Fiche d'information de l'État : République tchèque République tchèque

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République tchèque

La République tchèque (Ceská Republika en tchèque) est un État d'Europe centrale né le 1er janvier 1993 de la partition de la Tchécoslovaquie (aussi communément dénommée le « Divorce de Velours ») découlant de la Révolution de Velours. Située en plein cœur de l'Europe, la République tchèque ne possède pas d'accès maritime et est entourée par l'Autriche, l'Allemagne, la Pologne, et la Slovaquie. En 1993, la création de deux nouveaux États indépendants et la disparition de la Tchécoslovaquie a contraint la République tchèque à effectuer une nouvelle adhésion à l’ONU et à l’OSCE. Le pays a par la suite adhéré aux structures de l’OTAN en 1999 et est devenu membre de l’Union Européenne en 2004.

Politique de maintien de la paix

Suite au déclin du bloc soviétique et à l’affaiblissement du parti communiste tchécoslovaque, la politique étrangère de la République tchèque s’est rapidement tournée vers les structures de l’ouest. Déjà en 1991, avant son indépendance, la Tchécoslovaquie s’était engagée avec la Pologne et la Hongrie dans un groupe, alors communément appelé « le triangle de Visegrad », avec comme objectif d’accélérer l’intégration de ces Etats aux institutions occidentales. Suite à la partition, le triangle s’est transformé en un groupe de quatre États conservant les mêmes objectifs. Le rapprochement de la République Tchèque avec l’OTAN puis ensuite l’UE s’est construit progressivement via le Partenariat pour la Paix auquel Prague a adhéré à partir de 1994. Cette coopération a révélé, au vu de la participation de l’État à des opérations de paix, la nécessité de se doter d’une armée pleinement professionnelle et non plus seulement axée sur la défense du territoire national. Un remaniement de la stratégie militaire du pays semblait également s’imposer.

 

Aujourd’hui, la République tchèque affirme sa volonté de participer aux opérations de paix des quatre organisations habilitées à les mandater, même si la couverture géographique de ses opérations s’est jusqu’ici concentrée sur l’ex-Yougoslavie et l’Irak/l’Afghanistan. Elle s’y investit « dans la mesure de ses capacités » et au nom de l’organisation. Elle déclare que ces participations sont importantes car elles lui permettent de poursuivre activement ses objectifs/visions économiques et politiques, renforcer ses relations avec la communauté internationale et coordonner ses efforts avec les autres États membres dans un souci d’efficacité.

 

Plus concrètement, dans le cadre onusien, depuis 1993, la République tchèque a déployé pas moins de 3000 personnes à destination de plus de trente missions, qu’il s’agisse de militaires ou de personnel civil. Elle déclare aussi disposer d’une capacité de déploiement d’un millier d’hommes pour des missions de maintien ou d’imposition de la paix. Elle est actuellement investie dans 14 opérations à l’étranger sous des mandats divers.

 

Un autre élément important à souligner est que la République tchèque, comme bien d’autres de ses voisins d’Europe centrale et orientale, ne souhaite pas devoir se plier exclusivement à la politique de l’une ou l’autre organisation. En effet, elle considère chacune des quatre institutions instigatrices d’opérations de paix comme complémentaire à l’autre et ne souhaite donc pas devoir faire un choix entre les visions tantôt convergentes, tantôt divergentes de chacune d’entre elles. L’OTAN et l’Union Européenne sont par exemple considérées comme des institutions s’attelant, en matière de sécurité et défense, à des domaines de compétences différents bien que nécessitant une collaboration accrue.

 

On remarque toutefois que la coordination n’a pas toujours été de mise, comme par exemple lorsque la République tchèque est intervenue en Irak aux côtés des Etats-Unis sans l’aval des Nations Unies.

 

Structures décisionnelles politiques et militaires

D’un point de vue politique, la situation en République Tchèque a récemment évolué suite aux élections législatives anticipées du 25 et 26 octobre 2013. Le nouveau gouvernement de coalition, mené par le premier ministre social-démocrate Bohuslav Sobotka, est entré en fonction le 29 février 2014. Le parti social-démocrate est le parti prédominant mais le mouvement protestataire ANO (parti de centre droit, membre de l’Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe) et la mouvance chrétienne-démocrate sont aussi représentés. Le gouvernement semble être doté d’une majorité stable mettant donc un terme aux fortes dissensions ayant régulièrement déstabilisé le pays les années précédentes et impacté indirectement le processus décisionnel. Le point important est que la nouvelle coalition s’est fixée comme objectif de mener une politique européenne active afin de se distinguer des précédentes législatures.

 

D’un point de vue constitutionnel, il est stipulé à l'article 43-3 de la constitution tchèque que tout déploiement de troupes tchèques à l'étranger doit recevoir l'aval du Parlement (Chambre des députés et Sénat).

