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Thaïlande

Le Royaume de Thaïlande est un pays d’Asie du Sud-Est continentale. Il est membre de deux organisations habilitées à conduire des opérations de paix : l’ONU (1945) et l’ASEAN (1967).

La Thaïlande n’est pas à ce jour un contributeur important de troupes pour l’ONU dans la mesure où seuls 54 Thaïlandais sont déployés actuellement dans les opérations de paix. Elle est au 77e rang mondial des contributeurs de troupes. Toutefois, la Thaïlande a su mobiliser ses forces pour des opérations dans la région, notamment au Cambodge et au Timor, ainsi que pour soutenir son allié américain en Irak et en Afghanistan. En revanche, son engagement en Afrique dans le cadre d’opérations de l’ONU reste très limité.

 

L’instabilité politique de la Thaïlande rend difficile la définition d’une politique extérieure. Le coup d’État de septembre 2006 a été légitimé par le roi qui a consenti à l’instauration d’un gouvernement militaire. Une nouvelle constitution a été adoptée en décembre 2007, mais en février 2008, des élections entraînent le retour d’un gouvernement civil. Étant donné cette situation politique incertaine, la contribution aux opérations de paix n’est pas une préoccupation principale des autorités thaïlandaises.

Le développement d’une politique en faveur du maintien de la paix

La Constitution thaïlandaise adoptée en 2007 maintient, dans la section 10, le Roi comme Chef des Forces armées du Royaume de Thaïlande. Toutefois, cette fonction est symbolique dans la mesure où c’est le Cabinet qui formule la politique nationale de sécurité et décide de l’envoi de troupes sur le terrain.

 

La Thaïlande a mis en place, en 2000, une Direction des opérations de paix au sein du Quartier général du Commandement Suprême des forces armées pour mener des activités liées aux opérations de maintien de la paix et aux opérations militaires autres que la guerre (déminage, aide humanitaire et assistance en cas de catastrophe naturelle, protection des ressources et de l’environnement, protection des droits de l’homme). Cette direction a pour fonction de proposer, planifier, diriger, coordonner, contrôler et superviser l’entraînement et les exercices liés à ces deux types d’opérations ainsi que la conduite du déploiement des forces armées envoyées pour soutenir les missions de paix de l’ONU. Elle est également chargée de collecter et d’analyser les données et de formuler la doctrine liée aux opérations de paix pour les forces armées thaïlandaises et de contrôler et d’évaluer leurs opérations. La direction des opérations pour la paix sert également de centre d’études et de formation au maintien de la paix.

 

La Thaïlande participe au Programme d’amélioration des capacités pour le maintien de la paix internationale (Enhanced International Peacekeeping Capability Program) lancé par les États-Unis en 1996. Elle bénéficie grâce à ce programme d’un soutien au renforcement de ses capacités, dont des formations et entraînements, et du matériel informatique. Elle a aussi créé son propre Centre de maintien de la paix en 2000.

 

Depuis 1998, elle est engagée dans le système des forces en attente des Nations Unies au niveau 1.

L’évolution de la participation

La Thaïlande a commencé à participer aux opérations de paix de l’ONU à partir de 1991 dans le cadre de la MONUIK (Mission d’observation des Nations Unies pour l’Irak et le Koweït) et du Contingent de gardes des Nations Unies en Irak. Elle envoie sept observateurs militaires au Koweït pour une période d’un an et une cinquantaine d’hommes issus des forces armées, de la marine et des forces aériennes en Irak. Elle engage un nombre bien plus important de troupes au Cambodge en 1993: plus de 700 ingénieurs militaires ont été chargés du déminage et de la reconstruction des infrastructures du pays.

