Historique de l'opération ICR/LRA

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ICR/LRA       Centrafrique Congo, Rép. dem. Ouganda Soudan du Sud

Initiative de coopération régionale contre la LRA

 

Originairement limitées à l’Ouganda, les activités violentes de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) posent depuis plusieurs années une menace à la sécurité régionale en Afrique centrale en raison de l’élargissement de sa zone d’opérations. Outre l’Ouganda, d’où la rébellion est originaire, la LRA pose un problème sécuritaire particulièrement important pour la RDC, la République centrafricaine et le Soudan du Sud. L’idée d’une action régionale contre le groupe armé remonte à l’année 2009 et s’est peu à peu constituée comme l’option privilégiée par les décideurs politiques et militaires. C’est finalement le 22 novembre 2011, lors de sa 299èmeréunion, que le Conseil de paix et de sécurité de l’UA (CPS) officialise la création d’une mission militaire régionale, l’Initiative de coopération régionale contre la LRA (ICR/LRA), ayant pour mandat de lutter contre la LRA, ou plus précisément de renforcer les capacités opérationnelles des pays affectés par les atrocités de la LRA.



La LRA et la sécurité régionale

La naissance de la LRA trouve sa source dans les divisions ethniques et politiques en Ouganda, entre les populations du Nord (Acholi), qui constituaient le corps militaire, et celles du Sud (région du Buganda), où étaient recrutés les fonctionnaires. La prise de pouvoir de Museveni et de ses soldats originaires du Sud dans les années 80 a entraîné la formation de groupes rebelles Acholis dans le Nord du pays. L’un de ces groupes, la « Force mobile de l’Esprit Saint », était dirigé par Alice Lakwena, une femme charismatique qui se disait possédée par l’Esprit Saint. Après avoir connu, dans un premier temps, de grands succès militaires, le groupe a été mis en déroute par les forces gouvernementales. Alice Lakwena s’est alors enfuie au Kenya et le mouvement a été repris par son cousin, Joseph Kony, pour devenir la LRA en 1987. Sous Kony, la LRA a pour principal objectif de renverser le président Museveni afin de mettre en place un régime basé sur les Dix Commandements de la Bible. Kony prétend posséder des pouvoirs surnaturels et exerce un contrôle à la fois physique, spirituel et idéologique sur les membres de la LRA.


Les actions du groupe, au cours des différentes phases de son évolution, ont été caractérisées par une brutalité croissante, en particulier contre les populations civiles, par l’enlèvement à grande échelle d’enfants, pour s’en servir comme soldats ou esclaves sexuels, et par l’utilisation de tactiques de guérilla.


L’évolution de la LRA peut être divisée en cinq périodes distinctes. La première est celle de l’insurrection ougandaise, de la création du groupe en 1987 jusqu’à son départ de l’Ouganda en 1994. Durant cette période, le groupe a adopté des tactiques de guérilla, principalement de nombreuses attaques éclairs contre les populations civiles, ponctuées de quelques opérations plus importantes. En 1991, le gouvernement déclenche l’«opération Nord» dans le but de vaincre militairement la LRA, notamment en mettant sur pied des groupes d’auto-défense acholis dans le Nord (les « Arrows Groups »). Militairement, l’opération est un échec pour l’Ouganda, qui ne parvient pas à mettre fin à la rébellion. D’autre part, la LRA mène des représailles sanglantes contre les civils acholis, ce qui a pour effet de réduire considérablement le peu de soutien populaire ethnique dont bénéficiait le groupe. Après l’échec d’une tentative de pourparlers de paix en février 1994, Museveni donne un ultimatum de sept jours à la LRA pour rendre les armes.


