Historique de l'opération UNLOS

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UNLOS       Syrie

Bureau de liaison des Nations Unies en Syrie

 

Le 19 août 2012 le mandat de la Mission de supervision des Nations Unies en Syrie (MISNUS) arrive à terme sans que le Conseil de sécurité de l’ONU ne parvienne à s’entendre sur sa prorogation. Face à cette impasse, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, fait rapidement savoir qu’il considère primordial le maintien d’une présence de l’ONU en Syrie, qui irait au-delà de l’action humanitaire. Les membres du Conseil de sécurité appuient les recommandations du Secrétaire général et décident de créer un Bureau de liaison des Nations unies en Syrie (United Nations Liaison Office in Syria - UNLOS). Cette structure, administrée par le Département des affaires politiques (DPA) et formée de 20 à 30 personnes, dont des conseillers militaires, a pour mandat d’aider le nouvel Envoyé spécial conjoint de l’ONU et de la Ligue arabe, Lakhdar Brahimi, à s’acquitter de son rôle de médiateur et de facilitateur dans cette crise. Depuis juillet 2014, c'est Staffan de Mistura qui occupe cette fonction.

Le 19 août 2012 le mandat de la Mission de supervision des Nations Unies en Syrie (MISNUS) arrive à terme sans que le Conseil de sécurité de l’ONU ne parvienne à s’entendre sur sa prorogation. Face à cette impasse, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, fait rapidement savoir qu’il considère primordial le maintien d’une présence de l’ONU en Syrie, qui irait au-delà de l’action humanitaire. Les membres du Conseil de sécurité appuient les recommandations du Secrétaire général et décident de créer un Bureau de liaison des Nations unies en Syrie (United Nations Liaison Office in Syria - UNLOS). Cette structure, administrée par le Département des affaires politiques (DPA) et formée de 20 à 30 personnes, dont des conseillers militaires, a pour mandat d’aider le nouvel Envoyé spécial conjoint de l’ONU et de la Ligue arabe, Lakhdar Brahimi, à s’acquitter de son rôle de médiateur et de facilitateur dans cette crise.



Du Printemps arabe au conflit armé

 

Le mouvement de contestation du Printemps arabe émerge en Tunisie en décembre 2010. S’étendant rapidement à l’Égypte, à la Libye, au Bahreïn et au Yémen, ces protestations populaires ont en commun deux grandes revendications : une transition démocratique et une amélioration du niveau de la vie.

 

 

Les contestations gagnent la Syrie en février 2011, mais c’est le 18 mars que le mouvement prend une autre ampleur, avec un appel à manifester qui est largement suivi dans plusieurs grandes villes du pays, dont Damas, Homs et Dara. Ces manifestations sont sévèrement réprimées par les forces de sécurité, soulevant l’ire de la population et les condamnations de la communauté internationale. En quelques jours, des manifestations regroupant plusieurs centaines de milliers de personnes prennent les rues des principales villes du pays. En réponse, le Président Bachar al-Assad dissout son gouvernement le 29 mars. La mobilisation populaire se poursuit toutefois et s’accompagne d’une répression sanglante dans les semaines qui suivent. Certains éléments de l’armée, appelée à la rescousse, refusent de tirer sur les manifestants. D’autres désertent et viennent se ranger à leurs côtés. Certaines réformes sont engagées par M. al-Assad – comme la levée de l’état d’urgence, en vigueur dans le pays depuis 48 ans – mais la répression se poursuit, entraînant un renforcement du mouvement d’opposition et l’adoption de sanctions, notamment de l’UE, à l’encontre du régime.

