Violences aux Îles Salomon

La RAMSI remise en cause par des émeutes dans la capitale

24 avr. 2006

 

Des violentes manifestations ont plongé l'archipel des îles Salomon dans une crise politique aiguë. Suite à l'élection d'un nouveau premier ministre par le parlement, mardi le 18 avril, des centaines de partisans du leader de l'opposition ont provoqué des émeutes et se sont livrés au pillage à Honiara, capitale de ce pays du Pacifique. Les émeutiers ont particulièrement visé les intérêts chinois. Faisant face à une motion de défiance, le nouveau Premier ministre, Snyder Rini, démissionne le 26 avril. La rue triomphe finalement le 4 mai avec l'élection par le parlement de Manasseh Sogavare, leader de l'opposition, comme nouveau Premier ministre. Cette situation relance le débat sur la pertinence de la Mission régionale d'assistance aux Îles Salomon (RAMSI) déployée en 2003 et soutenue par l'Australie et plusieurs pays du Pacifique.


L'Australie et la Nouvelle-Zélande ont dépêché d'urgence des renforts de troupes et de policiers afin de reprendre le contrôle de la situation après deux jours de violences. Au moins 19 des leurs ont été blessés en tentant sans succès de contenir les débordements. Les secteurs chinois de Honiara sont en majeure partie détruits et on craint le pire pour l'économie du pays déjà chancelante. La prise du pouvoir houleuse de Manasseh Sogavare relance les luttes politiques à l'origine des violences.

 

Les émeutes éclatent le 18 avril 2006 lorsque qu'une foule rassemblée devant le Parlement apprend la nomination de Snyder Rini au poste de Premier ministre. L'élection du Premier ministre aux îles Salomon est la prérogative des parlementaires au nombre de 50. Lors d'un premier tour de scrutin, Job Tausinga obtient 22 votes, Snyder Rini, dauphin du Premier ministre sortant, 17 et Manasseh Sogavare 11. Causant la surprise, Rini emporte ensuite le deuxième tour avec 27 votes contre 23 pour Tausinga. Les supporters de l'opposition dans la foule ont aussitôt attribué ce revirement à la distribution de pots-de-vin à certains parlementaires par des hommes d'affaire d'origine chinoise. Ils ont d'abord pris en otage les membres de la législature et ensuite redirigé leur colère vers les commerces de la capitale associés aux intérêts chinois.

 

Les îles Salomon peinent encore à se remettre des séquelles qu'ont eu la crise financière asiatique de 1997. Entre 1998 et 2002, l'activité économique a été réduite du quart alors que le pays compte une démographie galopante. Cette détérioration s'est accompagnée d'une montée des tensions interethniques. Les migrations des habitants de l'île de Malaita vers l'île de Guadalcanal, sur fond de crise, ont été mal reçues. Des milices à caractère ethnique se sont organisées et ont fait vaciller le pouvoir en 2000.

 

La situation ne s'est véritablement stabilisée qu'à partir du déploiement de la RAMSI en juillet 2003 sous la direction de substantiels contingents australien et néo-zélandais. La Mission Régionale d'Assistance aux Îles Salomon a rempli son mandat en arrêtant les principaux chefs activistes, notamment un ancien ministre des affaires étrangères, en démobilisant les agents de police spéciaux et les anciens rebelles, ainsi qu'en favorisant le retour de milliers de personnes déplacées. Au mois d'août 2004, jugeant la situation suffisamment stable, le gouvernement australien a annoncé le retrait de la quasi-totalité de ses soldats, ce qui réduit les effectifs militaires à une centaine de Papous, de Fidjiens et de Tongiens.

 

Cette embellie sur le plan politique n'a cependant pas eu les retombées économiques espérées. Le chômage persistant et les perspectives d'avenir bloquées ont sans aucun doute tenu un rôle dans les récentes émeutes. La prospère communauté chinoise, particulièrement ciblée, s'est constituée une influence politique significative aux Îles Salomon. Associée aux problèmes de corruption endémique affectant les autorités locales, cette communauté symbolise l'influence souterraine des intérêts étrangers exercée sur le pays. Il n'en demeure pas moins que les entreprises attaquées sont un véritable moteur pour l'économie des Îles Salomon et qu'un exode en masse de la communauté chinoise aurait des conséquences désastreuses.

 

Les violences perpétrées remettent en cause le bilan de l'action de la RAMSI depuis 2003. Selon The Australian, journal australien qui suit la situation de prêt, l'opération n'a pas rempli trois objectifs clés. Elle n'a pas réussi à endiguer la corruption qui mine le pays depuis son indépendance en 1978. Elle n'a pas convaincu les habitants du bien fondé des processus démocratiques pour faire valoir leurs griefs ou leurs projets. Finalement, elle n'a pas dissuadé de larges pans de la population d'avoir recours à la violence pour arriver à leurs fins. Le Premier ministre australien John Howard a réitéré suite à la crise l'engagement durable de son pays pour assurer la stabilisation et la reconstruction des Îles Salomon. Les émeutes rappellent toute la difficulté de la tâche.


Marc André Boivin - Coordonnateur au Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix

 

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