Fiche d'information de l'État : Belgique Belgique

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Belgique

Le Royaume de Belgique (en français ; Koninkrijk België en néerlandais, Königreich Belgien en allemand – les trois langues officielles) est un État fédéral d’Europe occidentale. Le pays compte parmi les membres fondateurs de quatre organisations internationales désormais habilitées à conduire des opérations de paix : l’ONU (1945), l’OTAN (1949), l’UE (1951) et l’OSCE (1975).

POLITIQUE DE MAINTIEN DE LA PAIX

 

La Belgique nourrit une longue tradition de promotion de la coopération internationale, du multilatéralisme et des organisations internationales. A travers celles-ci, le pays souhaite faire entendre sa voix sur la scène mondiale – la voix d’une petite puissance qui entend concilier un rôle « d’utilité internationale » et ses intérêts propres. Profitant du « rendement d’échelle » et de l’effet amplificateur d’institutions comme l’ONU ou l’UE, les autorités belges tentent d’influencer l’agenda international et d’exporter sur la scène mondiale ce qu’ils ont appelé, à l’aube de l’an 2000, « la diplomatie éthique (ou morale)» : une diplomatie « renouvelée » qui se veut fondée sur un strict respect des droits de l’Homme, la lutte contre l’impunité et la promotion de l’état de droit. Dans ce contexte, la Belgique a fait de sa contribution aux opérations de paix sous mandat d’organisations internationales l’un des piliers de sa politique étrangère.

 

La stratégie belge en matière d’opérations de maintien de la paix

Les opérations « hors zone », menées dans un cadre multinational, constituent désormais l’une des principales missions des forces armées belges. Leur restructuration, entamée au début des années 1990 et finalisée à travers la politique de Transformation de la Défense (initiée par le ministre Pieter de Crem à partir de 2009), a entériné cette évolution des priorités. Ainsi, le Plan stratégique 2000-2015 esquisse une évolution des armées belges afin d’accroitre leurs capacités de déploiement, d’augmenter leur modularité et de renforcer leur interopérabilité. Reposant sur le concept de « sécurité élargie » et sur l’orientation multinationale défendue par la Belgique, ce Plan stratégique souligne également l’importance de la complémentarité des pays contributeurs aux organisations internationales impliquées dans les opérations de maintien de la paix.

 

Un engagement limité par des raisons budgétaires et politiques

En dépit du rôle moteur que la Belgique entend jouer dans le programme de défense européenne, elle demeure une petite puissance dont l’engagement international est limité tant pour des raisons politiques que budgétaires. D’une part, les « dividendes de la paix » engrangés dès 1990 ont fait passer le budget Défense sous la barre des 1% du PIB, alors que la professionnalisation de l’armée impliquait une hausse des dépenses de personnel. D’autre part, la spécialisation entreprise par la Belgique au titre du Plan directeur 2003 privilégie certaines capacités « de niche » : déminage, opérations humanitaires d’urgence, largage de vivres à basse altitude, lutte contre les risques Nucléaires, Radiologiques, Biologiques, Chimiques (RNBC), formation de forces de sécurité ou d’officiers, forces spéciales d’intervention rapide. Ces capacités pourront être mises en œuvre par la Belgique dans le cadre d’opérations de gestion de crise ou de maintien de la paix.

 

Cependant, la capacité de projection de la Belgique ne dépasse guère les 1000 hommes (une moyenne de 1383 de 1989 à 2011), pour des effectifs militaires qui passeront de 40 000 à 34 500 personnels d’ici 2015.

 

Une politique au-delà du seul maintien de la paix : prévention et consolidation de la paix

La Belgique développe une politique multisectorielle de la sécurité, en conformité avec la Stratégie européenne de sécurité. Pour le maintien de la paix, la priorité est accordée à la prévention, à la gestion civile des crises, tandis que le pays opte, du point de vue militaire, pour une présence qualitative, en raison des limites susmentionnées.