 

 

En mai, des groupes armés d’opposition se constituent dans les bastions anti al-Assad. Les attaques contre les troupes pro-gouvernementales se multiplient à tel point que celles-ci doivent se retirer de certaines localités, comme Hama. Dans le courant de l’été, les divers groupes politiques d’opposition tentent d’unir leurs forces et leurs voix. Le 23 août 2011, des pourparlers ont lieu à cet effet. Le 2 octobre, les groupes syriens d’opposition s’entendent et créent le Conseil national syrien, qui est graduellement reconnu par la communauté internationale, et avant tout par les pays occidentaux, comme le représentant légitime de la population syrienne. Le 13 janvier 2012, le Conseil national syrien annonce sa collaboration avec l’Armée syrienne libre, consacrant l’unification de l’opposition politique et militaire au régime de Bachar al-Assad. Sur le terrain, la rébellion progresse et contrôle plusieurs villes importantes.

 

Blocage diplomatique et mission d’observation

 

Du côté diplomatique, l’escalade des violences et les protestations de plus en plus fortes de la communauté internationales forcent le Conseil de sécurité de l’ONU à se saisir du dossier syrien. La Chine et la Russie, échaudées par la récente intervention de l’OTAN en Libye, bloquent toutefois tout projet de résolution visant à condamner la répression du régime syrien sur sa population. La Ligue arabe s’immisce dans le conflit syrien en novembre 2011 en suspendant la participation de Damas des instances de l’organisation. Des pourparlers s’initient pourtant entre le régime syrien et l’organisation, pourparlers qui aboutissent le 26 décembre au déploiement d’une mission composée d’une cinquantaine d’observateurs. Cette mission échoue toutefois à stabiliser la situation et les observateurs se retirent progressivement du pays au cours du mois de janvier 2012. Le 22 janvier, la Ligue arabe propose une feuille de route visant à trouver une issue à la crise syrienne, prévoyant notamment le départ du Président al-Assad et l’organisation d’élections libres. Devant le rejet de cette feuille de route par le gouvernement syrien, le Secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil el-Arabi, présente le plan au Conseil de sécurité de l’ONU. En dépit de négociations ardues, la Chine et la Russie opposent le 4 février leur véto à une version « allégée » de la proposition de la Ligue arabe. Toutefois, l’Assemblée générale adopte une résolution demandant la démission de Bachar al-Assad le 16 février.

 

 

Devant l’escalade de la violence, les ministres des Affaires étrangères des pays membres de la Ligue arabe se réunissent le 12 février 2012 et émettent l’idée de déploiement d’une mission d’observation conjointe entre l’ONU et la Ligue arabe. Le 23, l’ancien Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, est désigné Envoyé spécial conjoint de l’ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie. Le 10 mars, M. Annan rencontre le Président al-Assad pour lui présenter l’ébauche d’un plan de sortie de crise établi en six points, à savoir la tenue d’un dialogue politique, la cessation des hostilités, l’acheminement d’aide humanitaire, la fin des détentions arbitraires, la liberté de circulation des journalistes et la liberté de manifester pour les Syriens. Ce plan, qui trouve le soutien de la communauté internationale, y compris de la Chine et de la Russie, est accepté par Damas le 27 mars, établissant ainsi un premier consensus sur la voie à suivre pour mettre fin au conflit.

 

 

Le point 2 du Plan prévoit le déploiement d’une mission d’observation onusienne, déploiement devant bien évidemment être précédé, outre d’une résolution du Conseil de sécurité, d’un cessez-le-feu dont la date est fixée au 12 avril. Malgré une intensification des combats avant cette date, les combats cessent et, en dépit de quelques violations, le cessez-le-feu est considéré par la communauté internationale comme généralement respecté. Le Conseil de sécurité adopte la résolution 2042 le 14 avril, laquelle autorise l’envoie d'un groupe avancé de 30 observateurs non-armés visant à préparer le déploiement d'une mission chargée de la surveillance du cessez-le-feu.

