Cantonnement

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Le cantonnement est l'une des phases subséquentes au cessez-le-feu. Il consiste dans le redéploiement de toutes les forces militaires ayant participé au conflit dans des centres de regroupement. Il précède généralement les activités de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) des ex-combattants.

 

Le stationnement et le rassemblement sont des termes qui sont aussi communément utilisés pour désigner la phase de cantonnement. Durant celle-ci, toutes les forces sont consignées dans des centres déclarés et enregistrés par la structure désignée à cet effet (souvent une commission de cessez-le-feu). Toutes les forces demeurent dans ces centres, généralement jusqu'à l'achèvement du processus de démobilisation.

Au niveau politique et militaire, le cantonnement dans sa finalité repose sur la conviction que « le pouvoir ne doit pas être au bout du fusil ». Le pouvoir légitime proviendrait des urnes et non de la force armée. Celle-ci devrait servir, en vertu des accords de paix, à la défense de l’intégrité du territoire national en priorité. Outre ces fonctions pratiques, le cantonnement des ex-combattants devrait permettre d’accroître la confiance et la sécurité, en accordant une visibilité de chaque partie sur l’autre et donc de vérifier le respect des engagements pris lors des négociations de paix.

 

Un des aspects importants du cantonnement consiste à pourvoir efficacement aux besoins essentiels des troupes enregistrées. Leurs attentes particulièrement élevées à la fin d’un conflit sont difficiles à satisfaire. On se retrouve souvent dans des situations (conflit angolais) où les combattants frustrés de ne pas obtenir suffisamment de garanties (approvisionnement, protection des sites...) reprennent le chemin des armes.

Descriptif des programmes

En principe, déjà lors du cantonnement, les armes peuvent être collectées et les combattants officiellement préparés à la démobilisation. On peut entamer le processus d’identification des combattants et de leurs besoins Dès cette phase, on commence à leur donner une orientation concernant les possibilités de réinsertion sociale ou de formation, dans certains cas.

 

Durant la phase de cantonnement, les combattants doivent s’acheminer sur ce qu’on appelle "poste de désarmement". Ils y sont sommairement identifiés et enregistrés. Par la suite, les combattants remettent leurs armes, pour être reconduits dans les zones de cantonnement. Dans certaines situations, le cantonnement peut s’effectuer en deux étapes, surtout pour favoriser un désarmement graduel et intégral. La première étape porte sur le cantonnement des soldats de l’armée régulière dans leurs casernes. La deuxième étape porte sur le cantonnement des militaires des autres parties armées dans des sites préalablement identifiés et aménagés. Le cantonnement permet donc de constituer plusieurs sites, pour séparer les différentes forces ayant participé au conflit armé.

 

Pendant la phase de cantonnement des combattants, il peut arriver qu’on autorise ceux-ci à garder une partie des armes pour garantir leur sécurité, car elles représentent une forme de garantie en cas d’échec du processus de paix. Remettre son arme alors qu’il n’est pas encore prouvé qu’un processus de paix soit avantageux à long terme, équivaudrait parfois pour les ex-combattants à un véritable acte de foi. Dans certains cas, comme au Salvador, on n’a pas pu faire autrement qu’autoriser les combattants à conserver leur arme pendant toute la phase de cantonnement. Ce qui a fortement compliqué la tâche de vérification et de désengagement des milices.

Zones de cantonnement

Les zones de cantonnement sont soigneusement sélectionnées par les autorités compétentes et\ ou autres organes chargés de garantir le succès du DDR. Les zones choisies doivent refléter la situation politique locale et permettre de mieux préparer le désarmement. Les zones les plus affectées par les périodes de conflit sont souvent considérées en priorité. Ces zones de cantonnement sont établies de telle sorte qu’elles puissent être accessibles (à distance rapprochée) et sécurisées pour tous les ex-combattants.

 

Les zones de cantonnement sont munies d’installations de bases telles que :

 

 

  • Des quantités d’eau potable suffisantes
  • Des installations sanitaires
  • Des installations pour la nourriture
  • Des installations médicales et de santé
  • Des dispositifs de transport vers les communautés du choix des ex-combattants
  • Des installations de formation et de loisirs
  • Des installations particulières pour répondre aux besoins des groupes cibles (enfants-soldats, femmes...)

 

Le cas du Burundi

La MIAB et l’ONUB au Burundi

Le cantonnement des forces belligérantes au Burundi a été prévu par l’Accord d’Arusha du 28 août 2000, comme une étape nécessaire à la sortie de la guerre et à la construction d’une nouvelle armée réellement nationale et républicaine.

 

L’Accord d’Arusha prévoyait aussi le déploiement d’une force africaine d’observation (MIAB) qui avait pour mandat de surveiller la mise en œuvre du cessez-le-feu, de supporter le DDR, de mettre en place les conditions favorables à l’établissement d’une opération onusienne de maintien de la paix au Burundi (ONUB). L’ONUB fut donc chargée de surveiller et d’assurer la sécurité dans les sites de cantonnement des combattants en vue de leur désarmement intégral. Il s’agissait aussi pour l’ONUB de procéder au démantèlement des milices, de recueillir et d’entreposer en lieu sûr armes et munitions saisies.