 

En outre, depuis 2006, le Service public fédéral Affaires étrangères a créé un service Consolidation de la paix. Ce dernier résulte de la fusion des services de Diplomatie préventive et de Prévention des conflits. L’objectif du service de Consolidation de la paix est de financer des projets dans le domaine de la prévention des conflits. En 2009, plus de 31 millions d’euros ont été alloués à ce service. Les projets doivent répondre à un certain nombre de critères pour obtenir un financement. Pour le volet Diplomatie préventive, une attention est portée aux projets à court terme (1 an) de prévention et de résolution de conflits urgents. Pour le volet Prévention des conflits, certains projets peuvent s’étendre jusqu’à trois ans et sont plutôt axés sur le renforcement des institutions politiques, socio-économiques, juridiques et culturelles. Les projets sollicitant un financement doivent aussi faire partie de l’une des thématiques suivantes : consolidation et renforcement de l’état de droit, soutien à la liberté d’expression, gestion efficace et équitable des richesses naturelles, soutien des processus de paix, désarmement et déminage, lutte contre la diffusion illégale des armes légères et contre l’utilisation de mines antipersonnel et de bombes à fragmentation, soutien aux victimes civiles de conflits. Entre 2008 et 2011, le service Consolidation de la paix du SPF Affaires étrangères de Belgique s’est principalement concentré sur la région de l’Afrique centrale.

 

STRUCTURES DÉCISIONNELLES POLITIQUES ET MILITAIRES

 

Les structures et procédures décisionnelles quant au déploiement de personnels dans les opérations de paix ont commencé à changer en 1994, pour être réaménagées en janvier 2002. Par ailleurs, la Commission d'enquête parlementaire concernant les événements au Rwanda[1] a formulé de nombreuses recommandations, reprises dans la Note de politique générale du gouvernement du 28 janvier 1998, nouveau cadre de référence pour la prise de décision politique en ce qui concerne l’envoi de troupes belges dans le cadre des opérations de maintien de la paix sous l’égide des Nations Unies.

 

La décision d’engager des forces armées dans une opération des Nations Unies requiert une autorisation formelle du gouvernement belge. Si le Ministre des Affaires étrangères ne rejette pas la demande de l’ONU pour raisons politiques, le processus décisionnel s’enclenche. C’est le Conseil des ministres qui doit approuver la décision du Ministre de la Défense concernant le Concept d’opération (ou son adaptation), après analyse des facteurs militaires, humanitaires et politiques que peut induire une participation. La décision du Conseil est transmise à l’état-major, via le Cabinet, pour exécution. Une réunion de concertation consacrée aux opérations en cours a lieu une fois par semaine au niveau du Conseil des ministres. Le rôle du Parlement est en revanche minime. En effet, en vertu de l’article 167-1 de la Constitution [Le Roi doit] donn[er] connaissance [de l’état de guerre] aux Chambres aussitôt que l’intérêt et la sûreté de l’État le permettent, en y joignant les communications convenables.” Le Parlement est donc tenu au courant de l’évolution de la participation de la Belgique à des opérations militaires mais il n’intervient pas dans la prise de décision.

 

Le Ministre de la Défense est conseillé par le Chef de la Défense (CHOD), qui se situe au sommet de la hiérarchie de l’appareil militaire belge. Ce dernier formule des propositions relatives aux objectifs, missions, structures, règles d’engagement, et moyens en personnel et matériel afférents aux opérations planifiées ou en cours – propositions préparées au sein du département Opérations et Entraînement. C’est d’ailleurs le Sous-Chef d’état-major de ce département qui est le conseiller du Chef de la Défense dans sa fonction de commandant de la force d’intervention. Le Sous-Chef d’état-major Opérations et Entraînement rédige les plans d’opérations, il rend compte de l’entraînement des unités et de la situation des forces militaires belges sur le terrain. Enfin il formule des avis et recommandations relatifs aux besoins et aux moyens attribués. C’est lui qui, à l’intention du Ministre, fait préparer un dossier pour chaque opération dans le but d’obtenir une décision politique pour l’exécution de celle-ci.