 

 

La Mission de supervision des Nations Unies en Syrie (MISNUS) est finalement créée le 21 avril 2012 par la résolution 2043 du Conseil de sécurité de l'ONU. Dotée d'un mandat initial de 90 jours, la MISNUS est chargée de suivre la situation sécuritaire sur le terrain tout en appuyant le plan en six points proposé par Kofi Annan. Elle compte 300 observateurs militaires non-armés ainsi qu'une composante civile appropriée. Au cours de l'été, divers projets de résolution sont présentés aux membres du Conseil de sécurité mais les divisions entre les P5 en empêchent l’adoption. En dépit de cette impasse, et dans l'espoir de trouver un terrain d'entente, le Conseil de sécurité proroge d'un mois le mandat de la mission d'observation le 20 juillet, par la résolution 2059. Selon les termes de cette résolution, si les combats n'ont pas cessé au 19 août, le mandat de la MISNUS ne sera pas renouvelé.

 

 

Sur le terrain, les combats entre forces loyales et forces rebelles gagnent peu à peu en intensité. Les insurgés lancent une offensive fin juillet, à Damas et à Alep qui est suivi d’une contre-offensive des forces gouvernementale au mois d’août. L'intensification des combats force dès le mois de juin les observateurs à rester à Damas et à limiter leurs déplacements. L’escalade de la violence mène également le chef de la MISNUS, Robert Mood, à démissionner le 19 juillet. Puis, le 2 août, c'est M. Annan qui donne sa démission. Déclarant regretter de ne pas avoir bénéficié de tout le soutien dont il avait besoin de la part du Conseil de sécurité, il annonce qu’il quittera son poste le 31 août. Constatant que les violences n’ont pas cessé, le Conseil de sécurité décide de ne pas prolonger le mandat de la MISNUS, qui prend fin le 19 août 2012.

 

La mise en place de l’UNLOS

 

Bien que la continuation des violences et l’impasse au Conseil de sécurité force le retrait de la MISNUS, le Secrétaire général de l'ONU fait rapidement savoir qu’il considère primordial le maintien d’une présence onusienne en Syrie. Dans sa lettre du 10 août 2012 (S/2012/618) adressée au Conseil, il estime que « le maintien d’une présence de l’ONU en Syrie, qui irait au-delà de l’action humanitaire capitale que mène le système des Nations Unies, permettrait d’avoir des rapports systématiques et constructifs avec les parties syriennes, pour solliciter leurs vues et les associer à l’édification d’un avenir de paix ». Le 16 août, alors qu’il devient évident que le Conseil de sécurité ne renouvellera pas le mandat de la mission d’observation, l’Ambassadeur de la France à l’ONU, Gérard Araud, qui assure pour le mois d’août la présidence tourna nte du Conseil de sécurité, annonce que la mission sera remplacée par un « bureau de liaison » basé à Damas. Il explique qu’à l’issue de consultations à huis clos, les 15 membres du Conseil se sont montrés favorables aux recommandations de M. Ban concernant le maintien d’une présence onusienne sur le terrain (S/2012/654).

 

 

Le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, Edmond Mulet, précise le même jour que, même si le mandat de l’UNLOS (United Nations Liaison Office in Syria) reste encore à définir, cette structure sera administrée par le Département des affaires politiques (DPA) et formée de 20 à 30 personnes, dont des conseillers militaires. Pour sa part, M. Araud a indiqué que le bureau de liaison aurait notamment pour mandat d’aider le successeur de Kofi Annan à s’acquitter de son rôle de médiation et de facilitation d’une solution pacifique. Le 24 août 2012, l’ONU confirme la nomination de Lakhdar Brahimi en tant qu’Envoyé spécial conjoint de l’ONU et de la Ligue arabe. Le nom de M. Brahimi circulait depuis un certain temps dans les sphères diplomatiques et le gouvernement syrien avait déjà fait savoir qu’il était favorable à cette nomination. De son côté, le CNS dénonce le fait que M. Brahimi refuse d’exiger immédiatement le départ d’al-Assad. L’UNLOS est officiellement mis en place le 1er septembre 2012, succédant ainsi à la MISNUS.

