Casques bleus

Retour au détail: Casques bleus

 

Un Casque bleu est le nom employé pour désigner un soldat qui œuvre dans le cadre d'une opération de paix conduite sous l'égide des Nations unies. L'appellation provient du fait que ces militaires portent un casque militaire de couleur « bleu ONU ». Cet élément permet de les distinguer clairement des autres combattants.

 

En outre, la couleur rappelle le drapeau emblématique de l'ONU, qui représente l'ensemble des États membres de l'organisation. Depuis les vingt dernières années, les opérations de paix des Nations unies sont constituées à la fois de militaires et de civils. Ces derniers ne portent évidemment pas de casque militaire, mais sont tout de même coiffés d'une casquette symbolique bleue pâle afin qu'ils soient clairement identifiables. Même s'ils œuvrent aussi au sein d'opérations onusiennes, l'expression casque bleu ne s'applique toutefois pas à eux ; elle fait exclusivement allusion aux militaires.


Le mandat des Casques bleus varie selon les situations. Pour ce qui est de l’ONU, c’est généralement le Conseil de sécurité qui autorise les opérations de paix. C’est également cet organe qui définit leur mandat. Les types d’opérations dans lesquelles les Casques bleus sont dépêchés ont considérablement évolué depuis les soixante dernières années. Si un Casque bleu était originellement déployé dans le cadre d’une opération de maintien de la paix dite traditionnelle, il peut maintenant l’être dans des situations beaucoup plus conflictuelles et hostiles. Au cours des dernières années, les Casques bleus ont même utilisé la force pour imposer leur mandat. On différencie généralement les types de missions de paix par l’expression « générations d’opérations de paix ».

 

Depuis 2002, on célèbre le travail des Casques bleus partout dans le monde tous les 29 mai. L’Assemblée générale des Nations unies a décrété que cette date est désormais la Journée internationale des Casques bleus. La décision a été prise afin de « rendre hommage à tous les hommes et à toutes les femmes qui ont servi et servent encore dans des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, en raison de leur niveau exceptionnel de professionnalisme, de dévouement et de courage, et pour honorer la mémoire de ceux qui ont perdu la vie au service de la paix » (RES 57/129 2002).

Histoire des Casques bleus

C’est lors de l’intervention des Nations unies dans la Crise de Suez en 1956, que les soldats internationaux ont été coiffés pour la première fois de l’emblématique casque bleu. La Force d’urgence des Nations Unies I (FUNU I), qui constitue la toute première opération onusienne de maintien de la paix, avait été créée dans la hâte et la confusion. Le président égyptien de l’époque, Gamal Abdel Nasser, se disait réticent à voir des soldats internationaux, vêtus d’uniformes similaires à ceux portés par les militaires britanniques, se déployer sur son territoire. Il expliquait que les Égyptiens ne feraient pas la différence entre ces derniers, qui étaient perçus comme les agresseurs, et les effectifs des Nations unies. Le Canada était alors particulièrement visé puisque ses militaires étaient vêtus d’uniformes identiques à ceux des Britanniques, et le drapeau du pays arborait également le Union Jack. Afin de différencier les soldats onusiens des autres militaires, on eut l’idée de peindre des doublures de casques, données par les Américains, à l’aide de bombes aérosols de la couleur des Nations unies. Même si cette décision avait été prise hâtivement afin de ne pas compromettre la mise sur pied de la FUNU, l’idée est restée et les soldats onusiens subséquents ont, eux aussi, porté le casque bleu.

 

Depuis 1948, environ un million de Casques bleus ont participé aux soixante missions de paix créées par les Nations unies. Au mois de mars 2010, près de 124000 personnels militaires et civils étaient déployés dans plus de 16 opérations. En tout, ce sont plus de 2000 soldats qui ont trouvé la mort alors qu’ils étaient au service de l’ONU. On remet la médaille Dag Hammarskjöld à titre posthume aux soldats « morts au service de la paix ».

 

En 1988, l’ensemble des Casques bleus a été honoré par l’attribution du prestigieux Prix Nobel de la Paix. On reconnaissait ainsi la contribution exceptionnelle des soldats des Nations unies pour assurer la paix et la sécurité internationales.

