Historique de l'opération FIAS

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FIAS       Afghanistan

Force internationale d'assistance à la sécurité

 

La création de la FIAS remonte au 20 décembre 2001, lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité la Résolution 1386 afin « d’aider l’Autorité intérimaire afghane à maintenir la sécurité à Kaboul et dans ses environs, de telle sorte que l’Autorité intérimaire afghane et le personnel des Nations Unies (notamment de la Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan) puissent travailler dans un environnement sûr ». Elle fait suite à la guerre menée par la coalition dirigée par les États-Unis ayant renversé le régime taliban en Afghanistan. Prise en charge par l'OTAN en août 2003, l'opération a été étendue à l'ensemble du pays par la Résolution 1510 adoptée le 13 octobre 2003.



La Guerre d'Afghanistan et la Conférence de Bonn (2001)

 

 

Territoires contrôlés par les différentes parties au conflit en 1996

 

Les attaques terroristes du 11 septembre 2001 ayant été attribuées au groupe Al-Qaïda, les États-Unis lancent un ultimatum au gouvernement taliban, au pouvoir depuis 1996 et accusé d’héberger les principaux leaders d’Al-Qaïda dont Oussama Ben Laden. Se considérant en état de légitime défense et étant donné le refus des talibans de livrer ce dernier, les États-Unis lancent le 7 octobre 2001 l’opération militaire « Liberté immuable » (Enduring Freedom). Appuyés au sol par les forces de l’Alliance du Nord, un groupe armé musulman afghan qui luttait déjà contre les talibans depuis 1996, les États-Unis se livrent à une campagne de bombardements. Les troupes de l’Alliance du Nord entrent finalement dans Kaboul le 13 novembre 2001, et les talibans évacuent Kandahar, leur fief d’origine situé au sud du pays, le 7 décembre 2001. Plusieurs milliers de talibans sont tués ou capturés dans les combats, alors que quelque 3 700 civils perdent la vie.

 

Aussitôt après la chute du régime taliban, des personnalités influentes d’Afghanistan se réunissent du 27 novembre au 5 décembre 2001 à Bonn, en Allemagne, dans le but de déterminer le cours de l’ère post-taliban. Cette conférence permet de mettre au point une véritable « feuille de route » (dont le nom officiel est « Accord sur des arrangements temporaires en Afghanistan en attendant le rétablissement des établissements permanents de gouvernement ») de la consolidation de la paix et de la reconstruction post-conflit, principalement centrée autour de l’organisation d’élections présidentielles et législatives le 11 juin 2004 –elles seront finalement repoussées au 9 octobre 2004 et au 18 septembre 2005 respectivement. En attendant ces élections, les participants à la réunion décident de la création d’une Autorité Afghane de Transition qui sera dirigée par Hamid Karzaï, issu de l’Alliance du Nord, et d’une force internationale mandatée par l’ONU, chargée d’assister ce gouvernement transitoire, d’assurer un environnement sain à Kaboul et d’appuyer la reconstruction en Afghanistan.

 

La création de la FIAS (20 décembre 2001)

 

Le 20 décembre 2001, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte ainsi la Résolution 1386 créant la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) sur la base du chapitre VII de la charte de l’ONU. La FIAS débute donc comme mission ad hoc, dirigée par la Grande-Bretagne pour une période de six mois. Elle doit travailler de concert avec l’Autorité Afghane de Transition et, lorsqu’elle sera créée le 28 mars 2002 par la Résolution 1401, avec la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA). La MANUA est une mission politique composée de civils qui aura pour mandat de coordonner les efforts de la communauté internationale en matière d'aide humanitaire, de reconstruction et de développement.

 

Entre 2001 et 2004, la FIAS est structurée en trois principales composantes : le quartier général, la Brigade multinationale de Kaboul qui constitue le quartier général tactique de la FIAS (responsable de la planification et de la conduite au quotidien des opérations de patrouille et de coopération entre civils et militaires), et la force d'intervention de l'Aéroport international de Kaboul.