 

 

Suite à sa nomination, M. Brahimi exprime son désir de se rendre le plus rapidement possible en Syrie pour rencontrer le président al-Assad et des représentants de l’opposition. Il demande également au Conseil de sécurité de donner plus de précisions sur l’organisation du bureau de liaison, sur les acteurs à inclure dans le dialogue et sur le type de plan à privilégier pour résoudre la crise. M. Brahimi fait également un certain nombre de déclarations pour réduire les attentes vis-à-vis de sa mission de médiation, qualifiant notamment celle-ci de « quasi impossible ». Il souligne que le soutien de la communauté internationale est indispensable et très urgent pour mettre un terme à la crise.

 

 

C’est un diplomate canadien d'origine marocaine, Mokhtar Lamani, qui est choisi pour diriger le bureau de l'ONU à Damas et représenter M. Brahimi dans le pays en son absence. M. Lamani indique que sa première tâche sera de prendre contact avec toutes les parties du conflit. Il explique que la mission sera complexe et comprendra trois dimensions : une dimension locale, c'est-à-dire « les relations entre les Syriens eux-mêmes », une dimension régionale, qui inclut les intérêts « contradictoires » des pays qui entourent la Syrie et une dimension internationale, notamment la «division terrible » au sein du Conseil de sécurité ». Selon lui, certaines conditions sont sine qua non à la réussite de la médiation, en particulier la question du contrôle des armes. Il souligne également le problème de la « fragmentation inimaginable » des factions en Syrie.

 

 

Le 4 septembre, le Représentant permanent de la Syrie auprès de l’ONU, Bachar al-Jaafari, assure M. Brahimi que le gouvernement syrien est pleinement disposé à coopérer avec lui pour faire aboutir ses efforts. Peu de temps avant sa première visite en Syrie, le Qatar demande à M. Brahimi de fixer une date limite pour négocier un transfert du pouvoir en Syrie, ce à quoi se refuse le médiateur.

 

 

Le 13 septembre, M. Brahimi arrive à Damas en compagnie de M. Lamani. Lors de cette visite de trois jours, il s’entretient avec le gouvernement, avec des représentants de l’opposition syrienne, ainsi qu’avec la société civile. Il rencontre également l’équipe de pays de l’ONU (UN country team), ainsi que le Président al-Assad, qui lui fait part de sa volonté de poursuivre la guerre contre les rebelles tout en discutant avec les membres de l'opposition qu'il juge acceptables. Suite à cet entretien, M. Brahimi affirme que la crise syrienne menace le peuple syrien, la région, mais également la paix et la sécurité internationales . Il assure que son équipe sera en contact avec les pays qui ont des intérêts et une influence dans le dossier syrien et fera de son mieux pour aider la population. M. Brahimi quitte la Syrie le 16 septembre et M. Lamani reste à Damas pour assurer la direction du bureau de liaison. Après sa visite en Syrie, M. Brahimi se rend au Caire pour rendre compte de ses entretiens à la Ligue arabe et pour examiner les démarches nécessaires à entreprendre aux niveaux arabe et international pour régler la crise en Syrie.

 

Une situation critique et des négociations difficiles

 

 

Tandis que les négociations s’établissent entre les parties avec l’aide du médiateur, le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) de Genève annonce déjà un total de plus de 250 000 réfugiés Syriens à la mi-septembre, laissant d’ores et déjà entrevoir la crise migratoire à venir et confirmant l’urgence de mettre un terme à la crise. Fin septembre, le HCR estime à plus de 700 000 le nombre de réfugiés d’ici la fin de l’année 2012.

