Europe et maintien de la paix

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Théâtre principal des opérations de maintien de la paix de l’ONU dans les années 90, l’Europe a aussi joué un rôle significatif dans la contribution (en personnels et surtout en financement) à ces opérations. Les Etats membres de l’UE contribuent actuellement à 40% des budgets des Nations Unies et constituent un groupe politique de négociations de plus en plus fort au sein des organes de l’Assemblée générale. En revanche, leur contribution est depuis, le désengagement des Occidentaux du maintien de la paix onusien à la fin des années 90, de plus en plus faible : 7,9% (l’essentiel étant concentré aujourd’hui dans la FINUL).

 

Malgré tout, les développements de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) ont contribué à la mise en place d’un partenariat stratégique solide entre les deux organisations en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie ou dans les Balkans. Deux déclarations conjointes ont été signées en 2003 puis 2007 pour mettre en œuvre, dans des domaines concrets, cette coopération entre l’ONU et l’UE. De même, l’OTAN a signé, de manière plus discrète, avec l’ONU, en septembre 2008, une déclaration conjointe qui reste à être mise en œuvre. Toutes ces déclarations politiques reflètent en réalité une coopération engagée depuis longtemps sur le terrain, du Kosovo à l’Afghanistan en passant par l’Afrique. De manière régulière, l’ONU bénéficie ainsi du soutien de l’UE comme de l’OTAN dans des domaines où ses capacités font cruellement défaut (déploiement rapide, renseignement, état-major, transport stratégique).

 

Années 1990 : l’Europe au centre des interventions onusiennes

 

Les crises européennes (Espagne, Grèce) ont été parmi les premiers dossiers traités par le Conseil de sécurité en 1946-1947. dans les années 50 et 60, les questions concernant le continent européen ont fait l’objet de multiples veto : la question espagnole, la plainte de l’Ukraine contre la Grèce, les incidents dans le détroit de Corfou, les incidents sur la frontière grecque, la question tchécoslovaque, la situation à Berlin, la situation en Hongrie [1]. Seul dossier à échapper à ce sort : la situation à Chypre. En mars 1964, le Conseil de sécurité recommande « la création d’une Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix » (FNUCYP) et la désignation d’« un médiateur qui s’emploiera à favoriser une solution pacifique et un règlement concerté du problème qui se pose à Chypre ». La question de Chypre devient alors, jusqu’à la fin de la guerre froide, la seule question « européenne » traitée par le Conseil de sécurité. Le rôle de l’ONU sur le continent s’est donc accru après la fin de la confrontation Est-Ouest dont l’Europe constituait le cœur stratégique.

A partir de septembre 1991, le Conseil de sécurité commence à traiter du conflit dans l’ex-Yougoslavie en votant la mise en place d’un « embargo général et complet sur toutes les livraisons d’armes à la Yougoslavie ». Les Balkans deviennent alors, pendant dix ans, le centre des interventions onusiennes (même si d’importantes opérations sont déployées au Cambodge et en Somalie au même moment). Le Conseil de sécurité ne crée pas moins de 9 opérations dans cette zone auxquelles ont majoritairement contribué les Etats européens, ainsi qu’une série d’embargos sur les armes (Résolution 724) et sur les marchandises en provenant des Serbes de Bosnie (Résolutions 757, 760, 820, 942, 948). La France et le Royaume-Uni étaient alors les premiers contributeurs aux opérations de maintien de la paix.

 


Les OMP dans les Balkans dans les années 1990


Date

Mission

Résolution

Mandat

Effectifs

Février 1992 – Mars 1995

 

 

31 mars 1995 – 31 janvier 1996

FORPRONU

Force de protection des Nations Unies

 

FPNU

Forces de paix des Nations Unies

 

S/RES/743

(21 février 1992)

 

 

S/RES/982

(31 mars 1995)

Assurer la démilitarisation des zones protégées par l’ONU ; assurer la sécurité et le fonctionnement de l’aéroport de Sarajevo et l’acheminement de l’aide humanitaire dans la ville et ses environs ; surveiller la zone d’exclusion aérienne et assurer la protection des zones de sécurité.

Effectifs : 38 599 militaires (dont 684 observateurs militaires) et 803 policiers civils, 2 017 civils internationaux et 2 615 agents locaux.