 

D’un point de vue militaire, le Président de la République est le chef des armées. Il est à la tête du Bureau militaire et le chef de la Garde du château. Toutefois, la politique militaire de défense de l’état est régie par le ministère de la défense tchèque. Lors d'un déploiement dans le cadre d'une opération de maintien de paix, le contingent tchèque dépend d'un commandement inter-armé d'opération (Joint Command Operation, JOC). Cette structure est placée sous la tutelle directe de l'état-major de l'armée tchèque.

 

C’est donc le ministère de la défense qui définit la stratégie de sécurité de la République tchèque. Celle-ci s’articule autour de plusieurs axes :

-       Défendre le territoire tchèque

-       Assurer la participation aux opérations hors territoire tchèque

-       Assurer l’accueil des forces de l’OTAN

-       Assurer l’accomplissement des tâches lors de menace non militaires contre la république tchèque

 

Le document sur la stratégie de défense de la République de 2012 a été complété par le document de 2015 portant cette fois sur la stratégie de sécurité de l’État. Un autre document établissant une vision à long terme en matière de stratégie a aussi été publié en 2015. Il aborde les enjeux auxquels le pays doit se préparer à faire face d’ici 2030 et expose une idée de ce que devrait être la défense de la République tchèque à ce moment-là.

 

Finalement, depuis 2005, le pays a levé son système de conscription et s’est donc transformé en une armée pleinement professionnelle, marquant ainsi le début d’une période de régénérescence pour la force militaire tchèque. La modernisation de l’équipement et l’amélioration des capacités opérationnelles sont des innovations qui méritent d’être soulignées.

 

Evolution de la participation :

 

Depuis 1993, la République tchèque a déployé pas moins de 3000 personnes (militaires ou de personnel civil) à destination de plus de trente missions dirigées par les Nations Unies, l'OSCE, l'OTAN ou l’UE.

 

En 1989, la Tchécoslovaquie a d’abord été invitée à participer à la Mission de vérification des Nations Unies en Angola (UNAVEM). Pour commencer, des observateurs militaires ont alors été déployés sur le terrain. Depuis lors, plus de 800 de ces observateurs ou experts ont participé à 21 missions différentes. C’est à cette période que débute l’expérience de l’armée tchèque.

 

Les opérations de l'armée tchèque à l'étranger entrent ensuite dans une nouvelle ère en 1990, au moment où une unité spécialisée dans la lutte contre les armes chimiques participe à la coalition internationale contre l'Irak. Une force de 320 militaires, appartenant d'abord à l'armée populaire tchécoslovaque puis à l'armée tchèque, participe au Contingent de garde des Nations Unies en Iraq (UNGCI) de 1991 à 2003. Si les premiers déploiements concernent l'Irak et le Koweït, la République tchèque, dans sa volonté d'intégrer les structures occidentales (UE et OTAN), s'est, depuis sa création en tant qu'État indépendant, principalement impliquée dans deux types d'opérations : les missions en ex-Yougoslavie et en Afghanistan.

 

Les différents déploiements en ex-Yougoslavie répondent à la logique de la participation au Partenariat pour la Paix. Ils ont ainsi permis de contribuer à la sécurité collective en Europe tout en développant des coopérations concrètes avec les forces armées des pays déjà membres de l'Alliance atlantique.

 

Le premier déploiement en ex-Yougoslavie a lieu en 1992 dans le cadre de la Force de protection des Nations Unies (FORPRONU). Au total, près de 9500 militaires tchèques participeront aux différentes missions en Croatie et en Bosnie. L'engagement au sein de la FORPRONU et de l'Opération des Nations Unies pour le rétablissement de la confiance en Croatie (UNCRO) a conduit la République tchèque à envoyer jusqu'à 1100 casques bleus sur le terrain, soit le déploiement extérieur le plus important de l'histoire du pays. Cet engagement se poursuit aujourd'hui dans le cadre de la force de stabilisation en Bosnie-Herzégovine (EUFOR-Althéa).

 

L'implication de la République tchèque en Afghanistan et en Irak est l'autre conséquence de l'intégration de ce pays à l'OTAN. En sus de la participation à l'opération « Enduring Freedom », 107 militaires tchèques participent à la Force internationale d'assistance et de sécurité (FIAS). Outre un groupe de 10 démineurs, la majeure partie du contingent tchèque est affectée à l'équipe provinciale de reconstruction située dans la province de Badakshan, à l'extrême nord-est du pays. La tâche des membres du 102ème bataillon de reconnaissance consiste tant à assurer la sécurité et à protéger les équipes de reconstruction qu'à coopérer avec la population locale afin d'aider à la reconstruction.

