Historique de l'opération MINUSMA

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MINUSMA       Mali

Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation du Mali

 

La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA) a été créée le 25 avril 2013 par l’adoption de la  résolution 2100 (S/RES/2100 (2013)) du Conseil de sécurité de l’ONU afin de remplacer la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA) de la CEDEAO et de l’UA au Mali. Devant être constituée de 12 600 Casques bleus, dont 11 200 soldats et 1 440 policiers, la MINUSMA est entrée en fonction le 1er juillet 2013. Déployée en vertu du chapitre VII de la Charte de l’ONU, la MINUSMA a pour principal mandat de stabiliser les principales agglomérations du Mali  et de contribuer au rétablissement de l’autorité de l’État dans tout le pays. Elle doit également contribuer à la mise en œuvre de la feuille de route pour la transition, à la promotion et à la défense des droits de l’homme, au soutien de l’action humanitaire et à la sauvegarde du patrimoine culturel malien. Finalement, la MINUSMA a pour mandat de protéger les populations civiles et le personnel de l’ONU sur le terrain.



CONTEXTE


Le Mali, longtemps considéré comme l’un des pays les plus stables d’Afrique de l’Ouest, est secoué, le 22 mars 2012, par un coup d’État qui trouve ses racines dans la mauvaise gestion par les autorités maliennes de la crise touarègue dans le nord du pays. Si les Touaregs se sont déjà soulevés au cours des dernières années dans cette région où les frontières poreuses favorisent les trafics en tout genre, c’est bien l’afflux d’hommes et d’armes suite à la chute du régime libyen de Mouammar Kadhafi en 2011 qui donne une autre dimension au poids militaire de la rébellion. Les touaregs s’allient en créant le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et déclenchent en janvier 2012 une offensive avec pour objectif l'indépendance de l'Azawad, la partie nord du Mali. Dans le sillage du MNLA, quelques groupes islamistes tels qu’AQMI et Ansar Dine participent également à l’offensive.


Rapidement, plusieurs localités du nord, et les postes militaires censés les protéger tombent aux mains de ces groupes. Les soldats maliens réclament plus de moyens afin de contenir cette offensive menée par des forces mieux équipées. La grogne s’intensifie dans le rang au fil des revers face à l’inaction des autorités maliennes. Le 31 janvier, le chef d'état-major général des armées, le général Gabriel Poudiougou et les responsables politiques de la région sont rappelés à Bamako pour faire rapport aux autorités politiques, mais dans les rangs les tensions montent toujours. Au cours du mois de février, les troupes maliennes continuent à perdre du terrain et le 10 mars, Tessalit, près de la frontière algérienne tombe aux mains des groupes armés malgré l’intervention de l’aviation malienne.

 

LE COUP D'ÉTAT DU 22 MARS


C’est donc la frustration face à ce qui est perçu comme une certaine passivité d’un gouvernement plus préoccupé par les élections à venir que par la gravité de la situation dans le nord du pays qui pousse plusieurs soldats maliens à se rebeller contre leurs supérieurs militaires et civils, provoquant la chute du gouvernement. Le 22 mars, quelques douzaines de soldats armés se rebellent dans le camp militaire Soundiata Keïta de Kati, en périphérie de Bamako, prennent le bâtiment de l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (ORTM) avant de se diriger vers le palais présidentiel de Koulouba où se trouve le chef de l’État, Amadou Toumani Touré (ATT). Le palais tombe rapidement entre leurs mains : la junte forme un Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE), procède à l’arrestation des principaux responsables politiques du pays et suspend la constitution. Les élections présidentielles, qui devaient avoir lieu le 29 avril et voir ATT passer le relais à un successeur après deux mandats consécutifs, sont annulées.


Le coup d’État du 22 mars est condamné de manière unanime par la communauté internationale, et la CEDEAO évoque dès le 28 mars une éventuelle intervention militaire afin de ramener l’ordre constitutionnel. De plus, une coalition de partis politiques maliens, le Front uni pour la défense de la République et de la démocratie (FDR), se forme pour s'opposer au coup d'État. Pendant ce temps plus au nord, les groupes armés profitent du chaos régnant à Bamako pour prendre Kidal, Gao et Tombouctou, les trois principales villes du nord du pays. Le 1er avril, le MNLA déclare de manière unilatérale l’indépendance de l’Azawad, alors que le chef de la junte, le capitaine Sanogo promet un retour prochain à l’ordre constitutionnel. La CEDEAO et l’UA poursuivent leurs pressions sur les putschistes et décident d’imposer des sanctions sur ceux-ci.

