Fiche d'information de l'État : Philippines Philippines

< Retour au détail: Philippines

Philippines

La République des Philippines, pays de l’Asie du Sud-Est, est membre de deux organisations intergouvernementales engagées dans la conduite d’opérations de maintien de la paix : l’ONU (depuis 1945) et l’ASEAN (depuis 1967). Par ailleurs, le pays accueille sur son territoire depuis 2004 une mission de paix, l’Équipe internationale de surveillance (EIS).

Politique de maintien de la paix

Les Philippines sont attachées à un idéal pacifiste datant de la Deuxième guerre mondiale, conflit au cours duquel le pays a souffert d’énormes pertes (Manille a été la deuxième ville au monde, après Dresde, la plus touchée par les bombardements). Il n’est donc guère surprenant que la Constitution du pays, qui date de 1987, stipule que « les Philippines renoncent à la guerre comme instrument de politique nationale, adoptent les principes généralement acceptés de droit international en tant que partie du droit du pays et adhèrent à une politique de paix, d’égalité, de justice, de liberté, de coopération et de concorde ». Les Philippines soutiennent donc le multilatéralisme et adhèrent à l’idéal onusien de résolution pacifique des différends internationaux.

 

La participation philippine aux opérations de maintien de la paix (OMP) dépend principalement de trois facteurs : les capacités nationales à déployer des troupes, la situation politique domestique et les intérêts nationaux. De ces trois facteurs, la situation politique interne peut être considérée comme le plus important, les autorités du pays ayant fait face à l’émergence de plusieurs groupes armés dans le sud musulman depuis les années 1970. Une mission de paix, l’Équipe Internationale de Surveillance (EIS /IMT), dirigée par la Malaisie et composée de ressortissants du Japon, de l’UE et de pays de l’ASEAN, est d’ailleurs présente dans la région depuis 2004. La participation des Philippines aux efforts militaires de maintien de la paix est donc tributaire de la situation politique et sécuritaire au pays : si la situation est tendue, alors le gouvernement sera moins enclin à déployer des troupes à l’étranger.

 

Aux prises avec les groupes armés du Front Moro de libération islamique (MILF), de la Nouvelle armée du peuple (NAP) et d’Abou Sayyaf, les autorités civiles du pays sont soucieuses de ne pas s’attirer l’inimitié des forces armées. La sécurité des troupes déployées est donc un souci constant pour les autorités nationales, ce qui façonne en partie la participation du pays aux OMP. Ainsi, les Philippines ne s’engageront dans une mission de paix que si celle-ci est autorisée par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. De plus, le mandat régissant cette mission devra être clair et atteignable. Un calendrier et une stratégie de sortie réaliste devront également baliser l’engagement international en général et philippin en particulier. Enfin, le pays-hôte devra consentir à la présence de la mission sur son territoire, ce qui signifie que les Philippines ne peuvent participer à des missions d’imposition de la paix.

 

En tant que pays en développement ne jouissant que de moyens financiers limités à consacrer au maintien de la paix, les Philippines ont à cœur de maximiser leur impact sur la zone de déploiement tout en maximisant leurs propres intérêts. A ce titre, les zones géographiques de prédilection des autorités pour déployer des troupes sont la région Asie-Pacifique et le Moyen-Orient. La prospérité économique des pays du Sud-est asiatique est tributaire de la stabilité politique de la région et il est dans l’intérêt de ces pays, et donc des Philippines, de veiller à ce qu’aucun conflit armé ne vienne porter ombrage aux flux commerciaux et financiers de la région. Le principe de non-interférence qui prévaut au sein de l’ASEAN, peut toutefois être vu comme un frein à la capacité de cette dernière à intervenir en cas de conflits, notamment quand ces conflits sont internes. L’autre zone de prédilection des Philippines, en termes d’engagement dans les OMP, est le Moyen-Orient, du fait de l’importance énergétique et commerciale de la région pour le pays.