 

Ce n’est que le 11 août 2003 que l’OTAN assumera le commandement, la coordination et la planification de la FIAS, mettant ainsi fin à un arrangement précaire reposant sur une rotation biannuelle du commandement. Ce changement est officialisé le 13 octobre 2003 par la Résolution 1510 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui autorise par ailleurs l’extension de l’action de la FIAS à l’ensemble du pays, toujours sur la base du chapitre VII de la Charte de l’ONU. Quelques semaines auparavant, les États-Unis avaient annoncé la fin des combats, affirmant que la plus grande partie du pays était désormais sûre, mais pas de la lutte contre le terrorisme.

 

La décennie de la transition (2004-2014)

Le lancement de la reconstruction (2002)

 

La Conférence internationale sur l'assistance à la reconstruction de l'Afghanistan, qui a lieu le 21 et 22 janvier 2002 à Tokyo, est la première conférence internationale sur l'Afghanistan depuis la chute des talibans. Les participants s’engagent à accorder une enveloppe de 1,8 milliards de dollars pour l’année 2002, puis 4,5 milliards pour les cinq années suivantes pour la reconstruction du pays dans plusieurs secteurs prioritaires.

 

Quelques mois après, lors d’une Loya jirga (assemblée) d’urgence qui a lieu du 10 au 21 juin 2002, Hamid Karzaï est élu à la tête de l'Autorité Afghane de Transition. Cette AFT doit alors relever plusieurs défis :

 

-Rédaction et adoption d’une nouvelle constitution;

-Préparation d’un contexte légal, logistique et culturel permettant l’organisation d’élections libres et transparentes;

-Entraînement et déploiement des forces armées nationales;

-Démobilisation de jusqu’à 200 000 soldats appartenant à des factions;

-Mise en oeuvre du programme de reconstruction.

 

Malgré quelques lacunes, cette Loya jirga constitue une avancée significative car après 30 ans de conflit, des représentants de tout le pays mettent de côté les armes pour se réunir et élire un chef d’État. Pour la sécurisation de cet évènement, la 1ère brigade d'infanterie afghane effectue son premier déploiement opérationnel.

L’extension de la FIAS hors de Kaboul (2004-2006)

 

Les 4 étapes de l’extension de la FIAS

En quatre étapes réparties entre 2004 et 2006, la FIAS prend le contrôle ou établit des EPR [1] dans les régions du Nord (Phase 1, 28 juin 2004, complétée en octobre 2004) puis de l’Ouest (Phase 2, 10 février 2005, complétée en septembre 2005). Le 10 décembre 2005, l'OTAN adopte un plan d'opérations révisé pour l'Afghanistan qui entérine l'extension de la FIAS à l'ensemble du pays, établit les commandements régionaux et prévoit l'envoi de troupes supplémentaires. La FIAS continue alors son expansion vers le Sud (Phase 3, 8 décembre 2005, complétée en juillet 2006) et l’Est (Phase 4, complétée en octobre 2006). À cette date, les effectifs de la FIAS s'élèvent alors à 31 000 militaires et ceux de l’opération Enduring Freedom à 8 000.

Élections, conférences et sommets : les efforts pour la reconstruction

 

Le 4 janvier 2004, une Loya jirga constitutionnelle aboutit à l’adoption d’une nouvelle Constitution pour l'Afghanistan. Malgré un processus de rédaction litigieux, plusieurs lacunes en matière de gouvernance démocratique et de partage du pouvoir ainsi que certaines plaintes exprimées par les formations pachtounes qui dénoncent leur sous-représentation, cette nouvelle Constitution constitue une avancée en ce sens qu’elle reconnait, entre autres, la légitimité des langues minoritaires et accorde 25% des sièges aux femmes à la chambre basse du Parlement.

 

Une conférence internationale sur l'Afghanistan a lieu le 31 mars 2004 à Berlin afin d’évaluer l’impact des efforts de reconstruction et d’adopter le cadre à long terme du développement de l’Afghanistan. À cette occasion, la communauté internationale réaffirme son soutien à la reconstruction du pays en annonçant 8,2 milliards de dollars de promesses de dons. L'Afghanistan, de son côté, s’engage à réaliser un programme de travail visant la création d'un véritable État de droit qui doit être, à moyen terme, viable et autonome.