 

Le 31 mars 1995, le Conseil de sécurité décide de restructurer la FORPRONU et de la remplacer par 3 opérations de maintien de la paix distinctes mais reliées entre elles.

 

Mars 1995 – Janvier 1996

ONURC

Opération des Nations Unies pour le rétablissement de la confiance en Croatie

S/RES/981

(31 mars 1995)

Aider à contrôler les mouvements de personnel et de matériel militaire ; faciliter l’acheminement de l’assistance humanitaire ; surveiller la démilitarisation de la péninsule de Prevlaka.

Effectifs : 6 581 militaires, 194 observateurs militaires et 296 policiers civils

Mars 1995 – février 1999

FORDEPRENU

Force de déploiement préventif des Nations Unies

S/RES/983

(31 mars 1995)

Surveiller l’évolution de la situation et signaler tout événement se produisant dans les zones frontalières qui pourraient saper la confiance et la stabilité dans l’ex-République yougoslave de Macédoine.

Effectifs : 1 048 militaires, 35 observateurs militaires et 22 policiers civils

Décembre 1995 – Décembre 2002

MINUBH / GIP

Mission des Nations Unies en Bosnie-Herzégovine et Groupe International de Police

S/RES/1035

(21 décembre 1995)

Contrôler, observer et inspecter les activités et facilités de maintien de l’ordre ; évaluer les menaces de l’ordre public.

Effectifs : 2 057

policiers

Janvier 1996 – janvier 1998

ATNUSO

Administration transitoire des Nations Unies pour la Slavonie orientale, la Baranja et le Srem occidental

S/RES/1037

(15 janvier 1996)

Superviser et faciliter la démilitarisation de la région ; superviser le retour librement consenti des réfugiés et des personnes déplacées dans leur foyer ; contribuer au maintien de la paix et de la sécurité dans la région.

Effectifs : 1 226 soldats

Février 1996 – Décembre 2002

MONUP

Mission d’observation des Nations Unies à Prevlaka (Croatie)

S/RES/1038

(15 janvier 1996)

Vérifier la démilitarisation de la péninsule

Effectifs :

28 observateurs militaires

Janvier 1998 – Octobre 1998

UNPSG

Groupe d’appui de police des Nations Unies en Croatie (Slavonie orientale)

S/RES/1145

(décembre 1997)

Continuer à surveiller les tâches de la police croate dans la région du Danube, et en particulier en ce qui concerne les personnes déplacées.

Effectif : 114 policiers

En cours

(depuis juin 1999)

MINUK

Mission internationale des Nations Unies pour le Kosovo

S/RES/1244

(10 juin 1999)

Etablir une présence internationale civile au Kosovo afin d’y assurer une administration intérimaire dans le cadre de laquelle la population du Kosovo pourra jouir d’une autonomie substantielle au sein de la République fédérale de Yougoslavie

Au 1er octobre 2001 :

4 370 policiers

31 juillet 2009 :

 

Les opérations que l’ONU a menées dans l’ex-Yougoslavie ont rempli l’ensemble du spectre de la gestion des crises allant de la prévention à la coercition en passant par les sanctions économiques et le maintien de la paix. Certaines de ces opérations ont été conduites avec l’aide ou en parallèle, et souvent dans une certaine confusion (exemple du système de la « double-clé ») de celles d’organisations régionales européennes (OTAN, UEO) [2]. L’échec de la FORPRONU a fortement marqué les armées française et britannique [3] et provoqué leur retrait du maintien de la paix de l’ONU. Elles reviennent sur le terrain, après la signature d’un accord de paix (Accords de Dayton en Bosnie, Résolution 1244 au Kosovo) au sein d’opérations menées par l’OTAN (IFOR et SFOR en Bosnie-Herzégovine, "Opération Alba" en 1997 menée par l’Italie au sein d’une coalition d’Etats, KFOR au Kosovo) aux côtés de missions civiles de l’ONU. Cette dernière est alors cantonnée à des tâches de police, d’administration et d’observation : la Mission des Nations Unies en Bosnie-Herzégovine (MINUBH), l’Administration transitoire des Nations Unies en Slavonie orientale (ATNUSO), la Mission d’observation des Nations Unies dans la péninsule de Prevlaka (MONUP), le Groupe d’appui des Nations Unies en Croatie (UNPSG), la Mission internationale des Nations Unies au Kosovo (MINUK). Dans cette région, l’ONU a progressivement passé la main, au début des années 2000, à l’Union européenne dans le cadre des développement de la PESD (Opération Althéa en Bosnie, Mission EULEX au Kosovo).