 

De plus, il est important de souligner un trait capital de la démographie philippine, trait qui a un impact croissant sur la politique étrangère du pays : environ 10 millions de Philippins (soit 10% de la population totale), vivent et travaillent en dehors du pays. Deux millions de ces expatriés sont installés au Moyen-Orient, d’où l’intérêt pour le pays d’œuvrer à la stabilisation de la région. A titre d’exemple, en août 2006, lors du conflit armé entre Israël et le Hezbollah, 30 000 ressortissants philippins ont du être évacués du Liban avec l’aide de l’OIM. Cette caractéristique explique également l’activité diplomatique des Philippines au sein de l’ONU dans le domaine de la protection des civils, notamment des migrants, et du droit international humanitaire. Le pays siège d’ailleurs sur le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU depuis sa création en 2006.

 

Parmi les autres « spécialités » des Philippines en termes de maintien de la paix, il convient enfin de mentionner la police communautaire et le dialogue inter-religieux.

Structurelles décisionnelles civiles et militaires

Le document régissant le déploiement de troupes philippines dans des OMP est le Policy Framework and Guidelines for Philippine Participation in UN Peacekeeping Operations. Dans ce document, qui a été adopté en 2002 par le décret présidentiel 97 (DP 97), les Philippines reconnaissent de manière explicite le rôle de l’ONU dans le maintien de la paix et la sécurité internationales et s’engagent à honorer leurs obligations face à la Charte de l’ONU par le biais des OMP.

 

Lorsque l’ONU demande aux Philippines de participer à une mission de paix, cette demande est étudiée par le Conseil Inter-Agences sur les Opérations de maintien de la paix de l’ONU (CIAOMP), un organe composé de hauts responsables des ministères des Affaires étrangères, de la Défense et de l’Intérieur. Les conclusions du Conseil sont ensuite transmises au Congrès qui peut décider ou non d’en débattre. La décision de déployer un contingent ne dépend toutefois pas du Congrès, mais est plutôt une prérogative du président du pays. Le renouvellement des déploiements philippins se fait quant à lui automatiquement par la reconduction du budget par le Congrès.

 

Le Livre blanc philippin pour la Défense (Philippine Defense Planning Guidance) fixe la limite du nombre de soldats envoyés à l’extérieur des frontières du pays dans le cadre de missions onusiennes, à quatre déploiements de 600 troupes chacun. Depuis 2006, un détachement supplémentaire de 600 soldats est maintenu en stand-by (en attente).

 

En 2008, le Policy Framework and Guidelines for Philippine Participation in UN Peacekeeping Operations a toutefois été révisé sous l’égide du ministre des Affaires étrangères de l’époque, Alberto Romulo. Parmi les modifications apportées au document original, il convient de souligner le renforcement du CIAOMP, afin d’en faire un organe en mesure de produire une vision à long-terme et une direction à suivre aux futures participations des Philippines à des opérations de paix.

 

Les procédures auxquelles sont soumis les soldats philippins avant d’être déployés dans une OMP sont incluses dans le Standing Operating Procedure (SOP) numéro 5 datant du 29 mars 2005. Ce SOP stipule que la candidature de tout soldat devra être étudiée et approuvée par un comité de sélection afin de s’assurer de la pertinence de son expérience face au mandat onusien de la mission à laquelle il est destiné, de son état de forme physique et psychologique et de sa maîtrise de l’anglais. Les recrues devront ensuite être envoyées au Centre pour les Opérations de maintien de la paix des Forces armées Philippines afin d’y recevoir diverses formations de pré-déploiement dans la période de 45 jours précédant leur départ. Si ces procédures sont bien déterminées sur le papier, leur application est néanmoins difficile à réaliser pour des raisons matérielles, financières et logistiques.

 

Si le Policy Framework and Guidelines for Philippine Participation in UN Peacekeeping Operations et le SOP permettent de baliser les déploiements militaires des Philippines, l’envoi de personnel civil et policier ne bénéficie pas de directives aussi claires. La police philippine, qui participe à des missions de paix depuis près de 20 ans, s’est inspirée des procédures de déploiement de l’armée. Elle aspire depuis 2006 à poursuivre l’institutionnalisation de ses déploiements en mettant sur pied une unité de police constituée, selon les paramètres de l’ONU. En 2006, le pays a également adopté un Livre blanc sur le déploiement de personnel civil gouvernemental et non-gouvernemental dans des opérations humanitaires et de consolidation de la paix. Ces « casques blancs » sont sous la responsabilité du ministère des Affaires étrangères.

