Contributeurs au maintien de la paix

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Il existe plusieurs manières de contribuer aux opérations de maintien de la paix déployées par les Nations Unies : en personnel, en financement, en engagement politique, en soutien. Il existe donc plusieurs types de contributeurs, provenant de plusieurs zones de déploiement, et leurs motivations à contribuer sont très variées, même si l’on oppose souvent deux grands groupes de contributeurs : les contributeurs en troupes – il y a quelques années l’expression « pays fournisseurs de contingents » était utilisée – et les contributeurs financiers. Ces deux grands groupes correspondent depuis dix ans de plus en plus à deux grands ensembles du monde : les pays du Sud, principaux contributeurs de troupes des OMP et les pays occidentaux, principaux contributeurs financiers. Ces premiers ont un certain nombre de revendications pour mieux être entendus, écoutés et impliqués dans les processus décisionnels principalement contrôlés par les seconds. L’enjeu est aujourd’hui de pouvoir donner plus de cohésion à cet ensemble de contributeurs.

 

Les types de contributeurs au maintien de la paix


L’ONU distingue plusieurs types de contributeurs : les contributeurs de troupes (TCCs), les contributeurs de police (PCCs) et les contributeurs financiers (FCCs). Ces groupes forment aussi des groupes de pression ou de négociations (C-34) à part entière qui font avancer leurs intérêts particuliers.

 

10 principaux contributeurs de l’ONU (TCCs, PCCs, FCCs)

(au 31 janvier 2012)

Pays

Troupes

Pays

Policiers

Pays

Budget (quote-part)

Bangladesh

10 238

Bangladesh

2 076

Etats-Unis

27,14%

Pakistan

9 527

Jordanie

2 024

Japon

12,53%

Inde

8 093

Inde

1 022

Royaume-Uni

8,15%

Ethiopie

6 223

Pakistan

893

Allemagne

8,02%

Nigeria

5 775

Népal

745

France

7,55%

Egypte

4 066

Sénégal

745

Italie

5,00%

Jordanie

3 751

Nigeria

721

Chine

3,93%

Rwanda

3 713

Rwanda

468

Canada

3,21%

Népal

3 601

Egypte

413

Espagne

3,18%

Ghana

2 987

Ghana

341

Corée du Sud

2,26%

57 974

9 448

80,97%

 

TCCs = Troop-Contributing Countries ; PCCs = Police Contributing Countries ; FCCs = Financial Contributing Countries

Les contributeurs de troupes

 

115 Etats membres contribuent en troupes aux opérations de maintien de la paix. L’ONU est actuellement le deuxième « déployeur » de troupes (après les Etats-Unis) de par le monde avec 93 187 personnes en uniforme et 19 299 civils servant dans 15 opérations de maintien de la paix sur quatre continents. Ces contributeurs proposent la mise à disposition de leurs troupes sur la base du volontariat. En retour de l’envoi de militaires, ils reçoivent une compensation sous la forme d’un forfait appelé troop cost, forfait par homme et par mois de 1 101 $ versé a posteriori aux pays contributeurs (et non pas aux militaires eux-mêmes).


Les cinq premiers contributeurs de troupes de l’ONU sont le Bangladesh (10 238), le Pakistan (9 527), l’Inde (8 093), l’Ethiopie (6 223) et le Nigéria (4 066) ; ils contribuent à 38% des personnels en uniforme déployés dans ces opérations.

 

Les contributeurs de police


84 Etats membres contribuent en policiers ou en forces de police constituées (FPU – Formed Police Units) aux opérations de maintien de la paix, également sur la base du volontariat. Pour les policiers (comme pour les observateurs militaires), l’ONU verse directement et mensuellement aux hommes et femmes qu’elle emploie une MSA (Mission Subsistence Allowance) dont le montant varie en fonction du pays où ils sont envoyés. Cette catégorie de contributeurs n’a été créée que récemment, certains pays s’étant fait une sorte de spécialité dans ce type de contribution (Jordanie, par exemple) et les opérations de maintien employant de plus en plus de policiers pour des tâches d’après-conflit.


Les cinq premiers contributeurs de police sont le Bangladesh (2 076), la Jordanie (2 024), l’Inde (1 022), le Pakistan (893) et le Népal au même niveau que le Nigéria (745).


Ces deux premières catégories sont aussi fusionnées sont l’expression : contributions de personnel en uniforme.

