Fiche d'information de l'État : Bulgarie Bulgarie

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Bulgarie

La République de Bulgarie (Republika Balgariya) est un État de l’Europe du Sud-Est. La Bulgarie a adhéré à quatre organisations habilitées à conduire des opérations de paix : l’ONU (1955), l’OSCE (1975), de l’OTAN (2004) et l’Union européenne (2007).

 

Politique de maintien de la paix


Conformément au « Concept national sur la participation de la République de Bulgarie aux opérations de maintien de la paix », la participation bulgare aux opérations de maintien de la paix (OMP) répond aux objectifs suivants :

 

  1. Renforcer le prestige international de la Bulgarie en participant activement aux efforts de prévention et de règlement pacifique des conflits naissants ;
  2. Intégrer la Bulgarie dans les structures de sécurité européennes, en participant aux opérations de maintien de la paix conjointement avec l’OTAN et l’UE sous mandat de l’ONU ou de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ;
  3. Former du personnel hautement qualifié dans le domaine des OMP et de la coopération militaire et policière ;
  4. Acquérir de nouvelles compétences militaires et techniques avec pour but la formation des forces armées nationales ;


Par ailleurs, les OMP doivent respecter un cadre politique et militaire bien spécifique et répondre à des impératifs stratégiques comme énoncés dans le livre blanc sur la défense et les forces armées de Bulgarie datant de 2010, le dernier en date.

Structures décisionnelles

Politiques

La base légale de la participation bulgare aux missions de maintien de la paix est fournie par l’article 84, paragraphe 11 de sa Constitution qui permet l’engagement des forces armées bulgares à l’étranger seulement suite à l’approbation de l’Assemblée nationale qui se prononce à la suggestion du Conseil des Ministres. Comme pour tout membre de l’OTAN, les forces armées bulgares sont placées sous contrôle civil, notamment du Ministre de la Défense, assisté par un cabinet politique chargé de formuler et d’élaborer les décisions nécessaires pour la mise en œuvre de la politique gouvernementale. Celui-ci est composé des ministres adjoints, du chef de cabinet du Ministre de la Défense, du secrétaire parlementaire et du chef du Département de relations publiques.

L’institution de l’Inspectorat, directement subordonnée au Ministre de la Défense, est l’instrument par l’intermédiaire duquel s’exerce le contrôle de la mise en œuvre de la politique du gouvernement dans le domaine de la défense. Ses tâches incluent la surveillance d’une application correcte des lois et des ordres provenant du Ministère de la Défense, ainsi que de l’ordre et de la discipline des forces armées.

Le cadre législatif définissant les conditions et le mécanisme de participation la Bulgarie aux efforts de maintien de la paix comprend également le « Concept national sur la participation de la République de Bulgarie aux opérations de maintien de la paix », élaboré en 1994 et approuvé par le gouvernement ainsi que la loi sur la défense et les forces armées de la République de Bulgarie.

Militaires

La direction de l’armée est assurée par le chef d’état-major des forces armées bulgares, assisté de plusieurs adjoints. Différentes directions sont subordonnées aux chefs d’états-majors adjoints afin de les aider dans l’accomplissement de leurs tâches. Ainsi, la Direction centrale opérationnelle détient un rôle principal concernant l’élaboration et l’actualisation des plans opérationnels qui circonscrivent les activités des forces armées bulgares, la gestion des troupes dans des situations extraordinaires et de crise, l’implémentation des décisions concernant la préparation et la mobilisation des troupes et leur participation aux combats. Elle est expressément chargée de protéger la souveraineté de l’espace aérien et maritime de la Bulgarie et de sa défense territoriale. Autres directions incluent la Direction centrale du système d’informations et de communications, la Direction centrale de soutien logistique et médical, la Direction de planification de la défense et des forces armées (qui entre autres, assure la coordination des activités d’intégration dans les structures de l’OTAN et de l’UE), la Direction des renseignements militaires, etc.

