Historique de l'opération CMPPMG

< Retour au détail de l'opération CMPPMG

CMPPMG       Îles Salomon

Commonwealth Multinational Police Peace Monitoring Group

 

Le Commonwealth Multinational Police Peace Monitoring Group (CMPPMG) est créé le 21 septembre 1999 et commence ses activités le 25 octobre de la même année. Le déploiement de cette mission constitue la réponse des pays de la région membres du Commonwealth à l’instabilité qui afflige les Îles Salomon à partir de 1998. Prévue pour une période initiale de six semaines avec pour mandat « de réduire les tensions à Guadalcanal et de faciliter la remise des armes par les militants », la mission était composée de 20 policiers civils non armés. Son mandat est prolongé en décembre 1999 puis en janvier 2000. Lors de cette deuxième extension de mandat, la mission change de nom et voit son mandat s’élargir. Désormais nommé Commonwealth Multinational Police Assistance Group (CMPAG) et composée de 24 policiers civils non armés, la mission à pour mandat supplémentaire de travailler en collaboration avec les policiers salomonais afin de rétablir la loi et l’ordre à Guadalcanal. La mission prend fin prématurément le 5 juin 2000 lors du coup d’État qui renverse le Premier ministre de l’époque, Bartholomew Ulufa'alu.



Historique


Les conflits intercommunautaires qui ont abouti à la mise en place du Commonwealth Multinational Police Peace Monitoring Group (CMPPMG) en 1999 sont le résultat de l’incapacité des gouvernements salomonais successifs à faire face à la montée des tensions entre deux des principaux groupes ethniques du pays, les Guadalcanalais et les Malaitais. Malaita et Guadalcanal sont les deux plus grandes îles de l’archipel et, avant la domination coloniale britannique, étaient des entités indépendantes en raison des différentes cultures et origines ethniques de leurs habitants. Après l'indépendance de 1978, les tensions entre les habitants des deux îles se sont aggravées puisque beaucoup de Malaitais ont commencé à émigrer à Guadalcanal pour travailler dans la fonction publique ou dans le domaine des affaires.

 

En 1988, en réponse à l’inaction du gouvernement et à une vague d’assassinats commis par des migrants vivant à ??Guadalcanal (dont des squatters près de Honiara), un groupe de hauts fonctionnaires et de politiciens guadalcanalais soumettent une pétition au gouvernement décrivant un certain nombre d'exigences - communément appelées les demandes bona fide des peuples indigènes de Guadalcanal. Les revendications tournent principalement autour des problèmes liés à la migration interne et exigent entre autres l’instauration d’un gouvernement fédéral. Le gouvernement n'a donné aucune suite aux demandes des Guadalcanalais.


Violences ethniques de 1998

 

En 1998, les demandes bona fide de 1988 sont de nouveau soumises au gouvernement. Encore une fois, il n'y a aucune trace d'une discussion ou d'action par le gouvernement suite à ces nouvelles demandes. Se sentant dépossédés et ignorés, de jeunes indigènes créent la Guadalcanal Revolutionary Army (GRA), rebaptisée Isatabu Freedom Movement (IFM). À partir de septembre 1998, l’IFM commence une campagne d’agression contre les immigrés malaitais à Guadalcanal. Leurs exactions aboutissent à terme à l’expulsion de plus de 20 000 Malaitans. La création d’une milice rivale, la Malaitan Eagle Force (MEF), aggrave le conflit et mène à une escalade de la violence. À la fin 1998, le Premier ministre de l’époque, Bartholomew Ulufa'alu, demande l'aide du gouvernement australien. Cependant, l'Australie refuse d’intervenir en raison de l'absence d’un cadre international approprié pour une intervention. Le 14 juin 1999, le Comité international de la croix rouge envoie une mission de quatre personnes chargées de fournir une assistance humanitaire d’urgence aux personnes déplacées par les violences. . L’état d’urgence est décrété par le gouvernement général le lendemain.

