Fiche d'information de l'État : Pologne Pologne

< Retour au détail: Pologne

Pologne

La république de Pologne (Rzeczpospolita Polska en polonais) est le plus septentrional des pays d'Europe centrale. Elle est bordée par l'Allemagne à l'ouest, par la République tchèque et la Slovaquie au sud, et par l'Ukraine, la Biélorussie, la Lituanie et la Russie (enclave de Kaliningrad) à l'est. La Pologne est membre fondateur de l'ONU et de l'OSCE. Plus récemment, elle a adhéré à l'OTAN (1999) puis à l'Union Européenne (2004).

1.     Politique de maintien de la paix

La Pologne a une longue tradition de participation active aux opérations de paix. En 1953, le gouvernement a fourni des observateurs militaires à la mission d'observation du cessez-le-feu en Corée ; il s’agissait alors de la première contribution polonaise en personnel à une opération de maintien de la paix. Près d’un demi-siècle plus tard, la Pologne demeure un important contributeur aux missions de paix et un acteur clé de la création d’unités multinationales de maintien de la paix.

 

Après la chute du mur de Berlin, la politique de maintien de la paix de la Pologne est la conséquence de l'évolution de sa politique étrangère. Un temps tentée par une « neutralité armée », l'objectif de la Pologne devient vite l’intégration aux structures occidentales (OTAN et UE). Cette volonté d'ancrage à l'Ouest est affirmée par la création, en 1991, du groupe de Višegrad qui rassemble la Pologne, la Hongrie et la Tchécoslovaquie et qui a précisément pour but de permettre à ses membres d'intégrer l'UE et l'OTAN le plus rapidement possible. La Pologne adhère ainsi au Partenariat pour la paix dès sa création en 1994 et participe dans la foulée à plusieurs missions dirigées par l'OSCE et l'OTAN. L'OTAN demandait en effet aux pays candidats à l'adhésion de développer une stratégie d'ensemble relative au rôle des forces armées, désormais davantage orientées vers les opérations de maintien de la paix et plus seulement vers la défense du territoire. La Pologne appartient également au groupe de coopération franco-germano-polonaise, le Triangle de Weimar, qui œuvre dans le domaine politique, diplomatique, mais aussi les domaines de la sécurité et de la défense.


La politique de la Pologne se structure autour des trois piliers que sont l’OTAN, l’UE et une série de partenariats avec les Etats voisins.

 

Par ailleurs, Varsovie s'est particulièrement distinguée par une politique étrangère très pro-américaine et est apparue comme le chef de file de cette tendance en Europe centrale et orientale, ce qui lui a valu la réputation de « meilleure ami de l’Amérique » des deux côtés de l’Atlantique. L’américanophilie polonaise est à la fois saluée par certains, comme Donald Rumsfeld, ancien secrétaire à la Défense des Etats-Unis, et dénoncée par d’autres, à l’image de journalistes qui ont moqué sa position de « cheval de Troie ». Néanmoins, cette orientation favorable au leadership américain a amené le pays à intervenir en Afghanistan dans le cadre de l'opération américaine « Enduring Freedom » (100 hommes présents) et, surtout, en Irak où les Polonais sont restés présents jusqu’en 2008.


Toutefois, la présidence Obama marque un certain désinvestissement américain de cette région, ce qui pourrait, à plus long terme, avoir des conséquences sur l’orientation de la politique extérieure polonaise. La Pologne déplore, en effet, de n’être qu’une « zone tampon » entre l'Europe et la Russie. En août 2015, puis janvier 2016, le Président Duda a à nouveau exprimé sa volonté d’étendre progressivement la présence de bases de l’OTAN à l’est de l’Europe, en « rapport avec l'élargissement de l'Alliance ». Cette question devrait être abordée lors du prochain sommet, à Varsovie.

2.     Structures décisionnelles politiques et militaires


Au terme de l'article 117 de la constitution polonaise, le « déploiement des forces armées hors des frontières de la Pologne sont définis par un traité ratifié ou par une loi ». Cela signifie que tout déploiement extérieur doit être approuvé par le parlement - composé de la Diète (chambre basse) et du Sénat (chambre haute) - sauf s'il s'agit d'un déploiement prévu par un accord international. Pour être ratifié, un tel accord doit avoir été approuvé par le Parlement ou par référendum. Les contingents polonais en opérations extérieures sont dirigés par le Commandement Opérationnel (Operational Command). Depuis juillet 2005, cette institution est en charge, outre le commandement des troupes polonaises en mission, de la planification des déploiements, de l'entraînement et de la coordination entre armées de terre, de l'air et de mer.

