Historique de l'opération EUTM-Mali

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EUTM-Mali       Mali

Mission militaire de formation de l'UE au Mali

 

L'EUTM Mali est une mission européenne s'inscrivant dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l'UE et de sa stratégie pour la sécurité et le développement dans la région du Sahel. Elle constitue la réponse européenne à la crise qui secoue le Mali depuis le coup d'État du 22 mars 2012. Suite à ce coup d'État, le contrôle déjà érodé de Bamako sur le nord du pays s’est encore fragilisé au détriment des groupes rebelles Touaregs et islamistes. L'EUTM Mali se veut une mission complémentaire à la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA) déployée par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et qui a été remplacée par la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) le 1er juillet 2013. L'EUTM Mali a été lancée le 18 février 2013 par la décision 2013/87/PESC du Conseil. Cette mission est composée actuellement de 506 personnes et 27 Etats contribuent à la mission, dont 23 sont membres de l’UE. Les principaux objectifs de l’EUTM Mali sont de former, d’éduquer et de conseiller les forces armées maliennes qui sont sous le contrôle des autorités civiles légitimes.



Contexte

Le Mali, longtemps considéré comme l’un des pays les plus stables d’Afrique de l’Ouest, est secoué, le 22 mars 2012, par un coup d’État qui trouve ses racines dans la gestion par les autorités maliennes de la crise touarègue dans le nord du pays. Si les Touaregs se sont déjà soulevés ces dernières années dans cette région où les frontières poreuses favorisent les trafics en tout genre, c’est bien l’afflux d’hommes et d’armes consécutif à la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 qui donne une autre dimension au poids militaire de la rébellion. Les Touaregs s’allient en créant le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et déclenchent en janvier 2012 une offensive avec pour objectif l'indépendance de l'Azawad, la partie nord du Mali. Dans le sillage du MNLA, quelques groupes islamistes tels qu’AQMI et Ansar Dine participent également à l’offensive.


Rapidement, plusieurs localités du nord – et les postes militaires censés les protéger – tombent aux mains de ces groupes. Les soldats maliens réclament plus de moyens afin de contenir cette offensive face à ces forces mieux équipées. La grogne des militaires à l’égard des autorités maliennes s’intensifie au fil des revers. Le 24 janvier 2012, 70 soldats sont égorgés à Aguelhok. Le 31 janvier, le chef d'état-major général des armées (le général Gabriel Poudiougou) et les responsables politiques de la région sont rappelés à Bamako mais sur le terrain, les tensions montent toujours. Au cours du mois de février, les troupes maliennes continuent à perdre du terrain et le 10 mars, Tessalit tombe aux mains des groupes armés.


Le coup d'État du 22 mars 2012

La frustration face à ce qui est perçu comme une certaine passivité du gouvernement (davantage préoccupé par les élections à venir que par la gravité de la situation dans le nord du pays) pousse plusieurs soldats à se rebeller contre leurs supérieurs militaires et civils, provoquant au passage la chute du gouvernement. Le 22 mars, quelques douzaines de soldats armés se rebellent dans le camp militaire Soundiata Keïta de Kati, en périphérie de Bamako et prennent le bâtiment de l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (ORTM) avant de se diriger vers le palais présidentiel de Koulouba où se trouve le chef de l’État, Amadou Toumani Touré (ATT). Le palais tombe rapidement : la junte forme un Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE), procède à l’arrestation des principaux responsables politiques du pays et suspend la constitution. Les élections présidentielles, qui devaient avoir lieu le 29 avril et voir ATT passer le relais à un successeur après deux mandats consécutifs, sont annulées.


Le coup d’État du 22 mars 2012 est condamné de manière unanime par la communauté internationale et la CEDEAO évoque dès le 28 mars une éventuelle intervention militaire afin de ramener l’ordre constitutionnel. De plus, une coalition de partis politiques maliens, le Front uni pour la défense de la République et de la démocratie (FDR), se forme pour s'opposer au coup d'État. Pendant ce temps, les groupes armés profitent du chaos régnant à Bamako pour prendre Kidal, Gao et Tombouctou, les trois principales villes du nord du pays. Le 1er avril, le MNLA déclare de manière unilatérale l’indépendance de l’Azawad alors que le chef de la junte, le capitaine Sanogo, promet un retour prochain à l’ordre constitutionnel. La CEDEAO et l’UA poursuivent leurs pressions sur les putschistes et décident d’imposer des sanctions à leur égard.

