Fiche d'information de l'État : Bolivie Bolivie

< Retour au détail: Bolivie

Bolivie

La République de la Bolivie est un pays de l’Amérique du Sud. Elle partage ses frontières avec l’Argentine, le Brésil, le Chili, le Paraguay et le Pérou. La Bolivie est membre de deux organisations conduisant des opérations de paix: l’ONU (1945) et l’OEA (1948).

POLITIQUE DE MAINTIEN DE LA PAIX

Une des principales caractéristiques de la politique bolivienne en matière de maintien de la paix est le manque de clarté. Deux facteurs peuvent aider à expliquer cette situation. Premièrement, peu d’engagements concrets ont été réalisés pour mettre en pratique les énoncés de la politique extérieure du pays. En 2004, par exemple, alors que le pays se déclare en faveur du multilatéralisme, les références au maintien de la paix sont pratiquement absentes du Livre blanc, un document qui a pourtant l’objectif de définir les objectifs généraux du pays en matière de défense. À noter, ce manque de définition était peut-être prévisible. En effet, en 2003, c’est-à-dire un an avant la publication du document, le Centre d’études hémisphériques de défense (Brasilia) signalait que les conditions n’étaient pas réunies pour l’élaboration d’un tel énoncé. Le Centre soulignait plutôt que l’armée bolivienne souffrait de plusieurs faiblesses, dont une situation de discrimination des élites envers les nations Aymara, Quechua, Chiquitana et Chiriguana. En bref, des enjeux internes reliés au multiculturalisme et au rôle de l’armée en politique interne – le Livre blanc ratifie le rôle des militaires dans les affaires nationales (notamment pour combler des « vides institutionnels » délaissés par l’État) – sont peut-être plus pressants que la clarification de la position du pays vis-à-vis des sujets comme les opérations de paix de l’ONU. Cela expliquerait, tout au moins en partie, l’écart entre la rhétorique internationale et les engagements précis. Il ne faut pas oublier que la Bolivie se classe parmi les pays les plus pauvres du continent américain et sans doute parmi les plus instables: six présidents ont  ainsi dirigé le pays depuis 2001.

 

Cette situation de manque de clarté en matière de politique défense a connu une évolution majeure grâce à la Constitution de 2009. D’une part, la nouvelle carta magna consacre la Bolivie en tant que pays pacifique et s’oppose à toute guerre comme instrument de résolution des conflits. D’autre part, le texte renforce et élargit le rôle de l’armée bolivienne. Quatre objectifs de sécurité et de défense ont été proclamés : la sécurité et la défense intégrale, la participation active au développement et à la lutte contre la pauvreté, la promotion de l’intégration et la paix régionale et mondiale dans le domaine de la défense, et la mise en place d’un système efficace de défense civile.

 

Cependant, malgré ces avancées constitutionnelles le Livre blanc bolivien demeure une préoccupation majeure, notamment en ce qui concerne les aspirations maritimes du pays. Il établit comme objectif national permanent la réintégration maritime de la Bolivie, et en conséquence ; intègre parmi les objectifs de défense vaincre toute résistance à l’accomplissement de ses objectifs. Cela fait preuve de l’existence d’une politique orientée à l’expansion des frontières et la possibilité d’un conflit avec le Chili.  Le président Evo Morales a confirmé ces aspirations lors d’un discours prononcé devant l’Assemblée nationale en 2011 : « Atacama était la Bolivie. Nous espérons bientôt  la récupérer ».

 

Deuxièmement, non seulement il existe un écart entre la rhétorique et la pratique, mais aussi les principes fluctuent dans le temps. Plus concrètement, l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales donne lieu à de nouvelles contradictions dans la politique de maintien de la paix. Deux exemples permettront de mieux saisir cette situation. D’une part, alors que le président décide de maintenir la participation à des opérations en cours, notamment en Haïti et en République démocratique du Congo (RDC), en avril 2007 il lance une période de réflexion pour déterminer s’il est convenable de poursuivre ces engagements. Quelques mois plus tard, en novembre 2007, le congrès autorise l’envoi en Haïti d’un nouveau contingent. Peut-on conclure que ce renouvellement est le fruit de cet exercice qui serait arrivé à la conclusion que de telles participations sont justifiées ? Cette reconduction est-elle en vigueur tant et aussi longtemps qu’une nouvelle politique en matière de maintien de la paix ne soit définie ? En autorisant ce nouvel envoi, le congrès a-t-il agi à l’encontre des souhaits du gouvernement ?

