Fiche d'information de l'État : Burundi Burundi

< Retour au détail: Burundi

Burundi

La République du Burundi est un État d’Afrique centrale ; elle partage ses frontières avec la République Démocratique du Congo, le Rwanda et la Tanzanie. Le Burundi a adhéré à quatre organisations habilitées à conduire des opérations de paix : l’ONU (1962), l’UA (ex-OUA, 1963), la CEEAC (1983) et l’EASBRICOM (2007).

Politique de maintien de la paix

 

Le Burundi se montre particulièrement attaché aux instances multilatérales dans la mise en œuvre de sa politique étrangère, comme en atteste le préambule de sa Constitution qui rappelle son attachement aux valeurs promues par la Charte des Nations Unies et l’acte constitutif de l’Union africaine (UA). Ceci se traduit par la possibilité pour les membres des forces de sécurité burundaises de « participer à des opérations de maintien de la paix dans le monde » (art. 294 de la Constitution).

 

Néanmoins, le Burundi n'est aujourd'hui qu'un contributeur secondaire au maintien de la paix onusien. Sa première participation à une opération de maintien de la paix (OMP) déployée par l’ONU ne remonte qu’à janvier 2007. Actuellement, le Burundi se hisse au 71ème rang des contributeurs de troupes, avec 71 hommes prenant part à quatre opérations : MINUAD, MINURCAT, MINUSTAH et ONUCI (chiffres du DOMP au 31 juillet 2010).

 

Son rôle est cependant plus important au sein des opérations déployées par les organisations régionales et sous-régionales dont il est membre. En particulier, le Burundi s’est fortement impliqué au sein de l'AMISOM (Mission de l’Union africaine en Somalie ; 2 550 hommes déployés), conduite par l’UA. Le Burundi participe également à la mise en œuvre de la brigade est des forces africaines en attente (FAA), au sein de l’EASBRICOM (Eastern African Standby Brigade Coordination Mechanism – Mécanisme de coordination de la force en attente est-africaine) et de la FOMAC (Force multinationale de l’Afrique centrale), témoignant de l’importance de son engagement dans le maintien de la paix sur le continent africain.

 

Structure décisionnelle politique et militaire

 

La Constitution burundaise encadre très strictement l'engagement des corps de défense et de sécurité (CDS) au sein des opérations extérieures. Selon l'article 110, « le Président de la République est le Commandant en chef des corps de défense et de sécurité ». Les CDS se composent de trois éléments: une force de défense nationale (incluant les forces navales et aériennes), une police nationale et un service national de renseignement (art. 245). Ils peuvent être employés pour assurer « l'accomplissement des obligations et engagements internationaux » (art. 249), et ainsi participer à des OMP (art. 294).

 

Dans ce cas, le Président doit consulter ses deux Vice-présidents et le Conseil National de Sécurité (art. 294), et informer le Parlement sur « la ou les raisons de l’emploi de la force de défense nationale, tout endroit où cette force est déployée, (et) la période pour laquelle cette force est déployée » (art. 250), permettant un contrôle législatif sur l’utilisation des CDS au sein d’opérations extérieures. Les ministères de la Défense et des Affaires étrangères sont également consultés (art. 250).

 

Évolution de la participation

 

Le Burundi, théâtre historique d’opérations de paix

 

Depuis le début de la décennie 1990, plusieurs opérations de paix ont été déployées au Burundi, par l’OUA (Organisation de l’Union Africaine), puis par l’UA et les Nations Unies.

 

Suite aux assassinats du président hutu Melchior Ndadaye et de hauts dignitaires du régime le 21 octobre 1993, lors d’un coup d’Etat orchestré par des militaires tutsis, le pays plonge dans une guerre civile interethnique. L’OUA déploie alors la MIOB (Mission d’observation au Burundi), à partir de novembre 1993. Composée de 67 observateurs, cette mission vise à promouvoir le dialogue entre les différentes parties au conflit, afin d’œuvrer pour la mise en œuvre d’un processus de réconciliation nationale devant permettre le retour à la paix. Cependant, face à l’escalade de la violence et du fait des moyens extrêmement faibles dont elle dispose, la MIOB ne peut empêcher la détérioration de la situation dans les années suivantes. L’OUA retire donc sa mission en juillet 1996, suite au renversement du président Ntibantunganya.

