Fiche d'information de l'État : Cameroun Cameroun

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Cameroun

Le Cameroun est un pays d’Afrique Centrale ; il a adhéré à l’ONU dès son accession à l’indépendance en 1960 ; il est par ailleurs membre originaire de l’Union Africaine (1963) et membre fondateur de la CEEAC (1983). Les trois organisations exercent des compétences dans le domaine des opérations de paix.

Le Cameroun est l’un des rares pays africains dont le cheminement historique vers l’accession à la souveraineté internationale s’est opéré suivant une tournure empreinte d’éléments de singularité. D’abord protectorat allemand de 1884 à 1916, il a connu une courte période de condominium franco-britannique avant d’être placé après la fin de la première guerre mondiale sous mandat de la SDN (Société des Nations), puis sous tutelle des Nations unies dès l’entrée en vigueur de la Charte de l’organisation mondiale. Ensuite, il est un des rares territoires sous administration française à avoir connu une guerre d’indépendance. Cet état de fait va substantiellement orienter les autorités publiques dans l’exercice de conception et de mise en œuvre de la politique étrangère de cet Etat. Il en résulte que le Cameroun agit dans l’ordre des rapports internationaux avec une certaine logique.

 

En ce qui concerne l’aspect institutionnel de cette politique étrangère, on doit relever la marque du régime politique en l’occurrence le régime présidentialiste dont l’effet est la prééminence du Président de la République, chef de la diplomatie et chef des forces armées (article 5 &2 et 6 de la constitution). Il est appuyé dans l’exercice des fonctions considérées respectivement par le Ministre des Relations Extérieures et le Ministre délégué à la présidence chargé de la défense.

 

La politique étrangère du Cameroun s’articule autour des points ci-après : les principes d’indépendance nationale conformément à la Charte des Nations Unies, la coopération et l’unité africaine, le non-alignement, la prégnance de l’impératif de développement et le pacifisme. C’est donc tout naturellement que la recherche de la paix interne et internationale y occupe une place privilégiée, même si pendant longtemps les initiatives allant dans ce sens ont été menées dans la discrétion. De fait, afin de cerner de près les rapports entre le Cameroun et les opérations de paix, deux périodes sont à distinguer : la période allant de 1960 à la fin de la guerre froide et la période postérieure à cet événement majeur dans les relations internationales. La première période est caractérisée par un soutien diplomatique incontestable à toutes les opérations de paix dans le monde initiées par les Nations unies. On peut citer à titre d’illustration les actions entreprises par cet Etat afin d’œuvrer à la fin du conflit du Biafra (Nigeria) ou encore la présentation aux Nations unies du Mémorandum de Lusaka sur la position africaine vis-à-vis du gouvernement raciste sud-africain, l’appui à la lutte contre le colonialisme et les autres formes d’oppression. D’ailleurs, le Cameroun a appuyé la candidature de nombre de ressortissants camerounais dans la conduite des programmes onusiens au service de la paix mondiale (cas du processus d’indépendance de la Namibie). Que cette action diplomatique n’ait pas été accompagnée de l’envoi de troupes sur les théâtres de conflit n’est pas suffisant pour dénier au Cameroun son rôle d’artisan de la paix mondiale. L’attitude du Cameroun, à l’analyse, est d’ailleurs compréhensible, car il avait besoin de troupes pour consolider la paix interne dont l’équilibre tardait à se stabiliser.

 

Un autre élément est qu’à cette période, les grandes puissances étaient plus disposées à envoyer les troupes dans les sites d’opération de paix. La deuxième période se spécifie par un engagement plus poussé du Cameroun dans les opérations de paix onusiennes, notamment à travers le dépassement du stade purement diplomatique pour accéder à celui de l’envoi des contingents, que les opérations aient pour site l’Afrique ou d’autres continents, qu’elles soient onusiennes ou entreprises par les organisations régionales sous réserve du respect par les organisations considérées des exigences de légalité. Affirmer donc que le Cameroun est un artisan de la paix n’a donc rien de frappant, car il a une approche qui met l’accent sur la conduite des relations internationales sur une base pacifique et du droit, qui privilégie l’apaisement des tensions certes de façon non tapageuse mais effective. Son action en ce sens s’est construite de façon graduelle. Plus précisément, le Cameroun a progressivement assis les bases de son déploiement international ou régional dans le domaine des opérations de paix.