 

ACCORD ET TRANSITION


Le 6 avril, devant les pressions de la CEDEAO, de l’UA et de la communauté internationale, le capitaine Sanogo annonce la signature d’un accord entre la junte et la CEDEAO. Cet accord prévoit notamment la désignation d’un Premier ministre et d’un président - poste qui sera occupé par le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré - et la tenue d’élections présidentielles et législatives, dans un délai d’au plus 40 jours. En échange, les putschistes obtiennent une amnistie ainsi que la levée des sanctions votées à leur encontre. Le 12 avril, M. Traoré est investi président intérimaire du pays, alors que débutent des discussions sur l’adoption d’une feuille de route pour la transition entre les putschistes et le médiateur désigné par la CEDEAO et président du Burkina Faso, Blaise Compaoré. L’astrophysicien Cheick Modibo Diarra est nommé le 17 avril Premier ministre par M. Traoré. M. Diarra nomme son gouvernement le 25 avril, mais l'arrestation de plusieurs personnalités laisse craindre une mainmise de la junte sur le pouvoir civil.


Dans ce contexte, la CEDEAO décide d’envoyer une mission afin de surveiller la transition, qui doit s’échelonner sur 12 mois. Ils n’écartent toutefois pas, dans des termes quelque peu équivoques, que cette mission puisse être éventuellement renforcée par le déploiement d’unités combattantes. Des désaccords entre la junte et la CEDEAO compliquent les négociations sur la transition. L’un des principaux points d’achoppement est la désignation du chef de la transition, les militaires appuyant la candidature du capitaine Sanogo, mais la CEDEAO souhaitant plutôt voir le président par intérim rester à la tête du pays. Finalement le 19 mai, la CEDEAO annonce que les responsables de l’ex-junte militaire malienne acceptent que M. Traoré continue de diriger la transition jusqu'à l'organisation d'élections. Deux jours plus tard, M. Traoré est attaqué et sérieusement blessé par des manifestants protestant contre la prolongation de son mandat pour toute la durée de la transition.

 

LES ISLAMISTES PRENNENT LE CONTRÔLE DU NORD


Alors que la CEDEAO continue les négociations en vue de déployer une mission au Mali et de trouver une solution politique à la crise, la situation sur le terrain évolue très rapidement. Le 27 mai, après plusieurs semaines de discussions parfois difficiles, la rébellion touareg du MNLA et le mouvement islamiste Ansar Dine fusionnent et proclament la création d'un État islamique dans le nord du Mali. Cependant, l'alliance des deux groupes rebelles est de courte durée et se dissout début juin en raison de différends irréconciliables. En effet, le MNLA, laïc, est opposé à la version stricte de la charia prônée par Ansar Dine alors que le groupe islamiste quant à lui cherche à imposer un État islamiste sur l'ensemble du territoire malien, et par conséquent rejette l'indépendance de l'Azawad. Dès le 8 juin, des affrontements éclatent entre les islamistes et les touaregs du MNLA. Un autre groupe islamiste, le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), se joint à Ansar Dine pour combattre le MNLA. Le 27 juin, les combattants du MNLA sont expulsés de leur quartier général à Gao par le MUJAO et deux jours plus tard, Ansar Dine les chasse de Tombouctou. À peine un mois après le début des combats entre les touaregs et les islamistes, le MNLA est totalement évincé du nord-Mali qui est à partir de ce moment complètement sous le contrôle des groupes armés islamistes.


Ce développement change fondamentalement la dynamique du conflit dans le nord qui n'est plus alimenté par des revendications nationalistes touarègues, mais s'inscrit désormais dans un registre de lutte contre le terrorisme et l'extrémisme islamiste. Après avoir pris le contrôle du nord-Mali, les groupes islamistes, en particulier Ansar Dine, commencent à détruire les mausolées de Tombouctou faisant partie du patrimoine mondial de l'UNESCO et à imposer une version stricte de la charia dans les zones sous leur contrôle. La communauté internationale condamne vivement ces actions. La population du nord-Mali organise également plusieurs manifestations pour s'opposer aux islamistes, en particulier aux châtiments publics brutaux utilisés pour imposer leur version de la charia.