 

Aux marges de l’Europe, le Conseil de sécurité crée, en août 1993, la Mission d’observation des Nations Unies en Géorgie (MONUG), qui est déployée en Abkhazie. Un veto russe a mis fin brutalement, le 15 juin 2009, à son mandat. L’ONU n’a depuis qu’un rôle trsè discret de médiation dans les négotiations de Genève conduite entre les deux parties, par l’intermédiaire d’un envoyé spécial [4]. En Géorgie, une mission de l’Union européenne (Mission de surveillance de l’UE) a en quelque sorte remplacé la mission de l’ONU, à la différence que celle de l’UE n’a pas eu, jusqu’à ce jour, accès au territoire autonome d’Abkhasie (et celui de l’Ossétie où était déployé une mission d’observation de l’OSCE).

 

Les Etats européens à l’ONU [5] : un poids financier incontestable, une influence politique grandissante mais une contribution au maintien de la paix ciblée


L’UE est d’abord, au sein de l’ONU, un acteur financier : les Etats membres de l’UE contribuent à hauteur de 37,4% du budget régulier et de 40,7% du budget des OMP. Ces Etats et la Commission européenne sont les contributeurs les plus importants (50%) aux budgets des agences, fonds et programmes du système onusien (contributions obligatoires ou volontaires). Face à ce poids financier incontestable, le rôle et l’influence politiques de l’UE étaient à la traine, mais se sont, depuis le traités de Nice (2003) et de Lisbonne (2009), progressivement structurés au sein des organes de l’Assemblée générale où les 27 négocient derrière la voix unique de la Présidence [6]. Au niveau du Conseil de sécurité, la France et le Royaume-Uni font des efforts pour informer les Etats membres de l’UE sur les travaux en cours (même si cela reste insuffisant en terme de coordination au regard des dispositions de l’Article 34 du Traité de l’Union européenne [7]).

 

Au niveau du maintien de la paix, la contribution des Européens n’a cessé de se réduire depuis la fin des années 90, malgré quelques pics temporaires (MINURCAT, FINUL). Ils ne contribuent plus, au 1er janvier 2012, qu’à 7,9% des troupes déployées par l’ONU sur le terrain ; la contribution des seuls Etats membres de l’UE ne s’élève qu’à 6,2%. Les pays nordiques, qui étaient dans les années 90 fortement engagés dans les OMP, se focalisent désormais sur les aspects civils (police, consolidation de la paix) du maintien de la paix et la réflexion qui s’y rattache [8]. Les anciens grands contributeurs du maintien de la paix de l’ONU (Royaume-Uni, France) préfèrent désormais engager leurs forces dans des interventions menées sous la bannière de l’OTAN ou de l’UE.

 

La contribution importante de certains Européens au renforcement de la FINUL à partir de 2006 fait figure, de ce point de vue, d’exception et est, elle aussi, en constante diminution : 7 826 personnels en uniforme en janvier 2007 (soit 63,7% de la Force) ; 4 620 en janvier 12012 (soit 38% de la Force). Alors que l’Italie figurait au 8e rang des contributeurs de l’ONU et la France au 10e en janvier 2007, ces deux pays ne sont plus que respectivement qu’au 22e et 18e rang des contributeurs de troupes des Nations Unies. La FINUL reste tout de même la plus importante force des Nations Unies commandée par un Européen (système tournant entre la France, l’Italie et l’Espagne depuis 2006). En 2008-2010, les Européens avaient également contribué, de manière significative mais pour une période déterminée, à la MINURCAT dont la composante militaire prenait le relais d’EUFOR Tchad/RCA. Une partie des troupes européennes ayant participé à Eufor avaient alors été « re-hattées » en Casques bleus, mais seulement pour une période de quatre moi. Les Européens contribuaient ainsi, au 31 juillet 2009, à plus de 60% des effectifs totaux de l’opération (1 624 sur 2 623).