 

I -  Les fondements de l’action internationale du Cameroun dans le domaine des opérations de paix

 

Après de longues années d’une action discrète, le Cameroun a minutieusement mis en place un cadre juridique qui lui permet d’assurer de façon plus poussée une projection extérieure dans le domaine des opérations de paix. Sur le plan régional, il a contribué à la mise en place d’un certain nombre d’instruments à l’effet d’éradiquer les conflits en Afrique Centrale.

 

A - Le cadre juridique interne

 

Avec la multiplication des conflits qui a accompagné l’effondrement du bloc de l’est, le Cameroun, en vue de répondre aux exigences de paix régionale et à l’appel lancé par le Secrétaire Général des Nations Unies dans l’Agenda pour le paix a revu son arsenal juridique dans le domaine des opérations de paix en y apportant des innovations majeures. Ainsi, par le décret n°95/200 du 5 octobre 1995, l’Unité Nationale pour le Maintien de la Paix a été créée au sein des Forces armées camerounaises. Il s’agit aux termes de l’article 1er du texte considéré d’une unité spécialisée, « investie missions de maintien, d’établissement et de rétablissement de la paix, ainsi que des missions humanitaires, paramilitaires et militaires ». Elle a le statut d’une formation de réserve appelée à être mobilisée à tout moment au service de la paix sous-régionale, régionale ou internationale. Elle est composée d’un groupement d’Etat-Major et d’un groupement opérationnel de Maintien de la paix. Le groupement d’Etat-Major comprend une section de commandement munie d’une cellule d’interprétariat, une section de protection, une compagnie de transmission type ONU, une section d’éclairage et une section de la prévôté. Le groupement opérationnel de Maintien de la Paix comprend deux compagnies d’Infanterie Spécialisée, deux sections de Fusiliers marins, une section de Fusiliers de l’Air, un Peloton d’engins blindés légers, une section de mortiers, une section anti-chars, une section d’artillerie anti-aérienne, une section de sapeurs, mineurs/démineurs, un Escadron mixte de maintien de l’Ordre, une section de Matériel, une section d’intendance, une section de Transport-Circulation-Essence et une Antenne médicale. Structure multidimensionnelle, l’unité permet au Cameroun d’assumer ses responsabilités nationales, régionales et mondiales en matière d’opérations de paix. A côté de ce dispositif national, le Cameroun a sur le plan régional œuvré à l’émergence d’un certain nombre d’instruments juridiques et d’institutions de paix.

 

B - Le Cameroun et l’adoption d’un dispositif régional au service de la paix

 

