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Afrique du Sud

La République sud-africaine est un pays d’Afrique australe. Elle partage ses frontières avec la Namibie, le Botswana et le Zimbabwe au nord, le Mozambique et le Swaziland au nord-ouest. Le royaume du Lesotho est enclavé dans son territoire. La RSA est membre de trois organisations conduisant des opérations de paix: l’ONU (1945), de l’Union africaine (ex-OUA, 1994) et de la SADC (1994).

Politique de maintien de la paix

 

Le white Paper on South African Participation in Peace Mission (1998) définit le cadre de la participation de l’Afrique du Sud à des opérations de paix d’un point de vue à la fois philosophique, politique et pratique. L’Afrique du Sud a placé au cœur de sa politique de défense la coopération internationale à un niveau bilatéral ou multilatéral, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des organisations internationales. Dans le livre blanc, l’Afrique du Sud se prononce en faveur d’un traitement des causes profondes des conflits via des mesures de construction et de renforcement de la paix. Elle défend une position de maintien de la paix régionales, soucieuse de chercher une solution politique interne. Depuis 1998, le contexte de la sécurité internationale a sensiblement évolué avec une mutation des conflits . Le Draft Defense Review (2013) stipule que la promotion de la paix et la sécurité en Afrique est une composante de la politique étrangère sud-africaine. La stabilité et le développement de l’Afrique du Sud passe donc premièrement par celle du continent africain.

 

Structures décisionnelles

 

L’implication de troupes sud-africaines dans le cadre d’une force onusienne multinationale nécessite une accréditation ou une requête préalable des Nations Unies ainsi que l’accord du parlement sud-africain. Le déploiement des SANDF (South African National Defense Force) relève, au sein du Département des Affaires étrangères, du secrétaire à la défense. Un Chief Executor (CE) est alors nommé pour assurer la coordination dans les opérations de soutien de la paix.

 

Évolution de la participation

 

Malgré une participation récente aux opérations de paix africaines, l’Afrique du Sud s’est imposée ces dernières années comme un acteur majeur. Depuis 1970, sa politique d’apartheid l’avait placé au ban de la société internationale et avait été privé du droit de vote à l’assemblée générale de l’ONU. L’élection d’un gouvernement démocratique en 2004 a marqué la fin de son isolement et son retour au sein des institutions multilatérales. Depuis la démission du président Jacob Zumba, le 14 février 2018, l’Afrique du Sud est dirigée par Cyril Matamela Ramaphosa et fait face à de multiples défis politiques qui remettent en question sa contribution pour la paix, en particulier en raison d’un budget de défense insuffisant. Le pays a inscrit dans son budget une section prévention et résolution des conflits dont sa diminution pourrait fragiliser sa participation aux actions de maintien de la paix. En effet, la pays pourrait est ralenti par une grave crise économique depuis quelques années.

Cependant, sa contribution aux forces onusiennes est stable entre 2010 et 2015. En 2010, l’Afrique du Sud est le quatorzième contributeur aux missions de l’ONU. Bien que d’abord discrète car inexpérimentée, l’Afrique du Sud, dès la deuxième moitié des années 1990, a accru sa participation aux débats des forums internationaux de l’ONU, de l’Union africaine, du Commonwealth ou encore du Mouvement des non-alignés. Elle a imposé son leadership sur la réforme des institutions continentales en termes de maintien de la paix : elle a été l’un des artisans les plus actifs du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NÉPAD), de la réforme de la nouvelle Union africaine (UA) et de l’Organe pour les gestions politiques de défense et de sécurité de la SADC. Au sein du NÉPAD, l’Afrique du Sud a fait avancer l’idée de la responsabilité collective en matière de sécurité, de l’interdépendance du continent africain et de la nécessité de s’impliquer plus activement dans les affaires des autres États. Elle a joué de son influence pour que soit inscrit dans l’acte constitutif de l’UA une reconnaissance par le Conseil de paix et de sécurité de l’UA de certains modes d’intervention - dont le recours à la force, pourtant contraire au principe de non-intervention de la défunte Organisation de l’unité africaine (OUA). L’Afrique du Sud a notamment participé au développement des arrangements de sécurité collective et d’alerte précoce de l’Union africaine qui envisage la création d’une force africaine en attente à laquelle les SANDF doivent participer. Fin 2017, le pays fournissait presque 2000 soldats répartis sur tout le continent pour des opérations de paix ou d’assistances militaires. Le maintien de la paix permet en outre à Pretoria de consolider les relations bilatérales avec certains pays.