 

Le financement des déploiements philippins aux OMP reste enfin sujet à des contraintes budgétaires fortes, puisque la principale source de financement des contingents envoyés dans des OMP est l’argent provenant des remboursements de l’ONU, tant pour les troupes déployées que pour le matériel de ses contingents. Ce faible niveau de financement mine, dans une certaine mesure, la crédibilité du ministère des Affaires étrangères qui affirme que la participation philippine aux OMP est l’une des ses priorités.

Évolution de la participation du pays au maintien de la paix

La première participation des Philippines à une opération de paix de l’ONU a eu lieu dans le cadre de l’ONUC, en 1962 et 1963. Le pays n’a ensuite déployé aucun contingent jusque dans les années 1990. La participation des Philippines à l’Autorité provisoire des Nations Unies au Cambodge (APRONUC), entre 1992 et 1993, représente un tournant dans l’engagement du pays pour le maintien de la paix, puisque depuis lors, le pays n’a jamais cessé d’avoir des troupes sous la bannière onusienne. La participation d’un contingent philippin à l’APRONUC sera même suivie de quelques déploiements hors zone Asie-Pacifique, avec notamment une seconde mission en Afrique - en Somalie (ONUSOM II) - et une première mission dans les Caraïbes - en Haïti (MINUHA) - en 1994.

 

Le second tournant dans la participation philippine aux OMP proviendra également d’une mission déployée dans le voisinage du pays : l’Administration transitoire des Nations Unies au Timor oriental (ATNUTO) entre 1999 et 2002. Suite à l’envoi d’un nombre sans précédent de personnels, les Philippines atteignent en mars 2000 la 11ème place au classement des plus gros contributeurs de troupes de l’ONU, avec 847 personnels. L’implication des Philippines dans cette mission lui valent d’ailleurs pour la première fois de bénéficier du commandement de la mission de décembre 1999 à juillet 2000, en la personne du Lieutenant-général Jaime de Los Santos.

 

Depuis le déploiement du premier contingent policier philippin au sein de l’APRONUC, la participation policière du pays aux OMP prend de plus en plus de poids par rapport à sa participation militaire. Le pays a ainsi joué un rôle important au sein des contingents policiers de la MANUTO (2003-2005) et de la MINUK (2003-2009) et continue à jouer un rôle de premier plan dans ce domaine pour la MINUAD et surtout la MINUT.

 

Le passage des Philippines au Conseil de sécurité de l’ONU en tant que membre non-permanent, pour la période 2004-2005, conjugué à la nomination, en août 2004, de Roberto Romulo au poste de ministre des Affaires étrangères du pays auront également un impact certain sur l’évolution de la participation des Philippines aux OMP de l’ONU. Le pays poursuivra ainsi la diversification de ses engagements onusiens et se déploiera notamment au sein de la MINUSTAH (Haïti), de la MINUS (Soudan) et de la MSA/AMM (Aceh). Tel que mentionné plus haut, sous la direction de M. Romulo le pays renforcera, outre sa participation aux OMP, les structures et processus décisionnels régissant le déploiement des troupes. En 2008, les Philippines rejoindront d’ailleurs le Système d’arrangements relatifs aux forces en attente des Nations Unies (UN stand-by arrangement system).

 

Depuis 2009, il existe une volonté de la part du gouvernement philippin, sous l’impulsion de M. Romulo, et depuis mars 2011, de son successeur, Albert Del Rosario, de participer de manière plus active dans les OMP. Ainsi, le nombre de personnels déployés dans les missions de paix a bondi de plus de 40% entre début 2009 et début 2010. En janvier 2010, 1071 Philippins étaient déployés sous la bannière de l’ONU dans neuf missions différentes. Ce pic a été atteint grâce à la décision des autorités de prendre la relève du contingent polonais au sein de la FNUOD. Encore une fois, cet engagement assure aux Philippines le commandement de la mission (général de brigade Natalio C. Ecarma). En date du 31 juillet 2011, la participation des Philippines aux OMP s’élève à 893 Casques bleus (29ème rang).

 

Damien Larramendy

Agent de recherche au ROP

31 août 2011


Sources :


Executive Order 97 , « Policy Framework and Guidelines on Philippine Participation in UN Peace Operations », Présidence des Philippines, 2002.


Philippine Defense Planning Guidance 2006-2011, Ministère de la Défense des Philippines, 2006.


Standing Operating Procedure 5, Ministère de la Défense des Philippines, 2005.