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Venezuela

La République bolivarienne du Venezuela est un pays d’Amérique latine. Ses frontières sont partagées avec le Brésil, la Colombie, et la Guyane. Le Venezuela est membre de deux organisations internationales conduisant des opérations de paix : l’ONU (1945) et l’OEA (1948).

POLITIQUE DE MAINTIEN DE LA PAIX

La politique extérieure du Venezuela a connu des changements substantiels depuis la fin de la présidence d’Hugo Chávez (1999-2013). Désormais, les positions internationales de la Cinquième République (issue de l’Assemblée nationale constituante convoquée en juillet 1999) sont articulées autour de la « relance de la diplomatie commerciale, économique, et financière, la revitalisation de la politique de blocs commerciaux, [et la mise en place d’une] politique plus audacieuse face aux attitudes hégémoniques » des grandes puissances.

 

Dans le cadre de l’ONU, le Venezuela met l’accent sur la défense des Droits Humains, la solidarité entre les nations et le respect du droit à l’autodétermination des peuples et du principe de non-ingérence. En ce qui concerne spécifiquement les opérations de paix, la position du pays se base sur la conviction qu’une réforme majeure de l’ONU, notamment du Conseil de sécurité, est essentielle pour démocratiser la prise de décisions. Voilà pourquoi la candidature du pays à un poste de membre non permanent du conseil est une des priorités de la politique internationale du Président Chávez.

 

Le Venezuela approuve les missions de paix qui cherchent « exclusivement à préserver la paix, dans le même esprit qui les a inspirés jusqu’à présent ». Autrement dit, le pays appuie les opérations basées sur les principes de libre consentement des parties (préalable au déploiement), l’impartialité de l’intervenant et l’utilisation des moyens militaires seulement en cas de légitime défense. Dans cette optique, tout recours à la force ainsi que les tâches de reconstruction post-conflictuelle sont perçues comme des atteintes au droit à l’autodétermination des peuples, consacré dans la Charte de l’ONU.

 

Le Venezuela n’a jamais développé une tradition de multilatéralisme au sein de l’ONU. L’origine de sa participation aux opérations de paix se trouve en 1965-66, lorsque 12 officiers ont été envoyés en Inde et au Pakistan dans le cadre de l’UNIPOM. Toutefois, ceci représente davantage l’exception que la règle. Le pays n’a pas envoyé de personnel dans le cadre du DOMPREP, même si le gouvernement vénézuélien ne s’est pas opposé à la désignation de José Antonio Moyobre (un diplomate de carrière du pays) comme Représentant du secrétaire général de l’ONU en République Dominicaine. En fait, les autorités se sont tenues loin du régionalisme et du multilatéralisme, en favorisant plutôt le bilatéralisme et l’autonomie et en focalisant la politique extérieure du pays sur la région centraméricaine.

CONSTRUCTION D’UN ETAT ACTIF ET SOLIDAIRE SUR LA SCENE INTERNATIONALE

L’autonomie et le bilatéralisme de la politique étrangère vénézuélienne sont consacrés par la « Doctrine Betancourt », instaurée par le président Rómulo Betancourt (1959-64) et poursuivie par le Président Raúl Leoni (1964-69). Pendant cette période, le pays a proclamé son appui à la démocratie en refusant de reconnaître tout chef de gouvernement latino-américain issu d’un coup d’État mené contre un président démocratiquement élu.

 

Quant à l’intérêt du pays pour l’Amérique centrale, il a commencé à croître pendant les années 1970-80. Les gouvernements ont renforcé les liens avec leurs pairs centraméricains. Convaincu que la solution à la situation centraméricaine passait par l’appui aux partis sociaux-démocrates et sociaux-chrétiens de la région, par l’instauration de régimes démocratiques, et par la non-intervention des États-Unis (contre le gouvernement sandiniste au Nicaragua), le président Luis Herrera Campíns (1979-84) lance la « Diplomatie de projection », un effort international visant à consolider une contribution « autonome et différente » du Venezuela en matière de recherche et maintien de la paix.

 

Toutefois, à la même époque, le pays montre un nouvel intérêt par les initiatives multilatérales de paix. Ainsi, en 1983, le Venezuela intègre, avec le Mexique, le Panama, et la Colombie, le « Groupe Contadora », une association formée pour empêcher l’intervention militaire directe des États-Unis au Nicaragua, et qui recevra en 1985 le support du « Groupe d’appui » (Argentine, Brésil, Pérou et Uruguay). Cette initiative comptera, à partir de 1986, avec le soutien de l’ONU et de l’Organisation des États Américains (OEA) en tant qu’outil de paix, de sécurité, et de démocratisation de la région centraméricaine.