 

D’autre part, l’ONU tente, depuis 2000, d’augmenter le nombre de femmes participant à ses opérations de paix. Historiquement, ce sont très majoritairement des hommes qui œuvrent au sein de ces missions. Le Conseil de sécurité a même adopté la résolution 1325 le 31 octobre 2000 afin d’encourager les États membres de l’ONU à recruter des femmes parmi leur délégation de Casques bleus. Selon l’ONU, en mars 2010, les femmes comptaient pour 7 % des 13 000 officiers de police et 2 % des 87 000 effectifs militaires. Si les pays nordiques ont été parmi les plus actifs dans l’incorporation de femmes dans leurs forces armées et au cours de leurs déploiements, c’est l’Inde qui a fourni le premier contingent entièrement féminin (une unité de police constituée) participant à une opération onusienne au Liberia en 2007.

Processus de recrutement des Casques bleus

Lorsque le Conseil de sécurité autorise une opération de paix, il demande par le fait même aux États membres de l’ONU de déployer des effectifs afin de pallier les besoins de cette dernière. Les États ne sont nullement contraints à contribuer à ces opérations. De plus, les pays qui sont directement ou indirectement impliqués dans le conflit en question ne peuvent pas fournir des effectifs, au risque de compromettre la mission en plus de miner la crédibilité des Nations unies. Pendant la période de la guerre froide, on demandait également aux cinq membres permanents de l’organisation (États-Unis, URSS, Chine, France et Grande-Bretagne) de ne pas contribuer aux missions de l’ONU afin d’éviter les risques d’affrontement entre eux, en plus de ne pas nuire à la crédibilité ainsi qu’au caractère neutre des opérations. Ce sont plutôt les puissances moyennes, comme la Nouvelle-Zélande, l’Australie, le Canada et le Danemark, qui étaient les principaux pourvoyeurs de troupes dans le cadre de ces opérations. Cette règle n’a été enfreinte qu’à deux reprises au cours de cette période, les Britanniques ayant participé à la Force des Nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP), et les Français s’étant déployés dans le cadre de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL).

 

Or, la fin de l’empire soviétique a rendu cet accord tacite caduc. Depuis lors, il n’est pas rare de voir des militaires provenant des grandes puissances participer aux missions de paix des Nations unies. Ainsi, il n’était pas rare, au début des années 1990, de voir des militaires provenant des grandes puissances participer aux missions de paix des Nations unies. Cette tendance a toutefois été de courte durée, enrayée par l’échec notamment des missions en Somalie, au Rwanda et en ex-Yougoslavie. Aujourd’hui hormis les missions d’interposition que sont l’UNFICYP et la FINUL - auxquelles elles participent depuis leur création - les grandes puissances préfèrent intervenir, certes avec le mandat des Nations unies mais de façon autonome. La Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) en Afghanistan n’est pas une opération onusienne et ne porte donc pas le casque bleu de l’ONU. Parmi les principaux contributeurs de Casques bleus, on compte des fournisseurs traditionnels de troupes (Bangladesh, Pakistan, Inde…), des géants régionaux (Nigéria, Afrique du Sud, Ghana, Brésil…) ainsi que des nouveaux venus (Rwanda, Chine…). Le Rwanda est le deuxième contributeur de troupes de la Mission hybride ONU/UA au Darfour (MINUAD), après le Nigéria, un atout diplomatique non négligeable.

 

La fin de la guerre froide a également eu des conséquences sur le nombre de soldats participant aux différentes opérations onusiennes. Si les missions créées avant 1991 comptaient généralement quelques centaines de Casques bleus (quelques milliers au plus), les premières qui ont été mises sur pied suite à l’effondrement du Mur de Berlin étaient constituées de plusieurs milliers d’effectifs. Par exemple, à son paroxysme, la Force de protection des Nations Unies en Yougoslavie (FORPRONU) était constituée d’environ 35 000 personnes ; un précédent pour l’ONU.

Rémunération

Les Casques bleus sont rémunérés par leur propre gouvernement selon leurs échelles salariales respectives. De leur côté, les Nations unies dédommagent les États contributeurs à raison de 1000 dollars américains par mois, pour chaque soldat déployé.