La communauté internationale, jusque-là principalement préoccupée par le rétablissement de l'ordre constitutionnel, cherche désormais davantage à rétablir l'intégrité territoriale du Mali et à chasser les islamistes armés du pays. Ainsi, le 7 juin, des représentants de l'ONU, de l'UA et de la CEDEAO, se réunissent à Abidjan pour un sommet de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) au cours de laquelle ils demandent à l’UA de déposer une requête formelle auprès du Conseil de sécurité de l’ONU afin de fixer le mandat précis d'une opération militaire au Mali. Selon eux, il est nécessaire de mobiliser tous les moyens appropriés, y compris militaires, pour restructurer l’armée malienne, rétablir l’autorité étatique dans le nord du pays dans les plus brefs délais et combattre les groupes armés qui ont pris le contrôle de la région. Le 16 juin, à l’issue d’une réunion entre les chefs d'état-major des pays de la CEDEAO et des experts de l'ONU, de l'UA et des  États-Unis, l’organisation sous régionale annonce envisager le déploiement d’une force militaire d’environ 3300 soldats au Mali. Les chefs d’état-major précisent que la force servira à stabiliser et consolider les institutions de transition à Bamako, ainsi qu'à engager la reconquête du nord aux côtés de l'armée malienne. Lors de cette réunion, la CEDEAO demande également au Conseil de sécurité de l'ONU d'accélérer l'adoption d’une résolution autorisant le déploiement d’une force régionale dans le nord du Mali. Au début du mois de juillet, une mission militaire technique est envoyée par la CEDEAO au Mali dans le but de préparer l'envoi de cette force militaire ouest-africaine.

 

FORMATION D’UN GOUVERNEMENT D'UNION NATIONALE


Bien que l'envoi d'une force régionale pour aider l'armée malienne à reconquérir le nord devient l'option privilégiée au cours de l'été, l’aspect politique reste un élément central de la stratégie de résolution du conflit. En plus des négociations qui se poursuivent entre certains groupes armés islamistes du nord et de la médiation de la CEDEAO, la consolidation de la légitimité du gouvernement malien est un élément incontournable d’une solution politique à la crise. Le 7 juillet, le Groupe d’appui et de suivi sur la situation au Mali de la CEDEAO organise sa première réunion. Le Groupe réclame alors la mise en place, avant le 31 juillet, d'un gouvernement d'union nationale chargé de la mise en œuvre d'une feuille de route de sortie de crise au Mali. La CEDEAO menace de suspendre le pays si un tel gouvernement n’est pas formé et demande à la CPI de poursuivre les criminels de guerre dans le nord du pays. Le 1er août, alors que l’échéance établie par la CEDEAO pour la formation d’un gouvernement d’union nationale est arrivé à son terme, l’organisation accorde au Mali un délai de dix jours supplémentaires pour former le gouvernement d'union nationale. Finalement, ce n'est que le 20 août que la formation de celui-ci est annoncée. Aussitôt, la CEDEAO appelle le nouveau gouvernement malien, toujours dirigé par le Premier ministre Diarra, à agir rapidement pour organiser des élections et rétablir l'intégrité territoriale du pays. Cependant, le nouveau gouvernement d'union nationale est fortement critiqué par l'ensemble de la classe politique, tant par les opposants que par les partisans du putsch du 22 mars.


Le début du processus de concertation nationale est fixé au 26 novembre. Par ailleurs, au début novembre, le gouvernement annonce qu'il n'y aura pas d'élections organisées au Mali avant la reconquête du nord du pays. Dans les jours précédant le début des concertations nationales, le gouvernement annonce que celles-ci sont reportées et auront finalement lieu du 10 au 12 décembre. Le président Traoré explique que ce report vise à permettre une préparation et une inclusion optimales. Toutefois, plusieurs désaccords au sein de la classe politique, notamment concernant la composition de la commission chargée d’organiser les consultations et le déroulement de celles-ci, font obstacle à leur tenue. Le 10 décembre, le Premier ministre Diarra est arrêté à son domicile par des militaires sous les ordres du capitaine Sanogo, et est accusé d'avoir géré la crise malienne en fonction d’un agenda personnel. M. Diarra qui, contrairement à l’ex-junte, s’était montré favorable à une mission internationale, est forcé de donner sa démission ainsi que celle de son gouvernement. Le président malien annonce également le report des trois journées de concertation nationale à une date ultérieure indéterminée. Ce renversement du gouvernement de transition par les militaires est fortement condamné par la communauté internationale. Le 12 décembre, Diango Cissoko, est nommé au poste de Premier ministre et forme un nouveau gouvernement trois jours plus tard. Ce gouvernement intégrera des membres de l’ex-junte militaire (ceux-ci contrôlent entre autres les ministères de la Défense et de la sécurité intérieure) et des représentants des principaux regroupements politiques maliens, dont la COPAM.