La fuite de la LRA au Soudan suite à cet ultimatum marque le début de la seconde période dans l’évolution du groupe. C’est avec la bénédiction du gouvernement soudanais que la LRA établit alors des bases au Sud-Soudan. Ce soutien du gouvernement soudanais à la LRA est une réponse au soutien du gouvernement ougandais aux rebelles séparatistes de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), basée au Sud-Soudan. Cette seconde période est donc caractérisée par l’instrumentalisation du groupe dans la guerre par procuration que se livrent l’Ouganda et le Soudan. Non seulement le groupe bénéficie-t-il ainsi d’une base à partir de laquelle lancer des attaques en Ouganda, mais l’appui du Soudan lui donne également accès à d’importantes quantités d’équipements, ce qui lui permet d’augmenter ses capacités militaires de manière significative. Suite aux attentats du 11 septembre 2001, les relations entre le Soudan et l’Ouganda s’améliorent grandement, ce qui a conduit à la diminution de leur soutien respectif à la LRA et au SPLA. Suite à la désignation de la LRA comme groupe terroriste le 5 décembre 2001, le Soudan met ainsi officiellement fin à son soutien au groupe.


La troisième période, de 2002 à 2006, débute avec l'opération « Iron Fist » menée par les forces ougandaises contre les bases de la LRA au Sud-Soudan. L’opération est un échec et l’Ouganda ne parvient pas à détruire toutes les bases soudanaises de la LRA, ce qui conduit à une série de représailles de la LRA d'une violence inégalée depuis 1996. En parallèle, une prise de conscience internationale sur ce conflit se développe progressivement durant cette période et plusieurs acteurs internationaux interviennent pour tenter de mettre fin à la crise. Mais les négociations de paix échouent une nouvelle fois et en septembre 2005, la Cour pénale internationale, qui avait été saisie en 2003 par Museveni, émet un mandat d'arrêt contre des hauts commandants de la LRA, dont Joseph Kony. En septembre 2005, la LRA mène ses premières attaques en RDC, élargissant ainsi son théâtre d’opérations.


Les négociations de paix ayant lieu entre 2006 et 2008, négociations parrainées par le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), le bras politique du SPLA, qui dirige le Sud-Soudan, constituent la quatrième période d’évolution de la LRA. Les discussions débutent en juin 2006 à l’invitation du gouvernement du Sud-Soudan et conduisent rapidement à une déclaration unilatérale de cessez-le-feu de la part Vincent Otti, le commandant en second de la LRA. Cependant, les négociations connaissent des blocages et déraillent définitivement à la fin 2007 après la mort de Vincent Otti. Celui-ci aurait été tué par Kony suite à un désaccord sur les pourparlers.


Finalement, la cinquième période dans l’histoire de la LRA, dans laquelle s’inscrit l’initiative régionale de l’UA, débute en 2008 avec le déclanchement de l’opération «Lightning Thunder» et se caractérise par la volonté des gouvernements de la région d’apporter une solution militaire à la crise. Suite à l’échec des négociations de paix et à une attaque de la LRA qui fait 23 morts dont 14 soldats au Sud-Soudan, les gouvernements ougandais, soudanais et congolais mettent sur pied, en décembre 2008, l’opération «Lightning Thunder», qui vise à anéantir une fois pour toutes le groupe, récemment installé dans le parc national congolais de Garamba. En décembre 2008, des frappes sont conduites contre les camps de la LRA, ce qui a pour effet de disperser ses membres en de multiples groupes de très petite taille sans parvenir à éliminer complètement l’organisation. En réponse, ces petits groupes commettent une série de massacres particulièrement violents contre les populations civiles entre le 24 décembre 2008 et la mi-janvier 2009. Human Right Watch estime à plus de 600 le nombre de personnes tuées et l’ONU à plus de 20 000 le nombre de déplacés durant cette période. L’opération «Lightning Thunder» est donc un échec militaire, causé principalement par un manque de coordination et de possibles fuites d’information. L’Ouganda se retire de la RDC en mars 2009, laissant à l’armée congolaise la tâche de lutter contre la LRA, qui est maintenant composée de plusieurs petits groupes subsistant dans la jungle grâce à leurs activités violentes, perpétuant ainsi l’insécurité dans la région. Selon un rapport d’OXFAM publié en 2011, 62 % de la population des zones affectées par la LRA n’a perçu aucune amélioration de leur sécurité par rapport à 2010 et 28% considère que celle-ci s’est détériorée.