 

D’autre part, le président Morales, très proche des régimes cubain et vénézuélien, entretient une rhétorique « anti-impérialiste ». Or, il faut souligner que la Bolivie participait non seulement de façon importante en Haïti, mais qu’elle remplaçait aussi les contingents états-uniens et français qui étaient préalablement déployés dans ce pays. Puisque cette opération a déjà été cataloguée par le président Hugo Chávez de « coup d’État » des États-Unis et de la France contre Haïti, si, sous cet angle, de telles opérations peuvent être perçues comme un outil d’impérialisme des grandes puissances, et puisque Morales s’accorde avec les positions politiques défendues par Cuba et par le Venezuela, comment peut-on expliquer la présence de la Bolivie en Haïti? En fin de compte, des pays comme le Venezuela sont, dans la pratique, cohérents avec leurs principes, et ne participent pas aux opérations de paix.

 

En 2015, la réponse  à cette question a été donné par  le gouvernement du Président  Morales  lorsqu’il décide de mettre fin à la participation de la Bolivie à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Cette décision de retrait des troupes  est plus cohérente avec la rhétorique « anti-impérialiste » entretenue par Morales depuis le début de son mandat. Le vice-président bolivien Alvaro García Linera a affirmé, lors de la cérémonie qui s’est déroulée à l’arrivée des troupes au territoire bolivien, que le pays ne participerait plus aux missions de maintien de la paix dans le cadre de l’ONU. En effet,  le gouvernement considère que ces missions constituent des formes modernes de colonisation et que le but de la présence bolivienne en terres haïtiennes était d’éviter l’invasion États-unienne et assurer la défense du peuple haïtien.

Cependant, l’argument « anti-impérialiste » pour justifier la participation de la Bolivie aux missions de maintien de la paix n’est pas tout à fait convaincant. Des arguments économiques et politiques expliqueraient de façon plus pertinente l’engagement initial de la Bolivie aux opérations de paix.

 

Du point de vue économique, il faut rappeler que la Bolivie est un pays très dépendant de l’aide externe. Il reçoit environ 500 millions $ par année pour financer divers projets de développement. Dans ce contexte, la participation du pays aux opérations de paix de l’ONU permet au gouvernement d’augmenter les salaires des militaires et de remonter ainsi le moral des troupes mal payées, parfois discriminées, souvent mal équipées, et qui dans le passé récent n’ont pas hésité à intervenir en politique interne. Il demeure que la participation de la Bolivie aux opérations de paix permettait au pays d'économiser environ 27 % de sa contribution à l’ONU, cela sans tenir compte de la prime reçue par les soldats au moment du retour au pays.

 

D’un point de vue politique, la participation à une opération de paix peut donner de la légitimité et de la crédibilité à une armée, souvent accusée de réagir de façon plutôt musclée contre les civils, par exemple lors de manifestations. Faut-il rappeler qu’en 2003, 100 personnes sont mortes dans des épisodes de violence qui ont forcé le président Sanchez à renoncer à son poste et à quitter le pays seulement six mois après son arrivée au pouvoir ? Certes, l’engagement d’un pays dans une opération de paix ne se traduit pas nécessairement par une augmentation de la crédibilité des militaires, non seulement parce que des réformes structurelles à l’interne peuvent s’avérer indispensables, mais aussi parce que parfois des décisions politiques peuvent donner lieu à des critiques. Par exemple, le président Morales a acheté de l’équipement militaire nécessaire pour le déploiement en Haïti par décret (l’ONU paye les salaires, l’eau, l’essence, la nourriture et l’usage de l’équipement, mais le restant doit être mis à contribution par le pays). Lors des inondations qui ont frappé le pays en 2007, nombreux sont ceux qui ont indiqué que cet équipement aurait été utile pour venir en aide aux victimes. N’empêche, malgré ces épisodes et l’absence de réformes structurelles, les militaires boliviens ont profité des accords visant à fournir une aide technique et logistique aux pays qui contribuent aux missions de paix.

 

ÉVOLUTION DE LA PARTICIPATION

 

La première contribution de la Bolivie aux opérations de paix a été faite dans le cadre de sa participation à l’Opération des Nations Unies au Mozambique (ONUMOZ, 1992-1994). Cependant  c’est véritablement depuis mai 1997, lorsque le pays a signé un Mémorandum d’entente concernant sa contribution au système des forces en attente de l’ONU, que sa contribution augmenta de façon significative. À l’époque, le pays s’intégra à l’Administration transitoire des Nations Unies au Timor Oriental (ATNUTO, 1999-2002). Depuis, le pays a participé à la Mission d’observation des Nations Unies en Angola (MONUA, 1997-1999), à la Mission d’observation des Nations Unies en Sierra Leone (MONUSIL, 1998-1999), à la Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL, 1999-2005) et à la Mission d’appui au Timor Oriental (MANUTO, 2002-2005).