 

L'ONU AUTORISE LA MISSION DE LA CEDEAO


Suite aux demandes de plus en plus pressantes de la CEDEAO et à l’envoi d’une mission technique de préparation au Mali, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte le 5 juillet 2012 la résolution 2056, qui soutient pleinement les efforts de la CEDEAO visant à résoudre la crise malienne, mais demande davantage de précisions sur les objectifs, les moyens et les modalités d’une éventuelle mission régionale. L’élaboration d’un projet de mission se poursuit au sein de la CEDEAO au cours de l’été (pour plus d’information voir la fiche de la MISMA). Finalement, le 4 septembre, estimant que l’urgence d’une action concertée du Mali, de la CEDEAO et de la communauté internationale n’est plus à démontrer, le président Traoré demande à la CEDEAO  d’appuyer militairement l’armée malienne pour reconquérir le nord du pays.


Suite à la demande officielle du gouvernement malien, les préparatifs pour le déploiement de la mission de la CEDEAO se poursuivent en coordination avec l'UA et l'ONU. D’autre part, la France joue un rôle de plus en plus actif dans la préparation de la mission notamment en proposant la résolution 2071, adoptée le 12 octobre par le Conseil de sécurité de l'ONU, qui donne notamment 45 jours à la CEDEAO et à l’UA pour préciser les modalités de leur intervention. Le 24 octobre, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA (PSC/MIN/COMM.2(CCCXXXIX)) approuve le concept opérationnel de la MISMA. Finalement, un « Concept harmonisé des Opérations pour le déploiement de la Force Internationale conduite par l’Afrique » est adopté le 11 novembre, lors d’un sommet extraordinaire de la CEDEAO et entériné par le Conseil de paix et de sécurité de l’UA (PSC/PR/COMM.2(CCCXLI) deux jours plus tard. Ce n'est cependant que le 20 décembre que le Conseil adopte, en vertu de l’article VII de la charte de l’ONU, la résolution 2085 autorisant le déploiement de la MISMA pour une période initiale de douze mois. La mission doit dans un premier temps reconstituer la capacité de l’armée malienne, puis dans un deuxième temps aider les autorités maliennes à reprendre le contrôle du nord et à réduire la menace posée par les organisations terroristes qui s’y trouvent.

 

INTERVENTION FRANÇAISE ET DÉPLOIEMENT DE LA MISMA


Le 11 janvier 2013, suite à une offensive-surprise des rebelles islamistes vers le sud du Mali, au cours de laquelle ces derniers envahissent la ville de Konna, la France décide de déployer immédiatement des soldats au Mali en soutien à l'armée malienne. L'opération française, baptisée Serval et qui a pour objectif de mettre fin à l'avancée de rebelles vers le Sud, réussit dans un premier temps à stopper l’avancée des forces rebelles, puis à les faire reculer. D'autres pays africains déploient également des troupes pour venir en aide au gouvernement malien dans leur lutte contre les groupes armés islamistes. Cette intervention militaire française, qui reçoit l’appui unanime des membres du Conseil de sécurité de l’ONU le 14 janvier, est en conformité avec la résolution 2085 et est saluée par la majorité de la communauté internationale, en particulier par l'UA, la CEDEAO, l'UE et l'OTAN.


Suite à l'intervention française, la CEDEAO autorise dans le communiqué N° 005/2013 du 11 janvier, l’envoi immédiat de troupes sur le terrain, dans le cadre de la MISMA, pour aider l’armée malienne à recouvrer l’intégrité de son territoire et lutter contre le terrorisme. Dès le lendemain, le Nigéria, le Burkina Faso et le Niger s’engagent à déployer à court terme des troupes dans le cadre de la MISMA. Le 13 janvier, un premier groupe de militaires de la CEDEAO arrive à Bamako afin de préparer le déploiement de la MISMA. Parallèlement, plusieurs pays occidentaux, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Canada, à défaut de participer militairement à la mission, s’engagent formellement à fournir un soutien logistique à la mission.