 

 

Le 24 octobre, M. Brahimi annonce une trêve possible du 26 au 29 octobre, avec l’espoir que celle-ci laisse ensuite place à un cessez-le-feu durable en parallèle des négociations. Toutefois, la trêve échoue finalement devant la poursuite des affrontements et attentats. L’immobilisme du conseil de sécurité de l’ONU, dont le système sur droit de veto utilisé par la Russie et la Chine empêche toute intervention, rend les opposants au régime pessimistes quant au succès de l’UNLOS. Cet immobilisme du conseil est également critiqué par M. Brahimi, qui réclame un meilleur soutien simultané de la part de la communauté internationale.

 

 

Le 21 novembre 2012, la Turquie fait une demande à l’OTAN pour l’installation de missiles Patriot en vue de se protéger du régime syrien ainsi que d’une éventuelle aggravation de la crise. Cette demande est perçue comme une provocation par Damas. Malgré les protestations du régime, les missiles Patriot sont installés par l’OTAN à la frontière turque le 14 décembre de la même année et des soldats sont déployés. Cette présence de l’OTAN à la frontière ne plait guère au régime de M. al-Assad qui se montre de plus en plus réticent à négocier.

 

 

Le 20 décembre, la commission internationale indépendante d’enquête sur la Syrie publie un rapport sur la situation du pays dont les violences incessantes ont fait plusieurs milliers de morts et de blessés en mettant l’accent sur les détentions arbitraires, les disparitions, les déplacements massifs et les lourdes destructions matérielles engendrées par la crise (A/HRC/22/59). Au même moment, M. Brahimi rencontre successivement Bachar Al-Assad et Hassan Abdel Azim, chef du comité de coordination pour le changement national et démocratique (CCCND), afin de discuter des moyens de sortie de crise. Après six mois de médiation, le travail de Lakhdar Brahimi semble loin d’aboutir.

 

 

Face au drame humanitaire, L’ONU impuissante

 

 

A la fin du mois de janvier 2013, une importante opération humanitaire est engagée par l’ONU suite à la détérioration des conditions de vie en Syrie et la détresse humanitaire de certaines villes assiégées. Le 1er février, l’aide humanitaire atteint pour la première fois la ville d’Azaz, au nord du pays.

 

 

De son côté, M. Brahimi poursuit sa mission de médiation et propose des pourparlers qui n’aboutissent pas, Bachar Al-Assad refusant toujours de négocier avec l’opposition et de quitter le pouvoir avant la fin de son mandat en 2014. Le 2 mars 2013, le dirigeant annonce qu’il restera Président jusqu’aux élections et y participera. Mécontente de la stagnation de la situation, l’opposition demande le départ de M. Brahimi le 24 avril 2013 alors que le mandat de ce dernier vient d’être prolongé jusqu’à la fin de l’année 2013 au moins. Refusant de se résigner, M. Brahimi poursuit son travail et prend en charge l’organisation d’une conférence internationale sur la crise Syrienne avec l’aide de M. Lamani, et pour laquelle l’Union Européenne et la Russie se sont mises d’accord.

 

 

Le 19 août 2013, la suspicion d’utilisation d’armes chimiques dont l’usage violerait le droit international pousse l’ONU à ouvrir une enquête qui confirme les inquiétudes de l’Organisation. Le 12 septembre, Damas accepte de placer son arsenal chimique sous contrôle international. Le 15 novembre, l’OIAC (Organisation pour l’interdiction des armes chimiques) adopte un plan de destruction des armes chimiques syriennes dont l’ensemble de l’arsenal devrait être sorti du territoire avant le 5 février 2014 et entièrement détruit avant le 30 juin de la même année.