 

Les contributeurs financiers


L’ensemble des Etats membres contribue au budget du maintien de la paix qui s’élève à 7,84 milliards de dollars pour le biennum 2011-2012. Ces contributions sont donc obligatoires et fixées selon le produit national brut (PNB) par habitant de chaque Etat (quote-part corrigée pour tenir compte de divers facteurs tels que la dette extérieure et la faiblesse du revenu par habitant). Les cinq premiers contributeurs financiers sont les Etats-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France ; ils supportent plus de 60% de ce budget.


On évoque rarement les contributeurs de personnel civil, car ces personnels sont des employés de l’organisation, des fonctionnaires internationaux, et ne répondent par conséquent pas aux mêmes règles de déploiement. On évoque encore moins les Etats formant les bataillons de certains Etats, les contributions en termes de capacités (hélicoptères notamment) ou les entreprises de soutien logistique qui répondent à des marchés (procurement).



Les raison de contribuer au maintien de la paix


L’engagement d’un Etat dans le maintien de la paix est sous-tendue par plusieurs logiques qui s’entrecroisent et peuvent se cumuler en fonction de leurs intérêts stratégiques :


- une logique militaire : l’engagement régulier dans les OMP permet aux soldats de se confronter à un travail en multinational voire d’améliorer l’interopérabilité des forces ; il permet également aux pays aux armées pléthoriques de maintenir une partie de leurs soldats en dehors du territoire. Les OMP sont par ailleurs un moyen d’entrainer de jeunes armées (exemple du Timor oriental) à peu de frais et de manière progressive. Cela est aussi un moyen de « rentrer » dans le concert des nations (exemple du Timor oriental, du Vietnam, de la Mongolie). Cette contribution militaire peut aussi se faire en fonction des spécialités et des contraintes à chaque armée (exemple du Japon qui déploie principalement des forces de génie ; exemple de la Corée du Sud qui déploie des unités médicales). Les OMP peuvent donc constituer des modes d’intégration et de formation de certaines armées.


- une logique régionale : cet engagement permet de conforter un statut de puissance régionale (exemple du Brésil) ou au contraire de promouvoir un partenariat régional (Caecopaz en Argentine).


- une logique politique : l’engagement au sein des OMP répond aux intérêts d’un Etat pour la stabilisation d’une zone (engagement des Européens dans les Balkans, des pays d’Amérique latine en Amérique centrale et de l’Australie au Timor oriental dans les années 90). Cet engagement est aussi utilisé par certains Etats candidats à un siège de membre permanent du Conseil pour renforcer leur légitimité en la matière et remplir l’un des critères exigés pour une telle accession.


- une logique financière : les dégrèvements qu’accorde l’ONU pour la mise à disposition de forces militaires permettent aux pays en développement d’entretenir leur armée et d’entraîner leurs soldats à moindre frais ; aux pays développés, ils leur permettent aussi un engagement à moindres frais avec des capacités rares (exemple de la FINUL), même si les remboursements de l’ONU ne couvrent pas l’ensemble des frais engagés.


- une logique économique voire commerciale : l’engagement dans une OMP se fait aussi en fonction des zones d’intérêt économique et d’approvisionnements énergétiques stratégiques (exemple de la Chine en Afrique). La logique commerciale est privilégiée par les Américains qui vendent, à un prix élevé, leurs capacités de transport stratégique.

 

La fronde des principaux contributeurs de troupes et le fossé grandissant entre contributeurs et décideurs

Pendant longtemps, les contributeurs de troupes ont été un peu les parents pauvres du maintien de la paix et peu de monde s’en souciait. Suite au rapport Brahimi, une résolution traitant de manière spécifique de « la coopération avec les pays fournisseurs de contingents » a été votée par le Conseil de sécurité. La Résolution 1353 insistait sur le renforcement nécessaire des consultations entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les TCCs, par l’organisation de réunions spécifiques (des « séances publiques ou privées du Conseil de sécurité avec la participation des pays fournisseurs de contingents » ; des « réunions de consultation avec les pays fournisseurs de contingents » ; des « réunions entre le Secrétariat et les pays fournisseurs de contingents ». De fait, seul ce troisième format de réunions se tient régulièrement, mais elles sont peu réactives et constituent principalement des réunions de génération de forces. Les dispositions de cette résolution ont été peu suivies d’effet. Il est un fait que le Conseil de sécurité dialogue peu avec les contributeurs en troupes et financiers, par manque de comité militaire (qui aurait été l’instance idoine de ce genre de consultations), par manque de temps et par manque d’implication dans la mise en œuvre des opérations qu’il décide.