 

Le déploiement et la gestion ou le suivi des détachements et des militaires individuels sont du ressort de l’état-major de Défense. Le Centre d’Opérations, qui dépend du Sous-Chef d’état-major Opérations et Entraînement, est en contact soutenu avec tous les détachements et militaires individuels en opération. Il présente quotidiennement une situation des opérations au Chef de la Défense – et le Cabinet du ministre est informé. Ce mécanisme permet aux responsables belges sur le terrain de réagir rapidement face à des questions qui nécessitent l’aval du Chef de la Défense.

 

Notons qu’il n’existe pas de document officiel public détaillant le processus décisionnel et la gestion militaire des opérations de paix au niveau national. Par contre, concernant les conditions d’encadrement politique, les moyens et les garanties relatives à la sécurité lors des missions de paix, la Note gouvernementale de 1998 émet entre autres des directives concernant : la clarté du mandat, son interprétation potentielle, l’armement et la légitime défense, les règles d’engagement, la formation et l’entraînement, le renseignement, la planification d’un plan d’évacuation ou « scénario catastrophe », un mécanisme de lessons learned. En outre, la mise à disposition pour les détachements envoyés en mission de tous les moyens opérationnels modernes constitue une condition à la participation à une opération. De surcroît, la Belgique n’enverra plus de troupes dans ses anciennes colonies au titre des OMP – règle onusienne négligée dans le cas de la MINUAR. Cette réserve n’empêche pas un appui logistique, de communication, ou financier à d’éventuelles missions déployées dans ces territoires.

 

Le gouvernement a décidé de faire rapport au Parlement, chaque année, sur l’état d’exécution de la Note d’orientation générale. Le Parlement est informé des développements de chaque opération par un groupe de travail de la Commission des Affaires étrangères du Sénat.

 

Pour les opérations menées par l’OSCE, ces mêmes règles sont d’application. Quant aux opérations de l’OTAN ou de l’UE, le contrôle politique s’opère selon les règles de fonctionnement propres à chacune de ces organisations.

 

EVOLUTION DE LA PARTICIPATION

 

Actuellement, la Belgique est engagée dans quatre opérations de paix de l’ONU[2] et a pris part à 13 opérations onusiennes désormais achevées. Il faut ajouter à ce chiffre une participation à des opérations de paix militaires et civiles de l’UE et de l’OTAN, dont deux sont achevées et dix sont en cours. Depuis 1960, 146 militaires belges ont perdu la vie dans des missions à l’étranger.

La participation belge aux opérations de paix de l’ONU

Pendant la Guerre froide, malgré le soutien belge aux OMP, la difficulté de concilier préséance accordée à l’ONU et intérêts nationaux se cristallise lors de l’indépendance du Congo. La présence militaire belge dans son ancienne colonie et son rôle dans la sécession katangaise entravent le travail des Casques bleus de l’ONUC. La situation se dégrade à un point tel que pour tenter d’empêcher une guerre civile imminente, le Conseil de sécurité recommande, le 21 février 1961, l’usage de la force en dernier recours. Après le retrait de l’ONUC en 1964, les Belges restent largement impliqués dans la guerre civile congolaise. Cet épisode dramatique marque une crise grave, et inédite depuis lors, entre la Belgique et les Nations Unies.

 

Par la suite, le pays s’aligne sur le camp occidental. Lorsque la Belgique accède au siège de membre (non permanent) du Conseil de sécurité à la fin de la guerre froide, elle revoit son implication dans les opérations de paix à la hausse. Elle passe alors, en 1990, d’une participation toute symbolique (5 observateurs) à des déploiements tous azimuts : en ex-Yougoslavie (FORPRONU, ATNUSO), en Somalie (ONUSOM) et au Rwanda (MINUAR). Lors de cette dernière mission, la Belgique perd 10 casques bleus à Kigali (7 avril 1994). Cet évènement marque les esprits et entraîne une réévaluation des conditions d’engagement des forces armées belges dans les opérations de paix.