 

En octobre 2004, les premières élections présidentielles organisées depuis la chute des talibans portent Hamid Karzaï au pouvoir, en dépit de fraudes massives. Malgré les menaces des talibans de tuer quiconque participera au scrutin, dix millions d’Afghans se rendent aux urnes et les élections se déroulent relativement pacifiquement.

 

Les premières élections législatives (Wolesi Jirga) depuis 30 ans sont ensuite organisées le 18 septembre 2005, ce qui marque un semblant de retour à une vie politique normalisée malgré le climat de terreur imposé par les talibans et le déploiement de 2 000 militaires en renfort temporaire pour la sécurisation des élections. La nouvelle assemblée nationale afghane, qui comprend donc désormais un peu plus d’un quart de femmes, entrera ainsi en fonction le 19 décembre 2005, ce qui mettra fin aux accords de Bonn de 2001.

 

À l’occasion du Forum sur le Développement de l’Afghanistan, en 2005, le gouvernement afghan lance par ailleurs la Stratégie nationale de développement pour l'Afghanistan (ANDS), un ensemble de stratégies et programmes précis et multisectoriels visant à améliorer les conditions de vie du peuple afghan. L’ANDS sera peu après avalisée par le Conseil de sécurité des Nations Unies.

 

Du 31 janvier au 1er février 2006 a lieu la conférence de Londres, lors de laquelle est présentée une feuille de route définissant les principes de coopération entre la communauté internationale et le gouvernement afghan pour les 5 années suivantes,  le « Pacte pour l’Afghanistan » (Afghan compact). Cet accord identifie « trois domaines ou piliers d’activités essentiels et interdépendants » pour les cinq prochaines années :

 

-la sécurité (pour la première fois, les paramètres de la RSS sont clairement définis : le Pacte prévoit notamment qu’à la fin 2007, tous les groupes armés illégaux seront désarmés et qu’à la fin 2010, l’effectif de l’armée sera porté à 70 000 soldats et celui des forces de la police à 62 000 membres);

-la gouvernance, l’État de droit et les droits humains ;

-le développement économique et social.

 

Le Pacte pour l’AfghanistaN sera lui aussi avalisé, à postériori, par le Conseil de sécurité dans sa Résolution 1659.

La lutte contre la résurgence talibane (2006)

 

Alors que les années 2003 à 2005 sont relativement calmes (mis à part des attaques quasi-quotidiennes mais peu efficaces dans l’ensemble sur les positions de la coalition), les actes de guérilla s’intensifient à travers le pays à partir du printemps 2006 – qu’il s’agisse d’attaques, d’embuscades, d’attentats-suicides ou de bombes en bordure de route - tant et si bien que 2006 est l’année la plus meurtrière depuis le début de l’intervention américaine en 2001. C’est aussi l’année où la production d’opium au pays, source principale de revenus des talibans, connait une augmentation de 60%.

 

La FIAS lance alors, conjointement avec l’armée afghane, plusieurs opérations à travers le pays afin de contrer la résurgence de l'insurrection. Entre mi-mai et fin juin 2006, plus de 1 000 talibans et 155 soldats de la coalition sont ainsi tués au cours de l’offensive « Mountain Thrust », lancée dans les quatre provinces les plus touchées par la rébellion (Kandahar, Helmand, Zaboul et Oruzgan, dans le sud de l'Afghanistan) afin « de barrer tout refuge aux forces ennemies, de bloquer leurs couloirs de circulation, en même temps que de réaliser des projets de reconstruction et de l'aide humanitaire», explique alors le colonel Tom Collins, un des porte-parole de la FIAS. Il s’agit de la plus vaste opération menée depuis 2001 ; au total, 11 000 hommes sont en effet déployés (3 500 Afghans, 3 300 Britanniques, 2 300 Américains et 2 200 Canadiens).

