Fiche d'information de l'État : Sri Lanka Sri Lanka

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Sri Lanka

La République démocratique socialiste du Sri Lanka, pays d’Asie du Sud, est un État membre de deux organisations internationales habilitées à mener des opérations de paix : l’ONU (1955) et le Commonwealth (1948). Entre 2002 et 2008, le Sri Lanka héberge sur son territoire une mission d’observation, la Mission de contrôle du cessez-le-feu au Sri Lanka (SLMM).

Politique de maintien de la paix

 

Situé au sud de l’Inde, dans l’Océan Indien, le Sri Lanka – appelé Ceylan jusqu’en 1972 - est une île dotée d’une grande diversité ethnique et religieuse. Les tensions entre les deux principales communautés du pays – la majorité cingalaise et bouddhiste d’un côté et la principale minorité (tamoule et hindouiste) de l’autre – causent toutefois une violente guerre civile entre 1982 et 2009. Ce conflit se termine par une victoire de l’armée sri lankaise sur les militants des Tigres Tamouls du LTTE (Liberation Tigers of Tamil Eelam) après l’échec de négociations de paix entre 2002 et 2008. Comme nous le verrons plus avant, ce conflit a grandement influencé l’évolution de la politique de maintien de la paix du pays, ainsi que celle de sa politique étrangère.

 

Les tensions ethniques qui minent le pays depuis son indépendance ont empêché le pays de participer de manière significative aux opérations de paix jusque dans les années 2000. Cette participation tardive explique en grande partie l’absence actuelle d’une politique solide et cohérente de maintien de la paix, ainsi que la non-inclusion du maintien de la paix en tant qu’outil dans les documents guidant la politique étrangère. Des initiatives politiques et institutionnelles sont toutefois en cours afin de pallier ce manque.

 

L’absence sur le sous-continent indien d’organisations régionales et sous-régionales résolument engagées dans les domaines de la paix et de la sécurité fait en sorte que le pays ne déploie des personnels que sous la bannière de l’ONU. En participant à ces opérations de paix, le Sri Lanka souhaite renforcer sa légitimité sur la scène internationale tout en profitant de l’expertise des contingents que côtoient les soldats sri-lankais. L’aspect monétaire est également un facteur que prend en compte le gouvernement, à l’heure de décider du déploiement de ses soldats.

 

La région dans laquelle le pays déploie le plus de troupes est le Moyen-Orient. Cette constante est dictée par un facteur jouant un rôle important dans la politique de maintien de la paix du Sri Lanka : plus de 700 000 Sri Lankais vivent et travaillent en dehors du pays, principalement au Moyen-Orient. Ces expatriés représentent une source importante de devises étrangères pour le pays, ce qui explique le souci des autorités de Colombo de participer aux efforts de stabilisation dans la région (au sein de la FINUL par exemple), mais aussi d’être actif dans la défense les droits des travailleurs migrants. Les liens démographiques et économiques qui lient le Sri Lanka au Moyen-Orient dictent également en partie la politique du pays face à la question palestinienne.

 

Le Sri Lanka est un membre actif du mouvement des non-alignés et, en tant que tel, il demande une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU - que les autorités du pays considèrent non-démocratique - ainsi qu’un plus grand poids pour les pays fournisseurs de troupes dans les instances onusiennes en charge des questions de paix et de sécurité.

 

Structures décisionnelles

 

La Constitution sri-lankaise indique que le Président du pays est le chef suprême des armées et qu’à ce titre, il préside le Conseil sur la Sécurité Nationale qui chapeaute le ministère de la Défense. Au cours des 20 dernières années, les présidents successifs se sont de plus attribué le portefeuille de ministre de la Défense afin d’asseoir complètement leur autorités sur l’armée.

 

Lorsqu’une organisation internationale dont le Sri Lanka est membre demande aux autorités de participer à une opération de paix, cette requête est transmise au ministre de la Défense qui en discute lors du Conseil des ministres où une décision est prise. Tel qu’indiqué plus haut, les pouvoirs du président en la matière font de celui-ci le décideur ultime sur le sujet.