3.     Évolution de la participation


Si l'envoi de premiers observateurs militaires date de 1953, le premier détachement de l'armée polonaise à participer à une mission des Nations Unies est déployé dans le Sinaï en 1973 dans le cadre de la Force d'urgence des Nations Unies II (FUNU II).


En tout, plus de 84 000 militaires de tous grades et diplomates polonais ont participé à des opérations de paix dirigées par l'ONU, l'OSCE et, plus récemment, par l'OTAN et l'Union européenne. La Pologne a participé à plus de 60 opérations en faveur de la paix, menées aussi bien par les Nations unies que d’autres organisations internationales. La politique polonaise de participation aux opérations de paix entre dans une nouvelle ère avec la participation à la force de protection des Nations Unies (FORPRONU) d'avril 1992 à mai 1995 et devient davantage proactive. La volonté de se rapprocher de l'OTAN et l'adhésion au Partenariat pour la Paix en 1994 pèsent lourdement sur la structure des missions polonaises de maintien de la paix. En effet, depuis le début des années 1990, la majorité des déploiements de militaires polonais à l'extérieur du pays l'ont été en ex-Yougoslavie et en Albanie, d'abord sous l'égide de l'ONU, puis dans le cadre de la mission globale de sécurité collective que s'est donnée l'OTAN via l'établissement du Partenariat pour la Paix. Les polonais sont encore aujourd'hui présents au Kosovo (KFOR et MINUK) et en Bosnie-Herzégovine (EUFOR-Althéa).


Les forces armées polonaises sont également intervenues au Moyen-Orient (plateau du Golan) et en Afrique (Tchad, RD Congo), où leur rôle a été croissant. Varsovie a par ailleurs contribué à l’opération Sangaris en Centrafrique en décembre 2013, à travers la mise à disposition d’un avion et d’un détachement, ce qui témoigne à la fois de sa volonté d’accroître sa coopération avec la France dans le domaine de la défense, et d’être présente sur des théâtres d’intervention éloignés de ses frontières.


L'autre conséquence de cette tendance est l'engagement de la Pologne auprès des États-Unis avec les participations polonaises aux opérations américaines en Afghanistan et en Irak. Aussi, dans le cadre de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) en Afghanistan, notamment, Varsovie fait le choix d’un engagement fort, de l’ordre de 5 milliards de zlotys et 25 000 hommes. Depuis 2009, la Pologne a toutefois fait le choix de retirer ses forces armées des opérations onusiennes (FINUL, FNUOD, MINURCAT), au profit d’opérations menées dans le cadre de l’OTAN et de l’UE. Douze hommes sont actuellement engagés dans 7 opérations onusiennes, mais il s’agit essentiellement d’experts et des représentants de la police (MINURSO -1homme ; MONUSCO -2 hommes ; UNAMA-1 homme ; UNMIK-1 homme ; UNMIL-4 hommes ; UNMISS-1 homme ; UNOCI-1 homme). C’est sur décision du Conseil des Ministres de janvier 2009, que la Pologne adopte une stratégie relative à la participation des forces armées polonaises aux opérations internationales, donnant la priorité aux opérations menées sous l’égide de l’OTAN et de l’UE, ainsi que par des coalitions ad hoc. La participation de la Pologne demeure très marquée par le champ politique et logistique, et par une certaine réticence à l’envoi de troupes au sol.

4.     La constitution d'unités multinationales de maintien de la paix


La Pologne demeure très active dans la mise en place de collaborations militaires avec d'autres pays visant à l’établissement de forces destinées à des opérations de paix. Elle est ainsi l'un des membres fondateurs de la Brigade multinationale d'intervention rapide des forces en attente des Nations Unies (BIRFA, plus connue sous son acronyme anglophone SHIRBRIG) jusqu’à sa dissolution en 2009. La Pologne n'a cependant pas fait partie des trois pays ayant participé au déploiement de la BIRFA dans le cadre de la Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE), se contentant d'envoyer des observateurs militaires.