 

Mais si l’on met de côté cette participation importante des Européens à la FINUL, la contribution des Etats européens aux opérations onusiennes tombe à 1,54% et à 0,24% si l’on considère les seules OMP en Afrique. Le tableau ci-dessous montre une absence des Etats membres de l’UE des opérations onusiennes en Afrique. Quand à la MONUSCO, plus importante opération de l’ONU en Afrique, le pourcentage de participation des Etats membres de l’UE tombe à 0,33% soit un effectif de 64 sur 19 070. De fait, les Etats européens privilégient depuis 2003 (date de l’opération Artémis en Ituri) sur ce continent les engagements à travers les opérations de l’Union européenne.

 


Dans les 15 OMP

Dans les 7 OMP en Afrique

A la MONUSCO

Etats membres de l’ONU

99 030

84 168

19 070

Etats membres de l’UE

6 577

245

64

Pourcentage

7,9%

0,29%

0,33%

 

 

 

 

 

La coopération entre les Nations Unies et l’Union européenne : une coopération de terrain qui s’est institutionnalisée

C’est dans les Balkans que la coopération entre l’ONU et les organisations du continent européen s’est développée. L’OSCE est la seule à avoir eu un statut selon les dispositions du Chapitre VIII et à avoir signé un accord-cadre en 1993. C’est la coopération opérationnelle entre l’ONU et l’Union européenne qui a été la plus constante et qui s’est développée le plus rapidement, la coopération entre l’ONU et l’OTAN restant marginale dans la majorité des cas [9]. Le développement de la Politique européenne de sécurité et de défense avait été initialement perçue par le Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) comme un concurrent potentiel pour les contribution des Européens dans les opérations de la paix onusiennes. Or, au fil des années c’est une coopération entre les deux organisations qui s’est opérée. L’Union européeenne, dans sa Stratégie européenne de sécurité [10] soulignait l’appui qu’elle portait à l’ONU et l’importance du multilatéralisme dans la gestion des crises. La coopération a été finalisée dans les deux Déclarations conjointes UE-ONU en 2003 et 2007, lesquelles identifent quatre domaines principaux de coopération : la planification, la formation, la communication et l’échange sur les retours d’expérience des opérations menées.

 

L’UE a constitué une possibilité de relève pour l’ONU pour des opérations dont elle voulait, au bout d’une dizaine d’années, se sortir avec succès (MINUBH, MINUK) ; tout comme l’ONU représente souvent une stratégie de sortie de crise pour l’UE (EUFOR Tchad). L’Union européenne a également, à deux reprises, répondu à une demande spécifique de l’ONU pour venir renforcer la MONUC : en 2003, avec l’opération Artémis, pour stabiliser la situation en Ituri ; en 2006 pour renforcer la sécurité (principalement à Kinshasa) pendant la période des élections présidentielles.

 

Scénarii pour une coopération ONU-UE dans la gestion des crises [11]

 

Modèle

Exemple

Contributions nationales à une OMP (engagement possible de l’UE à travers un mécanisme de ‘Clearing House’)

FINUL 2

Opération seule

-> Opération menée par l’UE et mandatée par le Conseil de sécurité, sans déploiement simultané de l’ONU

 

Althea en Bosnie-Herzégovine

“Bridging model”

-> Opération de l’UE avant une opération de l’ONU

Artemis RDC (2003)

EUFOR Tchad/RCA (2008-2009)

“Stand-by” / “Over-the-horizon”

-> Opération de l’UE en soutien d’une opération de l’ONU en cours

 

EUFOR RDC (2006)

Soutien logistique ou spécifique

-> l’UE met à disposition de l’ONU des capacités (logistique, transport stratégique, etc.)

