’un cadre international approprié pour une intervention. L’état d’urgence est décrété par le gouvernement le 17 juin 1999.

 

À partir de juin 1999, diverses tentatives sont faites pour ramener la paix dans le pays : l'Accord de paix d'Honiara du 28 juin 1999, le Communiqué de Marau du 15 juillet 1999, l'Accord Panatina du 12 août 1999, ainsi que l'arrivée et le travail de surveillance d’une force de police multinationale soutenue par le Commonwealth à partir d’octobre 1999, le Multinational Police Peace Monitoring group (MPPMG). Celle-ci changera de nom en 2000 pour devenir le Commonwealth Multinational Police Assistance Group (CMPAG).


Au début 2000, au plus fort du conflit, l’IMF réaffirme les demandes de 1988 posant des exigences similaires. Le 18 février 2000, le gouvernement provincial de Guadalcanal présente également une série de 11 revendications, qui reprennent en substance les demandes, mais avec plus de clarté. L’instauration du fédéralisme est encore une fois au cœur des revendications. Les négociations se poursuivent, comme en témoigne la publication du Communiqué de paix de Buala le 5 mai 2000 et du Communiqué de Auki le 12 mai 2000. Néanmoins, la violence perdure et, le 5 juin 2000, la MEF prend le Premier ministre Ulufa’alu en otage et l’oblige à démissionner. 


Des pourparlers de paix sont facilités par la Nouvelle-Zélande à bord du HMAS Tobruk en juillet 2000 et un accord de cessez-le-feu est signé le 3 août. Le 9 octobre 2000, des négociations ont lieu sur une base de la Royal Australian Air Force à Townsville. Ces négociations se concluent six jours plus tard par la signature de l'Accord de paix de Townsville entre l’IFM et la MEF. Cet accord a comme objectifs l’amnistie générale, le désarmement et la démobilisation des milices ainsi que leur intégration dans des forces de police chargées d’instaurer l’ordre. Il prévoit la mise en place de deux instances exécutives : le Peace Monitoring Council (PMC) qui avait pour mandat de surveiller, rapporter et de faire respecter les termes du présent accord. Cet organe est constitué en majorité de nationaux, ses membres étaient nommés par le premier ministre après consultation de toutes les parties à l’accord. La deuxième instance est la International Peace Monitoring Team (IPMT) composée de militaires non armés et de policiers civils expérimentés en maintien de la paix, venant d’Australie, de Nouvelle-Zélande, des Iles Cook, du Vanuatu et de Tonga. Dans l'esprit de l'Accord de paix de Townsville, le Parlement national des Îles Salomon fait adopter les lois d'amnistie de 2000 et de 2001 accordant l'amnistie aux personnes impliquées dans le conflit. Bien que l'Accord de paix de Townsville ait conduit à la cessation officielle du conflit ethnique, la situation politique et sécuritaire demeure très instable. Les violences ayant eu un coût important tant humain qu’économique, la situation dans le pays continue à se dégrader. L’Accord de Townsville a été suivi peu de temps après par l'accord de paix de Marau en février 2001, qui est signé par le MEF, l’IFM, le gouvernement provincial de Guadalcanal et le gouvernement des Îles Salomon. Cet accord a permis de résoudre un différend entre personnes d'origine de Guadalcanal et de Malaita, et prévoit la remise des armes et des biens volés.


L’Accord de Townsville, ainsi que le travail du PMC et de la IPMT, ont mis fin à presque deux années de violence, ce qui a permis un début de retour à la normale dans le pays avec la réouverture d’école et de commerce. Cependant, un certain nombre d'anciens militants ont continué à maintenir des fiefs personnels avec l’aide hommes armés qui leur étaient restés fidèles. Certains groupes de militants ont connu des divisions internes et se sont livrés à des luttes intestines. D’autres groupes ont continué de se livrer à des activités criminelles. Tous ces facteurs ont contribué à maintenir un climat général d'anarchie et de violence criminelle, en particulier à Honiara, ailleurs sur Guadalcanal, et à Malaita.


Le 5 décembre 2001, des élections sont organisées avec le soutien important de la communauté internationale. Ces élections se sont déroulées pacifiquement et l'important contingent d'observateurs internationaux qui étaient présents dans le pays a conclu que les élections ont été justes et reflètent la volonté du peuple des Îles Salomon. Le deux tiers des députés sortant sont défaits et un nouveau gouvernement est formé sous l’égide d’un nouveau premier ministre, Allan Kemakeza. Ce nouveau gouvernement a fait des efforts pour s'attaquer aux problèmes d'ordre public, pour développer des politiques économiques crédibles, et pour inclure l'ensemble de la communauté dans les discussions pour résoudre les problèmes majeurs auxquels sont confrontés les Iles Salomon. 


