Historique de l'opération BUPNUS

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BUPNUS       Somalie

Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie

 

Le Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie (BUPNUS) a été mis en place le 15 avril 1995, quelques semaines après la fin des activités de l’ONUSOM II. Le BUPNUS s’occupait essentiellement de la médiation entre les différents acteurs politiques. À partir de 2009, son mandat s’élargit et l’opération s’occupe de la mise en œuvre du processus de paix de Djibouti, de la création de forces de sécurité et de la coordination de tous les acteurs onusiens présents en Somalie.



HISTORIQUE

 

Suite à la chute du régime dictatorial de Siyad Barré le 27 janvier 1991, une guerre civile fait rage en Somalie entre les différentes factions luttant pour le pouvoir. Ces factions sont celles du président intérimaire Ali Mahdi Mohamed et celles du général Mohamed Farah Aïdid. En parallèle, le Somali National Movement (SNM) forme un gouvernement indépendant dans le Nord du pays. Profitant de l’incertitude politique et des violences causées par les différentes luttes de pouvoir, des seigneurs de guerre s’adonnent à de nombreux pillages et trafics illicites. Des citoyens prennent les armes pour se défendre et se rassemblent en différentes milices qui engendrent à leur tour de nouvelles violences. Outre les violences subies et le sentiment d’insécurité quotidien, la population somalienne est plongée dans une situation de famine et d’extrême pauvreté. Des flux migratoires importants sont observés dès 1991.

 

Le 23 janvier 1992, le Conseil de Sécurité approuve la mise en place d’un embargo sur la livraison d’armes. Le Secrétaire général instaure un cessez-le-feu qui sera surveillé par l’opération ONUSOM I. En novembre 1992, suite à une nouvelle détérioration de la situation, les Etats-Unis proposent de mener une opération assurant un acheminement sécurisé de l’aide humanitaire. Le Conseil de Sécurité accepte cette proposition et crée l’opération UNITAF (Force d’intervention unifiée). L’opération a l’autorisation « d’employer tous les moyens nécessaires pour instaurer aussi tôt que possible des conditions de sécurité pour les opérations de secours humanitaires en Somalie » (Résolution 794).

 

Dans sa résolution du 26 mars 1993, le Conseil de Sécurité prévoit la fin d’ONUSOM I et la création d’une nouvelle opération de paix en Somalie : l’ONUSOM II. Cette dernière reprend le mandat d’UNITAF. Tout comme l’UNITAF, l’ONUSOM II peut utiliser tous les moyens jugés nécessaires – dont des mesures de coercition – pour sécuriser l’acheminement de l’aide humanitaire sur l’entièreté du territoire somalien. Le rôle grandissant que joue l’ONUSOM II dans le pays est de plus en plus critiqué : l’opération semble prendre parti dans le conflit contre le clan du général Aïdid. Cela entraîne la destruction de deux hélicoptères « Black Hawk » américains à Mogadiscio. Suite à cette attaque, le Conseil de Sécurité décide le retrait de l’opération ONUSOM II du territoire somalien dès mars 1995 (Résolution 954).

 

D’après les chiffres de l’ONU, 143 militaires, 3 membres du personnel civil international et un agent local ont perdu la vie dans le cadre de l’opération ONUSOM II.

 

 

CREATION DU BUREAU POLITIQUE DES NATIONS UNIES POUR LA SOMALIE

 

En dépit de cet échec, le Secrétaire général de l’ONU annonce dans son rapport du 28 mars 1995 son intention de mettre en place « un petit bureau politique composé d’un représentant et d’un personnel d’appui restreint » (S/1995/231). Le Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie (BUPNUS) est créé le 15 avril 1995 afin de poursuivre le processus de paix et de réconciliation dans le pays au travers de contacts avec les parties prenantes. L’échec des opérations précédentes est encore présent dans les mémoires et l’ouverture du Bureau n’est pas accueillie positivement partout en Somalie (S/1995/322). Pour des raisons de sécurité, le Bureau s’installe à Nairobi.

 

Au départ, le Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie compte un directeur, un assistant et un secrétaire. Les effectifs seront renforcés par la suite.