Au fil des années, un fossé de plus en plus grand s’est creusé entre les différents contributeurs du maintien de la paix : entre ceux qui décident au Conseil et qui contribuent financièrement, et ceux qui contribuent militairement et considèrent « payer le prix du sang » du maintien de la paix. C’est ce fossé et le manque de consensus sur la façon de mener les OMP qui ont bloqué à plusieurs reprises les travaux du Comité spécial sur les opérations de maintien de la paix (C-34), enceinte dans laquelle les grands pays contributeurs peuvent peser. C’est ce fossé qui bloque aussi certaines discussions au sein de la Ve Commission de l’Assemblée générale qui vote le budget des opérations décidées par le Conseil. Contre toute logique d’efficacité, certains Etats du groupe des Non-Alignés utilisent cette instance comme un levier pour faire entendre leurs voix et leurs revendications en bloquant ou diminuant certaines dépenses demandées par le Conseil, conduisant même les principaux contributeurs de troupes à remettre en cause le rôle décisionnel prééminent du Conseil de sécurité dans le maintien de la paix. Il existe là sans doute chez les contributeurs de troupes une forme de pression envers le Conseil pour qu’il leur ouvre son processus de décision, exigence bien entendu inenvisageable pour les membres du Conseil. Ceci constitue assurément une forme de dérive alors que les opérations de maintien de la paix forment chacune « un partenariat global » (pour reprendre la formule du rapport « New Horizon ») où chacun doit prendre une place qui lui est reconnue. Ceci est l’un des grands défis à venir du maintien de la paix que de (re)constituer un tel partenariat.



Alexandra Novosseloff
Chercheure-associée au Centre Thucydide de l’Université Paris-Panthéon-Assas
1er avril 2012

 

 

Détails des formats de réunions avec les contributeurs de troupes proposé par la Résolution 1353 (13 juin 2001)

 

A - Séances publiques ou privées du Conseil de sécurité

 

1. Le Conseil de sécurité tiendra des séances, publiques ou privées, avec la participation des pays fournisseurs de contingents, y compris à la demande de ceux-ci et sans préjudice des dispositions de son règlement intérieur provisoire, afin que les questions qui revêtent une importance décisive pour une opération de maintien de la paix donnée soient examinées en profondeur et à un niveau élevé;

 

2. Ces séances pourront se tenir notamment lorsque le Secrétaire général aura identifié les pays susceptibles de fournir des contingents pour une nouvelle opération de maintien de la paix ou pour une opération en cours, lorsqu’il est envisagé de modifier ou de reconduire le mandat d’une mission de maintien de la paix ou d’y mettre fin ou lorsque la situation sur le terrain se dégrade rapidement, en particulier lorsque sont menacées la sûreté et la sécurité du personnel de maintien de la paix des Nations Unies;

 

B - Réunions de consultation avec les pays fournisseurs de contingents

 

1. Les réunions de consultation avec les pays fournisseurs de contingents resteront le mécanisme principal de consultation et continueront d’être convoquées et présidées par le Président du Conseil de sécurité;

 

2. Ces réunions de consultation peuvent être convoquées, y compris à la demande des pays fournisseurs de contingents, aux différents stades d’une opération, selon qu’il conviendra, notamment :

 

a) La planification de la mission, y compris l’élaboration du concept d’opérations et du mandat d’une nouvelle opération;

 

b) Toute modification apportée au mandat de la mission, en particulier l’extension ou la limitation de sa portée, l’introduction de fonctions ou de composantes nouvelles ou additionnelles ou le changement des conditions autorisant l’emploi de la force;

 

c) La reconduction du mandat;

 

d) Développements significatifs ou graves sur le plan politique, militaire ou humanitaire;

 

e) Détérioration rapide des conditions de sécurité sur le terrain;

 

f) Achèvement, retrait ou réduction du format de l’opération, y compris la transition entre la phase de maintien de la paix et celle de la consolidation de la paix après le conflit;

 

g) Avant et après les missions du Conseil de sécurité auprès d’une opération de maintien de la paix;

 

3. Les parties ci-après seront invitées à ces réunions :

 

a) Les pays qui fournissent des contingents, des observateurs militaires ou du personnel de police civile à l’opération de maintien de la paix;

