Haïti à la croisée des chemins

Haingo Rakotonirina

29 avr. 2009

 

Un an après l’accession de René Préval à la présidence de la République, Haïti, pays le plus pauvre des Amériques, demeure sous perfusion. L’État, la justice, le secteur de la sécurité, les infrastructures, l’économie, les services de base à la population, tout reste à reconstruire. Pour cela, le pays bénéficie pour l’instant du soutien de la communauté internationale comme en témoigne le vote du renouvellement du mandat de la MINUSTAH par le Conseil de Sécurité (résolution 1743). La reconstruction est un test aussi bien pour les autorités nationales et locales que de la capacité de la communauté internationale à soutenir un engagement à long terme appuyé par une stratégie adéquate.



Les deux décennies qui ont suivi la chute de Jean-Claude Duvalier ont été marquées par l’espoir, porté par Jean-Bertrand Aristide, puis la désillusion, avant l’élection de René Préval à la magistrature suprême en février 2006 à l’issue d’un processus rocambolesque qui ne doit son issue qu’à un nouveau décompte des voix sous la pression populaire. Le chantier qui attend René Préval est immense : rien de moins que la renaissance d’un pays en cendres. Vingt ans d’instabilité chronique ont réduit à néant les structures et la légitimité de l’État, ruiné et criminalisé l’économie, « médiévalisé » la sécurité, paralysé le système judiciaire, et précarisé la vie.

 

Cité Soleil est devenu le symbole des problèmes (et de l’espoir) du pays, au premier rang desquels étant la sécurité. Haut lieu de trafics en tous genres, fief des bandes armées rançonnant (pour plusieurs milliers de dollars) tous ceux qui n’ont pas les moyens de se protéger (80% de la population vit avec moins de deux dollars par jour), bidonville où vivotent quelque 200 000 âmes, Cité Soleil a développé sa propre gestion du chaos. Il est aujourd’hui le baromètre de l’(in-)effectivité de l’action gouvernementale et internationale. Dans un premier temps, René Préval, soutenu par les habitants de Cité Soleil, a prôné le dialogue avec les bandes armées, une stratégie qui ne semble pas avoir porté les fruits escomptés, notamment faute d’alternatives économiques légales viables et de moyens répressifs légitimes pour dissuader la poursuite des activités illicites.

 

La persistance de l’insécurité est devenue un problème de crédibilité pour la MINUSTAH, surnommée « tourista » par la population haïtienne. Trois mois avant l’échéance de son mandat en février 2007, la mission onusienne multidimensionnelle (comprenant des volets sécuritaires, humanitaires, institutionnels etc.) établie en 2004 a entrepris des opérations d’envergure afin de déloger les gangs qui sévissent à Cité Soleil, n’hésitant pas à croiser le fer avec les récalcitrants, procédant à des arrestations médiatisées de leurs chefs. Ces opérations sont suivies d’opérations humanitaires aussi visibles que nécessaires, telles que la fourniture d’assistance médicale ou d’eau potable à une population qui en a désespérément besoin.

 

Par ailleurs, la MINUSTAH participe à la formation des forces de sécurité haïtiennes, notamment de la Police Nationale Haïtienne qui devrait voir ses effectifs passer à 14000 d'ici 2011 selon le plan de réforme signé le 8 août 2006 par le premier ministre M.Jacques-Édouard Alexis. Des missions de désarmement et de réintégration des personnes armées sont également mises en œuvre. Tout ceci risque cependant de n’être qu’une illusion sans une réforme en profondeur des structures économiques, répressives, judiciaires et pénitentiaires. L'accent mis sur la sécurité ne doit pas occulter les autres dimensions complémentaires de la mission onusienne.

 

L’engagement de la communauté internationale est, à cet égard, déterminant. Principale source de revenus de l’État en l’absence de recettes fiscales, l’aide extérieure maintient Haïti sous perfusion : en décembre 2006, l’ONU a lancé un appel transitoire 2006-2007 estimé à 98 millions USD destinés notamment au développement, à l’aide humanitaire et à la réforme institutionnelle. L’ONU appelle par la même occasion les États donateurs à honorer les promesses faites lors des conférences des contributeurs tenues à Port-au-Prince en juillet 2006 (près de 750 millions USD pour quatorze mois) et à Madrid en novembre 2006. Par ailleurs, le renouvellement du mandat de la MINUSTAH pour huit mois semble indiquer un consensus international sur le bien-fondé de cette mission. Si ce vote était acquis d’avance, la limite de huit mois au lieu d’un mandat d'un an tel que préconisé par les États de l’Organisation des États Américains, due à l’opposition de la Chine, en délicatesse avec Haïti sur la question de Taiwan, rappelle que la reconstruction haïtienne n’est pas à l’abri des chantages sinon du désintérêt international. Ceci rend d’autant plus urgent, si besoin était, de rebâtir les capacités haïtiennes propres et durables.


Haingo Rakotonirina - Agente de recherche au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix

29 avril 2009

 

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