 

Mission d’assistance de l’UE à AMIS au Darfour

Approche modulaire

-> Contingent de l’UE au sein d’une opération de l’ONU (le contingent européen opérant sous le contrôle politique et stratégique du COPS)

-> de manière hypothétique, un contingent de l’UE placé sous le commandement de l’ONU (plus plausible dans la gestion civile des crises)

 

 

Aucun exemple à ce jour

Opération conjointe/hybride

-> L’ONU et l’UE conduisant une opération conjointe

 

Aucun exemple à ce jour

 

A cette coopération opérationnelle (relayée au niveau politique par des rencontres régulières entre le Secrétaire général et le Haut-Représentant) correspond une coopération institutionnelle dont l’organe le plus visible est le “Steering Committee” qui réunit deux fois par an les directeurs des deux secrétariats pour procéder à un échange de vues sur l’ensemble des dossiers en cours. L’Union européenne dispose d’une Délégation à New York qui regroupe désormais les services de la Commission européenne et ceux du Service extérieur pour l’action européenne (SEAE). Le Secrétariat des Nations Unies (DOMP/DAP/DAM) a, de son côté, établi un bureau de liaison auprès des institutions bruxelloises (UE et OTAN).


*   *   *


Le continent européen constitue aujourd’hui, avec 7,9% des effectifs de Casques bleus déployés, le troisième groupe de contributeurs aux opérations de maintien de la paix de l’ONU (après l’Asie –43,3%– et l’Afrique –38,2%– et avant l’Amérique latine avec 7,7%). En comparaison de cet engagement relativement faible, les Européens ont un poids financier considérable et un poids politique (à travers la France et le Royaume-Uni au sein du Conseil de sécurité) indéniable. Ils forment un groupe de négociation relativement solide au sein du Comité spécial pour les opéraions de maintien de la paix (C34).

A travers leurs institutions (UE, OTAN, OSCE), les Européens contribuent également de manière indirecte, mais pas toujours coordonnée, à la gestion globale des crises. La Commission européenne finance pour partie des programmes de SSR et de DDR des composantes des opérations de maintien de la paix et donne cette visibilité-là aux Européens. De plus en plus, le partenariat ONU-UE sera un partenariat triangulaire avec l’Union africaine, l’UE jouant le rôle de soutien capacitaire.

Il n’en reste pas moins qu’à l’ONU, l’UE et notamment les membres (permanents) européens du Conseil de sécurité sont souvent critiqués par le Secrétariat et les gros contributeurs de troupes pour ne pas assez partager le fardeau humain du maintien de la paix. A travers eux, c’est l’Occident qui est visé, et notamment la quasi absence de participation américaine (127 policiers, observateurs militaires et soldats). Il est peu probable que le positionnement de l’UE, et des Européens en général, change dans les années à venir. De fait, le « retour » des Européens dans le domaine du maintien de la paix de l’ONU au Liban n’est que conjoncturel.

 

Alexandra Novosseloff
Chercheure-associée au Centre Thucydide de l’Université Paris-Panthéon-Assas
1er mars 2012.

 

Références bibliographiques

 

- Richard Gowan, “ESDP and the United Nations”, in Grevi, Giovanni/Helly, Damien/Keohane, Daniel (eds), European Security and Defence Policy – The first 10 years (1999-2009), European Union Institute for Security Studies, 2009.

 

- Lawrence S. Kaplan, NATO and the UN: A Peculiar Relationship, 2010, University of Missouri Press, 280 pages.

 

- Novosseloff, Alexandra, EU-UN Partnership in Crisis Management – Developments and Prospects, 2004, Report of the International Peace Academy, New York, 28 pages.

 

- Brooke Smith-Windsor / Alexis Vahlas / Michael F. Harsch, The UN and NATO: Forward from the Joint Declaration; Forum Paper n°17, 2011.

 

- Tardy, Thierry“UN-EU Relations in Military Crisis Management: Institutionalization and Key Constraints”, Studia Diplomatica, , 2009, vol LXII, n°3, p. 48.

 

- TARDY Thierry, La France et la gestion des conflits yougoslaves (1991-1995) : Enjeux et leçons d'une opération de maintien de la paix de l'ONU, 1999, Bruxelles, éditions Bruylant, 504 pages.