 

 

EVOLUTION DE LA SITUATION EN SOMALIE

 

Un pays, une multitude de leaders politiques

 

En mai 1995, le général Mohammed Farah Aïdid perd son poste de président de l’alliance politique USC/SNA (Congrès somali uni / Alliance nationale somalie). Osman Atto lui succède et prévoit une conférence de réconciliation nationale. Ali Mahdi Mohamed, président du SSA (Alliance pour le salut de la Somalie) accepte de participer à cette conférence. Petit à petit, les préparatifs de cette rencontre se mettent en place.  De son côté, en juin 1995, le général Aïdid est nommé « Président par intérim » de la Somalie par ses partisans. La prise de Baidoa (Sud-Ouest de la Somalie), le 17 septembre 1995, par ses troupes pousse l’USC/SNA et le SSA à reporter leur conférence de réconciliation nationale.

 

Lassés d’attendre un processus de paix venant de la capitale, certaines régions et certains clans décident de lancer leur propre tentative de réconciliation. C’est par exemple le cas de la rencontre à Kismayo, d’octobre à décembre 1995, des trois différentes parties du clan Darod (Sud de la Somalie) qui s’affrontaient depuis des années. Le Directeur du BUPNUS se rend à Kismayo pour encourager cette initiative.

 

Le général Aïdid décède en août 1996 et est remplacé par son fils, Hussein Mohammed Aïdid. Ce dernier garde le titre contesté de « Président de la Somalie ». D’après le Rapport du Secrétaire général de janvier 1997, les relations entre l'ONU et le groupe désormais dirigé par Hussein Aïdid se sont améliorées  (S/1997/135).

 

Au nord-ouest, la République autoproclamée de Somaliland est dirigée par Mohammed Ibrahim Egal.

 

 

Tentatives de réconciliation et dégradation de la situation

 

Des conférences de réconciliation sont menées à Sanaa (Yémen) et à Nairobi (Kenya) au cours de l’année 1996. Ces deux tentatives se solderont par un échec car elles ne peuvent rassembler l’ensemble des chefs de factions somaliens. Le 3 janvier 1997, à l’initiative de l’Ethiopie, des accords de gouvernement sont signés à Sodere (Ethiopie). Cependant, à cause de l’absence de Mohammed Ibrahim Egal et d’Hussein Aïdid, ces accords ne seront jamais appliqués.

 

En février 1998, le Puntland (Nord-Est de la Somalie) déclare son indépendance. Le colonel Abdullahi Yussuf en est « élu » président  le 28 juillet 1998.

 

Au mois de mars 1998, le Conseil des ministres de l’IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement) évoque lors d’une rencontre les raisons de la stagnation de la situation en Somalie, soit la prolifération d'initiatives parallèles, l’absence d'une véritable détermination de la part des chefs de factions et l'insuffisance de l'appui humanitaire et de l'appui pour le développement de la part de la communauté internationale (S/1999/882). Pour pallier ces obstacles, l’IGAD propose à la communauté internationale d’accorder plus d’attention à la société civile plutôt qu’aux chefs de factions.

 

En 1997 et 1998, en plus des luttes internes incessantes et de l’afflux d’armes venant d’Erythrée et d’Ethiopie, le Sud de la Somalie fait face à des inondations spectaculaires qui font de nombreuses victimes. S’en suit une grande insécurité alimentaire et la propagation de maladies, dont le choléra dès décembre 1998. Ironiquement, dans le Nord du pays, le manque d’eau entraîne une sècheresse généralisée et la famine. Dès novembre 1998, de nombreux déplacements de population sont observés. De plus, une épidémie de fièvre de la vallée du Rift fait rage dans les troupeaux somaliens. Plusieurs pays du Golfe interdisent l’importation de viande venant de Somalie, ce qui met à mal l’économie du pays.

 

 

NOUVEAU MILLENAIRE, NOUVEAUX ESPOIRS DE PAIX ?