 

Lors de l’ « Opération Medusa », menée mi-septembre de cette même année dans la vallée de la rivière Arghandab dans la province de Kandahar, quelque 500 insurgés et 26 soldats de la coalition sont tués. Après la fin de cette opération, l'OTAN lance du 16 septembre 2006 au 15 janvier 2007 l’ « Opération Mountain Fury », menée de 7 000 hommes, afin de reprendre les positions talibanes dans les provinces de Paktika, de Khost, de Ghazni, de Paktia et de Logar. Cette opération fait 107 morts et 229 blessés du côté de l’Alliance, 1 131 tués du côté de la rébellion et une centaine de victimes parmi les civils. Lors de l' « Opération Achilles », menée du 6 mars au 30 mai 2007 dans la province d'Helmand,  la Coalition perd 35 hommes mais selon l'OTAN, entre 750 et 2 000 insurgés sont tués.

 

Si les talibans subissent de lourdes pertes lors des combats directs avec les forces de l’Alliance, du fait d’une puissance de feu moindre, ces opérations de contre-insurrection semblent ne pas affaiblir le mouvement, qui recourt de plus en plus aux tactiques de guérilla, bien plus efficaces. « La réserve de combattants talibans est pratiquement illimitée » et « le mouvement ne sera pas enrayé par de lourdes pertes », constate fin 2006 le Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU en Afghanistan et chef de la MANUA, Tom Koenigs. Selon lui, les troupes internationales, qui comptent à cette date 47 000 militaires provenant de 40 pays différents, ne peuvent pas gagner contre ce type d’insurrection; seule l’armée nationale le peut. En 2008, deux fois plus d'attaques à la bombe et d'enlèvements ont lieu qu’en 2007 ; plus de 2 000 attentats sont alors recensés.

La transition (2008)

 

Face à la persistance de la rébellion et craignant que « les terroristes reprennent le contrôle de l’Afghanistan », les pays membres de l’OTAN décident, lors du sommet de l'OTAN de Bucarest des 3 et 4 avril 2008, de définir les principes de la présence de la communauté internationale dans le pays. Cette présence est fondée sur quatre principes : engagement à long terme des alliés ; transfert progressif des responsabilités de la sécurité aux Afghans ; coordination des efforts militaires et civils ; et coopération régionale, en particulier avec le Pakistan. On ne parle plus de « stratégie de sortie » mais de « transition ».

 

Lors d’une autre conférence de soutien à l'Afghanistan qui a lieu à Paris le 12 juin de la même année, quelque 90 pays et organisations internationales s'engagent à soutenir la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement pour l'Afghanistan et à fournir 20 milliards de dollars. En octobre 2008, la FIAS compte quelque 51 000 militaires. Une autre conférence internationale a par la suite lieu à La Haye le 31 mars 2009, cette fois-ci pour discuter des aspects régionaux de la crise.

 

En février 2009, le nouveau président américain, Barack Obama, annonce que 17 000 soldats seront envoyés en renfort pour faire face à l’accroissement des violences. Le 27 mars, il annonce une « nouvelle stratégie » en Afghanistan et l'envoi de 4 000 civils et militaires supplémentaires. Fin 2010, le contingent de la FIAS atteindra ainsi la barre des 100 000 personnels.

 

Conformément à la constitution afghane, des élections présidentielles et provinciales ont lieu le 20 août 2009. La campagne électorale est notamment caractérisée par la mise de l’avant de programmes politiques plutôt que par la mobilisation identitaire et par une plus grande participation populaire aux événements politiques, notamment de la part des femmes candidates. En raison du nombre limité de bureaux de vote ouverts et des violences durant la semaine précédent l’élection, le taux de participation reste toutefois inférieur à celui des précédentes élections. Le principal opposant au président Karzaï, le Dr Abdullah, se retire de la course avant le second tour, alors même qu’aucun candidat n’a obtenu la majorité absolue lors du premier tour. Le Dr Abdullah, qui considère que les conditions pour la tenue d’élection libres et équitables ne sont pas réunies, refuse en outre de participer à un éventuel gouvernement de coalition. Le président Karzaï est donc reconduit dans ses fonctions pour un deuxième mandat, là encore malgré des accusations de fraudes.