Évolution de la participation au maintien de la paix

 

Indépendant dès 1948, le Sri Lanka commence rapidement à participer aux opérations de paix de l’ONU, puisque le gouvernement décide de l’envoi de personnels au sein du Groupe d’observateurs de l’ONU au Liban (GONUL) en 1958, puis de l’ONUC en 1960, alors que le pays siège en tant que membre non-permanent du Conseil de sécurité. En 1965, le pays participe également à la Mission d'observation des Nations Unies pour l'Inde et le Pakistan (UNIPOM). Ces participations restent toutefois faibles, le nombre de personnels déployés ne dépassant pas la dizaine.

 

Par la suite, l’aggravation graduelle des tensions ethniques et religieuses internes dans les années 1970 et 1980 n’incitent guère les gouvernements successifs à déployer des troupes à l’étranger , et il faut attendre les années 2000 – avec la détente relative dans les relations entre Colombo et les LTTE – pour voir le Sri Lanka participer à nouveau à des opérations de paix. En 2000, une trentaine de policiers sont ainsi déployés dans le cadre de l’Autorité transitionnelle de l‘ONU au Timor oriental (ATNUTO), alors qu’en 2002, année au cours de laquelle un cessez le feu est signé avec les Tigres Tamouls, ouvrant la voie à des négociations de paix, le pays envoie des contingents à la Mission de l’ONU en RDC (MONUC) et à la Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL).

 

L’année 2004 représente une année charnière et voit Colombo augmenter de manière exponentielle ses déploiements dans les OMP. Suite à une demande du Secrétariat de l’ONU, les autorités acceptent en effet de déployer près de 800 soldats en Haïti, au sein de la Mission de stabilisation de l’ONU en Haïti (MINUSTAH). Ce regain dans la participation du pays aux opérations de paix s’accompagne également de l’ouverture de l’Institute of Peace Support Operations Training de Kukuleganga, centre de formation destiné à former le personnel national devant être déployé. L’ONU joue un rôle important dans la formation des formateurs de l’institut. Le terrible tsunami qui ravage la côte est de l’île en décembre 2004, faisant plus de 35000 morts, démontre le niveau d’implication du pays dans les OMP car, alors que le reste de l’armée nationale est mobilisée pour évacuer les victimes et distribuer l’aide humanitaire, le nombre de troupes sri-lankaises déployées dans les opérations de paix ne diminue aucunement.

 

De 2004 à 2007, le nombre de personnels sri-lankais continue à augmenter pour flirter avec la barre des 1200, grâce notamment à de nouveaux déploiements au sein de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) et de la Mission des Nations Unies au Timor Leste (MINUT).

 

L’année 2007 se révèle être un test pour l’engagement du pays dans les OMP, avec deux évènements qui auraient pu causer une réduction du nombre de personnels sri-lankais déployés à l’étranger. Le premier évènement est la reprise graduelle des hostilités avec les LTTE et le second le scandale sexuel impliquant plus de 110 Casques bleus sri-lankais déployés dans le cadre de la MINUSTAH. En dépit de ces deux évènements, le niveau de participation du pays se maintient depuis aux alentours de 1100.

 

Entre 2008 et 2009, les forces armées sri-lankaises mettent en déroute les LTTE et reprennent le contrôle de l’ensemble du territoire national. En mai 2009, le président du pays, Mahinda Rajapakse, annonce la fin de l’offensive gouvernementale et la fin du conflit. Suite à cette victoire militaire, et en réponse aux accusations de crimes de guerre visant Colombo, les autorités font part en avril 2010 de leur intention de procéder à une augmentation de 500% du nombre de soldats qui seront déployés dans des OMP, ce chiffre devant ainsi passer de 1000 à 5000. Si cette promesse tarde toutefois à se concrétiser, le pays devient en mai 2011 le 63ème pays à devenir membre du système de force en attente de l’ONU.

 

En date du 30 avril 2012, le Sri Lanka déploie 1118 personnels, dont 96 policiers, dans 9 missions différentes réparties sur trois continents, ce qui en fait le 23ème principal pays contributeur de troupes onusiennes.

 

Damien Larramendy

Agent de recherche au ROP

Le 8 juillet 2012