 

Processus de paix d’Arta

 

Le 22 septembre 1999, le président de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, déclare devant l’Assemblée générale de l’ONU qu’il est prêt à superviser une nouvelle tentative de réconciliation en Somalie. De manière générale, ce discours est bien accueilli en Somalie. La proposition du président djiboutien se concrétise en mai 2000 lorsqu’il organise la Conférence nationale pour la paix en Somalie à Arta (Djibouti). Elle réunit plus de 2500 représentants des différents groupes politico-militaires somaliens. Outre ces représentants, la Conférence d’Arta réunit aussi plusieurs intellectuels, chefs religieux et hommes d’affaires somaliens. Au terme de ces rencontres, les différentes délégations se mettent d’accord sur la création d’une Charte nationale de transition. Cette dernière prévoit la création d’une Assemblée nationale de transition en août 2000. Le  Dr. Abdiqasim Salad Hassan est élu président du nouveau Gouvernement national de transition le 26 août 2000. En octobre, il crée son gouvernement et s’installe à Mogadiscio.

 

 

Une opposition grandissante au Gouvernement national de transition

 

Bien que ces élections soient reconnues internationalement, le Gouvernement de transition n’est pas accepté par les leaders politiques du Sud, par le Puntland et par le Somaliland. Les chefs de factions s’opposant au processus de paix d’Arta et au Gouvernement national de transition se réunissent à diverses reprises en Ethiopie. Le 23 mars 2001, ils annoncent la création d’un Conseil de réconciliation et de relèvement. Ce dernier doit, à terme, mener à une conférence de réconciliation et à la création d’un autre gouvernement de transition.

 

 

LE PROCESSUS DE PAIX DE L’IGAD

 

Préparation de la Conférence sur la réconciliation nationale en Somalie

 

L’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) soutient qu’il est nécessaire « d’adopter une approche unifiée pour le processus de paix en Somalie et l’organisation d’une conférence sur la réconciliation nationale » (S/2002/189). Dès le mois d’avril 2002, l’IGAD se lance dans les préparatifs d’une Conférence régionale de réconciliation pour la Somalie à Nairobi. Le BUPNUS soutient l’IGAD à toutes les étapes de l’organisation de cette conférence.

 

Malgré une augmentation des violences en Somalie et l’indépendance de l’ « Etat régional du sud-ouest de la Somalie » (9 avril 2002),  la Conférence organisée par l’IGAD commence le 15 octobre 2002 à Eldoret et se poursuit à Mbagathi (Kenya). Trois phases sont prévues dans le processus de réconciliation nationale.

 

 

Première phase : la Déclaration d’Eldoret

 

Le 27 octobre 2002, vingt-deux dirigeants somaliens signent la Déclaration d’Eldoret. Cette dernière prévoit la fin de toute forme d’hostilités entre les parties et un accord sur les « structures et principes du Processus de réconciliation nationale en Somalie » (S/2003/231). Malgré ces évolutions positives sur le plan politique, les violences ne cessent pas en Somalie : la criminalité croît à Mogadiscio, le Somaliland et Puntland s’affrontent régulièrement et le nombre de meurtres et d’enlèvements de ressortissants étrangers augmente.

 

Deuxième phase : création de six comités et adoption de la Charte fédérale de transition

 

La deuxième phase commence le 29 novembre 2002. Six comités sont créés afin d’étudier les questions liées aux thèmes suivants: fédéralisme et charte fédérale provisoire; démobilisation, désarmement et réinsertion; droits fonciers et de propriété; renforcement des institutions économiques et mobilisation de ressources; règlement des conflits et réconciliation; et relations régionales et internationales. (S/2003/231).

 

Le 15 septembre 2003, un projet de Charte fédérale de transition est adopté. Cependant, des divergences sur le contenu et la forme de la charte subsistent et certains dirigeants somaliens s’opposent fermement à cette adoption. Pour tenter d’atteindre un compromis, la Conférence sur la réconciliation nationale décide une série d’amendements à la Charte du 15 septembre. Ces derniers sont exprimés le 29 janvier 2004 lors de la « Déclaration sur l’harmonisation de différentes questions proposées par les délégués somaliens aux réunions consultatives sur la Somalie tenues du 9 au 29 janvier 2004 »(S/2004/115).

 

Pendant ce temps, le BUPNUS et l’équipe-pays de l’ONU travaillent à l’établissement d’un plan de paix qui doit être mis en œuvre à la fin de la Conférence.

