Brigade multinationale d'intervention rapide des forces en attente des Nations Unies (BIRFA)

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La Brigade multinationale d'intervention rapide des forces en attente des Nations Unies (BIRFA, mieux connue sous l'acronyme anglophone SHIRBRIG) était un regroupement d'effectifs militaires provenant de 15 différents pays, pouvant intervenir rapidement dans le cadre d'une opération de paix mandatée par les Nations unies.

 

Les soldats qui y étaient assignés étaient en mesure de se déployer partout dans le monde dans un délai de 15 à 30 jours. Ils étaient également autonomes pendant une période de 60 jours, leur permettant ainsi d'être opérationnels dans des situations où le ravitaillement est difficile. Les pays membres ont mis fin à la brigade le 30 juin 2009.

Lorsque déployée en totalité, la BIRFA comptait :

Effectifs

 

5000 militaires ;
1 escadrille d’hélicoptères ;
1 unité médicale ;
Des unités de communications ;
Des unités de reconnaissances ;
1 troupe de génie et de logisticiens.

 

La BIRFA n’est pas une composante des Nations unies. Il s’agit plutôt d’une initiative parallèle amorcée par les principaux États contributeurs aux opérations de paix onusiennes. Les membres de la BIRFA sont au nombre de quinze, auxquels s’ajoutent cinq observateurs :

 

Membres

 

1. Australie ; 2. Canada ; 3. Danemark ; 4. Espagne ; 5. Finlande ; 6. Italie ; 7. Irlande ; 8. Lituanie ; 9. Norvège ; 10. Pays-Bas ; 11. Pologne ; 12. Portugal ; 13. Roumanie ; 14. Slovénie ; 15. Suède.

 

 

L’Argentine a temporairement retiré sa contribution et la Hongrie a récemment été acceptée comme membre à part entière. Il ne lui reste plus qu’à ratifier les documents de l’organisation pour siéger sur les comités permanents.

 

Observateurs

 

1. Chili ; 2. Jordanie ; 3. Croatie ; 4. République Tchèque ; 5. Sénégal.

 

Cette coalition vise uniquement à doter les Nations unies des capacités d’appliquer rapidement et adéquatement les résolutions du Conseil de sécurité. Son mandat n’est donc pas de mener à bien une opération de paix dans son entité. Après soixante jours d’activités, les effectifs de la BIRFA se retirent de la zone de conflit. S’ils ne sont pas remplacés par d’autres Casques bleus, la mission se termine.

 

Les opérations dans lesquelles la BIRFA s’implique doivent exclusivement être initiées par le Conseil de sécurité des Nations unies. À l’origine, la Brigade ne devait intervenir que dans le cadre de missions autorisées en vertu du chapitre VI de la Charte de l’ONU, limitant ainsi leurs interventions aux opérations classiques de maintien de la paix. Or, les membres se laissent maintenant la possibilité de participer à des missions plus robustes, comme des opérations d’imposition de la paix.

 

Lorsqu’une mission est mise sur pied, la BIRFA doit décider si elle se déploie ou non. L’acquiescement n’engage cependant pas automatiquement les membres. Ceux-ci fournissent des effectifs et/ou du matériel sur une base volontaire. Cette méthode a été adoptée pour assurer la souveraineté de chacun des participants.

 

Les membres de la BIRFA sont donc appelés à travailler en étroite collaboration sur le terrain. Pour faciliter la coopération, une série de mesure est prise afin d’accroître l’interopérabilité entre les effectifs nationaux. Par exemple, les membres s’engagent à acheter, autant que possible, du matériel militaire compatible avec celui utilisé par ses alliés. De plus, les contingents se prêtent à une multitude d’entraînements conjoints, et tous les officiers sont regroupés afin qu’ils aient les mêmes directives et les mêmes connaissances. En outre, cette initiative contribue à instaurer une culture militaire et d’intervention commune au sein de la Brigade.

 

Instances décisionnelles

 

La BIRFA est constituée de quatre instances décisionnelles principales. Chacune d’entre elles a un rôle particulier à jouer dans la mise sur pied et/ou dans la planification d’un déploiement.

 

1. Comité de contact

 

Petit comité chargé de faire la liaison entre le Comité directeur et les Nations unies. Il s’agit du principal point de contact entre les deux organisations. C’est à ce niveau que l’échange d’information se fait et que les décisions sont communiquées ;

 

2. Comité directeur (Steering Committee)

 

Organe exécutif de la BIRFA. Il réunit des représentants politiques et militaires provenant des États membres. Pour siéger à ce comité, un État doit avoir signé l’ensemble des documents clés de l’organisation ou s’engager à le faire dans un délai raisonnable. Le groupe se réunit généralement trois à quatre fois par année. Ses rencontres sont plus fréquentes lorsque la Brigade est en mission. C’est à ce niveau que les grandes décisions politiques sont prises. Par exemple, c’est cette instance qui décide quand et où la Brigade intervient, quel est son mandat, ainsi que ses règles d’engagement. Le président du comité est élu parmi les membres de la BIRFA pour une période d’un an. Il revient également au comité directeur de superviser l’élément de planification ;

 

3. Élément de planification - PLANELM (Planning Element)

 

