Fiche d'information de l'État : Bangladesh Bangladesh

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Bangladesh

La République populaire du Bangladesh est un Etat du sous-continent indien, indépendant depuis 1971. Il a des frontières communes avec l’Inde et la Birmanie. Le Bangladesh est membre de l'ONU depuis 1974.

Politique de maintien de la paix

 

Selon la constitution bangladeshie, « l’Etat doit baser ses relations internationales sur les principes de respect de la souveraineté nationale et d’égalité, de non-interférence dans les affaires intérieures des autres Etats, de résolution pacifique des différends internationaux et de respect du droit international et des principes énoncés dans la Charte des Nations Unies » (art. 25), cette disposition interdisant au pays de déclarer la guerre (art. 63). Outre une forte implication au sein des instances multilatérales, cette orientation constitutionnelle se traduit par une adhésion sans faille aux principes onusiens.

 

Le Bangladesh est ainsi particulièrement actif dans les travées des différentes institutions onusiennes. En particulier, il a été par deux fois membre du Conseil de sécurité, en 1979-80 et 2000-01 ; en avril 2000, fait extrêmement rare pour un membre non-permanent, il a dirigé la mission spéciale du Conseil au Kosovo, mission ayant pour objectif de permettre une meilleure compréhension de la situation dans la province et des enjeux auxquels se trouvait confrontée la MINUK. En outre, un Bangladeshi, M. Choudhury, alors ministre des Affaires étrangères, a assuré la présidence de la 41ème session de l’Assemblée générale, en 1986.

 

Corolaire de cet attachement aux valeurs onusiennes, le Bangladesh joue également un rôle très important au sein des opérations de maintien de la paix (OMP). Depuis 1988, le Bangladesh a participé à 36 des 50 OMP déployées. Aujourd’hui, avec 9 458 hommes sous Casque bleu (7 989 militaires, 1 375 policiers et 94 observateurs militaires) participant à 10 des 15 opérations déployées, le Bangladesh se hisse au 2ème rang des contributeurs onusiens, derrière le Pakistan, sa contribution représentant près de 10% de l’ensemble des personnels participant aux OMP.

 

Lors de la séance du Conseil de sécurité du 24 septembre 2009, relative au maintien de la paix, la première ministre Hasina déclarait « nous sommes un pays qui aime la paix et qui s'est engagé à maintenir la paix internationale. Nous aidons l'ONU à assumer sa responsabilité de maintien de la paix », soulignant la continuité de l’engagement du Bangladesh dans les rangs onusiens.

Structures décisionnelles politique et militaire

 

Le commandement des forces armées revient au président (art. 61). La mission principale des forces armées – comptant près de 250 000 hommes – consiste à assurer la défense et l’intégrité du territoire national et à assister le gouvernement durant les périodes de crise, impliquant des interventions extérieures, si nécessaire. La décision de participer à une OMP revient au Président, après consentement du parlement (art. 63). Les ministères des Affaires étrangères et de la Défense sont alors conjointement responsables de la gestion de l’opération, et de ses aspects humains, matériels et logistiques.

Evolution de la participation

 

Historique et enjeux de la participation du Bangladesh aux OMP

 

Bien qu’indépendant depuis 1971, la première participation du Bangladesh à une opération de maintien de la paix ne remonte qu’à 1988 (participation à la GONMUII, Iran/Irak, août 1988 – février 1991). Ce n’est qu’avec la démocratisation progressive du régime à la fin des années 1980 que les troupes bangladeshies s’engagent massivement dans les OMP. La participation des forces armées bangladeshies leur offre une « alternative démocratique », permettant de limiter leur influence déstabilisatrice sur la scène politique nationale. Elle permet également au pays de s’affirmer par rapport à ses voisins indien et pakistanais, et d’acquérir progressivement l’image d’une puissance pacifique, lui conférant une visibilité accrue sur la scène politique internationale.

 

Outre des bénéfices matériels non négligeables (expérience sur des théâtres d’opération extérieurs, coopération avec des troupes étrangères, utilisation du matériel et des techniques en situation, notamment), la plus-value financière de la participation aux OMP est également un facteur important pour expliquer l’engagement bangladeshi sous la bannière onusienne. Avec 1 000 dollars remboursés mensuellement par l’ONU pour tout Casque bleu déployé, ce sont près de 115 millions de dollars que l’Organisation reverse annuellement aux autorités bangladeshies, soient 3,4% du budget de la défense.