Malgré ces efforts, la situation a continué de se détériorer. En décembre 2002, le ministre des Finances Laurie Chan démissionne après avoir été forcée sous la menace de signer un chèque au profit de certains militants. En juin 2002, dix personnes sont tuées lors d’une tentative d’arrestation d’un chef de groupe armé ayant refusé les accords de paix. Peu après cet incident, la IPMT se retire, quatre mois plus tôt que prévu, suite à un accord entre les îles Salomon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande qui conclue que la IPMT avait déjà fait tout ce qu’elle pouvait pour assister le processus de paix. Le 10 février 2003, Fred Soaki, un ancien chef de la police et membre du PMC qui avait dénoncé les abus de pouvoir des forces de police, est assassiné à Auki, dans la province de Malaita. C’est dans ce contexte que la RAMSI a été créée.

Création de la RAMSI

Lors du 31e Sommet du Forum des îles du Pacifique, qui se tient à Kiribati en octobre 2000, les chefs d’État participants adoptent la Déclaration de Biketawa. Cette déclaration offre un cadre pour coordonner une réponse régionale aux crises régionales. Les membres du Forum reconnaissent « la nécessité en temps de crise, ou en réponse à la demande d’assistance d’un membre, » de mettre en œuvre des mesures collectives. La déclaration stipule également que « le Forum doit aborder de manière constructive des questions difficiles et sensibles, y compris les causes profondes des tensions et des conflits (tensions ethniques, disparités socio-économiques, manque de bonne gouvernance, conflits fonciers et érosion des valeurs culturelles) ».


C’est en se fondant sur la Déclaration de Biketawa qu’en avril 2003, le Premier ministre des Îles Salomon, Allan Kemakeza, demande par écrit l’assistance de l’Australie pour faire face à l’effondrement de l’État de droit dans le pays. Une réunion de haut niveau est organisée à Canberra du 4 au 6 juin entre les représentants de l'Australie et du gouvernement des Îles Salomon afin discuter d'une proposition australienne de déploiement d’une mission d’assistance régionale aux Îles Salomon. Cette proposition, nommée «Framework for Strengthened Assistance to Solomon Islands: Proposed Scope and Requirements», est reprise textuellement dans un document du gouvernement des Îles Salomon intitulé «Solomon Islands Government Policy Statement on the Offer by the Australian Government for Strengthening Assistance to Solomon Islands».


Trois semaines plus tard, lors de leur réunion le 30 juin à Sydney, les ministres des Affaires étrangères des pays membres du Forum des îles du Pacifique, en conformité avec la Déclaration de Biketawa, entérinent le déploiement d’une mission d'assistance comprenant le déploiement de policiers, de forces armées et du personnel associé. Toutefois, les ministres estiment que le déploiement d’une telle mission doit être précédé par la formulation d’une demande formelle de la part du gouvernement des îles Salomon ainsi que l’adoption d'une loi par le Parlement des Îles Salomon permettant à la police et, si nécessaire, aux troupes fournies par les membres du Forum, de soutenir la Police nationale dans l'exercice de ses fonctions. 


Conformément à ces exigences, le gouverneur général des Îles Salomon, le révérend John Lapli Ini, demande officiellement l’assistance de l’Australie le 4 juillet 2003. Le 11 juillet, le Parlement national des Îles Salomon adopte une motion approuvant les propositions d’interventions contenues dans le document «Solomon Islands Government Policy Statement on the Offer by the Australian Government for Strengthening Assistance to Solomon Islands». Six jours plus tard, le parlement adopte le «Facilitation of International Assistance Act 2003» (FIA Act) qui fournit un cadre légal pour les missions d’assistance sur le territoire national. L’article 3 autorise le gouvernement à demander et recevoir une telle assistance de la part d’un contingent étranger. Le 23 juillet, le gouverneur général des Îles Salomon exerce les pouvoirs conférés par cet article pour publier la «Facilitation of International Assistance Notice 2003» (FIA Notice) qui réitère sa demande d’assistance formelle du 4 juillet. 