A ce moment, les effectifs de la LRA se seraient élevés à 500 combattants. Les groupes procèdent au braconnage dans le Parc national de la Garamba, dans le nord-est de la RDC, et au commerce de l’ivoire. Ils mènent également des raids contre les villages situés sur les routes commerciales de la RDC pour se procurer des denrées alimentaires, des batteries, des vêtements et des produits pharmaceutiques. Les enlèvements de civils sont également courants, au nord-est de la RDC ainsi qu’en RCA, afin de s’en servir comme porteurs, combattants ou esclaves sexuels.

Initiative de coopération régionale de l’UA

Face à l’incapacité des forces armées nationales à faire face individuellement à la menace que représente la LRA, l’option de la coopération régionale s’impose peu à peu comme la seule avenue possible pour venir à bout du groupe armé. Le 31 août 2009 à Tripoli, lors d’une session spéciale sur l'examen et le règlement des conflits en Afrique [SP/ASSEMBLY/PS/MAP(l)], la Conférence de l’UA adopte un plan d’action demandant aux pays de la région de redoubler d'efforts, y compris sur le plan militaire, afin de neutraliser la LRA et de mettre fin à ses activités. Il s’agit d’une des premières discussions officielles concernant une éventuelle action régionale contre la LRA. Une commission sur la mise en œuvre opérationnelle de l’initiative de coopération régionale conduite par l’UA contre la LRA (ci-après la Commission) est mise sur pied pour coordonner l’opérationnalisation du plan d’action. Un an plus tard, dans le cadre du suivi du Plan d'action de Tripoli, la Conférence de l’UA demande, lors de sa 15ème session ordinaire, d'organiser le plus tôt possible des consultations orientées vers l'action entre les pays affectés par les activités de la LRA et d'autres parties intéressées, en vue de faciliter la mise en place d’une action régionale coordonnée.


C'est dans ce contexte qu'une première réunion ministérielle régionale est organisée par la Commission à Bangui, en RCA, les 13 et 14 octobre 2010. La réunion, qui est présidée par le Commissaire de l’UA à la Paix et à la Sécurité, Ramtane Lamamra, regroupe les pays affectés par la LRA, à savoir la Centrafrique, la RDC et le Soudan (y compris ce qui deviendra quelques mois plus tard le Soudan du Sud) et l’Ouganda. Sont également présents, lors de cette réunion, les organisations régionales concernées, ainsi que l’ONU, l'Union européenne (UE) et d'autres partenaires internationaux. Les participants conviennent que l’appui et l’assistance de la communauté internationale sont nécessaires pour lutter contre la LRA, ainsi que des mesures concrètes dans de nombreux domaines : militaire et sécuritaire, humanitaire, économique, etc. Ils demandent également la nomination d’un envoyé spécial pour coordonner l'ensemble des efforts contre la LRA et pour faciliter l'engagement international. Finalement, ils conviennent d’établir un mécanisme de suivi à travers la tenue régulière de réunions au niveau ministériel.

En décembre 2010, en marge de la 4ème réunion du Comité technique de l’UA spécialisé sur la Défense, la Sécurité et la Sûreté, sont organisées des consultations au niveau des experts des pays affectés par la LRA sur le suivi des conclusions de Bangui. La Commission profite de cette occasion pour soumettre un projet de cadre d’action de l’opérationnalisation de l’initiative. Ce projet est finalisé par la participation des pays affectés. Par la suite, une mission conjointe d'évaluation technique, composée également d’experts des pays affectés, est déployée du 16 mars au 6 avril 2011, afin d’évaluer la situation sur le terrain. Durant cette période, la mission mène des consultations avec les autorités de chacun des pays affectés par les activités de la LRA, visite les sites proposés pour abriter le Centre d'opérations conjoint (COC) et la Force régionale d'intervention (FRI), et rencontre les partenaires pour recueillir leurs vues sur la situation sécuritaire et humanitaire et obtenir leur appui pour la suite des opérations.