 

 

Annexe 1 :


Contributions des Etats européens (de l’Atlantique à l’Oural) aux opérations de maintien de la paix (au 31 janvier 2012)

 

 

Les contributions en termes de personnels des pays d'Europe aux OMP aujourd'hui

Rang

Pays

Nombre de troupes déployées

Total

Policiers

Observateurs

Troupes

18

France

65

23

1 312

1 400

22

Italie

5

17

1 116

1 138

24

Espagne

34

2

1 043

1 079

34

Autriche

0

9

542

551

36

Turquie

148

2

358

508

37

Irlande

18

20

455

493

42

Ukraine

71

26

277

374

44

Portugal

184

5

137

326

48

Royaume-Uni

2

6

275

283

49

Allemagne

11

10

252

273

52

Fédération de Russie

16

68

128

212

55

Slovaquie

0

3

159

162

57

Croatie

13

16

101

130

58

Belgique

1

6

121

128

65

Hongrie

0

7

81

88

68

République de Serbie

12

9

56

77

72

Roumanie

31

34

0

65

75

Norvège

24

22

6

52

76

Grèce

0

0

52

52

77

Suède

28

21

1

50

83

Danemark

0

19

12

31

86

Bosnie-Herzégovine

23

5

0

28

87

Suisse

5

16

2

23

88

Finlande

0

20

2

22

92

Slovénie

0

3

14

17

93

Pologne

3

14

0

17

94

Pays-Bas

1

12

1

14

98

République tchèque

5

5

0

10

99

Moldavie

0

8

0

8

100

Monténégro

4

2

0

6

103

Bielorussie

0

0

3

3

104

Lithuanie

2

0

0

2

105

Bulgarie

0

2

0

2

106

Chypre

0

0

2

2

107

Estonie

0

2

0

2

115

ARYM

0

0

1

1

TOTAL

706

636

6 504

7 846

7,9%

 

Source : Département des Opérations de Maintien de la paix : http://www.un.org/en/peacekeeping/resources/statistics/contributors.shtml

 

 

Annexe 2 :


Participation des pays d’Europe aux opérations de maintien de la paix en cours


Mission

Etats européens participants

Nombre de troupes déployées


Troupes

Police

Observateurs militaires

Total

% du total de l'opération

FINUL

Allemagne, ARYM, Belarus, Belgique, Chypre, Croatie, Espagne, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Portugal, Serbie, Slovénie, Turquie

4 988

0

0

4 988

41%

FISNUA

-

0

0

0

0

0%

FNUCYP

Autriche, Croatie, Hongrie, Irlande, Italie, Monténégro, Royaume-Uni, Serbie, Slovaquie, Ukraine

558

36

0

594

64,1%

FNUOD

Autriche, Croatie

477

0

0

477

45,6%

MINUAD

Allemagne, Italie, Pays-Bas, Turquie

2

22

9

33

0,14%

MINUK

Allemagne, Espagne, Italie, Norvège, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Turquie, Ukraine

0

3

12

15

88,2%

MINUL

Allemagne, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Danemark, Finlande, France, Moldavie, Montenegro, Norvège, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Russie, Serbie, Suède, Turquie, Ukraine

285

104

23

412

4,4%

MINURSO

Autriche, Croatie, France, Hongrie, Irlande, Italie, Pologne, Russie

0

0

59

59

26,2%

MINUSS

Allemagne, Bosnie-Herzégovine, Danemark, Moldavie, Norvège, Pologne, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Suède, Suisse, Turquie, Ukraine

153

91

39

283

5,3%

MINUSTAH

Croatie, Espagne, France, Lithuanie, Roumanie, Russie, Serbie, Suède, Turquie

2

88

0

90

0,8%

MINUT

Croatie, Espagne, Italie, Portugal, Roumanie, Russie, Suède, Turquie, Ukraine

0

233

3

236

19,3%

MONUSCO

Belgique, Bosnie-Herzégovine, Espagne, France, Irlande, Norvège, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Serbie, Suède, Suisse, Turquie, Ukraine

28

34

105

167

0,8%

ONUCI

France, Irlande, Moldavie, Pologne, Roumanie, Russie, Serbie, Turquie, Ukraine

6

29

53

88

0,8%

ONUST

Autriche, Belgique, Danemark, Estonie, Finlande, France, Irlande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Russie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse

0

0

96

96

70%

UNMOGIP

Croatie, Finlande, Italie, Suède

0

0

25

25

63,5%

 

 



[1] En 1956, le Conseil ne fait que décider de convoquer une session extraordinaire d’urgence sur la situation en Hongrie.

 

[2] L’ex-Yougoslavie a également été un nouveau théâtre d’opérations pour l’OTAN et l’UEO (l’UE venant bien après) et pour lesquels elles étaient peu expérimentées, tout comme l’ONU.