Le 16 janvier, un premier contingent de 200 soldats tchadiens arrive à Bamako. Le 19 janvier, les chefs d’État de la CEDEAO demandent une contribution accrue aux opérations militaires au Mali tout en rappelant que l'opération Serval n'a pas vocation à se substituer à l'action de la MISMA. Le 22 janvier, face au recul des islamistes, l'armée malienne affirme qu’elle compte reprendre le contrôle de Gao et Tombouctou en moins d’un mois. Cependant, comme le démontrent les accusations d’exactions et d’exécutions sommaires formulées contre les forces maliennes depuis le début de l’offensive, d’importants défis restent encore à relever dans la reconquête du nord, en particulier concernant la formation et le professionnalisme des troupes maliennes. De plus, les groupes islamistes armés opposent une plus grande résistance qu’anticipée face à l’avancée des troupes maliennes et internationales.


Lors de sa 358e réunion le 7 mars 2013, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA entérine un nouveau du Concept d’opérations harmonisé (CONOPS). Conformément à ce nouveau CONOPS, la MISMA passe sous l’autorité de l’UA. Le document n’est toutefois pas accessible au public, ce qui rend opaques les modalités de ce transfert d’autorité ainsi que ses implications. Ce changement vise principalement à permettre à des pays africains ne faisant pas partie de la CEDEAO de participer à la mission.

 

TRANSFORMATION DE LA MISMA EN MISSION DE L’ONU


L'implication de l’ONU dans le dossier malien s’intensifie au cours des premiers mois de 2013. Conformément à la résolution 2085, le Bureau des Nations Unies au Mali (BUNUMA)  commence à se mettre en place le 21 janvier. Tout au long de la planification de ses activités, le BUNUMA consulte les autorités maliennes pour déterminer leurs besoins et ainsi adapter l’appui à apporter aux Maliens pour leur permettre de régler par eux-mêmes la crise politique.


Outre la présence du BUNUMA, l’ONU est de plus en plus sollicitée pour jouer un rôle de soutien et de complément à la MISMA. Le 25 février, Ban Ki-Moon fait parvenir au Conseil de sécurité de l’ONU (S/2013/113) une lettre du président malien par intérim. Ce dernier y explique que l’objectif de libération du territoire du Mali établi par la résolution 2085 n’est pas encore atteint et que la présence de terroristes sur une partie du territoire malien continue de menacer la sécurité sous régionale et même internationale. Par conséquent, le président Traoré sollicite le soutien de l’ONU pour assurer une mise en place rapide de la MISMA de manière à répondre au mandat concernant la restauration de l’autorité et de la souveraineté de l’État malien sur l’ensemble du territoire national. Selon lui, la réalisation de cet objectif conduira à une transformation de la MISMA en une opération de stabilisation et de maintien de la paix de l’ONU. Dans sa réponse, le président du Conseil de sécurité demande au Secrétaire général de formuler, dans son prochain rapport sur le Mali, des recommandations en vue de la création d’une telle opération, notamment sur sa taille, son mandat et sa composition.


Les conclusions de la délégation pluridisciplinaire conduite au Mali par le Sous-secrétaire général aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, Edmond Mulet et les recommandations du Secrétaire général sont finalement présentées au Conseil de sécurité dans son rapport du 26 mars (S/2013/189).  C’est finalement le 25 avril que le Conseil de sécurité, agissant en vertu du Chapitre VII de la charte de l’ONU, adopte la résolution 2100 autorisant la création de la MINUSMA pour une période initiale de 12 mois et demande au Secrétaire général d’y intégrer le BUNUMA. Le Conseil décide également que l’autorité de la MISMA sera transférée à la MINUSMA à compter du 1er juillet 2013, date à laquelle la nouvelle mission commencera à s’acquitter de son mandat. Ainsi, les effectifs militaires et le personnel de police de la MISMA correspondant aux normes de l’ONU seront intégrés à la MINUSMA en étroite coordination avec l’UA et la CEDEAO.