 

Accord et transition

Le 6 avril 2012, suite aux pressions de la CEDEAO, de l’UA et de la communauté internationale, le capitaine Sanogo annonce la signature d’un accord entre la junte et la CEDEAO. Celui-ci prévoit notamment la désignation d’un Premier ministre et d’un président – poste qui sera occupé par le président de l’Assemblée nationale, Diocounda Traoré – et la tenue d’élections présidentielles et législatives dans un délai d’au plus 40 jours. En échange, les putschistes obtiennent une amnistie ainsi que la levée des sanctions votées à leur encontre. Le 12 avril, M. Traoré est investi président intérimaire du pays. C’est également à ce moment que débutent les discussions entre les putschistes et le médiateur désigné par la CEDEAO, le président du Burkina Faso Blaise Compaoré, sur l’adoption d’une feuille de route pour la transition. L’astrophysicien Cheick Modibo Diarra est nommé Premier ministre le 17 avril par M. Traoré. M. Diarra nomme son gouvernement le 25 avril mais l'arrestation de plusieurs personnalités laisse craindre une mainmise de la junte sur le pouvoir civil.


Dans ce contexte, la CEDEAO organise le 26 avril 2012 un sommet extraordinaire sur la situation au pays lors duquel les chefs d’État des pays membres décident d’envoyer une mission afin de surveiller la transition qui doit s’échelonner sur 12 mois. Ils n’écartent toutefois pas, dans des termes quelque peu équivoques, que cette mission puisse être éventuellement renforcée par le déploiement d’unités combattantes. Cependant, la junte militaire rejette les décisions de la CEDEAO et se dit trahie par l'organisation. Le 1er mai, la junte fait échec à un contre coup d'État perpétré des partisans de l'ancien président. Finalement, le 19 mai, la CEDEAO annonce que les responsables de l’ex-junte militaire ont accepté que M. Traoré continue de diriger la transition jusqu'à l'organisation d'élections. Le même jour, l'Assemblée nationale amnistie les putschistes. Deux jours plus tard, Traoré est blessé par des manifestants qui protestaient contre la prolongation de son mandat pour toute la durée de la transition.

 

Les islamistes prennent le contrôle du Nord

Alors que la CEDEAO continue les négociations en vue de déployer une mission au Mali et de trouver une solution politique à la crise, la situation sur le terrain évolue très rapidement. Le 27 mai 2012, après plusieurs semaines de discussions parfois difficiles, la rébellion touareg du MNLA et le mouvement Islamiste Ansar Dine fusionnent et proclament la création d'un État islamique dans le nord du Mali. Cependant, l'alliance des deux groupes rebelles est de courte durée et celle-ci se dissout dès le début du mois de juin en raison de différends irréconciliables. En effet, le MNLA est opposé à la version stricte de la charia prônée par Ansar Dine. Le groupe terroriste quant à lui cherche à imposer un État islamiste sur l'ensemble du territoire malien et par conséquent rejette l'indépendance de l'Azwad. Dès le 8 juin, des affrontements éclatent entre les deux groupes. Une autre organisation islamiste, le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) se joint à Ansar Dine pour combattre le MNLA. Le 27 juin, ce dernier est expulsé de son quartier général à Goa par le MUJAO. Deux jours plus tard, Ansar Dine les chasse de Tombouctou. À peine un mois après le début des combats entre les touaregs et les islamistes, le MNLA est totalement évincé du Nord-Mali qui est à partir de ce moment complètement sous le contrôle des groupes armés islamistes.


Ce développement change fondamentalement la dynamique du conflit qui n'est plus alimenté par des revendications nationalistes touarègues mais qui s'inscrit désormais dans un registre de lutte contre le terrorisme et l'extrémisme islamiste. Après avoir pris le contrôle du Nord-Mali, les groupes islamistes, en particulier Ansar Dine, commencent à détruire les mausolées de Tombouctou et à imposer une version stricte de la charia dans les zones sous leur contrôle. La communauté internationale condamne vivement ces actions. La population du Nord-Mali organise également plusieurs manifestations pour s'opposer aux islamistes, en particulier aux châtiments publics brutaux utilisés pour imposer leur vision de la charia. Ainsi, la communauté internationale, jusque-là principalement préoccupée par le rétablissement de l'ordre constitutionnel, cherche désormais d'avantage à rétablir l'intégrité territoriale du Mali et à chasser les islamistes armés du pays.


