Fiche d'information de l'État : Australie Australie

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Australie

L’Australie (Commonwealth of Australia) est un pays d’Océanie membre de l’ONU depuis 1945.

L’Australie n’est pas à ce jour un contributeur important de troupes pour l’ONU, en revanche, elle déploie beaucoup de personnel sur le terrain dans le cadre d’opérations multinationales, en Afghanistan, au Timor et dans les îles Salomon. L’évolution de sa participation aux opérations de paix illustre parfaitement les tendances de sa politique internationale et de défense à travers les différents gouvernements. A la fin des années 1990, elle s’investit beaucoup au Timor, indiquant sa volonté de se projeter comme un acteur responsable dans son environnement régional. Fidèle alliée des Etats-Unis, elle déploie un effort constant pour la stabilisation de l’Afghanistan et dans la lutte antiterroriste qui passe par une sécurisation de son environnement géographique. Depuis 2003, elle a défini un concept d’intervention dans les îles du Pacifique à travers lequel elle prend en main la reconstruction des Etats qu’elle considère comme faillis.

 

L’évolution de sa participation aux opérations de paix

 

La politique d’intervention de l’Australie pour le maintien de la paix et de la sécurité internationale est déterminée en fonction des besoins en matière de défense et de politique internationale, présentés dans les livres blancs des ministères concernés. La décision d’envoyer des troupes sur le terrain est prise par le gouvernement qui s’appuie essentiellement sur les recommandations du Ministère de la Défense et du Ministère des Affaires étrangères et du Commerce.

 

Le Ministère des Affaires étrangères et du Commerce, dans les années 1990, développe un concept de bonne citoyenneté internationale en vertu duquel l’Australie doit contribuer à la réalisation d’un monde juste. En même temps, elle veut renforcer sa position sur la scène internationale et sa force de négociation en cas de besoin, notamment si elle rencontre la nécessité d’être soutenue pour intervenir au niveau régional. Elle s’implique donc fortement aux côtés de l’ONU et soutient son allié américain. Elle veut aussi jouer un rôle dans la stabilisation de son environnement géographique proche, l’Asie Pacifique, dans un souci de sécurité nationale et pour répondre aux attentes des Etats-Unis. Sa participation aux opérations de paix au début des années 1990 est donc déterminée sur la base de ces préoccupations. En Irak, elle intervient pour soutenir les Etats-Unis et l’ONU. Elle envoie 500 hommes au Cambodge en 1992-1993 et commande toute la force militaire de l’APRONUC, montrant son engagement pour la sécurité de la région. Elle déploie près de 950 hommes en Somalie en 1992-1993 pour soutenir son allié américain et sur la base de considérations humanitaires. Ces mêmes considérations expliquent son engagement au Rwanda en 1993-1994.

 

A partir du milieu des années 1990, la Coalition au pouvoir se préoccupe moins de l’image de l’Australie dans le monde et définit sa participation sur la base des intérêts nationaux en matière de sécurité. Les interventions australiennes se concentrent donc dans la région, où elle déploie, en 1994, une force multilatérale en Papouasie Nouvelle Guinée, qu’elle planifie et dirige. Elle s’implique fortement au Timor oriental en 1991 et prend la tête de l’intervention de l’ONU qui n’aurait pas eu lieu sans les pressions de l’Australie sur le gouvernement indonésien. Sa contribution à l’opération au Timor est sans précédent, non seulement sur le plan politique, mais aussi par le nombre d’hommes déployés et par la durée de l’engagement. Aujourd’hui, l’Australie compte encore près de 850 militaires au Timor dans le cadre de l’opération ASTUTE, une coalition internationale composée aussi de néo-zélandais, malaisiens et portugais et chargée de consolider la paix.

