Fiche d'information de l'État : Rwanda Rwanda

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Rwanda

La République du Rwanda est un Etat d’Afrique centrale ; elle a des frontières communes avec la République Démocratique du Congo, le Burundi, la Tanzanie et l’Ouganda. Le Rwanda est membre de deux organisations habilitées à mener des opérations de paix : l’ONU (1962), l’UA (ex-OUA, 1963) et participe à la brigade EASBRICOM (2007).

Politique de maintien de la paix

Le Rwanda est très attaché au principe du multilatéralisme dans la mise en œuvre de sa politique extérieure. Le président Kagamé l’a réaffirmé dans un discours prononcé lors de l’ouverture de la 64ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies, en septembre 2009 : « le multilatéralisme a toujours été le principe clé pour mettre en place une communauté internationale plus juste – basée sur une gouvernance mondiale équitable ; les Nations Unies elles-mêmes sont basées sur ce principe et cette pratique testée et avérée ».

 

Cet attachement au multilatéralisme se traduit par un soutien important aux actions menées par les Nations Unies, particulièrement en matière de prévention des génocides et de maintien de la paix. Mme Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères, le rappelait en septembre 2010 : « le Rwanda joue sérieusement son rôle dans l’effort global mené par l’ONU, parce que son travail s’inscrit dans la perspective de nos propres objectifs de développement ». Le Rwanda est aujourd’hui le 8ème contributeur de troupes des opérations de maintien de la paix (OMP) onusiennes, avec 3 652 hommes déployés sur cinq théâtres d’opération ; sa participation est particulièrement importante au Darfour (MINUAD), où il déploie 3 300 hommes.

 

L’engagement du Rwanda dans les OMP se fait également dans un cadre régional et sous-régional, Kigali se montrant favorable à un renforcement du rôle des acteurs africains dans la gestion des crises sur leur continent. Dans un discours prononcé devant l’International Peace Institute à New York le 21 septembre 2009, le président Kagamé déclarait :

L’Afrique d’aujourd’hui est de plus en plus celle qui cherche ses propres solutions aussi bien qu’une relation différente avec la communauté internationale. (…) Nous reconnaissons que notre continent fait toujours face à des défis de développement considérables du fait de la crise économique mondiale actuelle – mais nos institutions nationales, régionales et continentales travaillent assidûment pour trouver des solutions responsables et appropriées pour une plus grande paix et sécurité.

 

Le Rwanda a ainsi pris part à plusieurs opérations mandatées par l’Union africaine (UA), et participe actuellement à la mise en place de la brigade est des forces africaines en attente (FAA), au sein de l’EASBRICOM (Eastern African Standby Brigade Coordination Mechanism – Mécanisme de coordination de la force en attente est-africaine).

 

La participation rwandaise à une OMP, sous mandat onusien ou africain, est conditionnée par la réunion de quatre facteurs : la création de l’opération par une autorité compétente (Conseil de sécurité des Nations Unies, Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA) ; l’existence d’un mandat et d’une exit strategy clairement définis ; des possibilités de succès réalistes ; une formation préalable des troupes aux spécificités du maintien de la paix.

Structure décisionnelle politique et militaire

Selon l’article 110 de la Constitution, « le Président de la République est le Commandant suprême des Forces Rwandaises de Défense ». Outre ces FRD, l’Etat rwandais dispose également de deux autres organes de sécurité, un service national de sécurité (renseignements) et une police nationale (art. 169). Les FRD et la police nationale ont notamment pour fonction de « participer aux missions internationales de maintien de la paix » (art. 173, §5 ; art. 171, §7). Le Président décide de la participation à une OMP, sur avis du ministère des Affaires étrangères. Il est assisté par le ministère de la Sécurité intérieure et le Commissariat général relativement aux aspects opérationnels du déploiement des forces de police. Concernant les FRD, le ministère de la Défense est chargé de développer la doctrine rwandaise de maintien de la paix, les procédures opérationnelles (déploiement et conduite des opérations) et les programmes de formation, en lien avec ses partenaires étrangers.

Evolution de la participation

Le Rwanda, entre génocide et échec du maintien de la paix

 

Au début des années 1990, le Rwanda a été le théâtre de plusieurs opérations de paix, déployées successivement par l’Organisation de l’Union Africaine (OUA) et les Nations Unies, mais qui ne sont cependant pas parvenues à empêcher le génocide.

 

En mars 1991, l’OUA a déployé au Rwanda sa première opération de maintien de la paix, le GOMN (Groupe d’observateurs militaires neutres). Ce Groupe était chargé de surveiller l’accord de cessez-le-feu signé entre le régime du président Habyarimana et le Front Patriotique Rwandais (FPR). Néanmoins, le GOMN n’a pas été en mesure de remplir son mandat et d’empêcher les violations répétées du cessez-le-feu, du fait d’effectifs insuffisants et de l’opposition de Kigali, due à la présence d’éléments du FPR au sein du GOMN.