 

Sa contribution la plus importante à ce jour a été dans le cadre des missions de l’ONU au Timor oriental. Elle a déployé en 1999-2000 plus de 1500 militaires armés et équipés pour le maintien de la paix. Ils étaient chargés, dans le cadre de l’INTERFET, de la consolidation de la paix et de la sécurité et de l’aide humanitaire. L’ATNUTO est commandée, de juillet 2000 à août 2002, par deux généraux thaïlandais. À ce jour, c’est toujours au Timor que son personnel est principalement déployé, dans le cadre de la Mission intégrée des Nations Unies au Timor Leste. Elle y maintient 33 policiers (sur le total de 54 hommes et femmes thaïlandais actuellement déployés sous le drapeau de l’ONU).

 

La Thaïlande avait également envoyé une quarantaine de troupes en Indonésie, à Aceh, dans le cadre d’une mission de surveillance du Centre Henri Dunant pour le dialogue humanitaire en 2003. Elle participe aussi à la mission de surveillance de l’Union européenne et de l’ASEAN à Aceh en 2005-2006.

 

La Thaïlande dit vouloir développer une coopération étroite avec les forces armées de ses voisins et dans le cadre de l’ASEAN dans le but d’établir la confiance afin de renforcer la paix et la sécurité régionale et de mener des opérations humanitaires.

 

Toutefois, elle s’oppose à la création d’une force de maintien de la paix de l’ASEAN proposée par l’Indonésie en 2003. Cette force aurait permis aux Etats membres de réagir rapidement à une crise dans la région. La Thaïlande estime qu’en l’absence de conflit interétatique dans la région, une telle force n’est pas nécessaire. (En réalité, l’Indonésie a plutôt à l’esprit la mise en place d’une force qui interviendrait aussi en cas de crise interne aux Etats). Dans tous les cas, la Thaïlande préfère qu’en cas de nécessité, les Etats membres décident individuellement et au cas par cas d’envoyer leurs troupes soutenir un Etat voisin, et non qu’une telle décision relève d’une autorité supranationale qui aurait déjà des contingents à sa disposition. L’instabilité dans les régions du Sud de la Thaïlande et la crise politique qu’elle traverse expliquent cette réticence à l’égard de l’instauration d’une force de réaction régionale.

 

En plus de cet engagement pour la paix et la sécurité régionale, la Thaïlande déploie un nombre important de troupes pour soutenir l’effort de la communauté internationale en Afghanistan ainsi que la coalition internationale en Irak.

 

En Afghanistan, elle a envoyé 130 ingénieurs militaires pour aider à la reconstruction de la base aérienne de Bagram, indispensable à la conduite des opérations de paix dans le pays, ainsi que pour porter assistance aux projets humanitaires.

 

Elle a envoyé plus de 400 ingénieurs militaires et médecins en Irak en 2003 pour une mission limitée à une durée d’un an. Ils étaient chargés de la reconstruction des routes, bâtiments et autres infrastructures de base (écoles, cliniques, etc.) ainsi que de l’aide médicale. Le Gouvernement thaïlandais souhaite soutenir son allié américain, mais la population demande le retrait des troupes thaïlandaises d’Irak, ce qui sera réalisé à la fin de leur mandat en août 2004. Malgré tout, les États-Unis reconnaissent le rôle important de la Thaïlande dans le maintien de la paix dans la région, à travers son action au Timor, et son engagement en Irak et en Afghanistan. Le Président Bush indique en 2003 qu’elle est un « allié majeur hors OTAN ».

 

La Thaïlande s’engage beaucoup moins en Afrique. Elle n’envoie que cinq officiers dans le cadre de l’UNAMSIL, en Sierra Leone, en 1999. Elle envoie quand même 175 ingénieurs au Burundi en 2005. En octobre 2007, le Cabinet a néanmoins indiqué qu’elle enverrait 800 militaires dans le cadre de la MINUAD, au Darfour. Il avait précisé qu’ils partiraient avant le 31 décembre mais à ce jour, seuls deux officiers thaïlandais sont au Darfour. Si ce projet se réalise, la Thaïlande déploierait son plus gros contingent depuis sa contribution aux missions de l’ONU au Timor.

 

Catherine Délice

Doctorante au Centre d’études sur la sécurité internationale et les coopérations européennes (CESICE) de l’Université Pierre Mendès-France (Grenoble II).

26 février 2008