Il est certain que la Pologne jouit d’une relation privilégiée avec les Etats-Unis, comme en témoignent les pourparlers avec Washington au sujet du stationnement d’armes lourdes américaines sur le sol polonais d’ici 2018, dans le contexte d’une crise durable sur le territoire ukrainien et de relations dégradées avec la Russie. Toutefois, les coopérations les plus poussées dans le domaine militaire ont lieu avec les voisins de la Pologne. Conformément à sa volonté de s'affirmer en tant que puissance régionale, celle-ci développe des coopérations militaires débouchant sur l'établissement de brigades conjointes avec tous ses voisins, à l'exception de la Russie et de la Biélorussie. Trois de ces brigades concernent les opérations de paix.


Tout d’abord, en 1994, une coopération militaire tripartite entre le Danemark, l'Allemagne et la Pologne est instituée. Cette coopération s'est traduite, dans le cadre de la BIRFA, par la création d'un sous détachement de la brigade rassemblant des troupes de ces trois pays. Néanmoins, le résultat le plus important de cette coopération est visible dans le cadre de l'OTAN, à travers la mise en place du « corps multinational nord-est », déployé dans la ville polonaise de Szczecin.


Aussi, l'idée d'un bataillon polono-ukrainien de force de paix (POLUKRBAT) est lancée en octobre 1995. La formation de ce bataillon de 754 hommes, dont les 391 Polonais proviennent de la 14ème brigade blindée, s’achève en mars 1998. Aux termes de l'accord signé entre la Pologne et l'Ukraine, ce bataillon peut être déployé dans le cadre de missions internationales autorisées par le conseil de sécurité de l'ONU ou organisées par « une autre organisation responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationale (...) selon les dispositions du chapitre VIII de la Charte des Nations Unies ». Le bataillon doit pouvoir se déployer dans un délai de 30 jours après la formulation d'une requête par les Nations Unies ou l'organisation compétente. Le POLUKRBAT est déployé au Kosovo à partir de juillet 2000 dans le cadre de la Force de maintien de la paix dirigée par l'OTAN au Kosovo (KFOR). Alors que l'importance du contingent ukrainien reste stable, la contribution polonaise diminue fortement. Pour la durée de la mission au Kosovo, un peloton de 30 soldats lituaniens est incorporé au bataillon.

 

Le même type de coopération se développe entre la Pologne et la Lituanie. La mise en place du bataillon polono-lituanien de force de paix (LITPOLBAT) est initiée en février 1995. En avril 1999, le bataillon, fort de 786 hommes, est officiellement opérationnel, comptant 435 soldats polonais provenant de la 4ème brigade de cavalerie blindée. Des soldats issus de ce bataillon sont déployés au Kosovo, Syrie, Liban, Irak. Le bataillon est finalement dissout en 2007.


Plus récemment, en décembre 2009, la Pologne a œuvré à la création de la LITPOLUKRBRIG, une brigade multinationale lituano-polono-ukrainienne, destinée à remplacer la LITPOLBAT et à intervenir dans le cadre d’opérations de paix menées sous l’égide de l’OTAN, l’ONU ou de l’UE, favorisant ainsi la coopération militaire régionale. La formation de la Brigade aboutit à l’automne 2015, et l’inauguration, en présence des 3 Ministres de la Défense, a lieu le 25 janvier 2016 dans la ville de Lublin, en Pologne.


Enfin, Varsovie multiplie les coopérations militaires bilatérales, comme l’illustre la très récente signature d’un accord-cadre de coopération militaire avec la Suède, le 14 septembre 2015, visant à développer un dialogue stratégique et multiplier les exercices communs. Sa politique répond à sa volonté d’assurer à la fois sa propre sécurité dans un contexte international complexe et une menace potentielle à l’est de ses frontières, et sa participation aux opérations de paix dans le cadre de l’OTAN, l’UE et de coalitions ad hoc.