 

L’Accord d’Arusha prévoyait la création d’une Commission Mixte (JCC), chargée d’identifier les zones de cantonnement et de travailler en consultation avec la Mission Africaine au Burundi (MIAB). Pour la MIAB, il s’agissait de dépêcher des observateurs, chargés de surveiller le respect des accords de cessez-le-feu. Il fallait aussi en collaboration avec l’ONUB, assurer la protection dans et autour des zones de cantonnement. Elle devait aussi se charger de surveiller la formation d’un gouvernement transitionnel, d’assurer le désengagement des forces et d’assumer un cessez-le-feu permanent dans ces zones.

Problèmes et perspectives

Dans plusieurs situations (Burundi, Angola), le cantonnement prend beaucoup de temps avant de se réaliser. La lenteur du processus contraint toute tentative de consolidation pacifique. La méfiance entre les factions est constante (très peu de soldats se rendent dans les sites de cantonnement, dès le début de cette phase). Ils refusent souvent de se déplacer dans des sites qui seraient trop éloignés des zones où ils ont eu à combattre. Le consentement volontaire au cantonnement se complexifie davantage lorsque les anciens combattants estiment que toutes les conditions de vie (salubrité, protection...) ne sont pas respectées dans ces sites.

 

En outre, les sites de cantonnement sont fréquemment mal conçus (car souvent très vite constitués, pour permettre le désarmement rapide des combattants). La mise en place bâclée de ces sites compromet le bon déroulement des processus de DDR. Les lieux de cantonnement ne correspondent pas toujours aux besoins sexo-spécifiques (femmes, petites filles sont souvent directement associées aux groupes armés). Les combattantes ne se sentent pas suffisamment en sécurité pour participer au DDR, parce que les sites de cantonnement ne leur offrent ni sécurité, ni services essentiels (précarité des soins de santé...).

 

Plusieurs organisations militent donc pour que le cantonnement ne soit pas autorisé tant que des fonds spéciaux ne seraient pas affectés à la protection des groupes cibles dans les sites proposés. Le manque cruel de moyens financiers et logistiques des commissions et des forces de paix chargées de faire respecter le cantonnement entrave toute disposition en faveur de cette activité. Garantir la libre distribution des services essentiels (vivres, eau, soins de santé...) reste primordial dans ces sites, si l’on veut que tous les ex-combattants puissent profiter des possibilités de réinsertion sociale.

 

Parmi les lignes de conduite préconisées par l’ONU, on peut retenir la volonté de multiplier les garanties aux ex-combattants, principalement par rapport à leur sécurité et à la prise en compte de leurs intérêts politiques. On recommande aussi la transparence et la diffusion d’informations quant aux efforts de paix, fournis par chaque camp sur le terrain. A ce titre, on peut donner aux parties la possibilité de vérifier les efforts réalisés par les autres dans les zones de cantonnement.

 

Plus spécifiquement, on retient principalement l’exigence de préparation minutieuse qui doit s’imposer comme pré-requis au cantonnement (protection des sites aménagés, choix géographique et neutre des sites, disposition de ressources et stocks nécessaires dans les sites...). Plusieurs rapports de l’ONU insistent sur le fait que le cantonnement ne devrait avoir lieu sans la signature d’un cessez-le-feu définitif et global incluant tous les belligérants. Ce qui permettrait d’associer toutes les factions armées aux perspectives de consolidation de la paix.

 

Ensuite, pour garantir une permanence durable du cessez-le-feu, la géographie et l’établissement des sites de cantonnement devraient être redéfinis. Il s’agit de considérer les besoins humanitaires et sécuritaires des groupes cibles (femmes, petites filles, enfants-soldats, handicapés...). La sécurité des femmes et des petites filles, en particulier devrait être assurée à l’intérieur des sites de cantonnement (ressources suffisantes, patrouilles régulières, clôtures de séparation... autant de mesures nécessaires pour garantir la protection des femmes).

 

De plus, le choix des sites devrait se faire avec beaucoup de précaution pour éviter toute ingérence d’autres factions armées ou pays limitrophes, qui verraient favorablement une reprise des tensions armées. C’est pourquoi, la neutralité et la transparence tout au long du processus demeurent des conditions préalables et continuelles pour la bonne réalisation du cantonnement, pour éviter la suspicion entre ex-combattants.

 

Mountaga Diagne

Doctorant et chargé de cours, Université du Québec à Montréal

2 mai 2006

 

Documents

Références

 

31 janv. 2005

"Zones de cantonnement", Chap. 1 L'évolution du concept de désarmement en Afrique.


ALUSALA Nelson et THUSI Thokozani. in Un pas vers la paix. Le désarmement en Afrique. Institute for Security Studies, Monographie No 98. pp.15-35.

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31 déc. 2004

Disarmament and the Transition in Burundi: How Soon?


ALUSALA Nelson. Occasional Paper 97. Institute For Security Studies. South Africa.

PDF 129 Ko
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