Le mandat de la MINUSMA est articulé autour de sept axes (Voir fiche sur le mandat de la MINUSMA) et le Conseil autorise la mission à user de tous moyens nécessaires, dans la limite de ses capacités et dans ses zones de déploiement, pour s’acquitter du mandat. La résolution autorise aussi l’armée française, dans la limite de ses capacités et dans ses zones de déploiement, à user de tous moyens nécessaires, à partir du commencement des activités de la MINUSMA jusqu’à la fin de son mandat, d’intervenir en soutien aux éléments de la Mission en cas de danger grave et imminent.


Depuis juillet 2013, le mandat de la MINUSMA a été renouvelé trois fois. Au 30 juin 2016, les effectifs de la mission s’élèvent à 12 022 personnes dont 10 732 militaires, 1250 policiers et 40 experts. 52 pays contribuent aux effectifs de la mission dont les 5 plus gros contributeurs sont respectivement : le Burkina Faso, le Bangladesh, le Tchad, le Togo et le Sénégal.

RÔLE DE LA MINUSMA DANS L’EVOLUTION DU PROCESSUS DE PAIX


Afin de remplir les objectifs qui lui ont été assignés, la mission a, depuis sa création, contribuée à la stabilisation du nord Mali et au retour de la paix. En effet, la MIMUSMA a accompagné les autorités maliennes dans l’organisation des élections en 2013 et 2015, notamment via l’apport d’une aide logistique et technique pour le dépouillement du scrutin ou encore la sécurisation des élections. La mission a également joué un rôle non négligeable dans la cessation des hostilités entre les groupes rebelles et le gouvernement ainsi que pour la signature des accords de paix. Elle continue à aider le gouvernement malien à redéployer ses fonctionnaires et ses militaires sur l’ensemble du territoire national, en particulier dans les régions de Mopti, Gao, Kidal et Tombouctou. Toutefois, le Secrétaire général des Nations unies rappelait que « les réformes politiques et institutionnelles prévues dans l’accord de paix n’ont pas beaucoup progressé » et mettait en avant la lenteur de la mise en œuvre de l’accord.


Dans le domaine social et humanitaire, la MINUSMA a multiplié les actions sociales de sensibilisation sur les droits de l’Homme, sur la justice transitionnelle, la réconciliation ou encore l’implication des femmes dans le retour de la paix. Lors des inondations à Ménaka en août 2015, la mission a apporté son aide aux sinistrés en évacuant et en logeant les familles dans le besoin. La MINUSMA avait annoncé en juillet 2015 vouloir consacrer 4 millions de dollars pour la réalisation de 114 projets à impact rapide en 2015 et 2016. Ce projet a été concrétisé en partie avec l’acheminement de l’aide humanitaire (eau potable, kits photovoltaïques et centre de santé locaux) dans les régions de Mopti et Tombouctou. De plus, la mission, en collaboration avec l’UNESCO, a poursuivi la rénovation d’une partie des mausolées de Tombouctou détruits par les islamistes.

 

LA MINUSMA ENTRE CRITIQUES ET INTENSIFICATION DE LA VIOLENCE


La MINUSMA fait face de plus en plus à une recrudescence de la violence. D’une part, la mission est fréquemment la cible d’attaques de groupes rebelles islamistes. Celles-ci se sont intensifiées depuis le début de l’année 2016 avec 101 personnes tuées, Casques bleus et civils inclus. « Les attaques sont de plus en plus complexes et sophistiquées, combinant des dispositifs explosifs placés en bord de route et des embuscades », déclara le Secrétaire général des Nations unies dans son dernier rapport sur la situation au Mali. L’attaque du Radisson Blu de Bamako en novembre 2015 illustre les capacités d’action des groupes islamistes et l’insécurité grandissante même au sud du pays.


