Historique de l'opération IPMT

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IPMT       Îles Salomon

International Peace Monitoring Team

 

L’International Peace Monitoring Team (IPMT) est une mission ad hoc de surveillance, composée de personnels militaires non-armés et de policiers civils expérimentés en maintien de la paix, établie le 15 octobre 2000 suite à la signature de l’Accord de paix de Townsville qui a mis fin temporairement aux violences intercommunautaires aux îles Salomon. Ce traité de paix prévoyait la création de deux organisations pour surveiller sa mise en œuvre. Le Peace Monitoring Council (PMC), composé principalement de nationaux et de l’IPMT, avait pour tâche de d’appuyer le PMC dans son travail. Le mandat de l’IPMT, actif jusqu’au 25 juin 2002, était principalement centré sur deux activités, soit la collecte des armes et le rétablissement de la confiance entre les parties au traité et au sein des diverses communautés.




Historique


Les conflits intercommunautaires qui ont abouti à la mise en place de l’International Peace Monitoring Team (IPMT) en 2000 sont le résultat de l’incapacité des gouvernements salomonais successifs à faire face à la montée des tensions entre deux des principaux groupes ethniques du pays, les Guadalcanalais et les Malaitais. Malaita et Guadalcanal sont les deux plus grandes îles de l’archipel et, avant la domination coloniale britannique, étaient des entités indépendantes en raison des différentes cultures et origines ethniques de leurs habitants. Après l'indépendance de 1978, les tensions entre les habitants des deux îles se sont aggravées puisque beaucoup de Malaitais ont commencé à émigrer à Guadalcanal pour travailler dans la fonction publique ou dans le domaine des affaires.

 

En 1988, en réponse à l’inaction du gouvernement et à une vague d’assassinats commis par des migrants vivant à ??Guadalcanal (dont des squatters près de Honiara), un groupe de hauts fonctionnaires et de politiciens guadalcanalais soumettent une pétition au gouvernement décrivant un certain nombre d'exigences - communément appelées les demandes bona fide des peuples indigènes de Guadalcanal. Le gouvernement n'a donné aucune suite aux demandes des Guadalcanalais.


Violences ethniques de 1998

 

En 1998, les demandes bona fide de 1988 sont de nouveau soumises au gouvernement. Encore une fois, il n'y a aucune trace d'une discussion ou d'action par le gouvernement suite à ces nouvelles demandes. Se sentant dépossédés et ignorés, de jeunes indigènes créent la Guadalcanal Revolutionary Army (GRA), rebaptisée Isatabu Freedom Movement (IFM). Leurs exactions aboutissent à l’expulsion de plus de 20 000 Malaitans à partir de 1999. La création d’une milice rivale, la Malaitan Eagle Force (MEF), aggrave le conflit et mène à une escalade de la violence.

 

À partir de juin 1999, diverses tentatives sont faites pour ramener la paix dans le pays : l'Accord de paix d'Honiara du 28 juin 1999, le Communiqué de Marau du 15 juillet 1999, l'Accord Panatina du 12 août 1999,  ainsi que l'arrivée et le travail de surveillance d’une force de police multinationale soutenue par le Commonwealth à partir d’octobre 1999, le Multinational Police Peace Monitoring group (MPPMG), qui deviendra le Commonwealth Multinational Police Assistance Group (CMPAG) par la suite.

 

D’autres tentatives de négociation ont lieux, comme en témoigne la publication du Communiqué de paix de Buala le 5 mai 2000 et du Communiqué de Auki le 12 mai 2000. Néanmoins, la violence perdure et, le 5 juin 2000, la MEF prend le Premier ministre Bartholomew Ulufa’alu en otage et l’oblige à démissionner lors d’un coup d’État. Des pourparlers de paix sont facilités par la Nouvelle-Zélande à bord du HMAS Tobruk en juillet 2000 et un accord de cessez-le-feu est signé le 3 août. Le 9 octobre 2000, des négociations ont lieu sur une base de la Royal Australian Air Force à Townsville. Ces négociations se concluent six jours plus tard par la signature de l'Accord de paix de Townsville entre l’IFM et la MEF. Cet accord prévoit une amnistie générale, le désarmement et la démobilisation des milices et leur intégration dans des forces de police chargées d’instaurer l’ordre. Dans l'esprit de l'Accord de paix de Townsville, le Parlement national des Îles Salomon fait adopter les lois d'amnistie de 2000 et de 2001 accordant l'amnistie aux personnes impliquées dans le conflit. Bien que l'Accord de paix de Townsville ait conduit à la cessation officielle du conflit ethnique, la situation politique et sécuritaire demeure très instable. Les violences ayant eu un coût important tant humain qu’économique, la situation dans le pays continue à se dégrader.