Pendant ce temps, la CEDEAO réclame la mise en place d'un gouvernement d'union nationale au Mali avant le 31 juillet 2012 et demande à la Cour Pénale Internationale (CPI) de poursuivre les criminels de guerre dans le nord du pays. Le 1er août, la CEDEAO accorde au Mali un délai de dix jours supplémentaires pour former un gouvernement d'union nationale. Finalement, ce n'est que le 20 août que la formation de celui-ci est annoncée. Aussitôt, la CEDEAO appelle le nouveau gouvernement malien, toujours dirigé par Cheikh Modibo Diarra, à agir rapidement pour organiser des élections et rétablir l'intégrité territoriale du pays. Cependant, le nouveau gouvernement d'union nationale est fortement critiqué par l'ensemble de la classe politique, tant par les opposants que par les partisans du putsch du 22 mars. Par ailleurs, le gouvernement annonce au cours de l'automne qu'il n'y aura pas d'élections organisées au Mali avant la reconquête du nord du pays. Le 10 décembre, le Premier ministre Diarra est arrêté à son domicile par des militaires sous les ordres du capitaine Sanogo et est accusé d'avoir géré la crise malienne en fonction d’un agenda personnel. M. Diarra est forcé de donner sa démission ainsi que celle de son gouvernement. Ce renversement du gouvernement de transition par les militaires est fortement condamné par la communauté internationale et en particulier par l'UA et la CEDEAO. Le 11 décembre 2012, Diango Cissoko est nommé Premier ministre malien par intérim et remplace donc Cheick Modibo Diarra. Même si la communauté internationale a fortement condamné le renversement de Diarra, la nomination de Cissoko comme successeur a été bien accueillie par cette dernière. Dès le 27 décembre, Cissoko demande à ce qu’une opération d’intervention militaire africaine soit organisée « le plus rapidement possible ».


En août 2013, les élections présidentielles maliennes sont remportées par Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Ce dernier nomme Oumar Tatam Ly comme Premier ministre en 2013, Tatam Ly a cependant démissionné en avril 2014 et a été remplacé par Moussa Mara. Moussa Mara a démissionné lui aussi en janvier 2015 puisque le Président Ibrahim Boubacar Keïta « a voulu donné un nouveau souffle à son gouvernement ». Modiba Keïta, chargé auparavant de mener les pourparlers avec les groupes rebelles, devient ainsi Premier ministre et il est toujours en fonction.

 

La Mission internationale de soutien au Mali de la CEDEAO et transformation en MINUSMA

Au cours de l'automne de 2012, les préparatifs pour le déploiement de la force internationale de la CEDEAO se poursuivent en coordination avec l'UA et l'ONU. Le 21 septembre, Le Conseil de sécurité de l'ONU se déclare prêt à examiner une proposition réaliste et faisable de la part de la CEDEAO qui répond à la demande d'intervention du gouvernement malien. Cette proposition doit détailler les objectifs, les moyens et les modalités du déploiement de cette force. Deux jours plus tard, un accord de principe entre le gouvernement du Mali et la CEDEAO survient concernant le déploiement de la mission. Cependant, le gouvernement reste réticent et n'accepte que le déploiement de soldats ouest-africain. De plus, la France confirme qu'elle soutiendra logistiquement une intervention militaire dans le nord et que ses forces spéciales entraîneront les soldats africains qui composeront la force d'intervention. Paris propose également une résolution qui est adoptée le 12 octobre par le Conseil de sécurité de l'ONU, la résolution 2071. Cette résolution donne notamment 45 jours à la CEDEAO et à l’UA pour préciser les modalités de leur intervention et invite en outre le gouvernement malien et les rebelles Touaregs à s'impliquer dès que possible dans un processus de négociations crédible afin de rechercher une solution politique viable. De leur côté, les autorités maliennes, pour qui la reconquête du Nord est devenue la priorité absolue, multiplient les demandes pour une intervention de la communauté internationale. Le 11 novembre 2012, les chefs d'État et de gouvernement de la CEDEAO adoptent « le Concept harmonisé des Opérations pour le déploiement de la Force Internationale conduite par l’Afrique ». Ce concept d’opération est entériné deux jours plus tard par le Conseil de paix et de sécurité de l’UA (PSC/PR/COMM.2(CCCXLI)). La même journée, le président de la Commission de la CEDEAO, Kadré Désiré Ouedraogo, annonce que la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA) est prête à être déployée.


