Fiche d'information de l'État : Tunisie Tunisie

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Tunisie

La République tunisienne, pays d’Afrique du Nord, est membre de trois organisations habilitées à mener des opérations de paix : l’ONU (1960), l’UA (1963) et la Ligue des Etats arabes (1958)

Politique de maintien de la paix

 

Pays peuplé d’un peu plus de 10 millions d’habitants et doté d’une superficie de plus 163.000 km2, la Tunisie partage les frontières avec deux des plus grands pays d’Afrique, à savoir l’Algérie à l’ouest et la Libye à l’est.

 

La principale source de revenus du pays étant le tourisme, l’économie dépend dans une grande mesure de la stabilité intérieure du pays, mais également de la stabilité de la sous-région et du continent, d’où l’engagement de longue date de Tunis pour les opérations de paix, que celles-ci soient menées par l’ONU ou par l’UA. Le besoin de stabilité du pays explique aussi pourquoi la Tunisie pousse pour une plus grande intégration régionale, avec l'Algérie, la Libye, le Maroc et la Mauritanie, au sein du l’Union du Maghreb Arabe (UMA) d’un côté - cette Communauté économique régionale (CER) étant la moins avancée du continent africain en termes d’institutionnalisation - et avec l’Europe dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée (UPM) d’un autre côté.

 

Le pays a une vision plutôt traditionnelle du maintien de la paix et rejette ainsi le concept d’imposition de la paix. La longue dictature de Zine el-Abidine Ben Ali explique en grande partie l’attachement historique des autorités tunisiennes au concept de souveraineté et aux principes du maintien de la paix traditionnel, à savoir le consentement du pays-hôte, l’impartialité et la non utilisation de la force. Ainsi, le pays se spécialise principalement dans le déploiement d’observateurs militaires.

 

La Tunisie est également un ardent défenseur du concept de coopération triangulaire dans les opérations de paix, c'est-à-dire d’une plus grande coopération entre le Secrétariat de l’ONU, les pays fournisseurs de contingents et le Conseil de sécurité, en particulier dans les semaines précédent le renouvellement du mandat d’une mission de paix. Tunis est aussi en faveur d’une réforme du Conseil de sécurité et souhaite notamment voir un siège permanent attribué à un pays africain.

Structures décisionnelles

 

Selon la Constitution tunisienne de 1959, document abrogé en mars 2011, le président du pays est le chef suprême des armées. La décision de déployer du personnel au sein d’une opération de paix n’est encadrée par aucun instrument juridique, mais certaines procédures se sont mises en place au fil de l’étroite collaboration qui s’est instaurée - en termes de maintien de la paix - entre la Tunisie et les organisation auxquelles elle appartient.

 

Selon ces procédures, lorsqu’une demande de déploiement est signifiée à la Tunisie par des organisations internationales, le ministère des Affaires étrangères transfère cette demande au ministère de la Défense, qui est le point focal du processus décisionnel. Les deux ministères émettent ensuite un avis au président du pays quant à la demande de déploiement et c’est ce dernier qui décide de la participation ou non de personnel tunisien. Le Parlement n’est ainsi normalement pas inclus dans le processus décisionnel.

 

Il convient toutefois de noter que l’Assemblée constitutionnelle, qui doit présenter son projet de Constitution en octobre 2012, et la prochaine assemblée législative, pourraient fort bien codifier et/ou modifier le processus de déploiement de personnel dans des OMP. Il est d’ailleurs à prévoir que le Parlement ait un poids plus grand dans ce processus décisionnel.

 

Evolution de la participation au maintien de la paix

 

La Tunisie a commencé très tôt à participer aux opérations de paix de l’ONU, déployant plus de 2200 soldats au Congo sous la bannière de l’ONUC dès 1960, soit quatre ans à peine après son indépendance, alors que le pays occupe un siège de membre non-permanent au Conseil de sécurité. Cet activisme précoce se calme toutefois rapidement puisqu’il faudra attendre les années 1990 pour voir le pays participer, de manière beaucoup plus modeste, à sa seconde mission de paix, les autorités décidant d’envoyer neuf observateurs au Sahara occidental dans le cadre de la MINURSO.

 

Les années 1990 sont marquées par une participation en dents de scie, très forte en début de décennie, puis quasi-nulle par la suite. Ainsi, les années 1992, 1993 et 1994 voient la Tunisie effectuer un retour en force dans le domaine du maintien de la paix. En 1992, Tunis décide de l’envoi de près de 1000 troupes au Cambodge, au sein de l’Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge (APRONUC), alors que l’année suivante, le pays s’implique en Somalie avec l’ONUSOM et que 1994 voit les autorités déployer plus de 850 soldats à la MINUAR, au Rwanda. Cette dernière participation, qui se termine par un génocide en dépit de la présence de Casques bleus, s’avère toutefois autant traumatisante pour la Tunisie que pour l’ONU. La deuxième moitié de la décennie est ainsi le témoin d’un retrait du pays des opérations de paix, sa participation oscillant entre cinq et 35 personnels.

 

Les années 2000 voient à nouveau le pays participer de manière plus consistante aux opérations de paix. En 2000 et 2001, le pays siège une troisième fois en tant que membre non-permanent du Conseil de sécurité (la deuxième ayant été en 1980 et 1981) et décide de s’impliquer en RDC en envoyant 250 troupes à la MONUC. En 2003, Tunis augmente sa contribution à la MONUC en faisant passer son contingent de 250 à environ 500 soldats. Ce pallier sera maintenu jusqu’à la fermeture de la MONUC, qui laissera sa place à la MONUSCO avec des effectifs réduits. Depuis 2010, la Tunisie ne déploie plus qu’une quarantaine de personnels en RDC et en Côte d’Ivoire.

 

En janvier 2011, le pays a connu ce qui restera dans l’Histoire comme le Printemps tunisien, révolution à l’issue de laquelle le président Zine el-Abidine Ben Ali est renversé, mettant fin à un règne sans partage de près de 25 ans. Si les nouvelles autorités du pays affirment que ce bouleversement n’altèrera en rien la politique de maintien de la paix de la Tunisie et si le nombre de Casques bleus tunisiens déployés n’a pas substantiellement changé depuis ce bouleversement (celui-ci ne s’établissant toutefois qu’à environ 40), il est encore trop tôt pour en juger. Tel que mentionné plus haut, l’adoption d’une nouvelle Constitution et le renforcement progressif des nouvelles institutions du pays permettront de voir si les nouvelles autorités feront du maintien de la paix une des priorités de leur diplomatie.

 

En date du 30 avril 2012, la Tunisie est le 79ème principal contributeur de troupes aux missions de l’ONU.

 

Damien Larramendy

Agent de recherche au ROP

11 juin 2012