 

 

Troisième phase : Parlement et Gouvernement fédéral de transition

 

La troisième phase de la Conférence sur la réconciliation menée sous les auspices de l’IGAD et de la présidence du Kenya commence au début du mois de mai 2004. Après de nombreuses consultations avec les différents dirigeants et clans somaliens, les sièges du Parlement de transition sont distribués. Chacun des quatre clans principaux est représenté par 61 députés, tandis que les clans minoritaires se partagent les 31 sièges restants. Les membres du Parlement prêtent serment le 22 août 2004 à Nairobi, devant le président kényan. Seulement vingt-trois femmes, contre les trente-trois prévues par la Charte, siègent au Parlement en dépit des efforts du BUPNUS pour faire respecter le quota prévu.

 

Pour des raisons de sécurité, le Parlement de transition siège au Kenya dans un premier temps. Il entame rapidement les démarches nécessaires à l’organisation d’élections présidentielles. C’est l’ancien président de la région du Puntland, le colonel Adbullahi Yussuf, qui devient président de la Somalie. La Conférence sur la réconciliation en Somalie se termine officiellement le 14 octobre 2004 avec la prestation de serment du colonel. La période de transition doit durer cinq ans.

 

 

 

TENSIONS AU SEIN DU GOUVERNEMENT FEDERAL DE TRANSITION

 

Quatre questions suscitent la controverse au sein du Gouvernement fédéral de transition et des institutions politiques somaliennes :

-       Le retour des instances politiques en Somalie

-       Le plan national de sécurité et de stabilisation

-       La réconciliation nationale

-       Le déploiement d’une opération de paix en Somalie sous l’égide de l’UA

 

Malgré plusieurs tentatives de médiation par les pays voisins, ces questions exacerbent les tensions entre le président et le Parlement. Le retour des institutions fédérales de transition en Somalie ne se fait pas sans heurts. Le président du Parlement, Sharif Hassan Sheikh Adan, et quelques ministres s’installent à Mogadiscio. De son côté, le Gouvernement fédéral de transition installe son siège à Jowhar (Somalie) dès le 26 juillet 2005. Des troupes supportant le GFT s’amassent autour de la ville, qui n’est située qu’à 90 km de la capitale somalienne. Pour les chefs de factions à Mogadiscio, ce rassemblement crée un « état de guerre ». Par mesure de précaution, les organismes de l’ONU quittent Jowhar (S/2005/642).

 

Suite à un dialogue supervisé par le président yéménite à Aden, le président somalien et le président du Parlement finissent par trouver un accord. Dans la Déclaration d’Aden du 5 janvier 2006, les deux parties conviennent de « respecter les principes et les normes de la Charte fédérale de transition et de convoquer dans les 30 jours à partir de la date de la signature de la Déclaration une session officielle du Parlement fédéral de transition » (S/2006/122). À la fin du mois de janvier, le Premier ministre, le président Yussuf et le président du Parlement se rencontrent à Nairobi afin de discuter de l’application des décisions prises à Aden. Le 30 janvier, le président du Parlement annonce que la première session officielle du Parlement fédéral de transition se déroulera à Baidoa (Somalie) le 26 février. Le Premier ministre s’oppose au choix de Baidoa, considérant que les conditions de sécurité de la ville sont trop incertaines. Cependant, il finit par rallier la position du président Yussuf et du Parlement. Quelques mois plus tard, le 22 avril 2006, Baidoa devient le siège provisoire du Gouvernement et du Parlement fédéraux de transition.

 

De son côté, l’action du BUPNUS en vue de consolider la paix en Somalie s’articule autour de trois axes : « la reconstitution et la remise en état du système judiciaire, la création d’une commission nationale de réconciliation et l’organisation d’un séminaire sur le fédéralisme et les affaires constitutionnelles » (S/2006/122). Le BUPNUS créé également un groupe de travail technique en vue de coordonner les réformes effectuées en matière de sécurité.