 

Le 28 janvier 2010, une conférence réunissant des représentants de plus de 70 pays a lieu à Londres. Les résultats de cette conférence marquent un changement d’approche dans la gestion du conflit en Afghanistan et s’inscrivent en concordance avec les grandes lignes de la nouvelle stratégie américaine puisqu’ils favorisent entre autres l’augmentation des efforts civils pour équilibrer le volet militaire de la mission. Les conclusions de la conférence s’articulent autour de cinq principaux axes :

 

- Le transfert des responsabilités sécuritaire au gouvernement afghan à partir de fin 2010-début 2011. À cette fin, il est décidé d’augmenter le nombre de troupes étrangères aux alentours de 135 000 soldats et d’augmenter les forces de sécurité afghane à 300 000 personnes d’ici la fin 2011.

- La réconciliation nationale, qui est l’aspect le plus controversé de la conférence mais qui fait l’objet d’un large consensus parmi les candidats présidentiels durant l’élection de 2009. Les pays participants décident d’appuyer le Peace and Reintegration Programme du gouvernement afghan, qui vise à offrir des incitatifs financiers aux talibans qui désirent réintégrer la société à condition qu’ils renoncent à la violence, qu’ils coupent les liens avec les réseaux terroristes et qu’ils s’engagent à respecter la constitution afghane.

- La lutte contre la corruption, qui favorise l'insurrection et les autres activités criminelles en Afghanistan et dans la région, est un autre axe majeur abordé par la conférence. Parmi les mesures proposées figurent l’envoi d’une mission indépendante de surveillance et d’évaluation ainsi que la création d’un bureau indépendant de haute surveillance (Office of High Oversight).

- Le développement économique, qui passe par une augmentation des efforts civils. C’est ainsi que l’OTAN prévoit de se doter d’un haut représentant civil et d’augmenter le nombre de personnels civils. Les participants s’engagent en outre à accroître leur aide au développement, et annulent une partie de la dette afghane. Ils soulignent toutefois l’importance que cette aide transite par le gouvernement afghan et que les structures de gouvernances subnationales soient renforcées afin de généraliser l’accès aux services essentiels.

- La coopération régionale, vitale pour mieux combattre le terrorisme et le trafic de drogues, mais aussi pour augmenter le commerce et les échange commerciaux ou encore régler la question des réfugiés afghans.

 

Les élections législatives afghanes du 18 septembre 2010, les premières organisées par les afghans depuis la chute des talibans, sont marquées par des fraudes, mais surtout par des violences. Les talibans lancent des attaques visant à perturber le déroulement du scrutin, et près de 300 incidents sont ainsi relevés par le commandement de l’OTAN, pour un total de 14 morts. En dépit de ces violences, le taux de participation atteint la barre des 40%, ce qui représente une hausse de 10 points par rapport aux élections présidentielles de 2009, qui s’étaient elles-aussi déroulées dans un climat d’insécurité et de fraudes. La Commission électorale indépendante afghane (CEI) reçoit plus de 6000 plaintes de fraudes : environ 25 % des bulletins de vote sont ainsi invalidés et 24 candidats sont disqualifiés pour fraudes. Devant l’ampleur des irrégularités, la communauté internationale s’inquiète quant à la légitimité des résultats qui sont publiés le 31 octobre, résultats qui démontrent l’éclatement du paysage politique afghan : le parti de l’opposition Jamiat-e Islami (un parti islamiste progressiste basé sur les lois de la Charia) devient le premier parti de la Chambre basse avec quelque 20 sièges, 157 des candidats élus sont indépendants, et les 21 autres partis politiques se partagent le reste des sièges. Le chef de l’opposition, Abdullah Abdullah (ancien ministre afghan des Affaires étrangères et principal rival d’Hamid Karzaï lors des élections présidentielles de 2009), affirme que l’opposition compte sur l’appui de 90 des 249 députés.