Le lendemain de la publication de la FIA Notice, des représentants des six États membres du Forum des îles du Pacifique signent un accord avec le gouvernement des Îles Salomon pour permettre le déploiement d’un contingent de la police et des forces armées (qui deviendra plus tard connu sous le nom RAMSI) pour aider à la restauration de l'ordre et la sécurité. Cet accord est intitulé « Agreement Between the Solomon Islands, Australia, New Zealand, Fiji, Papua New Guinea, Samoa and Tonga concerning the Operation and Status of the Police and Armed Forces and Other Personnel Deployed to the Solomon Islands to Assist in the Restauration of Law and Order and Security », mais est communément connu sous le nom de Traité de la RAMSI. Le traité contient 25 articles couvrant des sujets tels que la durée de l'aide, le commandement et le contrôle du contingent déployé, le transport d'armes, la compétence du contingent, l'hébergement et des installations et des communications. Le Conseil de sécurité de l’ONU accueille avec satisfaction la création de la RAMSI dans un communiqué publié le 26 août. 


Les premiers effectifs de la RAMSI sont déployés le jour même de la signature du Traité de la RAMSI, le 24 juillet 2003. Initialement, la mission est composée de 276 policiers fournis par neuf États membres et par le Combined Task Force (CTF), la composante militaire chargée d’assurer la sécurité des policiers et de les soutenir au besoin. La RAMSI est dirigée par un Coordonnateur spécial, qui est appuyé par un coordonnateur spécial adjoint et par un Assisant Coordonnateur spécial. Ces trois dirigeants sont nommés respectivement par les gouvernements australiens, néozélandais et par le Forum des îles du Pacifique. En vertu de l'article 2 du Traité de la RAMSI, le commandant de la force de police de la mission assume les fonctions de sous-commissaire de la Police nationale. Les ressources de la RAMSI sont structurées autour des trois piliers de son mandat : la loi et l’ordre, la gouvernance économique et la reconstitution des rouages du gouvernement.

Déroulement de la mission

Le déploiement de la RAMSI permet dans un premier temps l’arrestation des principaux chefs activistes, la démobilisation des agents de police spéciaux et d’anciens rebelles, la saisie d’une quantité importante d’armes ainsi que le retour de milliers de personnes déplacées. Au mois d’août 2004, jugeant la situation suffisamment stable, le gouvernement australien annonce le retrait de la quasi-totalité de ses soldats, ce qui réduit les effectifs militaires à une centaine de Papous, de Fidjiens et de Tongiens. Le 18 avril 2006, la nomination controversée de Snyder Rini au poste de Premier ministre à l’issue des premières élections législatives depuis l’intervention de la RAMSI entraîne deux jours de violences dans la capitale Honiara. La violence vise particulièrement la communauté chinoise, accusée d’avoir versé des pots-de-vin aux parlementaires afin de favoriser la nomination de Snyder Rini. En réaction, l’Australie et la Nouvelle-Zélande dépêchent des troupes pour tenter de stabiliser la situation. Pour la RAMSI le recul est majeur. Finalement, le 20 avril, Snyder Rini accepte de démissionner, laissant la voie libre à la nomination du chef de l’opposition, Manasseh Sogavare, le 4 mai 2006.


Cependant, cette nomination marque le début de tensions entre le gouvernement salomonais et le gouvernement australien : l’Australie voit d’un mauvais œil les nominations éventuelles de M. Dausebea, pressenties au poste de ministre de la Police, et de M. Nelson, au poste de ministre du Tourisme. En effet, ces deux hommes sont accusés d’avoir incité et organisé les émeutes du 18 avril. Manasseh Sogavare apprécie peu l’ingérence australienne dans la politique intérieure des Îles Salomon et expulse l’ambassadeur australien en signe de protestation. Le Forum des Îles du Pacifique lui apporte son soutien lorsqu’en octobre 2006 des membres australiens de la force de police salomonaise procèdent à l’arrestation du ministre de l’Immigration et à la perquisition du bureau du Premier ministre. Manasseh Sogavare menace la RAMSI d’expulsion et les dirigeants du Forum s’entendent pour réviser le mandat de la mission, dont l’Australie constitue l’épine dorsale. Ce 37e Forum des Îles du Pacifique marquera une rupture entre l’Australie d’une part et la Papouasie Nouvelle-Guinée, Fidji et Vanuatu d’autre part, inquiets de l’attitude de l’hégémon régional. 