 

La fin de la décennie 1980 correspond aussi à une participation plus active du Venezuela au sein des Nations Unies. Le pays a décidé d’envoyer douze observateurs militaires en Namibie (GANUPT), sept en Irak et au Koweït (MONUIK), ainsi que 15 officiers, 500 observateurs militaires, et du personnel civil au Sahara occidental (MINURSO). Le pays a également contribué aux efforts de paix en Amérique centrale (ONUCA) et au Salvador (ONUSAL). Dans le cadre d’ONUCA, le Venezuela a déployé 160 observateurs (parmi lesquels 50 officiers) dans 14 centres de vérification, trois bases d’opérations au Honduras et au Nicaragua, et dans chacune des cinq capitales de la région (Guatemala City, Managua, San José, San Salvador, et Tegucigalpa). Un bataillon de 700 soldats a également été déployé à la frontière entre le Nicaragua et le Honduras pour superviser le processus de démobilisation, de désarmement, et de réintégration (DDR) des belligérants nicaraguayens.

 

La période 1989-94 est sans doute la plus active du Venezuela dans le cadre des opérations de paix de l’ONU. En fait, le second règne du président Pérez commence avec la politique du « Grand virage » (1989) qui incluait, entre autres, des actions plus vigoureuses de promotion de la démocratie. Toutefois, le caractère fortement personnalisé de cette offensive donnera lieu à des sévères critiques de la part des cercles diplomatiques nationaux, des forces armées, et de l’opinion publique en général, qui remettront en question la pertinence de cette « hyperactivité » de la politique externe du pays ; depuis 2003, le pays est absent des opérations de paix de l’ONU.

 

En réalité, le « Grand virage » marque aussi le début du processus de décomposition de la Quatrième République. Le « Caracazo », un épisode de protestations populaires sévèrement réprimées par les autorités (février 1989), marque l’entrée du pays dans une période d’instabilité politique caractérisée par le coup d’État manqué d’Hugo Chávez de 1992, la destitution de Pérez en 1993 (accusé de corruption), deux présidences éphémères et la deuxième présidence de Rafael Caldera (1994-99). Le tout aboutira à l’écroulement des partis politiques traditionnels – AD et COPEI – face au Mouvement de la Cinquième République dirigé par Chávez, qui prendra le pouvoir en 1998. À partir de 1999, la priorité des autorités vénézuéliennes est la consolidation des bases nationales et internationales de la « révolution bolivarienne ».


La politique extérieure du Venezuela est orientée vers la consolidation des espaces politiques internationaux des pays en voie de développement. Dans ce dessein, il est essentiel de procéder à une réforme des organes de l’ONU pour favoriser une démocratisation des mécanismes de délibération, à commencer par le Conseil de Sécurité (défini ici comme la principale entité de la politique internationale, mais qui n’exprime que les intérêts de cinq de ses membres). Le Venezuela soutient qu’en raison de ce manque de représentativité, les opérations de paix peuvent faire l’objet de manipulation de la part des grandes puissances – et en particulier de la part des États-Unis – visant à camoufler des ingérences et des interventionnismes qui vont au-delà de l’esprit des principes énoncés dans le Chapitre VI de la Charte de l’ONU. Tant et aussi longtemps que ces organes internes ne seront pas démocratisés, « les opérations de paix connaîtront des difficultés à devenir un outil efficace dans la poursuite de l’objectif premier de l’ONU, c’est-à-dire le maintien de la paix et de la sécurité internationales. »

 

Ainsi, lors de son intervention lors de la LXI assemblée générale de l’ONU, le Président Hugo Chávez affirmait :

l’impérialisme nord-américain (…) réalise des efforts désespérés pour consolider son système hégémonique de domination (…) Ils veulent nous imposer le modèle de démocratie tel qu’ils le conçoivent, c’est-à-dire la fausse démocratie des élites et, de plus, en suivant une façon de faire assez originale, c’est-à-dire à travers les bombes et les invasions.

 

ÉVOLUTION DE LA PARTICIPATION AUX OPERATIONS DE PAIX

 

Depuis le décès d’Hugo Chavez, on remarque un relatif désengagement du Venezuela dans les opérations de maintien de la paix, du moins en ce qui concerne l’envoi d’effectifs sur le terrain. Néanmoins, le pays veille à garder un rôle important dans les discussions et s’oppose parfois à certaines résolutions en pointant du doigt certains points. En effet, son successeur, Nicolas Maduro, ancien ministre des relations extérieures, s’inscrit dans la continuité en adoptant l’utilisation d'une diplomatie   contestataire  comme vecteur de puissance .Ainsi, la diplomatie bolivarienne prônée par Chavez se perpétue.