 

C’est dans ce contexte que le Premier ministre Ulufa'alu demande l’assistance du Commonwealth. L’Organisation nomme le fidjien Sitiveni Rabuka comme médiateur le 17 juin. Cette médiation permet la signature de l’Accord de paix de Honiara le 28 juin 1999. L’Accord couvre un large éventail de problématiques. Il prévoit entre autres la révision du système d’attribution des titres fonciers, la restitution ou la compensation pour les terres spoliées,  un plus grand pouvoir pour et une plus grande égalité entre les provinces, une reprise des activités minières et industrielles et l’établissement de mesures pour contrer les occupations illégales à Guadalcanal. L’Accord prévoit également deux éléments centraux au processus de paix. D’une part, l’Accord exige le démantèlement et le désarmement de toutes les organisations qui ont été créées pour soutenir par la force les revendications des groupes ethniques. D’autre part, l’Accord stipule qu’il est nécessaire d’établir un mécanisme de mise en œuvre impliquant l’envoyé spécial du Commonwealth afin de s'assurer que les engagements pris par les organismes nationaux et internationaux sont honorés.

 

Le 21 septembre 1999, le Commonwealth organise une rencontre à Honiara réunissant le gouvernement de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, des Îles Salomon, et des autres pays voisins. Lors de cette réunion les participants décident de créer le Commonwealth Multinational Police Peace Monitoring Group (CMPPMG) qui sera composé de 20 policiers civils non armés en provenance des Fidji et du Vanuatu. Le commandement de la mission est confié à un policier d’expérience des îles Fidji, Savanaca Tuivaga. L’Australie s’engage alors à être le principal contributeur financier de la mission et la Nouvelle-Zélande à prendre en charge le transport international du personnel. Initialement, la mission était déployée pour une période de six semaines, à partir du 25 octobre 1999, avec pour principaux objectifs de collecter les armes des groupes armés et de rétablir les liens de confiance entre la population, les militants et la police nationale. Le mandat de la mission a été fortement influencé par la conviction que les policiers ne devaient en aucun cas faire le travail à la place des policiers nationaux, car cela aurait risqué d’aggraver encore plus la crise de confiance entre la population et la police. En décembre 1999, le mandat du CMPPMG et prolongé. En janvier 2000, le mandat est de nouveau prolongé et le Commonwealth décide de modifier le nom et le mandat de la mission. Désormais nommée le Commonwealth Multinational Police Assistance Group (CMPAG) et composée de 24 policiers civils non armés, la mission a pour mandat supplémentaire de travailler en collaboration avec les policiers salomonais afin de rétablir la loi et l’ordre à Guadalcanal.

 

Cependant malgré le déploiement de la mission du Commonwealth et l’élargissement de son mandat, les tensions et les violences continuent de s’aggraver. Au début du mois de mai, le ministre australien des Affaires étrangères accepte d'augmenter le financement du CMPAG pour permettre l'expansion des effectifs jusqu'à 50 policiers. Toutefois, deux développements politiques sont venus empêcher ce renforcement de la mission. Premièrement, les Fidji, d’où devaient provenir la majorité des nouveaux policiers, connaissent un coup d’État le 19 mai. Deuxièmement, le 5 juin, des membres du MEF et de groupes paramilitaires pillent les armureries de la police dans la capitale et prennent le Premier ministre Ulufa’alu en otage afin de l’obliger à démissionner. Une mission d’évaluation, comprenant des représentants australiens et néozélandais chargés d’évaluer la situation en prévision de l’élargissement de la mission, se trouvait dans la capitale lors du coup d’État. Le même jour, le Secrétaire général du Commonwealth, Don McKinnon, le Premier ministre australien, John Howard, et le gouvernement britannique condamnent conjointement les actions du MEF. Ils décident également de mettre fin au CMPAG et de profiter de l’assistance de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande pour évacuer le personnel.