Sur le plan intérieur, le gouvernement de Manasseh Sogavare est contesté, affaibli par la défection de neuf ministres, et survit à trois votes de défiance de mai 2006 à décembre 2007. Le 20 décembre, Manasseh Sogavare devra finalement céder la place à Derek Sikua, ancien ministre de l’Éducation. La nomination de celui-ci marquera une nette amélioration dans les relations entre les Îles Salomon et l’Australie. Les Îles Salomon acceptent notamment de remettre à l’Australie le procureur général Julian Moti, accusé du viol d’une mineure de 13 ans au Vanuatu en 1997, pour qu’il soit jugé par le tribunal de Brisbane. La qualité des relations avec le gouvernement salomonais est présentée par l’Australie comme une condition nécessaire à l’efficacité de la RAMSI. En janvier 2008, le Premier ministre australien et le Premier ministre salomonais se rencontrent à Canberra, consacrant l’amélioration des relations entre les deux pays. 


Cependant, sur le terrain, les policiers de la RAMSI sont victimes de cinq incidents violents au cours de l’année 2008, notamment des attaques de villageois armés de roches et de bâtons. Au début de l’année 2009, le diplomate australien Graeme Wilson remplace son compatriote Timothy George comme Coordinateur spécial de la RAMSI. En août 2009, la signature d’une entente entre le gouvernement et la RAMSI pave le chemin pour une série de cinq consultations nationales visant à combattre la corruption aux Îles Salomon. Au printemps 2010, la Commission vérité et réconciliation tient ses premières consultations publiques avec l’appui de la RAMSI. La Commission vérité et réconciliation avait été lancée en avril 2009 suite à l’adoption d’une loi par le parlement un an plus tôt. Elle a pour mandat de promouvoir l’unité et la réconciliation en enquêtant sur les violations des droits humains et exactions commises entre janvier 1998 et le 23 juillet 2003. Elle est composée de cinq membres, trois ressortissants des îles Salomon et deux ressortissants d’autres pays. 


Dans un rapport publié en 2007 par le Groupe de travail du Forum des îles du Pacifique, il est recommandé que des mesures soient prises pour renforcer le dialogue et la collaboration entre la RAMSI et le gouvernement salomonais. Le rapport recommande également que la réduction du nombre de troupes de la RAMSI au fil du temps ne se fasse pas de manière impromptue et unilatérale, mais qu’elle se base plutôt sur une série d’échéanciers comportant des objectifs déterminés conjointement. Ces échéanciers vont être atteints au fur et à mesure que des institutions clés dans plusieurs secteurs renforceront leurs capacités et deviendront viables. Ensuite, en 2009, le «Partnership Framework between Solomon Islands Government and Regional Assistance Mission to Solomon Islands» est finalisé. Le document identifie des objectifs précis et spécifiques liés à leur réalisation, ceci afin de réduire l’engagement de RAMSI suivant la croissance des capacités du gouvernement national.


2010 est une année cruciale puisque des élections législatives sont organisées au mois d’août. Au début juillet, la Nouvelle-Zélande déploie 37 militaires supplémentaires dans le cadre de la RAMSI pour assurer la sécurité durant le déroulement du processus électoral. La mission joue d’ailleurs un rôle d’appui important dans ce processus, tant auprès de la police nationale que de la commission électorale. Les élections du 4 août se déroulent dans le calme, mais des manifestations violentes ont lieu les jours suivants. Au cours de ces altercations, deux policiers tonguiens de la RAMSI tuent une personne après avoir ouvert le feu sur une cinquantaine d’individus qui leur lançaient des pierres. Le 25 août, Danny Philip est nommé Premier ministre des Îles Salomon après trois semaines de négociations suite aux élections générales. 


L’année 2011 est marquée par de nombreuses discussions sur l’avenir de la RAMSI, notamment une série de rencontres organisées par la mission afin d’engager un dialogue avec l’ensemble des communautés et la société civile. Le 19 avril, Nicholas Coppel remplace Graeme Wilson comme Coordinateur spécial de la RAMSI. En août, le gouvernement des Îles Salomon dévoile une stratégie de paix, stratégie qui repose sur les trois principes importants : la reconnaissance du savoir local, le travail sur la base des capacités locales et la construction d’un partenariat avec les communautés locales. Au début du mois de septembre, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, rencontre les hauts responsables de la RAMSI pour discuter de la fin de la mission lors d’une visite de deux jours aux Îles Salomon. Suite à cette visite, Nicholas Coppell annonce que la RAMSI retirera son personnel des postes de police provinciaux au cours des deux prochaines années, dans l’optique de transférer la responsabilité de la sécurité du pays aux forces nationales, tout en précisant que ce processus prendra du temps et sera fait de manière à ce que les policiers gagnent l’appui de la communauté. En marge du 42e Sommet du Forum des îles du Pacifique à Auckland en Nouvelle-Zélande, le représentant salomonais s’est dit confiant dans la capacité de son pays à prendre la relève lors du retrait de la RAMSI. Il estime cependant nécessaire que celui-ci se fasse progressivement et lentement.