 

Ces compensations provenant des Nations unies ne font toutefois pas unanimité. La majorité des États occidentaux les trouvent trop peu élevées parce qu’il leur en coûte beaucoup plus cher que pour assurer les frais inhérents à leurs soldats déployés à l’étranger. Il s’agit d’une des raisons expliquant pourquoi ces États hésitent souvent avant de fournir des soldats dans le cadre d’opérations onusiennes. Corollairement, ce sont plutôt les États en voie de développement, notamment le Pakistan et le Bangladesh, qui sont actuellement les principaux pays contributeurs de troupes. En vertu de leur propre échelle salariale, il leur en coûte moins que mille dollars par mois pour déployer un soldat. Il leur est donc avantageux de contribuer aux opérations de façon importante. Ce phénomène pose cependant un double problème. Dans un premier temps, certains États déploient des soldats certes, mais mal équipés et inégalement entraînés. Leur formation et leurs équipements sont donc à la charge des États plus développés. Deuxièmement, le niveau de dédommagement actuellement fourni par les Nations unies n’incite pas les États possédant une armée professionnelle et bien équipée à fournir des soldats au sein de ses missions, les privant ainsi d’un apport de qualité.

 

Les États et l’ONU ont tenté de pallier ce problème en améliorant la formation des effectifs déployables. Des programmes ont mis en place par les Occidentaux dans les années 1990 : Africa Crisis Response Initiative (ACRI) devenu African Contingency Training Assistance (ACOTA) désormais inclus dans le programme plus vaste de Global Peace Operations Initiative (GPOI) pour les Américains, Renforcement des Capacités Africaines en Maintien de la Paix (ReCAMP devenu EURO RECAMP) pour la France, British Military Assistance Training Teams et British Peace Support Team pour les Britanniques. Ces programmes comprennent habituellement un volet formation, la fourniture de matériel et des exercices d’entraînement. L’ONU a également développé des guides de formation visant à homogénéiser les normes de formation. Une attention particulière est portée à la formation préalable au déploiement et à la formation continue du personnel onusien.

Casques verts, Casques rouges et Casques blancs

Avec le temps, des expressions dérivées de « Casque bleu » ont vu le jour pour désigner d’autres intervenants multilatéraux. Par exemple, on utilisait la locution Casques verts pour identifier les intervenants d’une éventuelle brigade internationale d’intervention en cas de catastrophes environnementales que le Canada souhaitait mettre sur pied. Cette équipe n’a cependant jamais vu le jour. Aujourd’hui, l’expression sert plutôt à désigner les militaires multinationaux œuvrant au sein de la Ligue des États arabes.

 

En avril 2010, Nicole Guedj, ancienne ministre française, et Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine, proposaient également la formation de « Casques rouges, 100% humanitaires, articulés autour d’un état-major renforcé et d’une force opérationnelle d’appoint, dotée de capacités technologiques ». Ces Casques rouges interviendraient en cas d’urgence humanitaire due à une catastrophe naturelle telle que le séisme qui a ravagé Haïti. Cette idée est cependant loin de faire l’unanimité surtout dans la communauté des humanitaires et autres intervenants d’urgence ; ceux-ci s’inquiètent de cette politisation et surtout de cette « militarisation » de l’action humanitaire, poussant à l’extrême l’intégration des forces armées et des acteurs humanitaires en situation de crise, aux dépens de ces derniers.

 

On nomme également Casques blancs les forces internationales déployées dans le cadre de l’Economic Community of West African States Cease-fire Monitoring Group (ECOMOG). Celles-ci ont un mandat très similaire aux Casques bleus des Nations unies, mais circonscrit aux États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Par exemple, les Casques blancs peuvent être appelés à :

 

  • Maintenir la paix ;
  • Mener des interventions humanitaires ;
  • Se déployer dans une région à titre préventif ;
  • Superviser un cessez-le-feu ;
  • Désarmer des factions non-étatiques.

 

Le premier déploiement de Casques blancs a eu lieu au Libéria en 1990. Les militaires multinationaux avaient alors le mandat de superviser un accord de cessez-le-feu entre le gouvernement en place, et les factions rebelles. Depuis, la CEDEAO est également intervenue en Côte d’Ivoire (ECOFORCE), en Guinée-Bissau (ECOMOG Guinée-Bissau), au Sierra Leone (ECOMOG Sierra Leone).

 

 

Texte original de Charles Létourneau (UQAM)
Mis à jour le 27 octobre 2010 par Haingo Rakotonirina, doctorante, Université de Montréal.