L’engagement de la Bulgarie dans les Opérations de paix

Avec l’effondrement du bloc soviétique en 1991 et la fin d’un ordre mondial bipolaire, la Bulgarie est libre de participer à des OMP comme bon lui semble. C’est à ce titre que la Bulgarie décide de participer rapidement et de façon conséquente à sa première OMP dès 1992. Le pays déploie près de 900 soldats dans le cadre de sa première mission onusienne : L’Autorité provisoire des Nations Unies au Cambodge (APRONUC). Quand celle-ci prend fin en 1993, la Bulgarie continue à participer activement à des OMP sous l’égide des Nations Unies, avant de progressivement, au début des années 2000, se tourner et privilégier les missions dans le cadre de l’OTAN et de l’Union européenne. Ce dernier point s’explique principalement par la volonté du pays de favoriser son intégration dans les structures politiques et de défense euro-atlantiques.

Malgré la diversité de ses opérations, les efforts de maintien de la paix de la Bulgarie se concentrent dans les Balkans, une région d’une importance stratégique pour Sofia. Ainsi la plus longue OMP entreprise par la Bulgarie jusqu’à présent est celle de Bosnie-Herzégovine dans le cadre de la SFOR (Force de stabilisation), à partir d’août 1998. Les tâches assumées par les troupes bulgares incluent le transport de matériel, l’aide humanitaire, la réparation et la construction des routes et des bâtiments endommagés par le conflit, tout comme des tâches relatives à la gestion et la surveillance des points de contrôle. À partir de 2002, une compagnie de sécurité composée de troupes bulgares est responsable de la sécurité, de la défense et des contrôles garantissant l’accès aux quartiers généraux de la SFOR à Sarajevo. Suite au transfert de la mission de l’OTAN à l’UE, en décembre 2004, l’Assemblée nationale bulgare a approuvé la continuation de la mission bulgare dans le cadre de l’opération « Althea » de l’Union européenne.

Le risque posé par l’ancienne république yougoslave de Macédoine et le flux massif de réfugiés provenant du Kosovo en 1999 a également poussé la Bulgarie à offrir son appui aux efforts humanitaires déployés dans ces pays. Le Ministère de la Défense de la Bulgarie y a envoyé un hôpital militaire mobile, des provisions alimentaires et du personnel afin d’assurer la distribution de l’aide ainsi qu’un appui logistique.

Le dernier axe majeur qui a guidé la politique de maintien de la paix de la Bulgarie est son désir d’intégration dans les structures de sécurité euro-atlantiques. La Bulgarie a donc signé, en conformité avec la résolution 1386 du Conseil de Sécurité de l’ONU, un Mémorandum en 2002 qui a permis le déploiement de troupes bulgares en Afghanistan dans le cadre de la FIAS. L’Assemblée nationale bulgare a par la suite approuvé la participation des forces armées bulgares à la mission de l’OTAN en Afghanistan. Il est donc possible de remarquer que les missions de maintien de la paix de la Bulgarie ont connu une évolution au cours du temps, avec une prédilection progressive vers les missions sous l’égides de l’OTAN et de l’UE. De plus, il est possible d’apercevoir une spécialisation graduelle des tâches prises en charge par les forces armées bulgares, un élément indispensable au processus de modernisation de l’armée, conformément aux objectifs statués par sa politique de maintien de la paix et son envie d’une plus grande intégration et interopérabilité avec les structures sécuritaires euro-atlantiques.

Dans le contexte onusien

L’implication de la Bulgarie dans les opérations de maintien de la paix commence en 1992 suite à l’invitation par les Nations Unies à participer à une OMP au Cambodge (APRONUC). Lors de cette première opération à l’étranger, environ 850 troupes et une quarantaine d’officiers ont été déployés dans un délai relativement court (45 jours à partir du moment où la mission a été assignée et jusqu’à l’arrivée des premiers soldats sur le sol cambodgien).

Les missions suivantes en Angola et au Tadjikistan en 1995 ont été d’une moindre ampleur et ont impliqué seulement des officiers de l’armée bulgare, avec un rôle d’observateur militaire : 48 officiers auprès de la mission de l’ONU en Angola de 1995 à 2000 et 27 officiers en Tadjikistan pour la même période, dont une partie a assumé par la suite des tâches civiles sous l’égide de l’ONU et de l’OSCE. Par la suite, l’armée bulgare a été déployée dans le cadre de l’ONU en Éthiopie et en Erythrée à partir de février 2001.


