Fiche d'information de l'État : Australie Australie

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Australie

L’Australie est un pays d’Océanie membre de l’ONU depuis 1945. Le pays dispose également d’un programme individuel de partenariat et de coopération avec l’OTAN depuis 2013.

Politique de maintien de la paix de l’Australie

Dans les années 1960, le Ministère des Affaires étrangères et du Commerce développe un concept de bonne citoyenneté internationale en vertu duquel l’Australie doit contribuer à la réalisation d’un monde juste. En même temps, elle veut renforcer sa position sur la scène internationale et sa force de négociation en cas de besoin, notamment si elle éprouve la nécessité d’être soutenue pour intervenir au niveau régional. Elle s’implique donc fortement aux côtés de l’ONU et soutient son allié américain. Elle veut aussi jouer un rôle dans la stabilisation de son environnement géographique proche, l’Asie-Pacifique, dans un souci de sécurité nationale et pour répondre aux attentes des États-Unis. Sa participation aux opérations de paix au début des années 1990 est donc déterminée sur la base de ces préoccupations. Elle prend aussi la tête de forces multinationales de maintien de la paix dans les îles du Pacifique, comme en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le Groupe de surveillance de la trêve envoyé en 1991 dans ce pays est composé de 250 civils et militaires non-armés d’Australie, de Nouvelle-Zélande, des Fidji et du Vanuatu. Son mandat est de promouvoir et d’instaurer la confiance dans le processus de paix en procédant à des missions de bons offices et en interagissant avec la communauté locale. Cependant, en 1994, une force multilatérale est envoyée dans le pays et elle est planifiée et dirigée par l’Australie.  En 1998, le Groupe de surveillance de la trêve est remplacé par le Groupe de Surveillance de la Paix qui veille sur le respect de l’accord de paix. Il est également composé de civils et militaires non armés. Le pays envoie 500 hommes au Cambodge en 1992-1993 et commande toute la force militaire de l’APRONUC, montrant son engagement pour la sécurité de la région. Elle déploie près de 950 hommes en Somalie en 1992-1993 pour soutenir son allié américain et sur la base de considérations humanitaires. Ces mêmes considérations expliquent son engagement au Rwanda en 1993-1994. À partir du milieu des années 1990, la coalition au pouvoir se préoccupe moins de l’image de l’Australie dans le monde et définit sa participation sur la base des intérêts nationaux en matière de sécurité. Elle s’implique fortement au Timor en 1999 et prend la tête de l’intervention de l’ONU qui n’aurait pas eu lieu sans les pressions de l’Australie sur le gouvernement indonésien. En 2003, encouragée par les résultats positifs de cette intervention, elle décide d’aller plus loin dans son rôle de gardien de la paix régionale et développe des opérations de longue durée chargées de renforcer les institutions étatiques et de mettre en place les conditions favorables au développement économique et social du pays. Cette même année, l’Australie intervient en Irak pour soutenir les Etats-Unis et la coalition internationale.


L’Australian Strategic Policy Institute présente en effet en juin 2003 un rapport qui propose une stratégie d’intervention pour stabiliser les îles Salomon, alors qualifiées d’État failli. Ce rapport propose que l’Australie initie un effort multilatéral de longue durée, avec le consentement des îles Salomon, qui suivrait deux phases. La première consisterait à résoudre le problème immédiat de violence et de corruption et à restaurer le droit et l’ordre par le déploiement d’une force d’intervention composée de policiers et de personnel judiciaire pendant un an. La seconde phase consisterait en un renforcement des capacités pour un gouvernement efficace en aidant à mettre en place les nouvelles structures politiques et les institutions de sécurité. Cette seconde phase inclut également le traitement des problèmes sociaux et économiques sous-jacents. L’Australie adopte cette stratégie et élabore sur cette base le mandat de la Mission régionale d’assistance aux îles Salomon (RAMSI) qui a reçu l’aval du Forum des îles du Pacifique. L’Australie a envoyé environ 150 policiers et 80 civils, lesquels étaient accompagnés de 1500 militaires chargés d’assurer leur protection. Il s’agit d’une force multinationale, dirigée par l’Australie et composée d’une quinzaine d’États de la région, dont la Nouvelle-Zélande, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les îles Tonga.