L’implication croissante de l’Afrique du Sud dans les opérations de paix tient autant à une volonté nationale de s’imposer sur le contient comme un membre responsable et respecté de la communauté internationale - qu’aux attentes internationales croissantes nées de l’avènement du régime démocratique sud-africain. L’Afrique du Sud occupe en effet une place économique prépondérante sur le continent et se range parmi les puissances moyennes. La fin de l’apartheid, son modèle pacifique de transition politique et l’élection de Nelson Mandela ont consacré l’Afrique du Sud en tant que “puissance pédagogique” ou “puissance intermédiaire” à l’échelle du continent. Aussi, les autres pays africains, les principaux bailleurs et les institutions internationales l’ont-ils encouragé à davantage s’impliquer dans le règlement des conflits du continent.

Depuis la fin de l’apartheid, Pretoria a articulé sa stratégie de politique étrangère autour de la diplomatie préventive, en faisant clairement le choix des médiations plutôt que du recours à la force armée. Portées par la figure charismatique de Nelson Mandela, les entreprises de médiation sud-africaine se sont multipliées en Sierra Leone, aux cours de la guerre Éthiopie/Érythrée, au Soudan, aux Comores, en Côte d’Ivoire, au Burundi, au Congo. L’Afrique du Sud a pris l’initiative du dialogue inter congolais de Sun City qui s’est tenu du 25 février au 15 avril 2000 et a conduit à la signature d’un accord entre les protagonistes. Le 30 juillet 2002, c’est sous la houlette du successeur  de N. Mandela, le président Thabo Mbeki, que les présidents congolais Joseph Kabila et rwandais Paul Kagame ont signé l’Accord de paix de Pretoria pour mettre en place le retrait des forces rwandaises et le démantèlement des forces interhamwes. L’Afrique du Sud a également pris le leadership des initiatives régionales et de la délégation de l’UA en faveur de la mise en œuvre de l’accord transitionnel aux Comores en décembre 2003.

Outre ces entreprises de médiations, l’Afrique du Sud a renforcé sa participation humaine aux opérations de maintien de la paix. L’arrivée au pouvoir de Thabo Mbeki a entraîné une modification en profondeur de la politique étrangère sud-africaine. S’affranchissant des contraintes post-apartheid de la réforme des forces armées et du ministère des Affaires étrangères, le président sud-africain a impulsé un repositionnement international de l’Afrique du Sud à travers une participation accrue aux opérations de paix. Le discours de “Renaissance africaine” tendant vers un “nouveau monde africain” fait de démocratie, paix, stabilité et développement, autant que les objectifs sécuritaires développées dans le NEPAD constituent les principes directeurs de la politique étrangère du président sud-africain.

L’Afrique du Sud a travaillé à accroître la capacité opérationnelle des SANDF. Fin 2002, celles-ci ont clairement inscrit les opérations de paix dans la lignée de leurs objectifs militaro-stratégiques en faveur de la promotion de la sécurité et la création d’une commission paritaire a permis une meilleure collaboration entre le Département des Affaires étrangères, les SANDF et la police pour toutes les questions relatives au maintien de la paix. Dès son retour au sein des instances de l’ONU, - l’Afrique du Sud, a fourni assistance électorale, expertise, soutien logistique et humanitaire aux missions de l'UNAVEM en Angola et de l'ONUMOZ au Mozambique. La stabilisation de la sécurité intérieure a permis au nouveau gouvernement de tourner ses efforts vers des opérations de paix et de déployer ses premiers contingents. En 1998, l'Afrique du Sud a déployé 800 hommes au Lesotho dans une opération mandatée par la SADC puis a envoyé un petit contingent en RDC dans le cadre de la MONUC ainsi que 700 militaires chargés d'observer la mise en œuvre de l'accord de paix au Burundi. En mai 2017, l’ancien chef de l’État, Jacob Zumba, a annoncé que les troupes sud-africaines de maintien de la paix seront prolongées d’un an en RDC.