 

b) Les pays que le Secrétaire général a identifiés comme étant susceptibles de fournir des contingents;

 

c) Les organes et institutions compétents des Nations Unies, lorsqu’ils ont des contributions particulières à apporter à l’examen de la question;

 

d) D’autres organes et institutions, en qualité d’observateurs, s’il y a lieu;

 

e) Les pays qui apportent des contributions particulières – personnel civil, financement de fonds d’affectation spéciale, soutien logistique, matériels et installations, etc. –, s’il y a lieu;

 

f) Le ou les pays d’accueil, en qualité d’observateur(s), s’il y a lieu;

 

g) Le représentant d’une organisation ou d’un accord régional(e) ou sous-régional (e) qui fournit des contingents, s’il y a lieu;

 

h) Les organisations régionales, en qualité d’observateurs lorsqu’elles ne fournissent pas de contingents, s’il y a lieu;

 

4. Ces réunions de consultation auront, le cas échéant, à examiner :

 

a) Les préparations pour la mise en place du mandat d’une opération de maintien de la paix du Conseil de sécurité;

 

b) Les questions opérationnelles, y compris le concept d’opérations, la planification de la mission, l’autorisation de l’emploi de la force, la chaîne de commandement, la structure de la force, son unité et sa cohésion, l’entraînement et le matériel, l’évaluation des risques et le déploiement;

 

c) Les principaux sujets de préoccupation ou les recommandations du Secrétaire général, énoncés dans son rapport, dans une note de synthèse ou dans un exposé oral du Secrétariat;

 

d) Les préoccupations particulières des pays fournisseurs de contingents, y compris celles qui sont communiquées au Président du Conseil de sécurité;

 

e) Les progrès réalisés dans l’accomplissement des tâches de la mission dans différents domaines ou composantes de l’opération;

 

5. Les mesures suivantes seront prises afin d’améliorer la qualité et l’efficacité de ces réunions de consultation :

 

a) Le Président du Conseil de sécurité, lorsqu’il convoquera ces réunions, distribuera aux participants un document non officiel comprenant l’ordre du jour, y compris les questions à examiner, et se référant à la documentation générale pertinente;

 

b) Le Secrétaire général devrait veiller, dans les limites des contraintes imposées par le programme de travail du Conseil de sécurité, à ce que les rapports demandés par le Conseil sur des opérations de maintien de la paix soient publiés en temps utile pour permettre de tenir rapidement des réunions avec les pays fournisseurs de contingents avant les débats entre les membres du Conseil;

 

c) Au début de ces réunions, le Secrétariat devrait mettre à la disposition de tous les participants une brève fiche d’information factuelle;

 

d) Dans la mesure du possible, le Secrétaire général devrait faire en sorte que les exposés d’information soient présentés par du personnel de rang supérieur travaillant avec la mission sur le terrain;

 

e) Le Secrétaire général devrait veiller à ce que les exposés d’information comportent une évaluation et une analyse objective de la situation sur le plan politique, militaire, humanitaire et des droits de l’homme;

 

f) Le Secrétaire général devrait faire en sorte que l’utilité des exposés d’information soit renforcée par une présentation plus facile à suivre par les participants aux réunions, notamment grâce à l’utilisation des technologies de l’information;

 

6. Les dispositions suivantes seront prises afin de veiller à ce que soient communiquées rapidement, le cas échéant, aux membres du Conseil de sécurité, les préoccupations et les vues exprimées lors des réunions de consultation par les pays fournisseurs de contingents, de manière qu’il puisse en être dûment tenu compte :

 

– Le Président du Conseil de sécurité établira avec l’aide du Secrétariat et distribuera un résumé du contenu des débats de ces réunions;

 

– Ce résumé des discussions sera distribué aux membres du Conseil avant leurs consultations informelles ou leur prochaine séance sur l’opération de maintien de la paix en question, s’il y a lieu.

 

C - Réunions entre le Secrétariat et les pays fournisseurs de contingents

 

Le Conseil de sécurité appuie la pratique établie des réunions entre le Secrétariat et les pays fournisseurs de contingents visant à examiner des questions concernant telle ou telle opération de maintien de la paix, ainsi que la participation à ces réunions, s’il y a lieu, des Représentants spéciaux du Secrétaire général, des commandants des forces et des chefs de la police civile;

 

Autres formes de consultations

 

Le Conseil de sécurité note que la liste des formes de consultations susmentionnées n’est pas exhaustive et que les consultations peuvent prendre diverses autres formes telles que des communications officielles ou officieuses entre le Président du Conseil, les membres du Conseil, le Secrétaire général ou les pays fournisseurs de contingents et, s’il y a lieu, avec d’autres pays particulièrement touchés, y compris ceux de la région concernée.

