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Paraguay

La République du Paraguay est un pays de l’Amérique latine (Cône Sud). Elle partage ses frontières au nord-ouest avec la Bolivie, au nord-est et à l’est avec le Brésil et au sud avec l’Argentine. Le Paraguay est membre de deux organisations qui mènent des opérations de paix : l’ONU (1945) et l’OEA (1948).

Politique de maintien de la paix

Le 15 août 2008, l’ancien évêque et candidat de l’Alliance patriotique pour le changement, Fernando Lugo, est assermenté comme nouveau président du Paraguay. C’est ainsi que prennent fin plus de soixante ans de règne du «Parti Colorado» (droite). Le nouveau dirigeant, qui se dit «intéressé» par l’expérience gouvernementale vénézuélienne, mais qui prend ses distances vis-à-vis du «populisme latino-américain», représente donc un changement significatif sur l’échiquier politique interne du pays. Son triomphe électoral vient aussi renforcer le «tournant à gauche» expérimenté par l’Amérique latine depuis 1998.

 

Fernando Lugo a présenté, lors d’un discours prononcé devant l’Assemblée générale de l’ONU, une solide défense du principe du multilatéralisme comme instrument de résolution des enjeux du monde contemporain. Les décisions les plus importantes, indique le président, ne peuvent pas être «séquestrées par des entités où seulement un petit nombre de pays y sont représentés». En fait, le déficit de représentativité au sein des organes internes de l’ONU appelle à sa réforme intégrale, ce qui devrait se traduire non seulement par des changements aux organes les plus connus, mais aussi aux échelons inférieurs de l’administration. Par exemple, le Paraguay considère que tous les États participant à un effort de maintien ou de construction de la paix devraient être représentés, d’une façon ou d’une autre, au sein du Département des opérations de paix de l’ONU. Pourtant, en 2009, et malgré la participation du pays à diverses opérations de paix, il n’avait pas encore obtenu une telle représentation.

Processus de prise de décision

Le Département des opérations de paix de l’ONU doit adresser à l’État-major du Commandement des Forces militaires et des Forces armées paraguayennes une invitation pour participer à une opération de paix. Les représentants paraguayens à New York communiquent alors avec la Direction des organismes internationaux du ministère des Relations extérieures, qui prend en charge la demande et assure la coordination interinstitutionnelle. Le Président de la République, en tant que Commandant en chef des Forces armées, décide de l’engagement des troupes du pays. Si la décision est positive, il doit obtenir l’approbation de la Chambre des Sénateurs. Une fois que la permission est obtenue, le personnel militaire est autorisé à sortir du territoire national.

Évolution de la participation

La première participation du Paraguay aux opérations de paix de l’ONU remonte à 1998, quand le pays a envoyé un premier groupe d’officiers dans le cadre de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre. En 2009, le pays participe à huit missions de paix, dans la plupart des cas comme observateur militaire. À Chypre, deux officiers subalternes et 12 sous-officiers ont été intégrés à la Fuerza de Tareas Argentina (Force opérationnelle de l’Argentine, FTA). Dans les Caraïbes, un officier supérieur, cinq officiers subalternes et 25 sous-officiers participent à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). En ce qui concerne le personnel militaire envoyé en tant que membre de l’État-major pour assumer un rôle d’observation, la contribution du Paraguay peut être résumée ainsi: onze personnes ont été déployées à la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC), deux à l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), une à la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL), huit à la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS), cinq à la Mission des Nations Unies au Népal (MINUNEP), et trois à la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO).