Le positionnement de la CEEAC sur le terrain de la recherche de la paix en Afrique centrale est le résultat d’une action déterminante du Cameroun , lorsque ce dernier présidait l’organisation en 1986. En effet, devant la situation d’inactivité relative de cette Communauté économique, cet Etat a suscité l’adhésion de ses pairs à l’idée suivant laquelle la CEEAC pouvait joindre sa mission d’intégration économique et celle d’asseoir un climat de paix, de sécurité et de stabilité régionales, finalité d’ailleurs indissociable de sa mission statutaire originelle. Dans cette perspective, il a conçu un programme dont l’objet était d’identifier les mesures visant à créer et à consolider la confiance, la sécurité et le développement des États de la région. Le programme considéré a été soumis à l’Assemblée Générale des Nations Unies le 28 novembre 1986 où il a reçu une large approbation . Ainsi, la résolution A/Res/46/37/3 du 6 décembre 1991 met l’accent sur la nécessité d’œuvrer pour la paix, la sécurité et la stabilité en Afrique centrale. Afin de donner une suite concrète à ce texte, un Comité consultatif permanent pour les questions de paix et de sécurité en Afrique centrale a été mis sur pied. Dès sa création, le Comité s’est parfaitement illustré par son déploiement dans la recherche des voies et moyens de faire de la paix une réalité vécue et non aspirée en Afrique Centrale . Il en va ainsi de la promotion et de la consolidation de la coopération des États de la région en matière de politique étrangère et en matière de défense , des actions visant à faciliter l’échange d’informations, la multiplication des séances de concertation interétatique, l’accroissement de l’intérêt des États membres de la CEEAC pour les questions régionales. L’autre axe de son action concerne la création des zones démilitarisées, les initiatives tendant à la consolidation de la paix ou la réalisation d’une paix sécuritaire ou structurelle à l’instar de l’éducation à la paix, le renforcement de la coopération économique transfrontière, le soutien au processus de démocratisation, la sauvegarde des droits de l’homme. L’action du Comité est aussi prospective en ce sens qu’il sert de cadre de réflexion et d’instrument d’action en vue de la paix, de la sécurité et de la stabilité régionale. C’est dire grâce à l’action du Cameroun, l’Afrique centrale a bénéficié d’une plus grande présence onusienne sur le terrain afin de réduire les facteurs de déstabilisation de la paix. L’autre volet de ce positionnement axial dans les opérations de paix est sans conteste l’investissement du Cameroun dans l’adoption au niveau régional des instruments juridiques de paix. Il se présente à bien des égards comme l’inspirateur et le facteur de l’inscription de nombre d’instruments juridiques de soutien à la paix sur l’agenda de politique régionale. Il en va ainsi du pacte de non-agression et d’assistance mutuelle de la CEEAC du 8 juillet 1996 et du protocole relatif au Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale (COPAX) du 25 février 1999. Au regard de ce qui précède, le Cameroun a construit de façon méthodique ou a participé à la construction d’un cadre juridique qui lui permet d’assurer son déploiement extérieur dans le domaine des opérations de paix.

 

II - Le déploiement extérieur

 

Depuis la fin de la guerre froide, le Cameroun a accru sa présence et sa visibilité dans le domaine des opérations de paix qu’elles soient régionales ou internationales. L’action vise la participation aux opérations de paix ou la facilitation de la réalisation des opérations visées.

 