Cependant, ce n'est que le 20 décembre 2012 que le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 2085 autorisant le déploiement de la MISMA pour une période initiale d'un an sans préciser le nombre d'effectifs autorisés. Le texte de six pages, qui comprend un volet politique et un volet militaire, tente de prendre en compte tous les doutes qui entourent cette intervention au Mali, dont les risques humanitaires exprimés dans un rapport du Secrétaire général et les questions relatives au respect des droits de l'homme par les soldats maliens et africains. Sur le plan politique, la résolution appelle Bamako à lancer un dialogue politique pour rétablir pleinement l'ordre constitutionnel, notamment en organisant des élections présidentielles et législatives avant avril 2013. Elle invite aussi les autorités maliennes de transition à engager des négociations crédibles avec les groupes présents dans le nord du pays qui se dissocieront des organisations terroristes de la région. Sur le plan militaire, la mission devra dans un premier temps reconstruire l'armée malienne et entraîner les troupes panafricaines. Avant d'autoriser son intervention dans le nord du Mali, le Conseil de sécurité exige néanmoins que la MISMA atteigne un niveau de préparation satisfaisant, établi selon certains critères précis, dont l’entraînement, l’efficacité de la structure de commandement, l’équipement et l’adaptation au terrain.


Dès les premiers mois de l’année 2013, le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, demande aux Nations Unies le déploiement d’une opération de stabilisation et de maintien de la paix de l’ONU. Le 25 avril 2013, le Conseil de Sécurité adopte la résolution 2100 fondée sur le chapitre VII de la charte des Nations Unies qui prévoit la mise en place de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali. Le Conseil de Sécurité décide également que la Mission Internationale de soutien au Mali (MISMA) sera intégrée à la MINUSMA à partir du 1er juillet 2013.

 

La mission de l'Union Européenne : l’EUTM Mali

Parallèlement à la préparation de la MISMA, l'UE planifie le déploiement d'une mission de soutien, l'EUTM Mali, pour soutenir les efforts de la CEDEAO et des autorités maliennes dans le rétablissement de la paix au Mali. En octobre 2012, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, annonce que l’UE prépare une mission de formation au Mali. Lors de sa session du 15 octobre 2012, le Conseil des affaires étrangères réaffirme que l'UE est déterminée à aider le Mali à rétablir l'ordre constitutionnel, l'État de droit et un gouvernement démocratique et pleinement souverain sur l'ensemble de son territoire. Lors de cette session le Conseil des affaires étrangères conclut que, sous réserve de la présentation d'un concept finalisé par la CEDEAO, l'UE examinera la possibilité d'apporter un soutien, y compris financier, à la mission africaine au Mali. De plus, le Conseil décide de fournir une aide rapide dans le domaine de la planification. Finalement, les ministres européens des Affaires étrangères demandent la poursuite des travaux de planification d'une éventuelle opération militaire s'inscrivant dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) et demandent d'élaborer un concept de gestion de crise.


Le format de la mission envisagée reste vague jusqu’à la fin du mois d'octobre. On parle alors d'envoyer des militaires au Mali afin de former les troupes maliennes et éventuellement de mettre en œuvre une réforme du secteur de la sécurité. Le 19 novembre 2012, les ministres européens des Affaires étrangères donnent leur accord de principe pour la création d’une mission européenne visant à soutenir l’intervention militaire de la CEDEAO au nord du Mali. Les ministres décident que cette mission déploiera des formateurs européens dans les environs de Bamako à partir du début de l’année de 2013.