 

Au total, depuis 1988, le Bangladesh a ainsi participé à 36 des 63 OMP déployées par les Nations Unies ; des contingents bangladeshis sont intervenus en Bosnie, au Cambodge, en Somalie, en Irak, au Liberia, au Tadjikistan, au Sierra Leone, au Congo, au Timor, au Soudan, en Côte d’Ivoire et au Tchad, notamment. Plus de 82 000 hommes ont été déployés, parmi lesquels, 92 ont trouvé la mort.

 

Un contributeur majeur au maintien de la paix

 

La participation du Bangladesh aux OMP est en croissance constante : depuis janvier 2001, elle s’est accrue de près de 300%. Aujourd’hui, avec 9 458 hommes déployés, le pays se hisse au 2ème rang des contributeurs onusiens. Le Bangladesh participe actuellement à 10 opérations. Son engagement est particulièrement important au Liban (2 368 hommes déployés) et en Afrique sub-saharienne : Côte d’Ivoire (2 346 hommes), RDC (1 796), Soudan (1 500) et Soudan/Darfour (1 233). Outre une contribution importante en militaires, Dhaka déploie également un grand nombre de forces policières (1 375), particulièrement au Darfour (635), en RDC (250), en Côte d’Ivoire (249) et au Timor (192), soulignant la variété de ses formes d’engagement au sein des OMP.

 

Cette participation d’ampleur, particulièrement bien reconnue au niveau international (les Bangladeshis représentant « la crème des Casques bleus » selon la BBC), a valu au pays la nomination de plusieurs de ses officiers au poste de commandant de la force de différentes opérations (GOMNUII, ONUMOZ, MONUG, MINUL, MINUS, entre autres). L’engagement du Bangladesh dans les OMP devrait encore s’accentuer dans les années à venir. Lors de la réunion du Conseil de sécurité du 24 septembre 2009, la première ministre bangladeshie a réaffirmé l’engagement de son pays au côté des Nations Unies, et s’est déclarée prête à envoyer davantage de troupes participer aux opérations de paix onusiennes.

 

Pour l’ONU, les troupes bangladeshies représentent un apport essentiel, à différents titres : elles permettent au DOMP de répondre aux besoins croissants en personnels pour les OMP ; elles proviennent d’un pays de faible poids sur la scène politique internationale, et sont donc plus facilement acceptées par les autorités et la population des Etats concernés ; elles sont très disciplinées.

 

Le Bangladesh, à l’image des autres contributeurs onusiens du sud-est asiatique, Inde, Pakistan, en particulier, œuvre pour une meilleure représentation des TCCs au sein des différentes instances onusiennes en contrepartie de sa participation au maintien de la paix. En particulier, il plaide pour un rôle accru des contributeurs de troupes au sein du DOMP et des Etats-majors des différentes opérations.


Une attention particulière portée à la formation au maintien de la paix

 

Le Bangladesh a très tôt accordé une attention particulière à la formation au maintien de la paix. En juin 1999, il a mis en place le PKOTC (Peacekeeping Operations Training Center), dans le but de dispenser une formation spécifique pour les contingents devant participer aux OMP. Celui-ci est devenu le BIPSOT (Bangladesh Institute of Peace Support Operation Training) en 2002, cette évolution devant permettre de mieux prendre en considération les recommandations du rapport Brahimi.

 

Plus spécifiquement, les objectifs de ce centre de formation sont multiples : préparer les officiers à assumer leur responsabilité au sein des Etats-majors d’OMP ; former les troupes à leurs missions onusiennes (formation à l’observation, présentation des règles d’engagement…) ; organiser des exercices nationaux et internationaux de préparation aux OMP ; dispenser des formations dans d’autres centres (sur demande des partenaires). Les autorités de Dhaka souhaiteraient aujourd’hui lui conférer une dimension régionale. Lors de la séance du Conseil du 24 septembre, la première ministre a réaffirmé son souhait de voir le BIPSOT devenir le centre régional de formation au maintien de la paix, en reconnaissance de la contribution bangladeshie au maintien de la paix.

 

 

 

Antoine Esteban

Master Analyse des conflits et construction de la paix, Institut d’Etudes Politiques de Lille

18 décembre 2009