 

Alexandra Novosseloff
Chercheure-associée au Centre Thucydide de l’Université Paris-Panthéon-Assas
1er avril 2012

TCCs = Troop-Contributing Countries ; PCCs = Police Contributing Countries ; FCCs = Financial Contributing Countries

•    Les contributeurs de troupes
115 Etats membres contribuent en troupes aux opérations de maintien de la paix. L’ONU est actuellement le deuxième « déployeur » de troupes (après les Etats-Unis) de par le monde avec 93 187 personnes en uniforme et 19 299 civils servant dans 15 opérations de maintien de la paix sur quatre continents. Ces contributeurs proposent la mise à disposition de leurs troupes sur la base du volontariat. En retour de l’envoi de militaires, ils reçoivent une compensation sous la forme d’un forfait appelé troop cost, forfait par homme et par mois de 1 101 $ versé a posteriori aux pays contributeurs (et non pas aux militaires eux-mêmes).
Les cinq premiers contributeurs de troupes de l’ONU sont le Bangladesh (10 238), le Pakistan (9 527), l’Inde (8 093), l’Ethiopie (6 223) et le Nigéria (4 066) ; ils contribuent à 38% des personnels en uniforme déployés dans ces opérations.
•    Les contributeurs de police
84 Etats membres contribuent en policiers ou en forces de police constituées (FPU – Formed Police Units) aux opérations de maintien de la paix, également sur la base du volontariat. Pour les policiers (comme pour les observateurs militaires), l’ONU verse directement et mensuellement aux hommes et femmes qu’elle emploie une MSA (Mission Subsistence Allowance) dont le montant varie en fonction du pays où ils sont envoyés. Cette catégorie de contributeurs n’a été créée que récemment, certains pays s’étant fait une sorte de spécialité dans ce type de contribution (Jordanie, par exemple) et les opérations de maintien employant de plus en plus de policiers pour des tâches d’après-conflit.
Les cinq premiers contributeurs de police sont le Bangladesh (2 076), la Jordanie (2 024), l’Inde (1 022), le Pakistan (893) et le Népal au même niveau que le Nigéria (745).
Ces deux premières catégories sont aussi fusionnées sont l’expression : contributions de personnel en uniforme.
•    Les contributeurs financiers
L’ensemble des Etats membres contribue au budget du maintien de la paix qui s’élève à 7,84 milliards de dollars pour le biennum 2011-2012. Ces contributions sont donc obligatoires et fixées selon le produit national brut (PNB) par habitant de chaque Etat (quote-part corrigée pour tenir compte de divers facteurs tels que la dette extérieure et la faiblesse du revenu par habitant). Les cinq premiers contributeurs financiers sont les Etats-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France ; ils supportent plus de 60% de ce budget.
On évoque rarement les contributeurs de personnel civil, car ces personnels sont des employés de l’organisation, des fonctionnaires internationaux, et ne répondent par conséquent pas aux mêmes règles de déploiement. On évoque encore moins les Etats formant les bataillons de certains Etats, les contributions en termes de capacités (hélicoptères notamment) ou les entreprises de soutien logistique qui répondent à des marchés (procurement).