D’autre part, des tensions intercommunautaires se sont développées dans le centre du Mali. Des groupes armés d’autodéfense issus des communautés locales se sont formés en instrumentalisant l’insécurité régnant dans le pays et les tensions locales sur fond de délégitimation de l’Etat malien. L’International Crisis Group (ICG) soulignait dans un rapport que ces violences étaient hâtivement attribuées à des groupes djihadistes alors que les causes sont profondes. Le vide sécuritaire laissé par l’armée malienne et la fuite des fonctionnaires de l’Etat ont contribué à la création de ces groupes, une création facilitée également par la circulation accrue des armes dans le pays. L’exclusion des tribus du centre de l’accord de paix a du même coup accentué le sentiment d’abandon et de « victimisation ethnique » ainsi que les griefs contre l’Etat malien. Par ailleurs, les dirigeants politico-militaires des groupes armés issus de la CMA (Coalition des mouvements de l’Azawad) et de la plateforme (pro-gouvernementale) ont initié une série de rencontre à Anefis en septembre et octobre 2015 afin d’apaiser ces tensions locales. Ces rencontres se sont soldées par la conclusion de plusieurs pactes intercommunautaires et une déclaration commune comprenant un engagement à faire cesser les hostilités. Il faut cependant rester prudent sur la fin de ces hostilités et « ne pas confondre un moment d’accalmie et le retour de la paix durable », selon l’ICG.


Outre cette intensification de la violence, la MINUSMA fait face à un autre problème. Alors que son mandat a été renouvelé en juin 2016, la mission est confrontée à une double crise de confiance, entre elle et les autorités maliennes d’une part et avec certaines populations civiles d’autre part. Les autorités maliennes ont à plusieurs reprises critiqué l’attitude de la MINUSMA face à des situations d’urgence et dénoncé les insuffisances de son mandat. En mai 2014, le gouvernement avait critiqué l’attitude des Casques bleus de la MINUSMA lors de combats entre l’armée malienne et les différents groupes armés. Le président malien Ibrahim Boubacar Keita (IBK) déclarait à cet effet : « Nos amis de la MINUSMA, je dis bien nos amis de la MINUSMA, nos amis de Serval, sont en mission ici, au Mali, pour aider le peuple malien à se retrouver, pour aider l’Etat du Mali à reprendre les choses en main, qui nous avaient échappées et qui dans bien des domaines nous échappent encore ». Ces critiques avaient été reprises par les populations lors de manifestations à Bamako, Gao et Tombouctou contre les militaires Français de l’opération « Serval » et la MINUSMA. Plus récemment, les autorités de Bamako  réclamaient une MINUSMA plus offensive dans le cadre du renouvellement de son mandat. En avril 2016, IBK demandait à la mission de s’investir davantage dans la lutte contre le terrorisme tout en pointant du doigt l’insuffisance de ses moyens. La mission, de son coté, dénonçait dans deux rapports conjoints avec le Haut-commissariat des Nations pour les droits de l’Homme, (Evènements de Kidal et de Tin Hama), des violations massives des droits de l’Homme commises par les Forces de défense et de sécurité maliennes.


Du coté de certaines populations, un sentiment de rejet de la présence de forces internationales a émergé ; « ces derniers ayant du mal à évaluer l’efficacité de la MINUSMA au regard de la dégradation de la situation sécuritaire » (FIDH). Plusieurs manifestations contre la mission ont eu lieu à cet effet  à travers tout le pays. En octobre 2015, la Coordination des organisations du mouvement démocratique au Mali organisait une marche de protestation pour « dénoncer le jeu trouble de la mission onusienne et l’ensemble de la communauté dans le processus de paix ». Le 18 avril 2016, plus de 500 manifestants ont protesté à l’aéroport de Kidal contre la présence des forces internationales. Ils ont ainsi pénétré sur la piste d’atterrissage et endommagé plusieurs installations. On dénote à la suite de ces manifestations deux morts et des blessés parmi les populations civiles. Dans ce contexte, le renouvellement du mandat de la mission a soulevé des questions au sein de la population sur l’utilité de la présence onusienne face à la recrudescence de la violence. L’impartialité de la mission est également remise en cause.

En plus de ces critiques, la MINUSMA fait face à un manque de moyens humains, logistiques et financiers pour soutenir la sécurisation du nord et pour se déployer convenablement  en dehors des zones urbaines. Dans son dernier rapport sur la situation au Mali, le Secrétaire général des Nations unies recommandait l’augmentation des forces militaires et de police. Il appelait également les pays fournisseurs de contingents, à respecter les obligations qui leur incombent. La mission doit également faire face à la violence sexuelle. Un cas de viol par des soldats du contingent tchadien de la MINUSMA avait été recensé en 2013.

 

Thomas Poulin

Agent de recherche au ROP (2013)

Fiche mise à jour le 26 juillet 2016 par Ndeye Ndebane SARR,

Stagiaire au Centre d’étude des Crises et des Conflits Internationaux