 

 

De son côté, Washington accuse Moscou de tenir le conseil de sécurité en otage. Onze pays du G20 envisagent la possibilité d’une intervention militaire sans l’aval de l’ONU, à l’indignation des gouvernements syrien et russe. Finalement, après plus de huit mois de négociations et reports concernant la tenue de la conférence internationale sur le conflit syrien, l’ouverture de la conférence de Genève 2 pour la paix en Syrie est proclamée le 22 janvier 2014 par Ban Ki-Moon à Montreux en Suisse. Le 31 janvier, alors que la première session des pourparlers s’achève, aucune avancée significative n’est à noter. L’aide humanitaire ne parvient pas à entrer dans Homs, ville assiégée par les forces gouvernementales. Le 3 février 2014, l’adjoint de M. Brahimi, Nasser al-Kidwa, quitte ses fonctions. Le 7 février, l’accès humanitaire à Homs permet finalement d’évacuer près d’une centaine de personnes. Le 10 février 2014, les négociations de la conférence pour la paix de Genève 2 reprennent. Néanmoins, six jours plus tard, M. Brahimi met fin aux pourparlers sans fixer de date de reprise, devant l’absence d’avancée entre les deux camps. A la fin du mois de mars, c’est au tour de Mokhtar Lamani de quitter ses fonctions, qualifiant son mandat de « mission impossible ».

 

 

Damas accuse ensuite M. Brahimi d’être un « médiateur partial » responsable de l’échec de Genève 2 et organise une nouvelle élection présidentielle permettant à Bachar Al-Assad de se représenter, sans donner la possibilité aux voix de l’opposition en exil de participer au scrutin. Le 13 mai 2014, découragé par une situation bloquée, Lakhdar Brahimi démissionne. Le 5 juin, sans opposant de poids, Bachar Al-Assad est confortablement réélu avec 88,7% des voix, d’après les chiffres avancés par le Parlement.

 

 

Une médiation condamnée ?

 

 

Le 24 juin, l’OIAC et l’ONU annoncent le retrait de toutes les armes chimiques du territoire syrien. Le 10 juillet 2014, Staffan de Mistura, ancien ministre italien des Affaires Etrangères, succède à M. Brahimi comme émissaire de l’ONU sur la Syrie. Il se rend pour la première fois à Damas le 8 septembre. La fin du mois de septembre marque le début des frappes de la coalition contre l’EI, acteur du conflit syrien de plus en plus inquiétant. Le 15 novembre, un rapport de l’ONU confirme que l’EI commet des crimes contre l’humanité en Syrie. Le 27 novembre, la coordinatrice des opérations humanitaires en Syrie Valérie Amos annonce qu’elle quittera son poste au mois de mars 2015.

 

 

Le 12 février 2015, M. de Mistura et Bachar Al-Assad se rencontrent. Quelques jours plus tard, l’ONU demande la libération des personnes détenues sans justification et dénonce l’impunité généralisée dans le pays. Le 2 mars 2015, préoccupée par la détérioration de la situation dans le pays et l’augmentation incessante du nombre de victimes, une délégation de l’ONU se rend à Alep pour évaluer la situation sur place, malgré le refus de l’opposition d’un cessez-le-feu dans cette ville. En effet, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) estime à 215 000 le nombre de morts depuis le début du conflit. A la fin du mois de mars, devant l’ampleur de la crise humanitaire, l’ONU lance un appel aux dons, espérant rassembler plus de huit milliards d’euros. Au conflit initial s’ajoute l’avancée du groupe EI dont les forces entre à Damas le 3 avril 2015. Face à l’escalade des hostilités et l’avancée du groupe terroriste, l’ONU réclame un accès aux 18 000 réfugiés Palestiniens du camp de Yarmouk, afin de les évacuer en toute sécurité. Appuyée par l’UNESCO, l’Organisation appelle aussi les Syriens à protéger leur patrimoine culturel.

 

 

Le 5 mai 2015, M. de Mistura lance les consultations de Genève, devant se dérouler jusqu’au 30 juin à Huis Clos au Palais des Nations. Quarante groupes syriens et vingt acteurs régionaux et internationaux sont invités à y prendre part. Devant le manque de résultats, l’émissaire de l’ONU propose une nouvelle approche pour faire la paix en Syrie, alliant « discussions thématiques » entre Syriens et « groupe de contact » international. Sur le terrain, la situation devient critique. Alep et Palmyre sont la cible de bombardements de toutes parts et le drame humanitaire se poursuit malgré les fermes condamnations et les appels au cessez-le-feu de l’ONU et de la communauté internationale. L’ONU ne parvient pas à apaiser la situation et l’aide humanitaire elle-même est mise en péril par le manque de financement.