Il s’agit du quartier général de la BIRFA. Il a été mis sur pied en 1997 et est situé à Høvelte, au nord de Copenhague au Danemark. Le PLANELM est uniquement constitué de militaires, provenant des pays membres. Cette instance s’occupe de toutes les questions opérationnelles de la Brigade, passant de la coordination des entraînements multinationaux, à la planification des interventions militaires. Lorsque la BIRFA est déployée dans le cadre d’une mission de paix, des représentants de tous les pays contributeurs sont invités à participer aux réunions du PLANELM, et ce, même s’ils n’ont pas encore signé tous les documents importants de l’organisation ;

 

4. Brigade de réserve (Brigade Pool of Forces)

 

Cette instance est principalement chargée de la gestion des effectifs de la BIRFA. Elle s’assure que la Brigade a toujours un nombre suffisant de forces disponibles pour intervenir si une opération de paix est autorisée. En outre, elle gère et coordonne les effectifs que les États membres ont décidé d’assigner à la BIRFA, et qui sont prêts à se déployer.

 

Historique

 

L’initiative de la BIRFA donne suite à l’Agenda pour la paix du Secrétaire général de l’ONU, Boutros Boutros-Ghali, rendu public en 1992, ainsi qu’à son Supplément, publié en 1995. Les deux documents font état de l’urgence pour les Nations unies de se doter des moyens nécessaires pour intervenir rapidement et adéquatement sur un théâtre d’opération lorsque le Conseil de sécurité autorise une mission de paix. Les premières négociations entourant la mise sur pied de la Brigade se sont également déroulées quelques mois à peine après le revers des Nations unies au Rwanda (MINUAR).

 

En 1995, le Danemark regroupa en groupe de travail les principaux pays contributeurs aux opérations de paix onusiennes (« Amis de la réaction rapide »). L’objectif de cette rencontre était d’étudier la possibilité de mettre sur pied un dispositif d’intervention rapide pour appuyer le Système d’arrangements relatifs aux forces en attente des Nations unies, la SAFANU (Stand-by arrangements system). La BIRFA fut officiellement créée le 15 décembre 1996, et comptait alors sept membres (Autriche, Canada, Danemark, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Suède). Bien que la Brigade ait été instaurée en 1996, elle ne fût opérationnelle qu’en 1999.

 

Pour certains, la BIRFA est une version édulcorée d’un projet d’armée onusienne permanente que certains États (notamment le Canada et la France) souhaitaient mettre sur pied afin de pallier les lacunes des Nations unies en matière d’intervention.

 

Déploiements à ce jour

 

La première opération à laquelle la BIRFA a participé est la Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE), créée en 2000. Il s’agit de la seule opération de maintien de la paix traditionnelle autorisée depuis la fin de la guerre froide. En tout, ce sont 4200 militaires de la BIRFA qui ont assuré la création d’une zone tampon entre les deux États belligérants. Par contre, la Brigade ne fut pas en mesure de se déployer dans les délais prévus. Les forces multinationales ont mis quatre mois avant d’être opérationnelles sur le terrain, dépassant ainsi de beaucoup les 15 à 30 jours désirés. Or, il faut dire que parmi les 14 membres que comptait alors la BIRFA, seulement trois ont participé à la mission (Canada, Danemark et Pays-Bas), diminuant ainsi les capacités de la Brigade de façon considérable.

 

La MINUEE est, à ce jour, la seule opération militaire d’envergure à laquelle la Brigade ait participé. La BIRFA a cependant fourni une unité de planification en mars 2003 pour assister la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dans la planification d’une opération de paix en Côte d’Ivoire, ainsi que 20 soldats pour appuyer la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL) en septembre de la même année. En 2005, elle a contribué au déploiement de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS), sans toutefois s’impliquer concrètement dans l’opération.

 

Documents importants

 

Le fonctionnement de la BIRFA est encadré par quatre documents importants.

 

1. Lettre d’intention

 

Il s’agit du document fondateur de la BIRFA. Les États signataires sont considérés comme étant les membres fondateurs de la Brigade. En signant ce document, ils se sont engagés à participer à la BIRFA, et de la rendre opérationnelle le plus rapidement possible.

 

Pour être considéré membre de la Brigade à part entière, un État doit avoir ratifié les trois mémorandums d’entente suivants :

 

2. Mémorandum d’entente créant un comité directeur (MOU/SC)

 

Seuls les signataires de ce document peuvent siéger au comité directeur, et ainsi participer aux décisions politiques de la Brigade. Ce document n’est cependant que le premier de trois. En signant celui-ci, un État s’engage à adhérer au suivant dans un délai de six mois ;

 

3. Mémorandum d’entente sur le système de la BIRFA (MOU/SB)

 

Les signataires deviennent des participants « actifs » au sein du comité directeur. Ils s’engagent à mettre des troupes au service de la BIRFA ainsi qu’à financer ses activités. Ces pays peuvent fournir de trois à quatre officiers à l’état-major de la Brigade lorsque celle-ci est déployée ;

 

4. Mémorandum d’entente sur l’Élément de planification (MOU/PLANELM)

 

Ce dernier document permet aux signataires d’envoyer du personnel permanent au quartier général de la BIRFA, et ainsi, participer aux décisions militaires, stratégiques et opérationnelles de l’organisation.

 

 

Charles Létourneau

Chercheur, Chaire de recherche du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes, Université du Québec à Montréal

 

30 juin 2009