Une deuxième réunion ministérielle régionale des pays affectés a lieu à Addis Abeba, le 8 juin 2011, pour examiner le rapport de la mission conjointe d'évaluation technique. Cette réunion permet de définir l’objectif final de l’éventuelle mission, soit «l’élimination de la LRA, afin de permettre la création d'un environnement sécurisé et stable dans les pays affectés». Les participants à la réunion se mettent également d’accord sur les différents aspects d'une éventuelle initiative de coopération régionale, à savoir le processus politique, le processus d'autorisation de la mission, la finalité et les objectifs stratégiques de l'opération, les composantes de l'initiative (Mécanisme conjoint de coordination, la FRI et le COC), et la nomination d’un Envoyé spécial. Les participants créent aussi une équipe de planification intégrée pour effectuer une planification détaillée de chacune des phases de la mission. Finalement, il est convenu que l'opération envisagée sera une mission autorisée par I'UA avec un appui international.

Lors son 17ème sommet ordinaire, tenu en juin/juillet 2011 à Malabo, I'UA se félicite des mesures prises et exprime son plein appui aux conclusions de la deuxième réunion ministérielle, demandant au Conseil de paix et de sécurité de l’UA d'autoriser rapidement l'opération proposée et toutes ses composantes. Elle demande également à l’ONU et aux autres partenaires de l'UA d'apporter leur appui à l'initiative, y compris par un soutien financier et logistique. Durant sa 295ème réunion, le CPS félicite les États membres affectés par la LRA pour la coopération qu'ils ont développée entre eux, ainsi que pour leur collaboration avec la Commission dans la mise en œuvre des décisions pertinentes de I'UA sur la LRA. Le CPS demande également à la Commission de lui soumettre un rapport sur les modalités de mise en œuvre des principaux mécanismes prévus par l'initiative de coopération régionale, en vue de lui permettre d'autoriser l’opération envisagée.

Ce rapport est remis au CPS le 22 novembre lors de sa 299èmeréunion et il est adopté le jour même, créant ainsi l’Initiative de coopération régionale contre la LRA dirigée par l'UA (ICR-LRA) telle que décrite aux paragraphes 16 à 19 du rapport. Le CPS décide également de considérer la LRA comme un groupe terroriste, en accord avec les instruments pertinents de l’UA, et demande au Conseil de sécurité de l’ONU ainsi qu’aux États africains de faire de même. Le lendemain, le président de la Commission de l'UA, Jean Ping, nomme Francisco Caetano José Madeira comme Envoyé spécial de l’UA sur la question de la LRA et chef de l’Initiative de coopération régionale contre la LRA (ICR-LRA). Ce dernier a pour mandat de fournir une coordination politique et stratégique à l’ICR-LRA.

Implication de la communauté internationale

Dès le départ, le soutien de la communauté internationale a été un aspect important de l’initiative régionale. L’UE en particulier a été étroitement associée au travail de l’UA, notamment en fournissant des fonds pour la phase initiale de mise en œuvre dans le cadre du Mécanisme de réponse précoce de la Facilité de l’UE pour la paix en Afrique. L’UE fournit également un appui à la protection des civils, aux programmes de détection, aux camps de déplacés et aux centres qui prennent en charge les enfants enlevés. Durant l’été 2011, la France affirme pour sa part souhaiter que la Centrafrique, la RDC, le Soudan du Sud et le Soudan, coordonnent leurs actions sous l’égide de l’UA afin de lutter contre le groupe rebelle de la LRA.