 

Depuis 2008, l’intervention de la République tchèque à l’étranger s’est légèrement étendue puisqu’elle est intervenue en Afrique dans le cadre des missions EUFOR et MINURCAT, la première émanant de l’Union européenne et la seconde des Nations Unies. L’armée tchèque est à l’heure actuelle encore impliquée en Afrique, notamment au Mali par exemple. Elle a également mené quelques autres opérations sur le continent européen.

 

Durant les opérations de paix, la République tchèque s'est notamment fait remarquer par la mise en place d'hôpitaux de campagne. Le premier déploiement de ce type fut effectué dans le cadre de la mission d'Administration transitoire des Nations Unies pour la Slavonie orientale, la Baranja et le Srem occidental (UNTAES) pendant les deux années de la durée de la mission. Ce fut également le cas dans le cadre de la Force Internationale d’Assistance et de Sécurité (FIAS) d'avril 2002 à janvier 2003.

 

La République tchèque s'est également distinguée dans le domaine de la lutte contre les armes de destruction massive. Fort d'une expérience dans ce domaine, le pays a pris la direction du Bataillon multinational de défense chimique, biologique, radiologique et nucléaire (CBRN) de l'OTAN dont la création a été décidée lors du sommet de Prague en novembre 2002. L'objectif de ce bataillon, qui fait partie de la Force de réaction rapide de l'OTAN, est de répondre à l'ensemble des menaces dans le domaine des armes de destruction massive. Il doit être capable de se déployer, dans un délai de 20 jours, avec une force d'intervention de l'OTAN. Son quartier général est établi en République tchèque, à Liberec, depuis décembre 2003. La République tchèque fournit la moitié des effectifs du bataillon dont le total est compris entre 500 et 600 hommes de troupe.

 

Concernant la formation des futurs casques bleus tchèques, elle est effectuée en deux temps. En premier lieu, la formation a pour but de fournir des connaissances générales et les aptitudes nécessaires aux missions de paix. Dans un second temps, un entraînement spécifique d'une durée de six à dix semaines est fourni selon la mission à laquelle l'unité va participer. Ces formations sont dispensées au sein de la base d'entraînement des forces de maintien de la paix (PFTB) créée en 1991.

 

Plus concrètement, la République tchèque participe à 14 opérations de maintien de paix :

 

Dans le cadre de l’ONU :

-       Opération MANUA (Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan)

-       Opération MINUK (Mission d’administration intérimaire des Nations-Unies au Kosovo)

-       Opération MONUSCO (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC

-       Opération MINUSCA (Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations Unies en République centrafricaine

 

Dans le cadre de l’OTAN :

-       Opération KFOR (Force de maintien de la paix dirigée par l’OTAN au Kosovo)

 

Dans le cadre de l’Union Européenne :


-       Opération EUFOR-Althea (Force multinationale de stabilisation en Bosnie-Herzégovine)

-       Opération EULEX-Kosovo (Mission « État de droit » au Kosovo)

-       Opération EUPOL Afghanistan (Mission de police de l’Union Européenne en Afghanistan)

-       Opération MSUE (Mission de surveillance de l’Union Européenne en Géorgie)

-       Opération EUPOL-COPPS (Mission de police de l’UE pour les territoires palestiniens)

-       Opération EUTM-Mali (Mission militaire de formation de l’UE au Mali)

 

Dans le cadre de l’OSCE :

 

-       Opération OSCE-Moldavie (Mission de l’OSCE en Moldavie)

-       Opération OSCEBIH (Mission de l’OSCE en Bosnie Herzégovine)

 

Mission menée par une coalition internationale :

 

-       FMO (Force multinationale et observateurs) au Sinaï :
Il s’agit d’une mission financée par les Etats-Unis, l’Égypte et Israël ne relevant pas de l’ONU. L’objectif y est de veiller à ce que les limitations fixées par le traité de paix soient respectées, que les violations soient rapportées et que la libre-circulation dans le détroit de Tiran soit garantie. La République tchèque fourni des observateurs militaires pour cette mission.


Emilie LENARDUZZI
Stagiaire au Centre d'Etudes des Crises et des Conflits
Fiche mise à jour le 11 avril 2016


Documents

 

30 nov. 2003

Czech Republic Military Strategy


Ministère de la défense de la république tchèque

PDF 152 Ko
 

 

30 nov. 2002

Conceptual Basis of the Foreign Policy of the Czech Republic for the 2003-2006 Period.


Ministère des affaires étrangères de la République Tchèque

PDF 226 Ko
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Références

 

30 nov. 2003

“Central Europe between the EU and NATO”


Missiroli, Antonio. Survival, Vol. 46, No 4, pp 121-136.

PDF 0 octets
 

 

30 nov. 2001

Assessment of the Reform of the Armed Forces of the Czech Republic.


Schroeder, Daniel. Assessment of the Reform of the Armed Forces of the Czech Republic.

PDF 46 Ko
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