L’intervention australienne dans les îles Salomon frappe par son mandat sans précédent puisqu’il s’agit d’une opération chargée de renforcer les institutions et les autorités légitimes du pays et d’assurer le respect de la Constitution et l’application des lois nationales. Le mandat de la RAMSI n’est pas justifié par un besoin humanitaire mais par la nécessité de lutter contre le crime, la corruption et la mauvaise gouvernance. Le personnel civil de la RAMSI est placé dans les ministères économiques clés ainsi que dans les institutions centrales du droit et de la justice. La RAMSI est presque une administration transitoire. Elle va au-delà de la consolidation de la paix pour s’occuper de la reconstruction de l’État, avec un risque d’ingérence. C’est d’ailleurs ce dont elle a été accusée par le Premier ministre des îles Salomon qui suspecte la RAMSI de suivre un agenda basé sur les intérêts australiens.


Après les attaques du 11 septembre, les considérations de l’Australie en matière de sécurité l’amènent à s’impliquer fortement pour la stabilité de la région et dans la lutte antiterroriste. Elle a conscience que les Etats faillis des îles du Pacifique peuvent devenir des terrains favorables à l’infiltration de groupes terroristes et que les violences peuvent engendrer un flux de réfugiés vers son territoire. En même temps, le pays veut être un acteur international responsable en projetant les valeurs australiennes de démocratie et de droits de l’homme dans le monde et en intervenant en cas de catastrophe humanitaire.


La relation de forte connivence qu’entretient l’Australie avec son allié américain est un facteur déterminant dans la définition de sa politique extérieure et de défense et donc de sa participation aux OMP. L’Australie considère que le maintien de la présence américaine dans la région est indispensable face à l’émergence de nouvelles puissances dans cette partie du monde. Cette relation affecte la politique de l’Australie de deux manières. D’une part, les États-Unis comptent sur elle pour « surveiller son arrière-cour » et assurer la stabilité de son environnement géographique proche, c'est-à-dire l’Asie du Sud-Est maritime et les îles du Pacifique. D’autre part, l’Australie considère comme son devoir de soutenir les États-Unis dans la lutte antiterroriste. C’est dans ce cadre que l’Australie évoque le traité ANZUS afin de soutenir les forces de la coalition sous l’égide des USA qui envahissent l’Afghanistan en 2001. L’Australie, qui était censée retirer ses troupes du pays avant 2018, a toujours environ, en avril 2018, 300 personnes sur place, principalement pour la formation des forces afghanes.


C’est également dans le cadre de son alliance avec les USA que l’Australie s’engage en Irak en 2003. Son intervention en Irak la conforte dans son rôle de garant de la paix dans la région et l’amène à développer un nouveau concept d’intervention qui va bien au-delà du maintien de la paix et de l’aide à la reconstruction de l’État. Elle fait le lien entre l’instabilité des États qui l’entourent et le risque d’infiltration par des groupes terroristes qui mettraient en péril sa sécurité nationale. Elle prend la tête de coalitions internationales dans la région du type de celle des États-Unis en Irak. Plus récemment, l’Australie participe à la lutte contre l’État Islamique en Irak et en Syrie, notamment via des frappes aériennes. L’implication de l’Australie dans ce conflit s’explique entre autres par la crainte du retour de combattants extrémistes en Asie du Sud-est et donc de leur présence dans le voisinage proche de l’Australie, ce qui déstabiliserait la région. C’est dans ce contexte de lutte contre l’État Islamique que l’Australie avec l’aide de la Nouvelle-Zélande forme plus de 30 000 policiers et soldats irakiens.


Depuis le livre blanc de la défense de 2013, la contribution de l’Australie aux OMP des NU n’a cessé de diminuer et cela se confirme après la publication du dernier livre blanc de la défense de 2016. Bien que ces deux livres blancs réaffirment la volonté de l’Australie de continuer à s’engager dans les OMP des NU, elle souhaite le faire plutôt via des engagements politiques et financiers (le « rules-based global order »). Cela est notamment dû au fait que la plupart des OMP des NU prennent place sur le continent africain et que l’Asie, les océans Indien et Pacifique constituent la principale zone d’intérêt de l’Australie comme le rappelle le livre blanc des affaires étrangères de 2017. Le livre blanc de la défense de 2016 identifie le maintien de la paix comme une des plateformes pour l’engagement bilatéral et régional de l’Australie en matière de défense et coopération. Ce livre blanc identifie l’Asie du Sud-est et le sud du Pacifique comme zone d’intérêt du pays et en se concentrant principalement sur la coopération avec la Chine, le Japon, l’Indonésie, la Thaïlande et le Vietnam. L’engagement de l’Australie avec l’« ASEAN Defence Ministers’ Meeting Plus » en matière de maintien de la paix y est également réaffirmé.