A - La participation aux opérations de paix


Ces opérations peuvent être entreprises soit par l’ONU, soit par les organisations régionales. Pour ce qui est des premières, le Cameroun a dès 1992 réajusté sa position relativement aux opérations de paix par l’envoi des contingents dans le cadre de l’APRONUC, créée le 28 février 1992 et à qui les Nations unies ont assigné la mission de garantir l’application de l’accord pour le règlement politique global de la crise cambodgienne, texte signé à Paris le 23 octobre 1991. Cet envoi de contingents hors des frontières nationales consacre une nouvelle approche assise sur l’idée de soutenir de façon plus caractérisée les Nations Unies dans la poursuite de leur mission essentielle de paix et de sécurité internationales. Fort des résultats obtenus et du comportement loyal des membres des contingents envoyés dans les opérations onusiennes, le Cameroun a accru et diversifié sa présence en apportant à l’organisation mondiale des contingents armés ou des observateurs militaires, des forces de police. En tout état de cause, la composition de l’Unité nationale pour le Maintien de la paix est telle qu’elle peut se prêter à l’ensemble des opérations susceptibles de rentrer dans cette perspective. Il en résulte qu’avec l’orientation prise par l’État depuis les années 1990, son appui aux opérations de paix est constant. A titre d’illustration, le Cameroun dispose d’un contingent de 24 membres des forces de police dans les effectifs de la MINUSTAH (Haïti), de 33 membres des forces de police dans ceux de la MONUC (Congo démocratique), de 71 membres des forces de police dans le cadre de l’ONUCI (Côte d’Ivoire), de 10 membres des forces de police dans les effectifs de la MINURCA (République Centrafricaine), de 9 militaires, de 11 observateurs militaires et de 209 membres des forces de police dans le cadre de la MINUAD (Darfour), de 10 membres des forces de police dans les effectifs de la MINURCAT (Tchad et en République Centrafricaine). Par ailleurs, le Cameroun a appuyé la nomination de deux de ses ressortissants au poste de représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies dans des pays en proie à une crise aiguë. Il s’agit en l’occurrence de Jacques Roger BOOH BOOH au Rwanda de novembre 1993 à juin 1994 et de NGONI Amos Namanga, chef de la MONUC de septembre 2001 à juillet 2003. En ce qui concerne la participation aux opérations de paix régionale ou sous-régionale, force est de relever que la recherche de la paix régionale est une préoccupation constante du Cameroun, que ce soit dans le cadre de l’Union Africaine ou dans le cadre de la CEEAC. C’est dans ce contexte qu’il convient de situer sa participation à la MUAS (Mission de l’Union Africaine au Soudan) ou dans le cadre de la MICOPAX (mission de la CEEAC en République centrafricaine) qui a en juillet 2008 pris le relais de la FOMUC (Force Multinationale de la CEMAC) afin de conduire les opérations de paix en République Centrafricaine. Le contingent camerounais dans cette opération compte près de 200 hommes.

 

B - Les actions de facilitation des opérations de paix


Elles portent soit sur l’accord sur l’acheminement à travers le territoire national du matériel à destination du site des opérations de paix ou l’accueil provisoire des membres des contingents visés à l’instar de l’arrangement entre le Cameroun et l’Union européenne au sujet de l’Eufor-Tchad-RCA ou encore les actions de coopération en matière de renforcement des capacités dans le domaine des opérations de paix. On peut citer à titre d’illustration la coopération avec la France dans le cadre du RECAMP, avec les USA dans le cadre de l’ACRI ou encore la participation aux opérations organisées dans le cadre de la CEEAC. Il en va ainsi des exercices militaires « Biyongho 2003 » organisées entre les troupes des États membres de la CEEAC avec pour objectif le tissage et la consolidation des liens entre les différentes armées, le renforcement des capacités des pays membres relativement aux questions telles que les crises humanitaires qui requièrent une action d’urgence et ce dans le respect des exigences des principes onusiens. Il était aussi question pour les armées de s’exercer au maintien de la paix en situation d’instabilité constitutionnelle ou encore des exercices préparatoires pour une éventuelle opération de la FOMAC (Force Multinationale de l’Afrique Centrale). Il est à noter que les opérations « Biyongho 2003 » ont connu la participation d’environ 1000 hommes appartenant aux forces armées de huit Etats membres de la CEEAC. S’agissant plus précisément de la formation des contingents camerounais destinés aux opérations de paix, l’État est conscient de l’impératif de concourir à la préservation de l’image onusienne et de l’image nationale. Cet état de fait explique une préparation minutieuse qui les protège contre les comportements odieux tels que les violences sexuelles, le trafic de matières premières et autres dérives. D’ailleurs, l’article 7 du décret du 5 octobre 1995 assigne au Commandant de l’Unité nationale une mission de formation permanente. Dans cette perspective, le Cameroun a le soutien des bailleurs de fonds ou d’institutions telles que le Centre Pearson pour le Maintien de la Paix. Il résulte de cet exercice de préparation des résultats satisfaisants, car jusqu’à aucun membre du contingent camerounais pour les opérations considérées ne s’est trouvé au centre des opérations indignes, de nature à compromettre les efforts des Nations Unies ou des organisations régionales orientés vers la recherche de la paix.

 

 

Jean Kenfack

Enseignant Permanent à l’IRIC, Cameroun

 


Bibliographie


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