 

La signature de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation le 28 août 2000, et des accords de cessez-le-feu des 7 octobre et 2 décembre 2002, ont permis de mettre fin au conflit au Burundi. Dans l’attente du déploiement d’une opération onusienne, des troupes sud-africaines (701 hommes) sont déployées à partir d’octobre 2001 pour soutenir le processus de paix, avec l’accord du Conseil de sécurité (résolution 1375, 29 octobre 2001). L’UA prend le relais à partir de février 2003, en déployant la MIAB (Mission africaine au Burundi), afin de superviser la mise en œuvre des accords de cessez-le-feu et de faciliter le processus de DDR (désarmement, démobilisation et réinsertion).

 

La MIAB était composée de 2 645 hommes provenant d’Afrique du Sud, d’Éthiopie et du Mozambique, ainsi que de 43 observateurs militaires. La MIAB a ensuite été remplacée par l’ONUB (Opération des Nations Unies au Burundi) à partir de mai 2004. La mission de l’ONUB consistait à assurer le respect du cessez-le-feu, maintenir une situation sécuritaire stable, poursuivre le programme DDR et contribuer au bon déroulement du processus électoral. Elle a ainsi accompagné la mise en œuvre de l’accord sur le partage du pouvoir pour la période post transition, signé le 5 août 2004 sous l’égide de l’Afrique du Sud. Le mandat de l’ONUB s’est achevé en décembre 2006, faisant place à la création du BINUB (Bureau intégré des Nations Unies au Burundi) au 1er janvier 2007 (Résolution 1719,).


Une action de l’ONU aujourd’hui centrée sur la consolidation de la paix

 

Du fait de la stabilisation de la situation au Burundi, caractérisée par l’adoption de la constitution de 2005 et l’élection présidentielle qui l’a suivie, l’action du BINUB se concentre aujourd’hui essentiellement sur les activités de consolidation de la paix. Le Bureau intégré est ainsi chargé de poursuivre les processus de DDR et RSS (réforme du secteur de sécurité), de soutenir la gouvernance démocratique, et de promouvoir les droits de l’Homme et la lutte contre l’impunité.

 

L’ONU intervient également au Burundi par l’intermédiaire de la Commission pour la consolidation de la paix (CCP). Ce soutien apporté par la CCP vise à renforcer l’efficacité des actions menées par les acteurs locaux et internationaux en faveur de la consolidation de la paix, et à rationnaliser les financements de ces actions. En outre, la CCP permet également la mobilisation de fonds onusiens supplémentaires, par le biais du Fonds pour la consolidation de la paix (FCP). Le Burundi a ainsi bénéficié de 35 millions de dollars du FCP depuis 2006, permettant de financer des projets dans les domaines de la gouvernance démocratique, du renforcement de l’État de droit, ou encore de la promotion des droits de l’Homme.


Évolution de la participation du Burundi aux OMP onusiennes

 

Du fait de la guerre civile, le Burundi est resté longtemps absent des opérations de paix onusiennes. Ce n’est qu’avec le retour à une situation démocratique stable, se caractérisant notamment par une constitution redéfinissant les missions des forces armées et de sécurité, que le pays a pu prendre part à ses premières opérations de paix.

 

La première participation burundaise à une OMP onusienne remonte seulement à janvier 2007, avec le déploiement de 13 policiers au sein de l’ONUCI (Côte d’Ivoire). Le Burundi s’est depuis engagé au sein de trois autres opérations des Nations Unies : la MINUAD (Soudan/Darfour), la MINURCAT (RCA/Tchad) et la MINUSTAH (Haïti), concentrant ainsi l’essentiel de son action sur le continent africain. Cependant, le Burundi ne déploie aujourd’hui qu’un nombre extrêmement faible d’hommes, 71 au total : 2 militaires, 65 policiers et 4 observateurs.


Un contributeur majeur au maintien de la paix africain

 

Néanmoins, le rôle du Burundi est plus important au sein des opérations menées par les organisations régionales et sous-régionales auxquelles il adhère. Membre de la CEEAC – Communauté économique des États d’Afrique centrale –, le Burundi déploie 10 hommes au sein de la MICOPAX (Mission de consolidation de la paix en Centrafrique, depuis juillet 2008).