 

 

MONTEE EN PUISSANCE DES TRIBUNAUX ISLAMIQUES

 

Durant l’année 2006, l’Union des tribunaux islamiques gagne de plus en plus d’influence dans certaines régions somaliennes et principalement à Mogadiscio. Il s’agit du regroupement d’une quinzaine de tribunaux islamiques souhaitant instaurer la charia sur la totalité du territoire somalien. L’Union des tribunaux islamiques est traversée par divers courants, allant des plus modérés (Sheikh Sharif Sheikh Ahmed) aux plus radicaux (Hassan Dahir Aweys). Depuis le mois de février, la capitale est la scène de combats incessants entre les milices des tribunaux islamiques et celles de l’ARPCT (Alliance pour la restauration de la paix et contre le terrorisme). L’Alliance a été crée en vue de contrer les attaques terroristes de groupes liés à certains tribunaux islamiques. Elle se compose de chefs de factions, d’hommes d’affaires et de certains hommes politiques. Le GFT déclare à plusieurs reprises que l’ARPCT n’agit pas sous ses ordres. Ces affrontements entrainent la mort de nombreux civils et des déplacements de population vers le Kenya. En juin 2006, les milices des tribunaux islamiques ont pris le contrôle de la ville.

 

Du 24 décembre 2006 au début du mois de janvier 2007, le Gouvernement fédéral de transition et l’Ethiopie mènent une action militaire conjointe afin de se débarrasser des tribunaux islamiques. Cette intervention a lieu après l’adoption de la résolution 1725 (2006) du Conseil de sécurité modifiant l’embargo sur les armes en Somalie. Dans cette résolution, le Conseil de sécurité autorise également une opération de paix sur le sol somalien menée par l’Union africaine (AMISOM). Mogadiscio est reprise par l’armée éthiopienne et les troupes fidèles au GFT le 28 décembre 2006. Le départ de l’Union des tribunaux islamiques ébranle le fragile équilibre sécuritaire instauré par ceux-ci dans la capitale somalienne, ce qui entraîne de nouvelles montées de violences dans la ville.

 

 

CONGRES DE RECONCILIATION NATIONALE

 

Le 1er mars 2007, le Président Yussuf annonce au Parlement la tenue d’un Congrès de réconciliation nationale à Mogadiscio dans le courant de l’année. Afin d’organiser ce Congrès dans les meilleures conditions, le Gouvernement fédéral de transition s’engage à sécuriser la zone de Mogadiscio et de ses alentours.

 

Malgré de nombreuses dissensions au sein du Gouvernement fédéral de transition, le Congrès de réconciliation nationale se déroule du 15 au 30 août 2007. À l’issue de ce dernier, les participants décident, entre autres, la cessation de tous conflits inter-claniques, la restitution des biens pillés et l’organisation d’élections avant la fin de la période de transition.

 

Certains dirigeants politiques somaliens, dont l’ancien président du Parlement de transition destitué en janvier 2007, s’opposent aux décisions prises lors du Congrès de réconciliation nationale. Ils mettent sur pied leur propre Congrès parallèle à Asmara du 6 au 13 septembre 2007 et créent l’Alliance pour la relibération de la Somalie

 

Après plusieurs conflits au sein même du Gouvernement fédéral de transition et la démission du Premier ministre, le Gouvernement s’installe finalement à Mogadiscio le 20 janvier 2008. En accord avec les conclusions du Congrès de réconciliation nationale, le GFT souhaite donner un aspect plus local à la réconciliation et veut instaurer un dialogue avec l’opposition. Le BUPNUS met tout en œuvre afin de consolider l’aide internationale au GFT.

 

Le BUPNUS se voit renforcé par la mise en place d’un dispositif de surveillance des droits de l’homme, avec, notamment, des conseillers à la protection de l’enfance pour faire face au problème des enfants soldats (S/2008/352).

 

 

L’ACCORD DE DJIBOUTI

 

Afin de calmer les tensions entre le Gouvernement fédéral de transition et l’Alliance pour la relibération de la Somalie, une série d’entretiens est organisée à Djibouti. Un accord est signé en août 2008 à l’issue de ces entretiens. Dans le cadre de son nouveau mandat, le BUPNUS aide à mettre en œuvre le volet sécuritaire de l’Accord de Djibouti et crée également des comités qui veilleront à la bonne application de ce dernier (S/RES/1863(2009)). Les négociations entre le GFT et l’Alliance continuent de progresser pour aboutir, notamment, à la signature de l’Accord de cessation des hostilités armées le 26 octobre 2008.