 

Suite aux accords d’Arusha d’août 1993 et à l’échec du GOMN, l’ONU a déployé la MINUAR (Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda), à partir d’octobre 1993 (résolution 872, 5 octobre 1993). Composée au plus fort de l’opération à l’été 1994 de 5 610 hommes – 5 200 militaires, 320 observateurs et 90 policiers – issus de quarante Etats, cette mission avait pour mandat de : sécuriser Kigali ; superviser la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu ; maintenir la sécurité générale jusqu’à la tenue de nouvelles élections ; assurer le respect d’une zone démilitarisée ; aider à la fourniture de l’aide humanitaire.

 

Cependant, du fait de la lenteur de son déploiement, réellement effectif à partir de juillet 1994, et d’un droit de recours à la force limité pour protéger les civils, la MINUAR n’a pu empêcher le déroulement du génocide survenu entre avril et juillet. Afin d’essayer de pallier cette situation, la France a proposé la création de l’opération Turquoise, autorisée par le Conseil de sécurité (résolution 929, 22 juin 1994). Sous commandement français, cette force multinationale déployée au titre du chapitre VII était composée de 2 550 soldats français et de 500 hommes issus de six Etats africains : Égypte, Guinée-Bissau, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad. Déployée au lendemain du vote de la résolution du Conseil de sécurité, elle avait pour mission de suppléer la MINUAR et de « contribuer, de manière impartiale, à la sécurité et à la protection des personnes déplacées, des réfugiés et des civils en danger au Rwanda ». Elle a achevé son mandat fin août 1994, une fois le renforcement de la MINUAR achevé.

 

L’incapacité de la MINUAR à prévenir le génocide de 800 000 Rwandais demeure le plus grand échec des Nations Unies. Dans le rapport de la Commission d’enquête indépendante sur les actions de l’Organisation des Nations Unies lors du génocide de 1994 au Rwanda (S/1999/1257, 16 décembre 1999), les enquêteurs ont reconnu que

c’est sur le système des Nations Unies tout entier que retombe la responsabilité de n’avoir su ni prévenir ni mettre fin au génocide au Rwanda. (…) La cause de l’échec absolu de l’intervention de l’Organisation des Nations Unies avant et pendant le génocide au Rwanda peut être résumée comme un manque de ressources et un manque de volonté d’accepter l’engagement qui aurait été nécessaire pour empêcher ou arrêter le génocide.

 

L’échec de la MINUAR a ainsi mis en lumière certaines limites du maintien de la paix onusien : refus de nombreux Etats membres des Nations Unies de s’engager (en particulier, refus de reconnaître une situation de « génocide ») ; en conséquence, difficultés logistiques, entraînant une lenteur du déploiement ; absence de communauté de vues entre le siège de l’ONU et le terrain ; ambiguïté sur la possibilité pour les Casques bleus de recourir à la force afin de protéger les civils, principalement. Cet échec a cependant contribué à amener l’ONU et les Etats membres à repenser la doctrine et la pratique du maintien de la paix, afin de renforcer la possibilité pour les Casques bleus de se défendre et de défendre leur mandat (robust peacekeeping).


Evolution de la participation rwandaise aux OMP onusiennes

 

Ce n’est qu’avec le retour à une situation démocratique stable et l’apaisement des tensions avec le Congo voisin, depuis le début des années 2000, que le Rwanda s’est engagé dans les OMP onusiennes. Sa première participation à une opération mandatée par l’ONU date de mai 2005, avec le déploiement d’un observateur militaire au sein de la MINUS (Mission des Nations Unies au Soudan). Depuis, le Rwanda s’est engagé au sein de quatre autres OMP : la MINURCAT (Tchad/RCA), la MINUSTAH (Haïti), la MINUAD (Darfour) et la MINUL (Liberia). Avec un total de 3 652 hommes déployés (3 485 soldats, 24 observateurs et 143 policiers), le Rwanda se hisse aujourd’hui au 8ème rang des contributeurs de troupes de l’ONU, et au 4ème rang des Etats africains pourvoyeurs de personnels, après le Nigéria, l’Egypte et le Ghana (chiffres DOMP au 31 juillet 2010).

 

Son engagement actuel se concentre essentiellement sur la MINUAD, à laquelle prennent part 91% des troupes rwandaises engagées sous casque bleu. Avec 3 326 hommes déployés – 15,25% des effectifs de l’opération –, le Rwanda est le 2ème contributeur après le Nigéria, ce qui vaut à l’un de ses généraux, Patrick Nyamvumba, le poste de commandant de la mission.