 

Son engagement s’avère plus important auprès de l’Union africaine. Le Burundi a participé à sa première opération de paix multilatérale en 1991, au sein du GOMN (Groupe d’observateurs militaires neutres, mars 1991 – octobre 1993) déployé par l’OUA. Le GOMN était chargé de surveiller la situation au Rwanda, suite à l’accord de cessez-le-feu signé entre le régime de J. Habyarimana et les opposants du Front Patriotique Rwandais.

 

Le Burundi a également pris part à la MUAS (Mission de l’Union africaine au Soudan), déployée au Darfour entre mai 2004 et décembre 2007, afin de surveiller la mise en œuvre des accords humanitaires de cessez-le-feu et de veiller à l’établissement d’un climat sécuritaire stable.

 

C’est au sein de l’AMISOM (Mission de l’Union africaine en Somalie, depuis janvier 2007) que l’engagement burundais est le plus important. Le Burundi déploie aujourd’hui 2 550 soldats en Somalie, soit près de la moitié des effectifs d’une mission dirigée entre 2007 et 2009 par un Burundais, Nicolas Bwakira. Cet engagement a valu aux autorités de Bujumbura la reconnaissance du Secrétaire général des Nations Unies, celui-ci ayant déclaré que « le Burundi montre son attachement à la paix et à la sécurité internationale et sa présence sera décisive pour le succès de l’AMISOM ».

 

Cependant, la mise en œuvre du mandat de l’AMISOM s’avère extrêmement compliquée, de par le manque de participation d’autres États, la faiblesse des moyens à disposition de l’opération et l’instabilité de la situation somalienne – qui a coûté la vie à 31 soldats burundais, dont le général Juvénal Niyonguruza, en septembre 2009, alors commandant adjoint de la mission. Aux côtés de l’Ouganda, le Burundi se montre donc favorable à un renforcement du mandat de l’opération (élargissement du droit de recours à la force) et à une augmentation du nombre de soldats déployés, nécessitant l’engagement de nouveaux contributeurs de troupes.

 

Le Burundi s’est en outre activement engagé dans la mise en œuvre des FAA est-africaine et centre-africaine, dans l’objectif de renforcer les capacités de réaction des acteurs institutionnels africains aux crises survenant sur leur continent. Ces brigades sont actuellement en phase d’opérationnalisation ; le Burundi a ainsi participé en novembre 2009 à l’exercice FTX 09, première manœuvre commune des forces de la brigade est, réalisée à Djibouti, et, en mai et juin 2010, à l’exercice Kwanza 2010, réalisé par la CEEAC en Angola. L’opérationnalisation des FAA doit permettre aux organisations sous-régionales africaines de pouvoir mener à bien, à court terme, leurs propres opérations de paix.


L’importance de la formation au maintien de la paix

 

Afin de préparer le déploiement de ses troupes au sein d’opérations de paix, le Burundi reçoit le concours de plusieurs États pour former les membres de ses forces de sécurité aux spécificités du maintien de la paix : en particulier le rôle des officiers d’état-major d’une OMP, les règles d’engagement et le contrôle de zone. Au total, plus de 7 000 soldats ont ainsi été formés.

 

En particulier, les États-Unis ont apporté un important soutien financier, dans le cadre du programme ACOTA (Africa Contingency Operations Training and Assistance), permettant la tenue de telles formations. La France participe aussi à cet effort, en assurant des stages pour l’armée burundaise, menés par les Forces Françaises au Gabon. D’autre part, plusieurs instructeurs ont été détachés par l’Ecole de maintien de la paix du Mali pour assurer des stages d’instruction auprès des forces burundaises. Enfin, plus largement, la Belgique contribue également à la formation des cadres de l’armée burundaise, dans le cadre de son accord de partenariat militaire signé avec Bujumbura en janvier 2006.

 

Outre la préparation au maintien de la paix, ces formations aident également à former et développer l’armée burundaise dans le cadre du processus de réconciliation nationale, à faciliter l’insertion des anciens combattants de la guerre civile en son sein, et à harmoniser ses cadres. Elles permettent ainsi d’inscrire les forces armées dans le cadre démocratique, en recentrant leur action sur les interventions extérieures – tel que prévu par la Constitution au titre X, relatif aux « corps de défense et de sécurité » – limitant ainsi leur rôle dans les affaires intérieures.

 

 

 

Antoine Esteban

Master Analyse des conflits et construction de la paix, Institut d’Etudes Politiques de Lille

30 septembre 2010