 

Face à ces allégations de plus en plus persistantes de fraudes, M. Karzaï crée en décembre 2010 un tribunal spécial chargé d’enquêter et de statuer sur ces allégations. En attendant les résultats de cette enquête, la nouvelle session parlementaire est inaugurée le 23 janvier 2011. En juin 2011, le tribunal publie les résultats de son enquête dans un verdict qui rejette, pour cause de fraudes massives, l’élection de 62 parlementaires issus majoritairement de l’opposition. La CEI, de son côté, conteste ce verdict ainsi que la légalité du tribunal qu’elle considère comme pro-Karzaï. Elle conduit sa propre enquête, annule la victoire de 24 candidats et, après un long bras de fer avec M. Karzaï, obtient finalement gain de cause, le verdict du tribunal spécial n’étant finalement pas mis en œuvre. La communauté internationale, frileuse à l’idée de  remettre en question la légitimité du président Hamid Karzaï, valide les résultats de ces élections.

 

Les négociations de paix (2010-)

 

Alors que les efforts de reconstruction de l’État peinent à se concrétiser, la nécessité d’engager un processus de paix en parallèle se fait de plus en plus pressante face à la persistance de la rébellion.

 

C’est pourquoi en juin 2010, une Jirga de paix est organisée à Kaboul afin de conclure un cadre de négociation de paix avec la rébellion. Un nouveau Programme national pour la paix et la réintégration (Afghan Peace and Reintegration Program - APRP) est ainsi mis en place à l’été 2010.

 

Le 7 octobre 2010, le président afghan inaugure le Haut Conseil pour la paix, chargé d’ouvrir des pourparlers avec la rébellion talibane; jusqu’alors, les quelques discussions préliminaires entamées avaient débouché sur une impasse. C’est Burhanuddin Rabbani, président afghan de 1992 à 1996, qui est choisi pour présider ce Haut Conseil. Toutefois, du fait de l’antagonisme des positions des différentes parties, les négociations avancent lentement. Le 21 septembre 2011, M. Rabbani est assassiné dans sa résidence de Kaboul par un kamikaze. L’attentat, revendiqué par les talibans, provoque des tensions entre Kaboul, qui impute sa mort aux services secrets pakistanais, et Islamabad, outré par ces accusations. Il porte en outre un coup d’arrêt sérieux au processus de paix, M. Karzaï ayant décidé de ne plus discuter avec les insurgés. Celui-ci convoque tout de même en novembre 2011 une Loya Jirga qui se prononce en faveur de la poursuite des tentatives de discussion avec la rébellion. Les participants à cette réunion approuvent par ailleurs le principe d’un partenariat stratégique, sous conditions, avec les États-Unis.

 

Deux processus de paix distincts émergent par la suite :

 

-D’une part, les Talibans (modérés) déclarent début janvier 2012 qu’ils acceptent l’initiative américaine prévoyant l’ouverture d’un bureau de représentation politique au Qatar afin d’engager des négociations avec la communauté internationale, notamment les États-Unis, dans le but de créer une atmosphère favorable pour, à terme, tenter de mettre un terme au conflit afghan. Cette initiative, présentée comme le coup d'envoi officiel du processus de pourparlers, récolte aussi l’appui du président Karzaï, dont la présence dans le processus n’est toutefois pas acceptée par les talibans. Ceux-ci estiment en effet que « parler à l'administration Karzaï (qualifiée de marionnette de l’Occident) est inutile ». Préalablement à de telles négociations, les talibans exigent le retrait total et sans conditions des forces étrangères d’Afghanistan ainsi qu’un échange de prisonniers alors que les américains exigent, tout du moins en public, que les talibans reconnaissent l'actuelle constitution, s'engagent à renoncer à la violence et rompent tout lien avec Al-Qaïda. Mi-mars, les talibans annoncent le gel des contacts préliminaires avec les américains en raison de leurs « promesses non tenues » et de leur position « précaire, erratique et vague ». Ils dénoncent en outre « une liste de conditions inacceptables ».