5.     Un activisme à l’échelle européenne


La Pologne, à l’inverse de ce qui a pu être observé à l’échelle de l’Union européenne, accroît significativement ses dépenses militaires depuis plusieurs années. Le gouvernement polonais a choisi de poursuivre la tendance en 2016. Cette politique vient appuyer la vision polonaise du contexte international actuel, et les conclusions en termes de sécurité et de défense nationale du Livre blanc publié en mai 2013. Le développement de crises et de menaces de plus en plus nombreuses aux frontières de l’Union consolident la conviction polonaise qu’il devient nécessaire de repenser sa propre sécurité. Cette conviction s’accompagne à la fois d’une implication accrue au sein de l’OTAN et de l’UE, et d’une progressive autonomie défensive.


La Pologne dispose actuellement de la sixième armée de l’UE et la huitième armée de l’OTAN. Sa volonté de modernisation militaire se traduit, d’une part, par l’abandon en 2008 de la conscription au profit de la professionnalisation de l’armée, et, d’autre part, par une augmentation significative du budget consacré aux dépenses militaires. Avec une augmentation de 18% par rapport à  2014, ces dépenses atteignent près de 38 milliards de zlotys en 2015 (soit 1,95% du PIB), et entrent dans le cadre du programme de modernisation 2013-2022 qui vise notamment la défense antiaérienne et la flotte sous-marine.


La récente crise ukrainienne a par ailleurs servi de catalyseur à la politique polonaise, et lui a permis de renforcer sa place au sein de l’Union, tout en continuant de cultiver l’atlantisme. La question ukrainienne touche la Pologne au premier degré, puisque les deux Etats partagent une frontière et que selon Donald Tusk « Il n’y a pas de Pologne sure sans Ukraine stable ». Outre l’enjeu sécuritaire, la question ukrainienne présente un enjeu diplomatique et politique pour Varsovie. Le triangle de Weimar auquel participent également l’Allemagne et la France, a, en effet, constitué un cadre clé pour le dialogue et les initiatives diplomatiques, favorisant la négociation de la sortie de crise entre le président ukrainien Ianoukovitch et les opposants au régime. Progressivement, et sous l’impulsion de la Pologne, le triangle de Weimar tend à étendre son rôle au domaine de la défense et de la sécurité, à la faveur de diverses initiatives telles que la lettre commune des ministres de la Défense à l’intention de la Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.


Aussi, au sein de l’UE, la Pologne fait partie des Etats-membres les plus favorables à un renforcement majeur et réel de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC), et de la politique étrangère européenne, comme en témoignent les impulsions données lors de la présidence du Conseil de l’UE au second semestre 2011. Ce cadre permettrait de mettre en place un instrument civil et militaire européen, capable de structurer des opérations multidimensionnelles communes, complémentaires à celles mises en œuvre dans le cadre de l’OTAN. La Pologne a notamment œuvré à la création d’un centre d’opération et de planification, qui a été activé pour la Corne de l’Afrique en janvier 2012 par le Conseil de l’Union européenne.


Varsovie tient un rôle croissant au sein de l’Union, que ce soit sur le plan diplomatique, stratégique ou politique, en témoigne la présence de Donald Tusk, ancien premier ministre polonais, à la tête du Conseil européen depuis décembre 2014. Son intérêt pour l’OTAN n’en demeure toutefois pas amoindri ; la capitale polonaise accueillera le Sommet de l’OTAN en juillet 2016.


Les années à venir risquent de constituer un tournant dans la politique polonaise, tant sur le plan de la politique intérieure que dans ses prises de décisions relatives aux opérations de paix. En effet, les positions du parti conservateur de Jaroslaw Kaczynski, Droit et Justice (PIS), qui a remporté les élections législatives en octobre 2015, peuvent différer sur plusieurs points de la tendance politique antérieure.

 

Yacia Chapochnikova
Stagiaire au Centre d'Etude des crises et des conflits internationaux
29 décembre 2015


Références

 

30 nov. 2004

“From America's protégé to constructive European: Polish security policy in the twenty-first century”


Zaborowski, Marcin. Institut d'Études de Sécurité, Occasional Paper No 56

PDF 223 Ko
 

 

30 nov. 2003

“Central Europe between the EU and NATO”


Missiroli, Antonio. Survival, Vol. 46, No 4, pp 121-136.

PDF 0 octets
Toutes les références +