Depuis sa première participation à la mission APRONUC au Cambodge en 1992, la Bulgarie a participé, en envoyant du personnel militaire ou civil sur des zones de conflits, à de nombreuses OMP sous l’égide des Nations Unies :

-       APRONUC (Mission des Nations Unies en Sierra Leone)

-       MINUBH (Mission des Nations Unies en Bosnie-Herzégovine)

-       MINUEE (Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée)

-       MINUK (Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo)

-       MINUL (Mission des Nations Unies au Libéria)

-       MONUA (Mission d’Observation des Nations Unies en Angola)

-       MONUT (Mission d’observation des Nations Unies au Tadjikistan)

-     UNAVEM III (Mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad)

-       UNFICYP (Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre)

En 2018, la Bulgarie ne participe plus qu’à une seule OMP sous l’égide de l’ONU, la mission UNFICYP à Chypre, où elle déploie sur une base annuelle 2 membres de ses forces de police.

Au sein de l’UE et de l’OTAN

La Bulgarie a rejoint le Partenariat pour la paix de l’OTAN en 1994, a demandé à adhérer à l’Alliance en 1997, et c’est lors du Sommet de Prague en novembre 2002 que le pays est officiellement invité à la rejoindre. La Bulgarie devient donc membre de l’OTAN en avril 2004, et elle participe depuis lors activement aux opérations de l’Alliance, et ce malgré les défis causés par la corruption et la détérioration des conditions financières du pays. La Bulgarie, en tant que membre de l’OTAN, s’est montrée disposée à participer aux opérations de l’Alliance, ainsi que dans une moindre mesure à certaines opérations menées par l’Union européenne. Cela dit, sa contribution reste généralement modeste, et lorsqu’elles sont déployées à l’étranger, les forces armées bulgares ne représentent qu’une petite partie des forces sur place. De plus, les forces bulgares n’ont jusqu’à présent jamais occupé un rôle de leadership lors d’une OMP.

Depuis 2002, la Bulgarie participe activement à la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) en Afghanistan, et cela donc avant même d’être devenue membre de l’Alliance. En 2013, la Bulgarie a compté jusqu’à 407 soldats dans le pays, répartis entre Kaboul et Kandahar. Toutefois, le contingent bulgare n’était pas autorisé à participer aux opérations de combat de première ligne, et avait comme tâche de sécuriser le périmètre autour des aéroports et des bases utilisés par la coalition. En 2018, la Bulgarie reste engagée en Afghanistan dans le cadre de l’opération « Resolute Support », avec un contingent de 158 soldats.

Bien que l’Afghanistan reste son principal déploiement sous l’égide de l’OTAN, la Bulgarie a également maintenu un petit nombre de soldats dans la « Force de protection du Kosovo » (KFOR) où, en 2009, le pays avait 47 soldats déployés. Cependant, avec la diminution de présence de l’OTAN au Kosovo au cours de la dernière décennie, la Bulgarie a revu sa présence à la baisse avec, en 2018, encore 21 soldats déployés sur place.

Tout comme sa présence limitée dans la KFOR, la Bulgarie participe modestement à l’opération méditerranéenne de l’OTAN « Active Endeavour », en déployant de 2005 à 2009, de façon annuelle, une frégate pour une durée d’un mois.

En 2011, la Bulgarie a également participé à l’opération libyenne de l’OTAN, « Unified Protector ». Une frégate bulgare avait pour l’occasion effectué deux missions de patrouille en Méditerranée, à proximité des eaux territoriales libyennes. De plus, cinq officiers bulgares ont été envoyés au quartier général de l’opération, et deux équipes médicales ont été proposées dans d’éventuelles zones médicales de l’UE, mais n’ont pour finir jamais été envoyées.

Au-delà de ses activités dans les opérations de l’OTAN, la Bulgarie a démontré sa volonté d’aider son allié américain lors de ses opérations militaires. La Bulgarie a ainsi participé en 2003 à l’effort de guerre américain en Irak, en envoyant sur zone jusqu’à 480 soldats. Bien que le déploiement ait signalé une volonté de travailler avec les Etats-Unis dans une opération militaire controversée et dangereuse, ces troupes ont quitté l’Irak en décembre 2008 après avoir subi près de 13 pertes en près de cinq années. Par ailleurs, la Bulgarie a également fourni une très modeste force pour le maintien de la paix dans le cadre d’autres opérations, que ce soit en Bosnie, en Géorgie ou au large des côtes somaliennes dans le cadre de l’opération Atalanta/EUNAVFOR pour lutter contre la piraterie.