 

Suite au drame rwandais, la Belgique est l’un des premiers Etats membres de l’ONU à demander une réforme des opérations de paix. En cause, la négligence du gouvernement belge et de l’ONU, alors même que le type de problèmes rencontrés par la MINUAR avaient été dénoncés après les opérations FORPRONU de 1992 et 1993. La Note de 1998 apparaît à bien des égards comme un prélude au Rapport Brahimi. C’est d’ailleurs à la Belgique qu’il échoit de négocier pour les Quinze, à l’occasion de sa présidence de l’UE, l’adoption des recommandations dudit rapport par l’Assemblée générale en 2001.

 

A l’exception d’une dizaine de militaires déployés pour des missions d’observation, la Belgique s’éloigne des opérations de paix de l’ONU entre 1998 et 2006 et ce en dépit d’une importante contribution financière (environ 60 millions d’euros). Durant cette période, la Belgique s’implique davantage dans les opérations de paix menées par l’UE et l’OTAN. Ceci s’explique en partie par le fait que les opérations de stabilisation dans les Balkans, initialement commandées par l’ONU, ont été reprises par l’OTAN et l’UE.

 

Depuis 2006, la Belgique renoue quelque peu avec de nouveaux engagements au sein des missions de l’ONU. L’implication belge dans la FINUL renforcée symbolise un tournant, puisque dès le 31 décembre 2006, 375 militaires se trouvent sur le sol libanais en tant que « casques bleus ».

 

En 2011, dans le cadre des résolutions 1970 et 1973 du Conseil de Sécurité, la Belgique met à disposition de la MANUL (Mission d’appui des Nations Unies en Libye) six avions F16 et un chasseur de mines « Narcis ».

 

En décembre 2012, une centaine de militaires se trouvent encore au Liban, ce qui constitue le plus important contingent belge dans le cadre des opérations onusiennes. À la même date, 25 militaires et policiers participent à la MONUSCO en République Démocratique du Congo (RDC) et deux experts belges font partie de l’ONUST (Organisme des Nations unies chargé de la surveillance de la trêve) en Israël. Par ailleurs, un policier est mis à la disposition de la MINUK, la Mission d'administration intérimaire des Nations unies au Kosovo.

 

L’engagement belge au sein de l’UE

Positionnement en faveur d’une politique européenne commune en matière de défense et de sécurité

La réalité de l’engagement militaire belge au niveau international s’inscrit en premier lieu dans le cadre de la politique européenne menée par la Belgique. Partisan de l’intégration, l’État belge s’est traditionnellement positionné en faveur d’une politique européenne commune en ce qui concerne les enjeux de sécurité et de défense. Soutenu par la France, l’Allemagne et le Luxembourg, le gouvernement belge propose le 29 avril 2003 la création, à terme, d’une « union européenne de sécurité et de défense », à l’occasion du « sommet des Quatre » qui se tient à Bruxelles. Cette rencontre a pour objectif la définition d’une ligne de sécurité et de défense européenne commune, pour éviter des divisions entre les puissances de l’UE telles que celles connues lors de la crise irakienne. Certains pays avaient alors, en effet, pris directement le parti de Washington, quand d’autres avaient refusé de suivre les Etats-Unis. Cet épisode avait montré la difficulté pour l’UE d’offrir une image cohérente en matière de politique extérieure. Des propositions de l’Accord de gouvernement du 10 juillet 2003 sont  reprises lors des négociations sur le projet de traité constitutionnel de l’UE (2004). Cet accord définit les objectifs du deuxième gouvernement Verhofstadt (2003-2007) et prône « une Europe des pays, des régions et des peuples, fédérale et politiquement unifiée, qui parle d'une seule voix dans le concert international et qui dispose d'une capacité de défense propre ».

 

En suivant cette ligne directrice, la Belgique encourage une intégration européenne plus poussée en matière de sécurité et de défense en contribuant notamment à la création du mécanisme européen de coopérations structurées permanentes (CSP), institué par le traité de Lisbonne (2007) et destiné à renforcer les capacités et moyens militaires mis à disposition des opérations de maintien de la paix menées par l’UE.