Le mois de septembre se termine cependant sur une note plus sombre. En effet, le 25 et 26 septembre 2011, le poste de police occupé par la mission dans le village d’Isuna, dans le sud de l’île de Guadalcanal, est la cible de jets de pierres. Par ailleurs, une série de câbles rendus publics par Wikileaks indiquent que les États-Unis et l’Australie estiment qu’une présence internationale devrait rester encore une quinzaine d’années dans le pays, mais que la population et le gouvernement salomoniens n’accepteront jamais une telle option. Malgré tout, le processus de retrait progressif de la RAMSI, en étroite collaboration avec le gouvernement des Îles Salomon, est bel et bien enclenché. En effet, ce processus s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord de partenariat signé en juin 2009 par la RAMSI et le gouvernement salomonais.


Le Premier ministre Danny Philip démissionne le 11 novembre avec l’accord du Gouverneur général, suite à des allégations de corruption de la part de certains de ses députés. Une semaine plus tard, un nouveau Premier ministre est élu. Il s’agit de l’un des ministres ayant influencé la décision de partir de Danny Philip : Gordon Darcy Lilo. Suite à cette élection, des manifestations éclatent afin d’inciter le nouveau Premier ministre à démissionner à son tour. Les forces de la RAMSI ainsi que la police locale parviennent à repousser les manifestants. Le gouvernement néo-zélandais décide alors d’envoyer une vingtaine de nouveaux policiers au sein de la RAMSI, en regard des tensions exacerbées par l’arrivée de M. Lilo, ce qui contraste avec la déclaration de Nicholas Coppel de retirer progressivement la RAMSI des postes de police locaux. Mais suite à une stabilisation de la paix et au retrait d’une centaine de soldats réservistes australiens, le porte-parole salomonais en charge des affaires de la RAMSI déclare que les autorités doivent mener le processus de retrait de la mission de paix.


En janvier 2012, M. Lilo déclare vouloir réarmer les polices locales et effectuer le retrait de la RAMSI avec prudence. Avec l’approbation de M. Coppel, les forces se retirent de plusieurs zones pour ne rester en majorité que dans la capitale. Malgré tout, seuls 19% de la population interrogée est favorable à ce retrait, bien qu’il faille noter un défaut de compréhension des habitants de ce que sont précisément les responsabilités de la RAMSI.


En mai, le mandat principal de la mission de paix est modifié : la RAMSI doit désormais prioritairement assister la Police royale des Iles Salomon. Au vu des progrès réalisés dans le domaine de la sécurité, il est également prévu que les effectifs australiens et néo-zélandais se retirent de l’opération. Malgré ces engagements, le ministre australien des affaires étrangères déclare en août de la même année que l’Australie restera implantée aux Iles Salomon et que les militaires australiens de la RAMSI ne quitteront les lieux qu’au milieu de l’année 2013. Le Premier ministre de Guadalcanal exprimera pourtant des inquiétudes concernant ce retrait imminent des troupes de la RAMSI. Pour lui, les bases du conflit n’ont pas été résolues et il existe toujours des tensions sécuritaires. Le 17 décembre, la RAMSI inaugure le nouveau bâtiment abritant la police provinciale de Guadalcanal et déclare espérer que ce bâtiment renforce le professionnalisme de la police. En juin 2013, Nicholas Coppel annonce que la décision de retrait de la RAMSI est motivée par la volonté de respecter la souveraineté des Iles Salomon. Une telle évolution prouverait également à la communauté internationale que la paix a été restaurée et qu’il n’existe plus de situation d’urgence à pallier. Après près de dix ans d’existence de la RAMSI, l’Australie retire ses effectifs militaires des Iles et n’y laisse qu’une centaine de policiers. Depuis 2013, la RAMSI ne conserve que des missions d’aide à la Police royale : offre de bateaux-patrouilles, lutte avec le gouvernement salomonais contre les violences de genre, arrestations… La RAMSI aura donc atteint nombre de ses objectifs. La réalisation de ces objectifs aura un coût puisqu’au cours de la dernière décennie, l’Australie aura financé le RAMSI à hauteur de 2,4 milliards de dollars, selon un rapport de l’Institut Lowy. 


Hiba Zerrougui

Agente de recherche au ROP

19 octobre 2011

Mise à jour le 13 novembre 2014 par Laura Salemi, Chercheure-stagiaire au Centre d’études des Crises et des Conflits internationaux (CECRI), Université catholique de Louvain