 

Les casques bleus boliviens ont contribué à différentes missions de maintien de la paix autour du monde : un militaire bolivien a été déployé dans le cadre de la Mission des Nations Unies et de l’Union Africaine au Darfour (MINUAD), un militaire et trois observateurs militaires participaient à la Mission de l’ONU au Libéria (MINUL), et 198 militaires et 10 observateurs militaires faisaient partie de la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC). De plus, deux observateurs militaires ont fait partie de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK), trois de la Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE), trois autres de la Mission des Nations Unies au Népal (MINUNEP), et trois additionnels de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), et seize de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS).

 

La Bolivie a également contribué avec 218 policiers – plus concrètement une compagnie de Casques bleus (un corps spécial et une unité de véhicules blindés) à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Ce personnel a été déployé pour patrouiller Cité-Soleil (un bidonville auparavant sous l’emprise de groupes armés illégaux) et le village de Pétion-Ville. À Port-au-Prince, les Boliviens ont appuyé, selon les besoins, d’autres contingents de la MINUSTAH et ont aidé à améliorer la sécurité dans les prisons.

 

Le 26 mai 2015 après neuf ans de mission en Haïti la Bolivie a mis fin à sa  participation à la MINUSTAH. Le gouvernement au pouvoir a également  écarté toute possibilité d’une participation future du pays aux opérations de paix de l’ONU considérées comme des nouvelles formes de colonisation.

 

RÉFORME CONSTITUTIONNELLE ET VIOLENCE POLITIQUE EN BOLIVIE

 

L’instabilité chronique de la Bolivie et la réforme constitutionnelle approuvée à la fin 2007 justifiaient des questionnements non sur la politique de maintien de la paix du pays, mais sur les probabilités d’éruption de nouvelles vagues de violence au pays. En fait, le projet constitutionnel, qui consistait à fonder ce que le Mouvement vers le socialisme (MAS) d’Evo Morales appelle un « État unitaire plurinational communautaire », et qui mettrait fin à des siècles d’exclusion des peuples autochtones, ne faisait pas l’unanimité. Selon les opposants à la réforme, l’ajout de zones géographiques basées sur l’ethnicité aux divisions politico-administratives traditionnelles, dans un contexte de déséquilibres socioéconomiques régionaux, favorisait la « balkanisation » de la Bolivie. De plus, les politiques du gouvernement – par exemple une réforme agraire qui bénéficie exclusivement aux autochtones –, ont augmenté la tension. Par ailleurs, le processus a provoqué des  affrontements entre le gouvernement et les opposants à Santa Cruz, Tajira, Beni et Pando.

 

Le 25 janvier 2009, la nouvelle Constitution a été approuvée par 60% des électeurs. Ces résultats suggèrent  que le pays était encore très divisé sur ce projet constitutionnel qui renforce les droits des indigènes ainsi que le pouvoir  et les prérogatives de l’État sur l’économie. L’opposition et les leaders politiques régionaux ont menacé le gouvernement de ne pas respecter cette constitution, notamment dans les quatre provinces où elle n’a pas été approuvée. Néanmoins  la mise en œuvre du nouveau texte constitutionnel a été possible grâce au triomphe de Morales lors des élections législatives en  décembre 2009.

 

Malgré les tentatives de l’opposition, ce dernier a pu s’imposer dans les urnes et se maintenir au pouvoir pendant trois mandats successifs.  Cela a permis à la Bolivie de sortir de la situation d’instabilité politique dans laquelle elle se trouvait  entre les années 2001-2005. Les avancées  sont  remarquables dans plusieurs domaines : l’inclusion politique des communautés indigènes et paysannes, la stabilité politique et sociale, une croissance économique sans précédent dans l’histoire du pays et la définition d’une politique de défense et de maintien de la paix plus claire.

 

Actuellement, pour la première fois en 10 ans  le panorama politique n’est pas si favorable pour Evo Morales qui a perdu la bataille électorale lors du referendum du 21 février 2016. La possibilité d’un quatrième mandant a été refusée  par  51,3% des votants. L’actuel  chef de l’exécutif  a  déclaré avoir  perdu la bataille mais pas la guerre.  Certes, il devra quitter le pouvoir en 2020 mais son parti  (MAS) bénéfice encore du 50% du soutien de la population.

 

Dans ce contexte, les résultats des  élections présidentielles  de 2019  constitueront un facteur clé dans la définition future de la politique de défense et de la participation bolivienne aux opérations du maintien de la paix.




Fernando A. Chinchilla

Candidat au doctorat en science politique, Université de Montréal

Fiche mise à jour le 10 août 2016 par Ivanna Tarrá Romero,

Stagiaire au Centre d'Etudes des Crises et des Conflits Internationaux (CECRI)