 

Les travaux préliminaires de l’Institut Royal des Relations Internationales permettent à la Belgique d’apporter une contribution significative à la Stratégie européenne de sécurité, adoptée fin 2003. Le Royaume belge contribue également à la mise en place des Battlegroups européens (EUGB) en fournissant un total de 450 à 500 militaires (en 2012), ce qui lui permet d’atteindre l’Objectif Global 2010[3]. La Belgique participe également aux grands chantiers européens en matière de transport stratégique et d’observation spatiale.

 

Diminution du budget consacré à la défense, mais participation croissante aux opérations : un paradoxe résolu par la réforme de l’armée belge

 

En parallèle au développement de la PESC\PSDC, l’OTAN met à jour son concept stratégique lors du sommet de Lisbonne des 19 et 20 novembre 2010 en accordant une plus grande attention à la gestion des situations post-conflits, aux nouvelles menaces ainsi qu’à la réforme et la transformation de l’Alliance en vue de réaliser au mieux ses objectifs essentiels (défense collective, gestion des crises et sécurité coopérative). Bruxelles prévoit aussi une réforme des forces armées belges, orientée vers une baisse du budget et des effectifs. Le ministre belge de la Défense, Pieter De Crem, affirme en 2012 que « les initiatives de pooling and sharing prises au sein de l’UE sur base du Ghent framework, et l’initiative de Smart Defence prise au sein de l’OTAN devraient résoudre le paradoxe entre l’augmentation des besoins opérationnels, d’une part, et la diminution des budgets de la Défense d’autre part ». Le 18 avril 2012, les Ministres de la Défense néerlandais, luxembourgeois et belge signent une déclaration d’intention de coopération en matière de défense. Cette coopération s’inspire directement des accords BENESAM, une série d’accords de coopération dans le cadre de la marine conclus entre la Belgique et les Pays-Bas entre 1948 et 1996 ayant permis l’acquisition d’expérience en matière de formation, de coopération logistique et d’échange de personnel (Accord gouvernemental : bilan Défense après 1 an). La déclaration du 18 avril annonce aussi l’éventuelle participation conjointe des trois pays du BENELUX aux opérations militaires menées par l’OTAN ou l’UE.

 

Une priorité donnée aux opérations déployées dans le cadre de l’UE

 

Bruxelles donne la priorité aux opérations de paix déployées par l’UE dans le cadre de la PESC/PSDC. Le gouvernement belge se prononce d’ailleurs en faveur d’un élargissement des missions de Petersberg, devenues effectives en 2009 avec l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Il s’agit des opérations militaires que l’UE peut mener dans les domaines où l’OTAN n’est pas engagée (missions humanitaires ou d’évacuation des ressortissants, missions de maintien de la paix ou missions de gestion de crise). La décision de participation à ces missions reste une décision souveraine des Etats membres. L’Etat belge appelle également à l’élargissement de la zone d’intervention de l’UE en accord avec les objectifs défendus par la Stratégie européenne de sécurité, adoptée fin 2003.

 

Dans cette même perspective, Bruxelles considère également que les missions de l’UE disposent de plus de moyens et sont plus à même d’atteindre leurs objectifs que les missions déployées par l’OTAN.

 

L’État belge s’est engagé dans les grandes opérations civiles et militaires de l’UE depuis 2003, y compris l’opération Artémis en République Démocratique du Congo, même si les soldats belges sont restés à l’écart du sol congolais. La Belgique a également contribué à remettre à l’agenda de l’UE et de l’ONU le règlement des conflits des Grands Lacs (volonté réaffirmée par le Premier ministre belge Elio di Rupo lors de son intervention à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU en 2012) et soutient le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix, au niveau bi- et multilatéral (NEPAD). Même si la règle de non-participation à une opération de paix militaire dans une ex-colonie n’est pas vraiment remise en cause, le pays a réinvesti le champ du maintien de la paix en Afrique. Ainsi, le pays est engagé en Somalie à travers la mission militaire de lutte contre la piraterie (EUNAVFOR ATALANTA), au Mali à travers la mission de formation militaire EUTM-Mali, déployée en parallèle de la MISMA, et en RDC à travers les missions civiles EUPOL -RDCongo et EUSEC-RDCongo.