Le conflit du Congo a accéléré sa contribution en hommes au maintien de la paix. Alors que fin 2000, l’Afrique du Sud déployé des officiers de liaison militaires en soutien du processus de paix conduit entre l’Éthiopie et l’Érythrée dans le cade de l’UNMEE, elle annonçe également sa contribution en troupes à la MONUC pour l’année suivante. Sa participation à la MONUC fut la première contribution d’importance en terme de ressources humaines à des missions de paix internationales. L’Afrique du Sud a renforcé son contingent congolais suite aux accords de Pretoria de 2002. 1268 membres des SANDF ont été déployés dans le cadre de la MONUC à partir de juin 2003 dans la zone de Kindu, à l’est de la RDC. En 2003 toujours, 1508 hommes de troupes sud-africaines étaient déployées dans le cadre de la Mission africaine au Burundi (MIAB) de l’Union africaine pour surveiller la mise en œuvre du cessez-le-feu et des arrangements transitionnels. L’Afrique du Sud a maintenu 940 soldats au Burundi dans le cadre de l’Opération des Nations Unies au Burundi (ONUB) qui a pris la suite de la MIAB. Cependant, lors de l’éclatement de la crise burundaise en 2015, l’Afrique du Sud ne s’est pas engagée militairement en raison du refus de l’Union Africaine. La situation économique étant critique, l’Afrique du Sud n’a sans doute pas les moyens qu’elle espérait pour devenir le premier acteur de paix en Afrique. En 2017, les dépenses militaires du pays se sont élevées à 3110,2 million de dollars, ce qui marque un net recul du gouvernement concernant les dépenses liées à la défense.

Malgré leur succès parfois mitigé, ces implications militaires soulignent la modification profonde des objectifs stratégiques de l’Afrique du Sud en matière de politique étrangère. Le pays ambitionne de devenir l’un des premiers contributeurs aux opérations de paix. Il ambitionne de jouer un rôle clef dans la nouvelle force d’alerte panafricaine créée par la nouvelle Union africaine ainsi que dans la future force régionale envisagée dans le cadre du pacte de défense de la SADC. L’Afrique du Sud est une puissance incontestable sur le continent africain d’un point de vue géopolitique, sa participation lors des conflits régionaux est alors scrutée avec la plus grande attention pour essayer d’établir sa stratégie diplomatique. Mais surtout, le pays aspire à devenir un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies dans l’éventualité d’une réforme qui permettrait la désignation d’un pays africain. A ce titre, au 30 avril 2017, l’Afrique du Sud était le dix septième contributeur à l’ONU avec 1231 hommes déployés sur le terrain.

L’Afrique du Sud participe également à de nombreux programmes de renforcement des capacités africaines (elle est l’un des partenaires majeurs de États-Unis pour la mise en œuvre du programme de l’ACOTA -African Contingency Operation Training and Assistance-). Depuis que des abus sexuels contre des casques bleus ont été rapportés, elle a en outre renforcé le déploiement de troupes féminines onusiennes pour sensibiliser et faciliter le dialogue entre les femmes sur les zones de conflits. L’ Afrique du Sud participe également à la formation du personnel destiné à participer aux opérations de paix des Nations Unies. La SANDF a beaucoup investi dans la formation de ses officiers afin de fournir une expertise régionale en matière d’opérations de paix. A titre d’exemple, le South African National War College comporte plusieurs modules consacrés aux opérations de paix.

 

Limites

 

L’intervention de l'Afrique du Sud dans des opérations de paix est cependant en partie contrainte par les nombreux actes d’ingérence militaire et économique qu’elle a commis du temps de l’apartheid et soulève de ce fait de fortes réticences régionales. Par ailleurs, le pays a dans son budget une section prévention et résolution des conflits mais il doit faire face à la réduction de son budget de la défense qui atteint les 4,10 milliards de dollars pour l’exercice 2018/ 19. Manquant de capacités de déploiement et de mobilité, l’Afrique du Sud aurait déjà atteint un seuil critique de sa capacité à déployer des hommes dans des opérations de paix. Au travers de ses opérations de maintien de la paix, l’Afrique du Sud insuffle un soft-power sur la scène internationale mais modèle surtout la politique étrangère de ses pays voisins. Ces rivalités entre les différentes puissances africaines pourraient être un frein pour les processus de paix. Mais c’est sans doute sa grave crise économique qui constitue une des plus grandes limites pour le maintien de la paix avec un taux de chômage atteignant les 27,7 % en 2017. Enfin, l’implication de l’Afrique du Sud dans des opérations de maintien de la paix d’envergure ne pourrait être envisagée qu’avec le soutien financier des puissances occidentales.

 

Sandrine PERROT

Chercheure post-doctorale, Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM).

Fiche mise à jour le 15 juin 2018 par Clémentine Loinard,
Stagiaire au Centre d'Etude des Crises et des Conflits Internationaux (CECRI)