 

Malgré ces avancées sur le plan politique, la situation sécuritaire en Somalie ne s’améliore guère et des actes violents continuent à secouer le pays. Dès lors, le transfert de la BUPNUS à Mogadiscio ne peut être envisagé que si « l’on déploie en parallèle une force multinationale ou de maintien de la paix » (S/2008/709).

 

Le 29 décembre 2008, le Président Abdullahi Yusuf Ahmed annonce sa démission. Il dit vouloir éviter d’être « un obstacle à la paix en Somalie » (S/2009/132). Son successeur, Sheikh Sharif Sheikh Ahmed, un islamiste modéré qui était président de l’Union des tribunaux islamiques, prête serment le 31 janvier 2009.

 

 

UN NOUVEAU MANDAT POUR Le BUPNUS

 

Dans la résolution 1863 (2009), le Conseil de sécurité élargit le mandat du BUPNUS. Dorénavant, le BUPNUS doit :

-       Créer les conditions nécessaires pour soutenir le travail du Représentant spécial du Secrétaire général dans la progression du processus politique,

-       Mettre en œuvre le processus de paix de Djibouti et faciliter la coopération internationale le soutenant,

-       Mobiliser les ressources nécessaires pour la création de forces de sécurité somaliennes (militaires, policières, judiciaires),

-       Coordonner l’engagement onusien en Somalie, offrir ses bons offices et un support politique pour établir une paix sur le long-terme, mobiliser les ressources et le support de la communauté internationale nécessaires pour le développement du pays sur le long-terme.

 

Le Conseil de sécurité approuve également  le renforcement du bureau tel que proposé par le Secrétaire général (S/2008/178). Outre une cellule consacrée aux droits de l’homme, l’équipe du BUPNUS s’élargit avec l’arrivée de conseillers Police des Nations Unies, d’un conseiller en affaires judiciaires et d’un conseiller en affaires carcérales.

 

 

MONTÉE EN PUISSANCE DES MOUVEMENTS D’INSURGÉS : EMERGENCE D’AL-SHEBAB

 

En février 2009, plusieurs groupes islamistes, dont Al-Shebab, se rassemblent et déclarent la guerre au Gouvernement fédéral de transition. Ils prennent notamment le contrôle de la ville de Baidoa après le départ du Gouvernement pour Mogadiscio. Le groupe Al-Shebab figure sur la liste des organisations terroristes officielles de plusieurs pays occidentaux, dont les Etats-Unis. On le soupçonne d’avoir des liens avec Al-Qaïda et d’être soutenu par l’Erythrée. Le groupe islamiste occupe, en 2009, une bonne partie du Sud de la Somalie et organise de nombreux attentat-suicides et assassinats ciblés contre le Gouvernement fédéral de transition et les forces étrangères sur le sol somalien.

 

Au début du mois de mai 2009, les Shebabs s’emparent d’une bonne partie de la ville de Mogadiscio. Outre cette montée en puissance des insurgés, la Somalie doit faire face à des « fauteurs de troubles locaux et étrangers » qui profitent de la situation d’anarchie pour développer plusieurs trafics illicites (S/2009/503).

 

 

LA REACTION DU GOUVERNEMENT FEDERAL DE TRANSITION

 

En vue d’intégrer l’opposition dans le processus de paix, le Gouvernement fédéral de transition tend la main vers certains groupes armés non terroristes et leur propose des postes dans le secteur administratif. Un accord est signé avec Ahlu Sunna Wal Jama’a (ASWJ) le 15 mars 2010 sous les auspices du BUPNUS. Cet accord prévoit notamment la fusion des forces du GFT et de l’ASWJ, l’octroi de portefeuilles ministériels aux responsables du groupe et la création d’un organe supervisé par le BUPNUS censé surveiller la bonne application de cet accord (S/2010/234). L’autre objectif prioritaire du Gouvernement fédéral de transition est la rédaction d’une Constitution provisoire. Le BUPNUS apporte également son soutien dans ce domaine, entre-autres par l’organisation de séminaires et de colloques.


Le 19 février 2011, le GFT et l’AMISOM lancent une offensive militaire contre Al-Shebab à Mogadiscio et dans le Sud de la Somalie. Le 15 juin 2011, la quasi-totalité de la capitale somalienne est libérée.