L’International Peace Monitoring Team (IPMT)

 

L’Accord de Townsville prévoyait la mise en place de deux instances responsables de sa mise en œuvre. La première est le Peace Monitoring Council (PMC), qui avait pour mandat de surveiller, rapporter et de faire respecter les termes. La deuxième est l’International Peace Monitoring Team (IPMT), qui avait pour mission de surveiller et d’aider le processus de paix, en particulier dans les provinces de Guadalcanal et de Malaita et la région de Honaria. Le mandat de l’IPMT était principalement centré sur deux activités, soit la collecte des armes et le rétablissement de la confiance entre les parties au traité et au sein des diverses communautés. L’IPMT était composé de personnels militaires non armés et de policiers civils expérimentés en maintien de la paix. Les effectifs de cette équipe ont principalement été fournis par l’Australie et la Nouvelle-Zélande, mais les Iles Cook, le Vanuatu, Tonga et le Secrétariat du Commonwealth étaient également représentés. L’IPMT a commencé son travail de terrain au début du mois de novembre 2000, avec un effectif de 47 personnes. Les effectifs de l’IPMT se sont situés autour de 50 personnes pour toute la durée de déploiement.

 

Au cours des six premiers mois de son déploiement, l’IPMT a constitué six équipes régionales (quatre à Guadalcanal et deux à Malaita) ainsi qu’un quartier général près de Honaria. Dès le début de leur déploiement, ces équipes, en collaboration avec le PMC et les groupes locaux de la société civile, ont commencé la mise en œuvre d’activités visant au rétablissement de la confiance. De plus, les équipes fournissaient une présence stabilisatrice en effectuant des patrouilles dans leurs zones d'opération et en développant de liens de collaborations avec des écoles, des églises, des organisations de femmes, des fonctionnaires provinciaux et d'anciens militants. Au cours du déroulement de la mission, les équipes ont également facilité l’organisation de réunions communautaires et de rencontre entre groupes antagonistes ou entre la population et les représentants du gouvernement.

 

L’Accord de paix accordait une importance centrale au désarmement dans le processus de paix et conséquemment, il s’agit probablement d’une des tâches les plus importantes de l’IPMT. Pour remplir ce mandat, la mission a mis en place huit points de dépôt et de stockage d’armes à travers sa zone d’opérations. Ne disposant pas de moyen coercitif pour obliger le désarmement, l’IPMT dépendait donc de la bonne volonté des parties au traité et de ses liens de confiance avec les communautés pour mener à bien cet objectif. Des cérémonies de remise d’armes ont été organisées à travers les zones d’opération afin de favoriser le désarmement des groupes armés. Les armes collectées étaient stockées dans des caissons scellés et l’IPMT avait la responsabilité d’en disposer. La mission a également aidé à faire l’inventaire des armes de la police afin d’établir le nombre d’armes volées encore en circulation.

 

Le processus de paix a fonctionné relativement bien pour les six premiers mois. L’IPMT a été bien reçue dans les communautés rurales, a établi de bons rapports avec les dirigeants des divers groupes et a contribué à mobiliser et à donner confiance aux éléments de la société civile. De nombreuses armes ont été recueillies auprès des villageois et de certains militants. Cependant, malgré ce succès partiel de la mission, la majeure partie des dirigeants de groupes militants et de leurs membres ont refusé de participer aux processus de désarmement et la plupart des armes modernes de gros calibre n’ont pas pu être récupérées. Le gouvernement et les autres parties au traité de paix ne se sont pas engagés avec sérieux et bonne foi dans le processus de paix. Les anciens miliciens ont formé des gangs criminels alors que des policiers ont été impliqués des scandales de corruption et des activités criminelles. La plupart des responsables du coup d’État de 2000 se sont maintenus dans des positions clés du pouvoir. La situation s’est ainsi développée de façon à rendre le rétablissement de la primauté du droit pratiquement impossible. Le 25 juin 2002, l’IPMT se retire, quatre mois avant la fin des deux années prévue au mandat, suite à un accord entre les îles Salomon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande qui conclue que la mission avait déjà fait tout ce qu’elle pouvait pour assister le processus de paix.

 

Thomas Poulin

agent de recherche
Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix (ROP)

19 octobre 2011