 

L’engagement du Paraguay au sein des opérations de paix de l’ONU est remarquable si l’on considère qu’en 2008, les Forces armées du pays avaient la plus faible capacité de fonctionnement en Amérique latine, supérieure seulement à celles de la Guyana et du Surinam. Par ailleurs, cette absence de capacité technique, combinée aux restrictions budgétaires propres à un pays en voie de développement, expliquent le fait que le pays ait privilégié jusqu’à présent le rôle d’«observateur» à celui d’intervenant direct sur le terrain: l’envoi d’observateurs, indiquent les autorités, ne représente pas une charge au budget national, car en général ces derniers sont envoyés sans armes; les contingents militaires, pour leur part, impliquent une dépense importante pour les finances publiques. Le Paraguay a aussi signé un accord Stand By avec l’ONU en 1999, ce qui dénote une volonté politique ferme de contribution aux initiatives collectives au service de la paix.

 

Par ailleurs, le Paraguay a été l’hôte, en 1998, d’un exercice réalisé par les «Fuerzas Unidas Peacekeeping Operation», un instrument qui permet à l’ONU de former les participants à employer des techniques utilisées par les Casques bleus, et qui recrée des scénarios pour montrer comment l’ONU interagit sur le terrain avec des organisations non gouvernementales (ONG), comme la Croix-Rouge. L’événement a réuni 141 Américains, 17 Argentins, 18 Boliviens, 17 Chiliens, 185 Paraguayens et 20 Uruguayens. Le pays compte aussi un Peacekeeping Operation Training Center (CECOPAZ), qui a formé à ce jour 922 militaires (198 officiers supérieurs, 227 officiers subalternes et 497 sous-officiers). Enfin, en 2009, le pays s’affaire à constituer une «Compagnie de génie multi-rôle» dont l’effectif comprend 176 personnes.

La reconstitution de la légitimité interne grâce à la participation à des opérations de paix multilatérales

L’absence de capacité de fonctionnement des forces armées paraguayennes est attribuable à l’absence historique de politiques intégrées de développement et de modernisation de l’institution. Cela s’explique, du moins en partie, par l’influence des groupes de l’ancienne opposition civile au régime autoritaire, qui voient d’un bon œil l’affaiblissement permanent d’une armée qui a appuyé, pendant des années, la dictature de Stroessner (1954-1989). Certes, cela fait 20 ans depuis que le régime autoritaire s’est écroulé. En fait, au cours des deux dernières décennies, la perception de la population envers l’armée a beaucoup changé. Aujourd’hui, au lieu d’être assujettie aux intérêts particuliers d’un parti politique, l’armée est plutôt subordonnée aux autorités étatiques.

 

Toutefois, la corruption qui a caractérisé l’institution pendant les 35 années de la dictature – l’armée était, rappelons-le, avec le Parti Colorado et le gouvernement, un des trois piliers du régime autoritaire – semble toujours influencer l’imaginaire collectif paraguayen. À l’époque, les militaires avaient utilisé les conscrits pour tout type de services personnels, au bénéfice des officiers. Aujourd’hui, on affirme que ce passé fait fuir d’éventuelles recrues, alimentant ainsi un cercle vicieux qui empêche la réforme et la modernisation de l’institution. Cependant, la participation des militaires au sein des opérations de paix de l’ONU leur permet de se professionnaliser et d’améliorer leurs capacités techniques. De telles expériences, signalent les autorités paraguayennes, sont fondamentales pour apprendre à travailler dans un milieu multiculturel et à faire fonctionner de l’armement hautement perfectionné, dans des milieux hostiles loin des repères nationaux. De plus, en insérant ces efforts dans de nouvelles stratégies de renforcement de l’institution, les militaires gagnent en légitimité. En fait, vers la fin de 2008, l’armée a été déployée sur le territoire national, dans les Départements de San Pedro et Concepción, en renfort à la police (dans le cadre de sa lutte contre la criminalité). Ces interventions comptent sur l’appui de la majorité de la population, selon les divers sondages qui ont circulé dans les médias. Elles donnent aussi un aperçu du rôle que les militaires entendent jouer dans leur propre pays.

 

Fernando A. Chinchilla

Ph.D. Chercheur associé, Groupe d’étude et de recherche sur la sécurité internationale (GERSI)