 

 

FIN DE LA PERIODE DE TRANSITION

 

Accord de Kampala

 

À l’approche de la fin de la période de transition, prévue en août 2011, des tensions resurgissent au sein des institutions fédérales sur les démarches à suivre, ainsi que sur des cas de corruption. Le président du Parlement souhaite que les élections se déroulent le 20 août 2011 comme prévu. Pour le président Sheikh Sharif Sheikh Ahmed, l’insécurité en Somalie est trop importante et les étapes menant à la fin de la période de transition n’ont pas encore toutes été réalisées. Il encourage donc le report des élections à l’année suivante. Le Groupe de contact international sur la Somalie se rassemble les 2 et 3 juin 2011 à Kampala (Ouganda). Après cette rencontre, sur les encouragements des diplomates présents, le président du Parlement et le président somalien mènent une semaine de négociations. À l’issue de ces dernières, les deux hommes signent l’Accord de Kampala le 9 juin 2011, accord « par lequel les deux parties ont accepté de reporter les élections de 12 mois à compter d’août 2011 » (S/2011/549).

 

 

Feuille de route planifiant la fin de la période de transition

 

Du 4 au 6 septembre 2011, une réunion consultative se déroule à Mogadiscio sous la présidence du Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU. Au terme de cette rencontre, une feuille de route reprenant les différentes étapes devant mener à la fin de la période de transition est établie. Cette feuille de route se décline en quatre composantes : sécurité, constitution, ouverture politique et réconciliation, ainsi que la bonne gouvernance (pour la feuille de route complète, voir l’annexe du document S/2011/759).

 

L’échéance prévue par la feuille de route est respectée, malgré des retards dus au manque de ressources et aux querelles internes au sein du Parlement de transition. Le moment phare de ce processus est l’adoption de la Constitution le 1er août 2012. La période de transition se termine le 20 août 2012 avec l’élection d’un nouveau Parlement fédéral. Le 10 septembre 2012, le Parlement élit le nouveau président de la Somalie : Hassan Cheikh Mohamoud, un universitaire engagé dans le milieu associatif et novice en politique (Pinauldt, 2013).

 

 

BUPNUS : LA FIN D’UNE MISSION

 

Le 24 janvier 2012, le BUPNUS installe un poste de commandement avancé à Mogadiscio, suite à la demande du Conseil de Sécurité (résolution 2010 (2011)). La base arrière de la mission reste, elle, à Nairobi, dans l’attente d’une amélioration des conditions de sécurité en Somalie. Ce transfert à Mogadiscio est le moyen, d’après le Secrétaire général, de « réaffirmer la solidarité de la communauté internationale et son engagement aux côtés du Gouvernement et du peuple somaliens » (S/2012/283).

 

Le BUPNUS continue de soutenir le Gouvernement fédéral de transition pendant toute la réalisation de la feuille de route en créant, notamment, une « stratégie de communication faisant appel aux médias numériques » pour rendre compte du déroulement du processus (S/2012/643). Cette technique facilite l’accès aux informations et permet également un niveau de transparence politique jamais atteint auparavant en Somalie.

 

Au 31 décembre 2012, le BUPNUS possède un effectif de 99 personnes, dont 42 en Somalie (16 à Mogadiscio, 13 à Hargeisa et 13 à Garowe).

 

Suivant les recommandations du Secrétaire général de l’ONU, le Conseil de Sécurité décide de dissoudre le BUPNUS, jugeant que l’opération s’est acquittée de son mandat. Elle est remplacée par « une nouvelle Mission Politique Spéciale élargie » (S/RES/2093/(2013)), la MANUSOM.

 

Élise Rousseau


Chercheure-stagiaire au Centre d’études des Crises et des Conflits internationaux (CECRI), Université catholique de Louvain


8 avril 2013

 

 

Sources :

 

  • Site officiel du BUPNUS, http://www.unpos.unmissions.org
  • Rapports du Secrétaire général de l’ONU sur la Somalie, 1991-2013.
  • Pinauldt, Géraldine. 2013. « Somalie : la charrue avant les bœufs ? ». Diplomatie, n°61, mars-avril 2013, pp 16-21