 

La Belgique est également présente dans plusieurs autres missions civiles et de réforme du secteur de sécurité, comme en Afghanistan avec l’EUPOL Afghanistan, en Géorgie avec la MSUE, dans les territoires palestiniens avec l’EUPOL COPPS et l’EUBAM-Rafah, ainsi qu’au Kosovo avec l’EULEX Kosovo.

 

L’UE et l’OTAN : pour une collaboration sans exclusion

 

La Belgique souligne néanmoins la nécessité de collaboration entre l’UE et l’OTAN ainsi que l’importance des accords de Berlin Plus de 2003, prévoyant que l’UE puisse avoir recours aux moyens de l’OTAN. La Belgique s’oppose aussi à tout développement de la PSDC qui entrerait en contradiction avec l’OTAN.

 

Si la Belgique encourage le développement d’opérations déployées dans le cadre de l’UE, l’Alliance de l’Atlantique Nord demeure cependant la garante ultime de sa défense.

 

L’engagement belge à l’OTAN

 

Dès 1999, la Belgique se joint à l’intervention internationale menée au Kosovo par l’OTAN et participe à la KFOR jusqu’en 2010.

 

Suite aux attentats du 11 septembre 2001, l’Article 5 du Traité de Washington est invoqué pour la première fois. Cet article établit le principe de défense collective et stipule que lorsqu’un pays membre subit une attaque armée, chaque membre de l’Alliance pourra engager les mesures qu’il juge nécessaires pour venir en aide au pays attaqué. C’est dans ce contexte que l’OTAN réalise ses premières opérations « hors-zone » (c’est-à-dire à l’extérieur du territoire des Etats membres). Il s’agit tout d’abord d’opérations antiterroristes telles que l’Eagle Assist (octobre 2001 - mai 2002) dans la zone aérienne américaine et l’Active Endeavour (à partir d’octobre 2001 ) en mer Méditerranée. Au même moment, les Etats-Unis acceptent une relève de l’UE dans les Balkans.

 

Par ailleurs, la Belgique participe de manière active à la FIAS. Les forces armées belges ont notamment été présentes à Kandahar, où plusieurs chasseurs-bombardiers F16 sont déployés, à Kaboul, où elles ont sécurisé l’aéroport international, et dans la province de Kunduz, au sein d’une mission de formation de l’armée afghane.

 

Tout comme l’UE, l’OTAN est touchée par la crise irakienne de 2003. Le 10 février 2003, la Turquie invoque l’article 4 du Traité de l’Atlantique Nord qui prévoit une consultation des différents membres de l’Organisation si l’intégrité territoriale de l’un de ses pays est menacée. Les pays membres de l’OTAN ne parviennent pas à se mettre d’accord sur la prise, ou non, de mesures dissuasives et défensives dans la région. La Belgique, avec la France et l’Allemagne, estime qu’un engagement trop rapide de l’OTAN risquerait de mettre à mal toute résolution pacifique de la crise. Le 16 février, le débat est transféré au Comité des plans de défense qui finit par trouver un accord entre les différents points de vue des pays membres. L’opération Display Deterrence sera lancée en Turquie le 26 février et se terminera le 3 mai 2003. L’OTAN ne participe pas à la guerre d’Irak de 2003 à proprement parler, même si certains de ses pays membres font partie de la coalition militaire menée par les Etats-Unis. Le gouvernement intérimaire irakien fait toutefois appel à l’OTAN en 2004 pour la formation de ses forces de sécurité. L’opération NTM-I (NATO Training Mission – Iraq) est lancée le 10 juillet 2004 et se termine en décembre 2011.

 

Bruxelles indique au Sommet de Lisbonne de 2010 que le pays entamera le retrait de ses troupes d’Afghanistan dès 2012 en vue d’un retrait définitif au plus tard en 2014.

 

La Belgique offre une contribution significative, pour un État de son gabarit, à la Force de Réaction de l’OTAN (NRF), à savoir six chasseurs-bombardiers F16 et un chasseur de mines, ainsi que le personnel et les moyens nécessaires pour garantir leur opérationnalité. La Belgique soutient également le processus de transformation élargissant les missions de l’OTAN en termes de sécurité collective et de coopération.