 

Cependant, cette forte participation aux opérations onusiennes pourrait aujourd’hui être remise en cause. Kigali menace en effet de retirer l’ensemble de ses contingents déployés en OMP si l’ONU persiste dans sa volonté de publier un rapport du Haut-commissariat aux Droits de l’Homme, reconnaissant le rôle jouer par le Rwanda dans les massacres perpétrés dans l’est de la RDC entre 1996 et 1998, et allant même jusqu’à parler d’actes de génocide. La ministre rwandaise des Affaires étrangères a ainsi déclaré que « toute initiative qui serait prise sur la base de ce rapport nous obligerait à nous retirer des divers engagements que le Rwanda a pris avec les Nations Unies, notamment en ce qui concerne les opérations de maintien de la paix », les FRD ayant dès à présent « finalisé un plan urgent de retrait de leurs soldats de la paix au Soudan ». Néanmoins, la visite surprise du Secrétaire général à Kigali début septembre 2010 et la concession d’un droit de réponse aux Etats incriminés dans le rapport semblent écarter, à court terme du moins, l’éventualité d’un tel retrait.


Un engagement important dans le maintien de la paix régional

 

En dépit de la possible remise en cause de son engagement dans les opérations onusiennes, le Rwanda demeure actif au sein des organisations régionales et sous-régionales africaines impliquées dans le maintien de la paix.

 

Le Rwanda a participé à la MUASEC (Mission de l’Union africaine pour la surveillance des élections aux Comores), déployée entre mars et juin 2006. Composée de forces de sécurité et d’observateurs, cette mission avait pour mandat d’assurer un environnement sécuritaire stable, de soutenir le processus électoral et d’en garantir la régularité.

 

Les FDR ont également pris part à la MUAS (Mission de l’Union africaine au Soudan), déployée entre mai 2004 et septembre 2007. Initialement composée de 60 observateurs escortés par 300 militaires, la MUAS avait pour mandat de surveiller la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu du 8 avril 2004, devant permettre la cessation des hostilités et l’acheminement de l’aide humanitaire au Darfour. Cependant, face à l’intensité des combats et à la détérioration de la situation humanitaire, le faible nombre d’observateurs déployés s’est rapidement trouvé dans l’incapacité de remplir son mandat. L’UA a alors mis au point en octobre 2004 la « MUAS II », une version renforcée de la mission avec des effectifs plus importants – jusqu’à 3 320 personnels, dont 2 341 militaires. Les contingents de cette opération ont ensuite été pour partie incorporés à la MINUAD (résolution 1769, 31 juillet 2007), opération conjointe de l’UA et de l’ONU, aux effectifs plus nombreux – 21 816 hommes aujourd’hui - et ayant un droit de recours à la force élargi, la résolution 1769 autorisant la MINUAD à « prendre toutes les mesures requises » afin de protéger son personnel et de faciliter la mise en œuvre de l’accord de paix de 2006.

 

Le Rwanda s’est de plus impliqué aux côtés de l’UA et des organismes sous-régionaux dans le développement de leurs propres capacités à conduire des opérations de paix. Kigali s’est ainsi engagé au sein de l’EASBRICOM afin de mettre en œuvre la brigade est des FAA, l’EASBRIG (Eastern Africa Standby Brigade). Les FDR ont notamment participé en novembre 2009 à Djibouti à la manœuvre FTX 09, premier exercice commun des forces de l’EASBRIG, impliquant 1 900 hommes issus de dix Etats.


La formation au maintien de la paix, un enjeu majeur pour le Rwanda

 

Suivant cette logique d’appropriation du maintien de la paix par les acteurs africains, la formation est au cœur de la doctrine rwandaise relative aux OMP. Outre de sensibiliser les forces armées et de sécurité aux particularités du maintien de la paix, elle doit leur permettre, à moyen terme, de développer leurs capacités afin de mener des opérations de paix autonomes, dans un cadre régional ou sous-régional.

 

En particulier, le Rwanda bénéficie à cet égard de l’assistance américaine, par l’intermédiaire du programme ACOTA (Africa Contingency Operations Training and Assistance). Les objectifs des formations ainsi financées, principalement destinées aux officiers, sont multiples : préparer aux fonctions d’état-major d’une OMP ; développer les compétences en matière de planification et de conduite des opérations ; présenter les règles d’engagement onusiennes, notamment. Elles s’accompagnent de mises en situation, impliquant différents cas d’étude : rencontres avec des leaders locaux ; gestion d’une émeute dans un camp de réfugiés ; simulation d’une crise multipartite, par exemple. Ces financements américains ont en outre permis à Kigali d’accueillir en mars 2008 une conférence internationale portant sur les leçons apprises des OMP, réunissant des participants issus de dix-huit Etats africains.

 

Le Canada a lancé des initiatives similaires à destination des forces de police rwandaises, animées par les experts du Centre Pearson, dans le cadre du projet panafricain de police. Ces formations ont pour objectif de « développer et de renforcer la capacité du Rwanda à fournir aux missions de l’ONU des agents qualifiés et efficaces ».

 

Antoine Esteban

Master Analyse des conflits et construction de la paix, Institut d’Etudes Politiques de Lille

2 octobre 2010