 

A présent, les considérations de l’Australie en matière de sécurité l’amènent à s’impliquer fortement pour la stabilité de la région et dans la lutte antiterroriste. Elle a conscience que les Etats faillis des îles du Pacifique peuvent devenir des terrains favorables à l’infiltration de groupes terroristes et que les violences peuvent engendrer un flux de réfugiés vers son territoire. Elle s’implique aussi fortement en Irak et en Afghanistan pour soutenir les américains dans la lute antiterroriste. En même temps, l’Australie veut être un acteur international responsable en projetant les valeurs australiennes de démocratie et de droits de l’homme dans le monde et en intervenant en cas de catastrophe humanitaire.

 

Elle veut être une puissance capable de monter et de mettre en place des coalitions militaires pour la sécurité de la région. L’Australie a besoin d’un environnement géographique stable. L’aide au développement qu’elle dédie aux îles du Pacifique ne suffit pas à instaurer cette stabilité. Elle développe donc depuis 2003 un concept d’intervention qui ne se limite plus au retour de l’ordre dans les pays en crise mais à une assistance renforcée pour la mise en place des institutions et mécanismes étatiques nécessaires à la bonne gouvernance, à la stabilité durable et à la croissance économique de pays qui devront devenir des partenaires fiables tant sur le plan économique que politique. Son objectif est de construire des Etats démocratiques et cohérents pour assurer la stabilité de son voisinage.

La relation avec les États-Unis

 

La relation de forte connivence qu’entretient l’Australie avec son allié américain est un facteur déterminant dans la définition de sa politique extérieure et de défense et donc de sa participation aux opérations de paix. L’Australie considère que le maintien de la présence américaine dans la région est indispensable face à l’émergence de nouvelles puissances dans cette partie du monde. Le livre blanc sur la défense de 2007 met en avant l’importance de cette relation stratégique avec un allié qui partage les mêmes valeurs, les mêmes intérêts et la même conception de la sécurité. Cette relation affecte la politique de l’Australie de deux manières. D’une part, les Etats-Unis comptent sur elle pour « surveiller son arrière-cour » et assurer la stabilité de son environnement géographique proche, c'est-à-dire l’Asie du Sud Est maritime et les îles du Pacifique. D’autre part, l’Australie considère comme son devoir de soutenir les Etats-Unis dans la lutte antiterroriste. Elle participe à la coalition internationale en Irak et déploie un effort constant en Afghanistan avec l’OTAN.

 

La victoire en Irak la conforte dans son rôle de garant de la paix dans la région et l’amène à développer un nouveau concept d’intervention qui va bien au-delà du maintien de la paix et de l’aide à la reconstruction de l’Etat. Elle fait le lien entre l’instabilité des Etats qui l’entourent et le risque d’infiltration par des groupes terroristes qui mettrait en péril sa sécurité nationale. Elle prend la tête de coalitions internationales dans la région du type de celle des Etats-Unis en Irak.

Un nouveau concept d’intervention

 

L’Australie tient donc à jouer un rôle central pour la sécurité de l’Asie Pacifique. Dans les années 1990, elle déploie un nombre important de troupes au Cambodge et au Timor dans le cadre des opérations de l’ONU. Elle prend aussi la tête de forces multinationales de maintien de la paix dans les îles du Pacifique, comme en Papouasie Nouvelle Guinée. Le Groupe de surveillance de la trêve envoyé en 1991 en Papouasie Nouvelle Guinée est composée de 250 civils et militaires non armés d’Australie, de Nouvelle-Zélande, des Fidji et du Vanuatu. Son mandat est de promouvoir et d’instaurer la confiance dans le processus de paix en procédant à des missions de bons offices et en interagissant avec la communauté locale. En 1998, il est remplacé par le Groupe de Surveillance de la Paix qui veille sur le respect de l’accord de paix. Il est également composé de civils et militaires non armés. En 2003, encouragée par les résultats positifs de cette intervention et par le succès de la coalition internationale en Irak, elle décide d’aller plus loin dans son rôle de gardien de la paix régionale et développe des opérations de longue durée chargées de renforcer les institutions étatiques et de mettre en place les conditions favorables au développement économique et social du pays.