 

[3] Comme l’échec en Somalie a sonné le glas de toute participation américaine dans une opération de l’ONU et comme l’échec au Rwanda a traumatisé les Belges et les Canadiens.

 

[4] Dont le titre officiel est : « Représentant des Nations Unies pour le Mécanisme conjoint de prévention des incidents et d’intervention et des discussions internationales de Genève sur la sécurité et la stabilité et le retour des déplacés et des réfugiés ». Ce poste est actuellement occupé par le Finlandais, Antti Turunen.

 

[5] Au sein de l’Assemblée générale, les Etats européens à l’ONU sont divisés entre le groupe des Etats d’Europe orientale et le Groupe des Etats d’Europe occidentale et autres Etats (WEOG). Dans les différents débats, la présidence de l’Union européenne parle également aussi au nom des « membres associés » : les pays accédants (Croatie), les pays candidats (ARYM, Montenegro, Islande), les pays du processus d’association et de stabilisation (Bosnie-Herzegovine, Serbie) et d’autres pays comme l’Ukraine, la Moldavie, l’Arménie et la Géorgie.

 

[6] Cette situation n’exclue pas qu’au sein de certains organes comme le Conseil des Droits de l’homme et la Commission pour la consolidation de la paix, la lutte est acharnée pour représenter l’UE, entre la présidence et la Commission.

 

[7] Article 34 (ex-article 19 TUE) : 1) Les États membres coordonnent leur action au sein des organisations internationales et lors des conférences internationales. Ils défendent dans ces enceintes les positions de l’Union. Le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité assure l’organisation de cette coordination. Au sein des organisations internationales et lors des conférences internationales auxquelles tous les États membres ne participent pas, ceux qui y participent défendent les positions de l’Union. 2) Conformément à l’article 24, paragraphe 3, les États membres représentés dans des organisations internationales ou des conférences internationales auxquelles tous les États membres ne participent pas tiennent ces derniers, ainsi que le haut représentant, informés de toute question présentant un intérêt commun. Les États membres qui sont aussi membres du Conseil de sécurité des Nations Unies se concerteront et tiendront les autres États membres ainsi que le haut représentant pleinement informés. Les États membres qui sont membres du Conseil de sécurité défendront, dans l’exercice de leurs fonctions, les positions et les intérêts de l’Union, sans préjudice des responsabilités qui leur incombent en vertu des dispositions de la charte des Nations Unies. Lorsque l’Union a défini une position sur un thème à l’ordre du jour du Conseil de sécurité des Nations Unies, les États membres qui y siègent demandent que le haut représentant soit invité à présenter la position de l’Union.

 

[8] Ils sont les grands bailleurs de fonds de think-tank ou autres organismes de recherche impliqués dans la réflexion générale sur le maintien de la paix.

 

[9] L’OTAN a, pendant lonptemps, vu l’ONU et son Conseil de sécurité comme de simple pourvoyeurs de légitimité politique et de légalité juridique ; elle ne souhaite en aucun cas avoir à se coordonner avec l’ONU sur le terrain, souvenir des erreurs des années 90 sans doute. Elle a pourtant, en 2008, voulu signé une Déclaration conjointe avec l’ONU pour formaliser sa coopération.

 

[10] « Les relations internationales ont pour cadre fondamental la Charte des Nations Unies. La responsabilité première pour le maintien de la paix et de la sécurité au niveau international incombe au Conseil de sécurité des Nations Unies. Une des priorités de l’Europe est de renforcer l’organisation des Nations Unies, en la dotant des moyens nécessaires pour qu’elle puisse assumer ses responsabilités et mener une action efficace ».

 

[11] Sources: Thierry Tardy, “United Nations - European Union Relations in Crisis Management”, Background Paper, International Forum for the Challenges of Peace Operations 2008, à partir de “EU-UN Cooperation in Military Crisis Management Operations – Elements of Implementation of the EU-UN Joint Declaration”, Annex II, ESDP Presidency Report, European Council, 15 June 2004; “EU-UN Cooperation in Civilian Crisis Management”, Annex IV to the Annex, ESDP Presidency Report, European Council, 13 December 2004.