 

-D’autre part, le Pakistan et l’Afghanistan, qui estiment avoir été écartés des discussions et désireux d’en reprendre le contrôle, au moins en partie, cherchent à ouvrir un deuxième front de négociations de paix avec les talibans en Arabie-Saoudite. Cette solution, qui présente un danger de confusion et vise, selon certains, à diviser les talibans, serait également encouragée par les États-Unis.

 

Les informations filtrant de ces deux processus de négociation sont rares et à l’automne 2012, les deux initiatives semblent toujours au point mort.

 

Inteqal : les transferts et retraits (2011-2014)


Inteqal signifie « transition », en dari et en pachtou. Il s’agit du processus de transfert de la responsabilité de la sécurité du pays aux forces de sécurité afghanes. La décision de transférer une zone donnée est prise en fonction de la situation qui y prévaut, évaluée au cas par cas en termes de sécurité, de gouvernance et de développement.

 

Si le contrôle de certaines bases stratégiques commence à être transféré aux forces de sécurité afghanes dès l’automne 2007, ce n’est qu’en juillet 2010 qu’un plan de transition prévoyant le transfert progressif de la pleine responsabilité des districts et provinces afghanes aux autorités afghanes est annoncé, lors de la conférence de Kaboul. Lors du sommet de l’OTAN de Lisbonne qui a lieu les 19 et 20 novembre 2010, l’Alliance annonce que ce processus de transition débutera en 2011, tout comme les négociations pour un partenariat à long terme entre l’OTAN et l’Afghanistan.

 

Le président Karzaï annonce le 22 mars 2011 la liste des premières provinces, districts et villes inscrits, sur la base d’un processus décisionnel conjoint avec l’OTAN, à la première tranche du processus de transition. Au terme de cette première phase, qui est mise en œuvre à partir de juillet, 20 à 25 % de la population afghane vit dans des zones contrôlées par les forces nationales. Dès lors, le rôle de la FIAS évolue graduellement vers des activités de formation, de conseil et d’assistance aux forces afghanes afin que celles-ci soient capables d’assumer pleinement la responsabilité de la sécurité à l’horizon 2014.

 

Phase 1

 

Le 27 novembre 2011, le président Karzaï annonce la liste des zones inscrites à la deuxième tranche du processus de transition. Au terme de cette tranche 2, environ 50% de la population afghane vit dans une zone transférée aux autorités afghanes.

 

 

Phase 2

La deuxième conférence de Bonn sur l’Afghanistan, en décembre 2011, soit dix ans après la chute du régime taliban, est consacrée à la « décennie de la transformation » au-delà de 2014. La communauté internationale et l'Afghanistan s'entendent sur un partenariat fondé sur le respect d'engagements mutuels.

 

Le 13 mai 2012, le président Karzaï annonce l’entrée d’un troisième groupe de secteurs dans le processus de transition. À l’issue de cette troisième tranche, l’armée afghane assure la sécurité de 75% de la population afghane.

 

Phase 3

Toutes les provinces devraient être transférées lors des deux dernières étapes qui auront lieu en 2013, année charnière lors de laquelle la FIAS n’aura plus qu’un rôle de soutien et de formation. « D'ici à la mi-2013 (...), les forces de sécurité afghanes seront responsables en premier chef de la sécurité dans tout le pays. Cette étape franchie, le rôle de la force internationale évoluera de plus en plus d'une mission principalement axée sur le combat vers une mission de formation, de conseil et d'assistance » jusqu'à la fin 2014, explique alors l'Alliance dans sa déclaration finale, confirmant ainsi le calendrier fixé au précédent sommet de l'OTAN à Lisbonne en 2010, et ce malgré le retrait anticipé annoncé des forces de combat de plusieurs pays, dont la France. L’objectif est que les forces afghanes assurent pleinement la sécurité à l’horizon 2014, année de départ des forces multinationales.