 

L’Australian Strategic Policy Institute présente en effet en 2003 un rapport qui propose une stratégie d’intervention pour stabiliser les îles Salomon qui sont qualifiées d’Etat failli. Ce rapport propose que l’Australie initie un effort multilatéral de longue durée, avec le consentement des îles Salomon, qui suivrait deux phases. La première consisterait à résoudre le problème immédiat de violence et de corruption et à restaurer le droit et l’ordre par le déploiement d’une force d’intervention composée de policiers et de personnel judiciaire et pénal pendant un an. La seconde phase consisterait en un renforcement des capacités pour un gouvernement efficace en aidant à mettre en place les nouvelles structures politiques et les institutions de sécurité et à traiter les problèmes sociaux et économiques sous-jacents. L’Australie adopte cette stratégie et élabore sur cette base le mandat de la Mission régionale d’assistance aux Iles Salomon (RAMSI) qui a reçu l’aval du Forum des îles du Pacifique. L’Australie a envoyé environ 150 policiers et 80 civils, lesquels étaient accompagnés de 1500 militaires chargés d’assurer leur protection. Il s’agit d’une force multinationale, dirigée par l’Australie et composée d’une quinzaine d’Etats de la région, dont la Nouvelle-Zélande, la Papouasie Nouvelle Guinée et les îles Tonga.

 

L’intervention australienne dans les îles Salomon frappe par son mandat sans précédent puisqu’il s’agit d’une opération chargée de renforcer les institutions et les autorités légitimes du pays et d’assurer le respect de la constitution et l’application des lois nationales. Le mandat de la RAMSI n’est pas justifié par un besoin humanitaire, mais par la nécessité de lutter contre le crime, la corruption et la mauvaise gouvernance. Le personnel civil de la RAMSI est placé dans les ministères économique clés et dans les institutions centrales du droit et de la justice. La RAMSI est presque une administration transitoire. Elle va au-delà de la consolidation de la paix pour s’occuper de la reconstruction de l’Etat, avec un risque d’ingérence dans les affaires intérieures d’un autre Etat. C’est d’ailleurs ce dont elle a été récemment accusée par le Premier ministre des îles Salomon qui suspecte la RAMSI de suivre un agenda basé sur les intérêts australiens.

 

L’Australie va étendre cette stratégie de stabilisation à la Papouasie Nouvelle Guinée et remplacer, en 2003, le Groupe de surveillance de la paix par une Equipe de transition, exclusivement civile, chargée d’aider à l’instauration d’un gouvernement autonome à Bougainville. En 2004, elle propose un Programme de coopération renforcée qui prévoit d’accompagner l’aide au développement d’un déploiement de 200 officiers de police pour faire face à l’instabilité croissante dans les îles. Des conseillers sont également intégrés dans le service public pour éradiquer la corruption et aider à mettre en place les services de base comme la santé et l’éducation. En proposant un programme intégré alliant aide au développement et assistance aux autorités de l’Etat, l’Australie semble imposer sa présence dans les institutions de la Papouasie et se rendre encore victime d’ingérence.

 

A ce jour, l’Australie compte plus de 2000 hommes déployés dans les opérations de paix, mais seulement 105 dans le cadre de missions de l’ONU (dont 73 policiers, 23 observateurs militaires et 9 militaires). Elle est seulement au 66e rang mondial des contributeurs en troupes de l’ONU. La quasi-totalité de ses troupes déployées dans les missions de paix le sont dans le cadre de trois opérations non onusiennes : 379 policiers et civils dans la RAMSI, 850 militaires au Timor (opération ASTUTE) et 892 militaires en Afghanistan (FIAS). Ces chiffres traduisent tout à fait sa politique étrangère et de défense dans la mesure où elle mobilise énormément d’hommes pour la sécurité de son environnement géographique proche et soutient les Etats-Unis dans leur lutte antiterroriste.

 

 

 

Catherine Délice

Doctorante, Centre d’études sur la sécurité internationale et les coopérations européennes (CESICE), Université Pierre Mendès-France (Grenoble II).

26 février 2008