L’ONU a également appuyé l’initiative de coopération régionale de l’UA. La Commission de l’Union Africaine a d’ailleurs participé à deux réunions du Conseil de sécurité de l’ONU consacrées à la LRA, réunions qui se sont tenues respectivement le 21 juillet et le 14 novembre 2011. Suite à la première réunion, le Conseil de Sécurité a adopté une déclaration dans laquelle ses membres ont, entre autres, fermement condamné les attaques en cours menées par la LRA, salué les efforts importants déployés pour faire face à la menace que constitue la LRA et souligné l'importance d'une action coordonnée soutenue par les gouvernements des pays touchés. Le Conseil de Sécurité a également demandé au Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, d’apporter un soutien à l’UA au cours du processus de planification pour la mise en œuvre des décisions de l’UA sur la LRA. Le Conseil a également prié le Bureau de l’ONU pour l'Afrique centrale (UNOCA), en collaboration avec le Bureau de l’ONU auprès de I'UA (UNOAU), de travailler avec l’UA afin de faciliter la coopération entre les deux organisations dans la lutte contre la LRA. Durant la deuxième réunion en novembre, les membres du Conseil de sécurité ont encouragé l’UA à mettre en œuvre sa stratégie globale de lutte contre la LRA. De plus, des membres de la MONUSCO ont pour leur part demandé à plusieurs reprises que la mission soit renforcée pour lutter contre la LRA, soulignant l’effet déstabilisateur des violences sur la RDC.

L’ONU travaille ainsi avec l’UA dans le cadre de cette mission, en apportant un soutien logistique et opérationnel aux troupes par le biais de la MONUSCO et de la MINUSS (Mission des Nations Unies au Sud-Soudan).

Le 27 juin 2011, une réunion à laquelle participe la Commission de l’Union Africaine est organisée à Washington par le Groupe international de travail sur la LRA afin de partager des informations sur le groupe, de discuter des progrès réalisés dans le règlement des problèmes posés, et d’identifier les opportunités de coopération et de coordination. Le Groupe international de travail sur la LRA est présidé par la Banque mondiale et comprend plusieurs organisations internationales, y compris I'UE et l’ONU, ainsi que la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL). La Commission a aussi pris part à une réunion de la CIRGL à Kigali le 9 septembre 2011, dont l'objectif était de partager des informations sur les activités des forces négatives dans la région, y compris celles de la LRA, et d'élaborer des plans opérationnels conjoints pour renforcer la coopération. Les participants à la réunion ont exprimé le plein appui des pays de la CIRGL à cette initiative et ont souligné la nécessité d'un soutien efficace de la communauté internationale pour sa réussite.


Finalement, les États-Unis ont également travaillé en collaboration avec l’UA dans sa lutte contre la LRA, notamment à travers la Mission américaine auprès de I'UA. En août 2011, le chef du commandement militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM), le général Carter Ham, promet une assistance militaire aux Forces armées de la RDC (FARDC). Afin d’aider le gouvernement congolais à protéger les civils et à lutter contre les groupes armés dans l’est du pays, le gouvernement américain propose de prendre en charge la formation du bataillon des FARDC qui va travailler dans une des régions où la LRA est active. À la mi-octobre, le gouvernement américain annonce avoir déployé une centaine de conseillers militaires dans la région pour soutenir la lutte contre la LRA. Le gouvernement américain a indiqué que ces conseillers n'engageront pas de combat avec les forces de la LRA, sauf en cas de légitime défense, et travailleront avec des partenaires régionaux et l'UA, afin de renforcer le partage d'informations, d'améliorer la coordination et la planification, ainsi que l'efficacité globale des opérations militaires et de la protection des civils. Ce déploiement fait partie d’une stratégie américaine globale contre la LRA, conformément à l'Acte sur le désarmement de la LRA et la reconstruction du Nord de l’Ouganda signé en août 2011.

Le 22 mai 2012, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine renouvelle le mandat de l’ICR-LRA pour une année supplémentaire. Les composantes de la ICR-LRA comprennent alors le Mécanisme conjoint de coordination (MCC), présidé par le Commissaire de l’UA à la Paix et à la Sécurité et composé des Ministres de la Défense des pays touchés, la Force régionale d’intervention (FRI), qui comprend des troupes provenant des pays concernés, d’un effectif de 5000 soldats, et le Quartier général de la FRI.

L’Envoyé spécial Francisco Madeira a également été chargé de la coopération entre les Nations Unies et l’Union Africaine sur la question de la LRA. Nommé par la Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA, il travaille étroitement avec le Représentant spécial des Nations Unies pour l’Afrique centrale (UNOCA), dont le rôle est de coordonner les actions de l’ONU dans le cadre de l’ICR-LRA. En novembre 2012, un sommet mondial sur la LRA a lieu à Washington, permettant de renforcer la collaboration entre les différentes entités dans la lutte contre la LRA.