 

Comme lors de son abstention lors du vote de prolongement de la mission MINUSS en 2016, le Venezuela adopte une position méfiante vis-à-vis de l’envoi de troupes ou de matériel et rappelle qu’il est nécessaire de garantir « l’intégrité territoriale » de l’Etat concerné. Positionnement similaire lorsqu’en avril 2016, le Conseil de sécurité vota le prolongement de la mission MINURSO au Sahara Occidental. La République bolivarienne a critiqué expressément le fait qu’il n’existe pas de volet incluant le respect des droits de l’homme dans le mandat de la mission.

 

En 2010, le Venezuela demandait déjà que le droit de veto soit élargi aux 15 membres du Conseil de Sécurité et suggérait que les pays en développement participent aux délibérations. Le souhait du Venezuela est de démocratiser les processus de décisions internes au Conseil et de veiller à ce que les intérêts nationaux n’empiètent pas sur les dispositifs de maintien de la paix.

Malgré cela, on remarque que l’engagement passé du gouvernement du Venezuela s’est principalement attaché à l’Amérique Latine (ONUSAL – MINUGUA – ONUCA) mais aussi à des Etats « non-alignés » (MONUIK – UNIPOM). Cela démontre également que le gouvernement dispose de sa propre stratégie participative.

 

De plus, le gouvernement Maduro s’est aussi inséré en 2013 dans les négociations des différends frontaliers entre Haïti et la République Dominicaine aux côté du CARICOM (Communauté caribéenne), de l’UE et de l’ONU. Ensuite, la question haïtienne et la mission de maintien de la paix MINUSTAH préoccupent grandement le gouvernement qui a profité de ses deux années de membre non-permanent du Conseil de Sécurité (2014-2016) pour protéger son allié et lui éviter toute ingérence étrangère. Le représentant vénézuélien aux Nations Unies tenait à rappeler que la situation actuelle d’Haïti était surtout due à l’interventionnisme des grandes puissances et qu’il fallait dorénavant avoir l’accord des élus locaux pour prolonger le mandat.

 

Tout en essayant de rester sur la ligne de sa doctrine initiale, le Venezuela s’est aussi souvent aligné sur les intérêts de la Chine, de la Russie ou d’autres de ses partenaires afin d’éviter toute déconvenue diplomatique qui entrainerait des dommages économiques.

 

On peut comprendre l’action diplomatique vénézuélienne à travers 2 axes différents qui font de cet Etat un acteur original. Premièrement, selon le position paper du Venezuela lorsqu’il était au Conseil de sécurité : le gouvernement s’appuie sur la « doctrine Capstone » qui redéfinit les grands principes d’orientations des opérations de maintien de la paix de l’ONU (http://modelun.ru/positions/SC/SC_VENEZUELA.pdf). Dans un second temps, Maduro souhaite perpétuer la tradition bolivarienne au service des « opprimés ». En juillet 2013, le président eut ses mots : « Pour être véritablement bolivariens, parler de Bolívar et se sentir un fils de Bolívar, il convient d’être authentiquement anti-impérialiste, anticolonialiste, républicain et révolutionnaire ».

 

De ce fait, le gouvernement est convaincu que son action d’empêcher tout consensus mondial contribue à l’équilibre des forces. Plongé dans une grande crise politique, économique, sociale et sanitaire, le Venezuela, par sa voix et son statut, cherche essentiellement à éviter que les pays participant aux opérations de maintien de la paix ne tirent profit de la situation recherché. Fin mars 2017, la République bolivarienne a demandé l’aide des Nations Unies pour faire face à la situation sanitaire désastreuse. Cet état de fait vient désormais le placer dans la situation d’un pays dans le besoin qui n’est désormais plus pourvoyeur d’effectifs aux missions de maintien de la paix. L’activisme vénézuélien alimente les débats internationaux alors que le pays se trouve dans une période de grands troubles.


Fernando A. Chinchilla
- Candidat au doctorat, science politique (Université de Montréal) Chercheur invité, science politique (Universidad de Los Andes)


Janneth Angélica Vargas
- Étudiante de maîtrise, science politique (Universidad de Los Andes)


Fiche mise à jour le 25 avril 2017 par Pierre Lacroix – Etudiant Master Relations Internationales – Université Jean Moulin Lyon III – Stagiaire au CECRI (Louvain-La-Neuve)