Les raison de contribuer au maintien de la paix
L’engagement d’un Etat dans le maintien de la paix est sous-tendue par plusieurs logiques qui s’entrecroisent et peuvent se cumuler en fonction de leurs intérêts stratégiques :
- une logique militaire : l’engagement régulier dans les OMP permet aux soldats de se confronter à un travail en multinational voire d’améliorer l’interopérabilité des forces ; il permet également aux pays aux armées pléthoriques de maintenir une partie de leurs soldats en dehors du territoire. Les OMP sont par ailleurs un moyen d’entrainer de jeunes armées (exemple du Timor oriental) à peu de frais et de manière progressive. Cela est aussi un moyen de « rentrer » dans le concert des nations (exemple du Timor oriental, du Vietnam, de la Mongolie). Cette contribution militaire peut aussi se faire en fonction des spécialités et des contraintes à chaque armée (exemple du Japon qui déploie principalement des forces de génie ; exemple de la Corée du Sud qui déploie des unités médicales). Les OMP peuvent donc constituer des modes d’intégration et de formation de certaines armées.
- une logique régionale : cet engagement permet de conforter un statut de puissance régionale (exemple du Brésil) ou au contraire de promouvoir un partenariat régional (Caecopaz en Argentine).
- une logique politique : l’engagement au sein des OMP répond aux intérêts d’un Etat pour la stabilisation d’une zone (engagement des Européens dans les Balkans, des pays d’Amérique latine en Amérique centrale et de l’Australie au Timor oriental dans les années 90). Cet engagement est aussi utilisé par certains Etats candidats à un siège de membre permanent du Conseil pour renforcer leur légitimité en la matière et remplir l’un des critères exigés pour une telle accession.
- une logique financière : les dégrèvements qu’accorde l’ONU pour la mise à disposition de forces militaires permettent aux pays en développement d’entretenir leur armée et d’entraîner leurs soldats à moindre frais ; aux pays développés, ils leur permettent aussi un engagement à moindres frais avec des capacités rares (exemple de la FINUL), même si les remboursements de l’ONU ne couvrent pas l’ensemble des frais engagés.
- une logique économique voire commerciale : l’engagement dans une OMP se fait aussi en fonction des zones d’intérêt économique et d’approvisionnements énergétiques stratégiques (exemple de la Chine en Afrique). La logique commerciale est privilégiée par les Américains qui vendent, à un prix élevé, leurs capacités de transport stratégique.

La fronde des principaux contributeurs de troupes et le fossé grandissant entre contributeurs et décideurs
Pendant longtemps, les contributeurs de troupes ont été un peu les parents pauvres du maintien de la paix et peu de monde s’en souciait. Suite au rapport Brahimi, une résolution traitant de manière spécifique de « la coopération avec les pays fournisseurs de contingents » a été votée par le Conseil de sécurité. La Résolution 1353 insistait sur le renforcement nécessaire des consultations entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les TCCs, par l’organisation de réunions spécifiques (des « séances publiques ou privées du Conseil de sécurité avec la participation des pays fournisseurs de contingents » ; des « réunions de consultation avec les pays fournisseurs de contingents » ; des « réunions entre le Secrétariat et les pays fournisseurs de contingents ». De fait, seul ce troisième format de réunions se tient régulièrement, mais elles sont peu réactives et constituent principalement des réunions de génération de forces. Les dispositions de cette résolution ont été peu suivies d’effet. Il est un fait que le Conseil de sécurité dialogue peu avec les contributeurs en troupes et financiers, par manque de comité militaire (qui aurait été l’instance idoine de ce genre de consultations), par manque de temps et par manque d’implication dans la mise en œuvre des opérations qu’il décide.
Au fil des années, un fossé de plus en plus grand s’est creusé entre les différents contributeurs du maintien de la paix : entre ceux qui décident au Conseil et qui contribuent financièrement, et ceux qui contribuent militairement et considèrent « payer le prix du sang » du maintien de la paix. C’est ce fossé et le manque de consensus sur la façon de mener les OMP qui ont bloqué à plusieurs reprises les travaux du Comité spécial sur les opérations de maintien de la paix (C-34), enceinte dans laquelle les grands pays contributeurs peuvent peser. C’est ce fossé qui bloque aussi certaines discussions au sein de la Ve Commission de l’Assemblée générale qui vote le budget des opérations décidées par le Conseil. Contre toute logique d’efficacité, certains Etats du groupe des Non-Alignés utilisent cette instance comme un levier pour faire entendre leurs voix et leurs revendications en bloquant ou diminuant certaines dépenses demandées par le Conseil, conduisant même les principaux contributeurs de troupes à remettre en cause le rôle décisionnel prééminent du Conseil de sécurité dans le maintien de la paix. Il existe là sans doute chez les contributeurs de troupes une forme de pression envers le Conseil pour qu’il leur ouvre son processus de décision, exigence bien entendu inenvisageable pour les membres du Conseil. Ceci constitue assurément une forme de dérive alors que les opérations de maintien de la paix forment chacune « un partenariat global » (pour reprendre la formule du rapport « New Horizon ») où chacun doit prendre une place qui lui est reconnue. Ceci est l’un des grands défis à venir du maintien de la paix que de (re)constituer un tel partenariat.

Alexandra Novosseloff
Chercheure-associée au Centre Thucydide de l’Université Paris-Panthéon-Assas
1er avril 2012.