La Bulgarie contribue, en 2018, à deux missions sous l’égide de l’UE. En effet, 10 membres des forces de police et des forces armées participent à l’OMP « EUFOR Althea » en Bosnie-Herzégovine. De plus, 5 Bulgares sont déployés au Mali au sein de la « European Union Training Mission » (EUTM), afin d’aider à la formation des forces de sécurités maliennes.

Au sein de l’OSCE

La participation de la Bulgarie aux missions de l’OSCE s’est vu largement accrue depuis le début du conflit entre l’Ukraine et la Russie en 2014. Comme le montre le document officiel « Vision:  Bulgaria  in  NATO  and  in  European  Defence 2020 », l’instabilité créée par la Russie dans l’Est de l’Ukraine et l’annexion de la Crimée constituent pour le gouvernement bulgare la menace la plus sérieuse à la paix et à la sécurité en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Par ailleurs, pour la Bulgarie, ces actions russes remettent en cause l’équilibre des forces dans la région de la Mer Noire, et ont donc des implications directes pour la sécurité du pays. C’est à ce titre que la Bulgarie a donc déployé 35 observateurs dans le cadre de la Mission spéciale d’observation de l’OSCE en Ukraine. De plus, un Bulgare est encore déployé, toujours pour le compte de l’OSCE, en mission au Kosovo.

Coopération multilatérale

La coopération internationale avec des partenaires stratégiques et régionaux, plus spécifiquement des membres de l’OTAN ou de l’UE, est vue comme le seul moyen pour Sofia de développer un éventail complet de capacités clés et d’acquérir les moyens nécessaires à la défense collective et nationale en période de stagnation économique et avec son budget de défense très modeste.

C’est à ce titre que la Bulgarie privilégie la coopération avec deux grands partenaires stratégiques, à savoir les Etats-Unis et l’Allemagne. Le premier soutient financièrement et conseille la montée en puissance des capacités militaires bulgares, et partage le terrain d’entrainement de Novo-Selo en Bulgarie. Ce dernier est utilisé par les deux nations ainsi que d’autres membres et partenaires de l’OTAN pour des exercices annuels dans la région. En ce qui concerne le deuxième grand partenaire stratégique, la Bulgarie a rejoint un groupe de pays dirigés par l’Allemagne dans le cadre du concept de Framework nations de l’OTAN. Ce concept de nation-cadre vise à terme à améliorer l’intégration et l’interopérabilité des forces armées entre les pays participants.

Pour finir, la Bulgarie accordant une très grande importance stratégique à la paix et la stabilité et la coopération dans les Balkans et l’Europe du Sud-Est, est l’initiatrice, en 1996, du South-East European Cooperation Process (SEECP), avec l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Grèce, le Kosovo, la Macédoine, la Moldavie, le Monténégro, la Serbie, la Slovénie et la Turquie. Cette structure régionale entend renforcer les alliances militaires et stratégiques pour une meilleure harmonisation des politiques de ces pays, avec les structures euro-atlantiques, dans le contexte de la paix et de la sécurité régionales.

 

Oana Tranca

Candidate au doctorat, Université Laval

Fiche mise à jour le 13 juillet 2018 par Paul-Alexander Cramers,

Stagiaire au Centre d'Etude des Crises et des Conflits Internationaux (CECRI)


Références

 

30 nov. 2004

“Balkan but different: Romania and Bulgaria's contrasting paths to NATO membership 1994-2002”


Gallagher, Tom. The Journal of Communist Studies and Transition Politics, volume 20, no. 4, pp. 1-19

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30 nov. 2003

“A comparative perspective of UN peacekeeping in Angola and Namibia”


Dzinesa, Gwinyayi Albert. International Peacekeeping, volume 11, no. 4, (hiver) pp. 644 – 663.

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