Finalement, le 10 décembre, le Conseil de l'UE approuve le concept de gestion de crise relatif au déploiement d'une mission au Mali (17535/12). Cette mission, qui s'inscrit dans le cadre de la PSDC, vise à appuyer la formation et la réorganisation des forces armées maliennes. L'EUTM Mali a ainsi pour objectif de contribuer à améliorer les capacités militaires et l'efficacité des forces armées maliennes afin de permettre, sous autorité civile, le rétablissement de l'intégrité territoriale du pays. Le Conseil souligne la nécessité d'avancer rapidement dans le processus de planification de la mission et de préparer une décision du Conseil instituant celle-ci. Il insiste sur le fait que cette mission est un élément essentiel de l'approche globale de l'UE dans la crise au Mali, définie dans la stratégie pour la sécurité et le développement dans la région du Sahel, et demande qu'il continue à y avoir une cohérence et des synergies entre les instruments de l'UE, notamment avec les autres activités PSDC menées dans l'ensemble de la région. Le Conseil stipule que cette mission militaire sera déployée à l'invitation du gouvernement malien, à la suite de sa demande d'aide, qu'elle s'inscrit dans le cadre de la résolution 2071 du Conseil de sécurité de l'ONU et qu'elle se fera en coordination avec toutes les autres activités pertinentes de l'ONU.

 

Le Conseil décide que l'EUTM Mali sera composée d'environ 400 militaires européens (dont 250 formateurs) ainsi que des éléments de soutien et de protection. Ils auront spécifiquement pour mission de former quatre bataillons de l'armée malienne, composés de 650 soldats chacun. L’objectif est de rendre ces bataillons opérationnels en vue de la reconquête du nord qui doit débuter en septembre ou octobre 2013. L’équipement de l’armée malienne ne sera pas fourni par la mission européenne, à l’exception de certains moyens informatiques et de transmission qui pourront être financés par des fonds européens. L'acquisition de matériel et d'armes pour les bataillons maliens devra donc être faite de manière bilatérale par les autorités maliennes. La France, en tant que nation-cadre, doit assumer l'essentiel de l'effort en moyens humains et matériels. L’Espagne, avec 20 à 40 militaires, l’Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Italie et la Belgique ont également fait part leur volonté de participer à la mission.

La décision 17535/12 du 10 décembre 2012 constitue un premier feu vert officiel qui permet d’enclencher les autres étapes en vue du déploiement de la mission européenne. Ainsi, il ne devrait y avoir qu’un seul document (Conops/Oplan) qui détaille le concept et le plan d’opération militaire avant la décision finale de lancement de la mission. L'adoption de cette décision finale, initialement prévue pour la fin décembre 2012, est retardée par l’absence d’invitation formelle de la part du gouvernement malien. Cette invitation est finalement envoyée juste avant la fin de l’année 2012, ce qui ouvre la voie à l’adoption d’une décision finale par le Conseil de l'UE.


Le 17 janvier 2013, l’EUTM Mali est officiellement créée et le général de brigade français Lecrointre est nommé commandant de la mission. Le 8 février 2013, les premiers soldats de la mission arrivent au Mali afin de former et conseiller les troupes maliennes. En mai 2014, le mandat de la mission est prolongé jusqu’en mai 2016 et le 23 mars 2016, le Conseil européen a adopté le troisième mandat de l’EUTM Mali qui sera en vigueur jusqu’au 18 mai 2016. Ce troisième mandat élargit la zone d’engagement de la mission qui inclut désormais les villes de Gao et Tombouctou et va jusqu’à la boucle du Niger. La raison pour cet élargissement est due à l’accent de la mission qui sera désormais plus axé sur l’encadrement militaire et la décentralisation du conseil dans les régions militaires.

La mission a eu plusieurs commandants et, depuis juillet 2016, ce poste est occupé par le général de brigade belge Eric Harvent. La Belgique a d’ailleurs décidé d’augmenter sa présence au Mali, le nombre de soldats belges déployés dans le cadre de l’EUTM Mali est passé en juillet 2016 de 90 à 175.