Afin d’opérationnaliser la ICR-LRA, le MCC prend des mesures qui ont permis d’importants progrès. En juin 2013, le nombre de soldats fournis par les pays membres atteint 3350 hommes, dont une majorité qui provient d’Ouganda. Depuis février 2013, le QG de la FRI est pleinement opérationnel et comprend 19 officiers.

L’année 2013 voit ainsi l’accomplissement de progrès considérables dans la lutte contre la LRA, allant de la neutralisation de commandants importants à la reddition de certains éléments. En janvier, l’ancien chef de la sécurité de Joseph Kony est tué en République centrafricaine.


Toutefois, ces progrès sont ralentis en raison de l’instabilité politique et sécuritaire en Centrafrique. L’émergence d’une coalition armée antigouvernementale, la Séléka, en décembre 2012, a pour conséquence la désintégration de l’unité des Forces armées centrafricaines dans la région d’Obo. Le changement anticonstitutionnel de gouvernement survenu en République centrafricaine favorise également le renforcement de la Séléka, qui menace l’unité de la FRI dans le secteur d’Obo. La FRI doit donc suspendre ses opérations afin de se regrouper dans une posture défensive, dans l’attente d’une consultation entre la Commission de l’UA et les autorités de fait de la RCA.


Le 24 mai 2013, la ville d’Obo subit une attaque d’un groupe armé provenant du Soudan du Sud, qui est ensuite neutralisé par la FRI et la gendarmerie centrafricaine.

Ainsi, l’ICR-LRA fait face à de nombreux défis, concernant notamment l’approvisionnement par les pays membres en soutien médical, l’alimentation et l’appui logistique. Les financements sont également insuffisants pour permettre une action persistante de la FRI. La grande instabilité de la République centrafricaine fait également craindre un renforcement de la LRA, qui en bénéficie pour régénérer ses forces et qui n’est plus confrontée à la FRI dans de nombreuses zones du pays.

Une mobilisation mondiale se met en place afin de contrer la LRA, ainsi Washington promet une récompense aux personnes qui indiqueront où Kony et ses associés se trouvent, et une réunion du Conseil de Sécurité a lieu dans la région des Grands Lacs, dirigée par en juillet 2013 par John Kerry. La pression est telle que fin septembre, plus de deux milliers de combattants de la LRA déclarent cesser le combat, et se réunissent afin d’être désarmés. Ces combattants sont également composés de femmes et d’enfants, et doivent être pris en charge afin de les réintégrer dans les sphères socioprofessionnelles. En avril 2014, le commandant de la LRA, Charles Okello, recherché par la Cour Pénale Internationale, est arrêté par l’armée ougandaise.

Fin novembre 2013, le leader de la LRA, Joseph Kony négocie avec le président centrafricain Djotodia afin de recevoir des vivres et sortir de la clandestinité.  Selon le président, plus de 7000 personnes le suivent et il ne peut donc être simplement écarté malgré les crimes contre l’humanité dont il est accusé. La LRA aurait tué plus de 100 000 personnes et kidnappé presque autant d’enfants. La LRA continue néanmoins à sévir et à profiter de l’instabilité des pays d’Afrique centrale. Les combattants opèrent par petits groupes dispersés, et sont aidés, ainsi que Kony, par le Séléka. La logique n’est plus de type politique ou religieuse, mais bien de survie : persister en continuant à commettre des exactions.


Nina Gutierrez

Chercheure-stagiaire au Centre d’études des Crises et des Conflits internationaux (CECRI)
Université catholique de Louvain

Thomas Poulin

Agent de recherche au ROP


25 juillet 2013


Mise à jour le 13 novembre 2014 par Laura Salemi, Chercheure-stagiaire au Centre d’études des Crises et des Conflits internationaux (CECRI), Université catholique de Louvain