 

La décennie de la transformation (2015-2024)

Le sommet de Chicago

 

Le 20 mai 2012, les États membres de l’OTAN se réunissent à Chicago pour discuter de leur soutien à l’Afghanistan après le retrait des troupes, en 2014, alors que les forces de combat de l’Alliance doivent s'orienter vers un rôle de soutien. Si la Conférence internationale sur l’Afghanistan de Bonn, en décembre 2011, se focalisait sur l’aspect civil de cet appui international, le sommet de Chicago porte sur l’aspect sécuritaire, notamment sur la formation et le financement des forces afghanes. Selon les termes du communiqué final du Sommet, « l'OTAN est prête à travailler à l'établissement, à la demande du gouvernement de la République islamique d'Afghanistan, d'une nouvelle mission pour l'après-2014, d'une nature différente, ayant pour but de former, de conseiller et d'aider les forces de sécurité afghanes, y compris les forces d'opérations spéciales afghanes. Ce ne sera pas une mission de combat ».

La conférence de Tokyo

 

Dix ans après la conférence internationale sur l'assistance à la reconstruction de l'Afghanistan, Tokyo accueille à nouveau le 8 juillet 2012 des représentants de 80 bailleurs de fonds soutenant l'Afghanistan et du gouvernement afghan pour discuter du développement de l’Afghanistan sur le long terme à l’issue de la période de transition, l’objectif final étant la viabilité de l’État afghan.

 

Malgré une certaine lassitude face à l’enlisement du conflit et à la corruption endémique au sein du gouvernement, les bailleurs de fonds s’engagent à apporter au total 16 milliards de dollars à ce pays d'ici à 2015 et à « maintenir jusqu'en 2017 un soutien à un niveau similaire à celui de la dernière décennie ». Cette aide, qui s’ajoute aux 4,1 milliards de dollars pour les forces de sécurité promis à Chicago, s’accompagne toutefois de strictes conditions en termes de gouvernance et de respect des droits des femmes. « Ne pas investir dans la gouvernance, la justice, les droits de l'homme, l'emploi et le progrès social pourrait réduire à néant l'investissement et les sacrifices conduits depuis 10 ans », prévient en effet le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon. La déclaration de Tokyo est ainsi  assortie d'un « accord-cadre de responsabilité mutuelle », selon lequel les Afghans devront fournir, dès le début 2013, un calendrier précis des préparatifs des élections prévues en 2014 et 2015, accroître la lutte contre la corruption en renforçant la lutte contre le trafic de drogue,  « assurer que les femmes puissent jouir pleinement de leurs droits économiques, sociaux, civils, politiques et culturels », et « améliorer l'accès à la justice pour tous, en particulier pour les femmes ».

Le partenariat stratégique États-Unis – Afghanistan

 

Diverses Loya Jirga ont été convoquées en 2010 et 2011 afin de discuter d’un futur partenariat stratégique avec les Américains une fois les troupes de la FIAS retirées, en 2014. Une Loya Jirga convoquée fin 2011 accepte finalement à l’unanimité le principe d’un partenariat stratégique « sous conditions » avec les États-Unis, une telle coopération étant « nécessaire, pour une meilleure sécurité dans le pays », explique alors la porte-parole de la Loya Jirga, Safia Sidiqqi. Cette transition est assortie de conditions dictées par Kaboul : tout d’abord, les forces américaines ne doivent mener aucune opération sans coordination avec les forces afghanes, qui doivent prendre la direction des opérations militaires. Ensuite, le contrôle de toutes les prisons américaines sur le sol afghan doit être remis au gouvernement afghan (notamment la controversée prison de Bagram, dont le contrôle est transféré mi-2012) et enfin, le partenariat doit être conclu pour 10 ans et renouvelable ou révocable par les deux parties.

 

Après un an et demi de discussions et malgré les scandales à répétitions de l'armée américaine, un accord de partenariat stratégique prévoyant la coopération entre les deux pays est finalement signé le 2 mai 2012 entre le président américain Barack Obama et son homologue afghan, Hamid Karzaï.

 

Jean-Guilhem Barguès

Agent de recherche au ROP

20 septembre 2012

 


[1] Les Équipes Provinciales de Reconstruction (EPR) (Provincial Reconstruction Team) sont des unités civilo-militaires présentant l’une des principales formes de la présence militaire internationale en Afghanistan. La première EPR est mise en place en janvier 2003, à Gardez.