Structure décisionnelle civile et militaire

La politique d’intervention de l’Australie pour le maintien de la paix et de la sécurité est déterminée en fonction des besoins en matière de défense et de politique internationale, présentés dans les différents livres blancs (le dernier en date étant celui de 2016 pour la défense et 2017 pour les affaires étrangères). La décision d’envoyer des troupes sur le terrain est, en dernier ressort, prise par le Premier ministre sur conseil de son cabinet. Les différents ministères et départements, principalement celui de la défense, des affaires étrangères et du commerce, AusAID (agence d’aide humanitaire et de développement), la police fédérale australienne et les services de renseignements sont consultés à propos des différentes implications que cela pourrait avoir sur leur travail. Des équipes d’évaluation peuvent également être envoyées sur le terrain s’il le besoin s’en fait sentir et que la participation est sérieusement envisagée. Ces différents ministères et départements se rassemblent lors d’un comité interdépartemental et transmettent les conclusions de ce comité au gouvernement. Après avoir pris leur décision, le Premier ministre et son gouvernement informent le parlement. Ce dernier donne généralement son accord malgré le fait qu’aucune approbation formelle n’est requise pour l’envoi de gardiens de la paix dans le cadre d’OMP des NU.

Évolution de la participation aux OMP

L’Australie participe pour la première fois à une OMP des NU en 1947 dans le cadre du déploiement d’observateurs militaires dans les Indes orientales néerlandaises. L’Australie fut le premier État membre des NU à invoquer le chapitre sept de la Charte des Nations Unies qui mena à ce déploiement le 14 septembre 1947. Depuis, l’Australie fête sa propre journée du maintien de la paix chaque 14 septembre, en plus de celle mondiale du 29 mai. Sur ces 71 années d’implication en matière de maintien de la paix, environ 65000 gardiens de la paix australiens ont été déployés dans plus de 60 opérations de maintien de la paix dans le monde. Fin 2017, l’Australie avait un total de 2304 hommes engagés dans le maintien de la paix et ce essentiellement au Moyen-Orient. La diminution du nombre de gardiens de la paix australiens, qui peut être observée depuis deux décennies, est notamment due à la relative stabilisation de la région Asie-Pacifique, zone de prédilection de l’Australie en matière de maintien de la paix et d’intervention.


En date du 31 mars 2018, 33 personnes étaient déployées dans le cadre d’OMP des NU au Soudan du Sud pour la MINUSS et au Moyen-Orient pour l’ONUST. Ce nombre n’a cessé de diminuer au cours des deux dernières décennies et cette contribution la place à la fin du classement des pays contributeurs en 2018. Depuis 1947 et le premier engagement de l’Australie dans le maintien de la paix avec les NU, huit opérations de maintien de la paix ont été commandées par des Australiens. Lors de toutes ces OMP des NU, 16 Australiens y ont perdu la vie, y compris de mort naturelle (en date de septembre 2017).


C’est dans le cadre de l’évolution de sa politique extérieure que l’Australie s’est désengagée de la plupart des OMP auxquelles elle participait, y compris dans son voisinage. En effet, les troupes australiennes commencent à se retirer des îles Salomon à partir de la mi-2013 alors qu’elles y étaient présentes depuis 2003. La même année, l’Australie se désengage du Timor-Leste, et ce après près de quatorze ans de présence dans le pays.


La participation de l’Australie au maintien de la paix en 2018 se concentre essentiellement sur des opérations multilatérales au Moyen-Orient. À l’heure actuelle, l’Australie est engagée dans la lutte contre l’État Islamique en Irak et en Syrie. Le pays contribue à hauteur de six rotations de 300 troupes qui devraient y rester déployées jusqu’à la mi-2018. En Afghanistan, 300 troupes y sont toujours également stationnées afin de former des policiers et militaires locaux. C’est pour leurs services durant la guerre d’Afghanistan que quatre Australiens ont reçu la Victoria Cross.

 

Catherine Délice

Doctorante, Centre d’études sur la sécurité internationale et les coopérations européennes (CESICE), Université Pierre Mendès-France (Grenoble II).

Fiche mise à jour le 15 mai 2018 par Florine De Wolf,
Stagiaire au Centre d'Etude des Crises et des Conflits Internationaux (CECRI)