 

Les actions de la Belgique à l’OSCE

 

La Belgique fait partie de l’OSCE depuis le 25 juin 1973 et elle préside l’organisation pour la première fois en 2006. Outre son bureau de représentation permanente à Vienne, la Belgique apporte un soutien financier aux projets réalisés dans le cadre de l’OSCE. Elle participe aussi de manière ponctuelle aux missions de terrain organisées dans le cadre de l’organisation.

 

Durant sa présidence de l’organisation, la Belgique s’est concentrée sur cinq points : la promotion de l’état de droit (amélioration des systèmes pénaux et de l’accès à la justice), la criminalité internationale, l’équilibrage des trois dimensions de l’OSCE (économique, humaine, politico-militaire), la poursuite de la réforme institutionnelle de l’OSCE (nouvelles menaces et nouveaux défis sécuritaires) et la progression vers la résolution des conflits « gelés » (Moldavie-Transnistrie, Nagorno-Karabakh, Ossétie du Sud et Abkhazie).

 

 

Coopérations bilatérales : les Programmes de partenariat militaire (PPM)

 

Si la Belgique est active en Afrique à travers les missions européennes et dans une moindre mesure onusiennes, elle l’est également au niveau bilatéral, puisqu’en République Démocratique du Congo, au Burundi, au Bénin et en Ouganda, Bruxelles met en œuvre son Programme de partenariat militaire (PPM). A travers ce partenariat axé sur la formation, l’instruction, l’encadrement ou l’appui dans le cadre de la création et le développement de gardes côtes ou de la lutte contre la contrebande, la Belgique maintient une présence dans certaines de ses anciennes colonies africaines.

 

Malgré une meilleure répartition du déploiement des troupes belges hors de son territoire, la Belgique se trouve à un carrefour délicat entre la rhétorique ambitieuse du « multilatéralisme efficace » et un statut de parent pauvre du maintien de la paix. Même si la politique belge défend une certaine complémentarité des organisations internationales de maintien de la paix, ses limitations en termes de capacités pourraient bien rendre son engagement encore plus sélectif. À ce titre, l’intégration européenne et le renforcement de l’OTAN constituent des leviers indispensables pour que la voix de la Belgique soit audible au niveau international, et ce alors que les conjonctures économiques ont mené le secteur de la Défense à une « Transformation » qui a réduit d’autant son budget et ses effectifs.

 

 

Elise Rousseau


Chercheure-stagiaire au Centre d’études des Crises et des Conflits internationaux (CECRI), Université catholique de Louvain

 

24 avril 2013

 

 

Sources principales

 

-       Site internet du SPF Affaires étrangères : http://diplomatie.belgium.be

-       Site internet de l’OTAN : http://www.nato.int

-       Site internet de l’OSCE : http://www.osce.org

-       Site internet du Ministre belge de la Défense : http://www.pieterdecrem.be

-       Site internet de la Défense belge : http://www.mil.be

 

-       Koops, Joachim et Edith Drieskens. 2012. « Providing for Peacekeeping : Country Profile Belgium». International Peace Institute. En ligne.

-       Liégeois, Michel et Galia Glume. 2008. « A Small Power under the Blue Helmet: The Evolution of Belgian Peacekeeping Policy». Studia Diplomatica vol. LXI, n°3, pp 111-138.

 


Notes

 

[1] Mort de 10 soldats belges déployés sous la bannière de l’ONU à Kigali (Rwanda) en avril 1994.

[2] Au 20 janvier 2013, la Belgique apportait un soutien, avec deux avions de transport C-130 et deux hélicoptères d'évacuation sanitaire, à l'opération que mène la France au Mali pour contrer l'avancée des islamistes.

 

[3] En 2004, l'UE décide de se fixer un nouvel objectif global militaire à l'horizon 2010. Il prévoit ainsi que les États membres seront "en mesure, d'ici 2010, de réagir par une action rapide et décisive, en appliquant une approche totalement cohérente à tout l'éventail des opérations de gestion de crise relevant du traité sur l'Union européenne".