 

 

Le 7 août, L’ONU charge à nouveau des experts d’enquêter sur les attaques chimiques perpétrées en Syrie. Le 12 août, un cessez-le-feu de 48 heures est décrété dans plusieurs villes du nord-ouest du pays. Cinq jours plus tard, Stephen O’Brien, nouveau coordinateur des opérations humanitaires de l’ONU, se rend à Damas pour discuter des besoins humanitaires du pays. Le 18 août, le Conseil de Sécurité des Nations Unies adopte pour la première fois à l’unanimité un plan pour la paix en Syrie devant débuter en septembre. En septembre, le Conseil de Sécurité approuve les recommandations de Ban Ki-Moon concernant l’établissement et le fonctionnement d’un nouveau mécanisme d’enquête pour identifier les responsables de l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. Le 22 septembre, le Secrétaire général désigne aussi les responsables de quatre groupes de travail en vue d’un accord de paix éventuel, chargés d’établir un calendrier de transition politique.

 

 

Le 30 octobre, la réunion de Vienne est consacrée au conflit syrien. Deux jours plus tard, M. de Mistura appelle à un cessez-le-feu pour aider les efforts diplomatiques et mettre fin à la guerre, tandis que la Russie accentue ses frappes aériennes, y compris à Palmyre. Finalement, le 20 novembre 2015, une semaine après les attentats de Paris, l’ONU autorise « toutes les mesures » nécessaires contre l’EI, « menace mondiale sans précédent contre la paix et la sécurité ».

 

 

Le 29 décembre 2015, l’ONU participe à l’évacuation de centaines d’habitants dans plusieurs villes assiégées. Au début du mois de janvier de l’année 2016, l’Organisation demande finalement un accès sans entrave aux communes assiégées et parvient notamment à accéder à la ville rebelle de Madaya, assiégée depuis six mois. Au même moment, alors que la totalité des armes chimiques déclarées par le régime et évacuées a été détruite, de nouvelles inquiétudes s’installent concernant l’utilisation de nouvelles armes chimiques, telles que le gaz moutarde, le gaz sarin ou le chlore.

 

 

Le 29 janvier 2016 marque le début de nouveaux pourparlers de Genève, impliquant cette fois uniquement les parties syriennes qui discutent séparément avec l’ONU. L’absence de résultats pousse M. de Mistura à suspendre les pourparlers jusqu’au 25 février. Début février, l’ONU accuse Bachard Al-Assad ainsi que certains groupes rebelles d’exterminer les détenus. Le 27 février, un cessez-le-feu est décrété dans tout le pays et les pourparlers reprennent à Genève le 14 mars 2016. Devant l’absence perpétuelle de progrès et le manque de collaboration du régime Syrien, M. de Mistura exhorte Damas à présenter des propositions détaillées concernant la transition politique avant la reprise des discussions.

 

Depuis la fin du mois de mars, de nouveaux convois d’aide humanitaire ont été autorisés à pénétrer dans des zones assiégées jusque-là inaccessibles. Alors que la trêve commençait à s’installer après huit semaines de cessation relative des combats, le pays replonge dans la guerre le 24 avril 2016 à la suite d’une reprise des bombardements à Alep. Depuis, les grandes puissances tentent de relancer les négociations pour la paix mais les violations de trêve répétées et le blocage de l’aide humanitaire menacent la fragile avancée permise depuis le début du cessez-le-feu.


Marie-Louise TRUYOL
Stagiaire au Centre d'Etude des crises et des conflits internationaux
Fiche mise à jour le 15 juin 2016