Evolutions de l’EUTM Mali depuis son déploiement

En un an, quatre bataillons des forces armées maliennes ont été formés par la mission de l’UE et trois de ces bataillons ont été déployés dans le nord du Mali afin de reconquérir le territoire. Les hommes déployés dans le cadre de l’EUTM Mali ne forment pas seulement les soldats maliens mais également les officiers, le but étant que les officiers maliens puissent former leurs propres soldats. Aujourd’hui, huit bataillons ont été formés et cinq ont déjà été « réentraînés ». Cela représente presque 8000 soldats maliens, c’est-à-dire environ les deux tiers de l’armée de Terre malienne. C’est pour cette raison que l’EUTM se dirige désormais vers la formation des cadres maliens afin qu’ils puissent prendre contrôle de la formation des forces armées maliennes. L’EUTM Mali ne cherche pas seulement à former les soldats en techniques de combat mais aussi de leur instruire un certain comportement exemplaire avec des cours concernant le droit international humanitaire et le droit des conflits armés par exemple. Les militaires européens déployés au Mali témoignent d’une coopération importante entre les troupes européennes et maliennes.


Cependant, l’EUTM Mali est confronté à des problèmes sur le terrain. La population malienne était assez hostile au retour des forces armées maliennes. Former ces dernières demeure dans la capacité de l’EUTM mais faire en sorte que la population civile leur fasse confiance est au-dessus de leurs capacités. Un autre problème réside également dans le manque de coordination et de communication entre les différents bataillons formés par l’EUTM Mali. Cela a été notamment constaté lors des affrontements de Kidal en mai 2014, dans lesquels les forces armées maliennes ont connu des pertes importantes.


En mars 2016, le quartier général de l’EUTM Mali à Bamako a été attaqué par des hommes armés, ce qui démontre l’instabilité toujours présente dans le pays. La MINUSMA a été victime de plusieurs attentats également, ce qui en fait aujourd’hui une des missions onusiennes les plus dangereuses au monde.

 

Intervention française au Mali

Le 11 janvier 2013, suite à une offensive des rebelles islamistes vers le sud du Mali, au cours de laquelle ces derniers capturent la ville de Konna, la France décide de déployer des soldats au Mali en soutien à l'armée malienne. L'opération française, baptisée Serval et qui a pour objectif de mettre fin à l'avancée de rebelles vers le Sud, réussit à faire reculer les forces rebelles. Cette intervention militaire française, qui a reçu l’appui unanime du Conseil de sécurité de l’ONU le 14 janvier 2013, est en conformité avec la résolution 2085 et a été saluée par la majorité de la communauté internationale, en particulier par l'UA, la CEDEAO, l'UE et l'OTAN.


L'intervention française ne modifie pas les projets de mission européenne et le jour même de son déclenchement, Catherine Ashton déclare que cette situation met en évidence la nécessité de renforcer et d'accélérer l'engagement international en faveur de la restauration de la stabilité et de l'autorité de l'État partout au Mali. Elle assure que l'UE reste déterminée à soutenir ces efforts internationaux et va accélérer les préparatifs en vue du déploiement de l'EUTM Mali. Elle affirme également que l'UE va prendre des mesures pour soutenir le déploiement rapide de la MISMA. Ainsi, trois jours après le début de l'opération Serval, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, annonce la tenue imminente d'une réunion exceptionnelle des ministres des Affaires étrangères de l'UE au sujet du Mali. Celle-ci a lieu le 17 janvier à Bruxelles et les ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l'UE approuvent l'envoi de la mission. Au cours de cette réunion, au moins huit pays européens ont annoncé leur intention de participer à l’EUTM Mali.


L’opération française Serval s’est déroulée en trois grandes phases qui consistaient à « mettre fin à l’offensive menée par les groupes terroristes, détruire les sanctuaires des groupes terroristes et restaurer la souveraineté de l’Etat malien et, enfin, transférer la mission aux autorités maliennes et aux forces de l’ONU dans le cadre de la MINUSMA. » La France a décidé d’inclure les pays de la bande sahélo-saharienne dans le but de mieux atteindre les objectifs qu’elle s’est donnée.

En juillet 2014, l’opération française au Mali s’est achevée et l’opération Barkhane, qui inclut, en plus de la France, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, a été mise sur pied. Celle-ci est toujours en cours et ses principales missions sont « d’appuyer les forces armées des pays partenaires de la bande sahélo-saharienne dans leurs actions de lutte contre les groupes armés terroristes » et de « contribuer à empêcher la reconstitution de sanctuaires terroristes dans la région ».



Thomas Poulin, agent de recherche au ROP


Fiche mise à jour le 16 septembre 2016 par Jessica Willes,

Stagiaire au Centre d'Etudes des Crises et des Conflits Internationaux (CECRI)