Fiche d'information de l'État : Chili Chili

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Chili

La République du Chili est un pays de l’Amérique latine (Cône sud). Elle partage ses frontières au nord avec le Pérou, et à l’est avec la Bolivie et l’Argentine. Le Chili est membre de deux organisations conduisant des opérations de paix : l’ONU (1945) et l’OEA (1948).


Participer aux opérations de maintien de la paix représente pour le Chili une façon de se consolider au niveau international. En dépit du fait que le Chili n’ait participé qu’à peu de missions, il se distingue par sa contribution à la MINUSTAH, opération qui se déroule en Haïti depuis 2004. L’objectif de cette mission est de renforcer la sécurité et la protection durant la période électorale et aider à la restauration et au maintien de l’état de droit. MINUSTAH représente en effet une expérience de coopération régionale puisque les forces militaires sont presque entièrement composées de forces d’Amérique Latine. Le Chili a été le seul pays présent dans la mission depuis le début.

POLITIQUE DE MAINTIEN DE LA PAIX

 

La politique extérieure du Chili a connu trois évolutions majeures depuis la fin du règne d’Augusto Pinochet en 1989. La priorité du gouvernement de Patricio Alwyin (1989-1994) fut de réinsérer le pays sur la scène politique internationale, un objectif qui a permis, dans un deuxième temps, à l’administration d’Eduardo Frei Ruiz-Tagle (1994-2000) d’approfondir la libéralisation commerciale et la réintégration du pays dans l’économie mondiale. Les gouvernements de Ricardo Lagos (2000-2006) et de Michelle Bachelet (2006-) ont inauguré une nouvelle phase, en axant la politique du Chili sur sa contribution à la paix internationale. Aujourd’hui, un des principes de cette position est l’appui à la résolution pacifique des différends à travers la coopération, le développement économique, la sécurité humaine, la diplomatie préventive, et l’imposition, le maintien, et la consolidation de la paix.


D’une part, la politique de maintien de la paix du Chili part du principe que le véritable enjeu des opérations de paix de l’ONU est de résoudre les causes des conflits internes. Ceci passe, entre autres, par l’établissement d’institutions capables de garantir le respect, à l’échelle nationale, du droit international humanitaire et des Droits Humains. D’autre part, le pays définit une opération de paix comme « tout déploiement international de moyens civils ou militaires, de maintien de l’ordre et de la sécurité publique qui, sous le commandement et le contrôle de l’ONU et avec le consentement des parties, a pour objet direct de contribuer à la consolidation de la cessation des hostilités ». Le premier principe permet une définition large des activités pouvant également être considérées comme prioritaires. Les missions peuvent ainsi être mandatées pour accomplir des tâches aussi diverses que le maintien de la sécurité après un cessez-le-feu, des actions en matière de Droits Humains ou encore l’établissement de commissions ayant pour but d’éclaircir les crimes commis pendant une guerre. La présidente Bachelet, lors de sa visite aux troupes en Haïti (juin 2006), a ainsi déclaré que son gouvernement approuvait l’appui à diverses initiatives dans le domaine agraire, de la reforestation, de la garde collective d’enfants, et d’autres projets susceptibles de créer des emplois pour les Haïtiens.

 

Pour le Chili, participer aux opérations de maintien de la paix s’inscrit dans les Objectifs de l’Etat chilien qui proposent de « contribuer au maintien et promotion de la paix et la sécurité internationale » enregistrés dans le Livre de la Défense Nationale du Chili. A cela s’ajoute la volonté du Chili de vouloir s’adapter aux nouvelles réalités et défis que présente le système international. Les OMP sont donc pour le pays un instrument assez efficace de politique extérieure en vue de contribuer et de consolider une sécurité internationale à long terme, le tout en se positionnant comme un acteur international.

 

PROCESSUS DE PRISE DE DÉCISION

 

C’est au président de la République, sur la base des rapports présentés par les ministres de la Défense et des Relations extérieures, que revient la décision finale d’autoriser la participation du pays à une opération de paix. Le processus est déclenché par une requête des Nations Unies, laquelle est transmise aux ministères mentionnés via la représentation du Chili à New York. Une fois que la décision est prise, le ministère des Relations extérieures doit se coordonner avec l’ONU. Parallèlement, le ministère de la Défense est responsable de la préparation des ressources humaines et militaires à déployer. Lorsqu’il s’agit de ce que les autorités définissent comme une opération « traditionnelle » de maintien de la paix (voir la définition à la troisième section), l’approbation du Pouvoir législatif n’est pas nécessaire (voir graphique 1 de l’annexe).

 

Huit critères sont pris en compte par les autorités chiliennes dans la décision de s’engager dans une opération de paix :

 

- La mission doit correspondre à l’intérêt national du Chili tel qu’il est inscrit dans les engagements que le pays a pris au sein de l’ONU ;

- Le mandat doit être clair et la durée prédéfinie.

- Les principaux acteurs du pays ciblé doivent avoir consenti au déploiement de l’opération.

- Même si la législation chilienne permet la coopération en vue d’assurer l’efficacité des sanctions économiques et la mise à disposition de moyens de communication terrestre, maritime, aérienne, télégraphique et radioélectrique, des effectifs chiliens ne peuvent pas être désignés pour des missions de recherche ou de capture de criminels de guerre ou de belligérants.

- L’ONU ne peut pas décider de façon autonome de l’envoi de contingents chiliens. - Le coût financier de l’engagement devra être pondéré avec les bénéfices associés à la participation du pays.

- Les autorités doivent s’appuyer sur l’information nécessaire pour décider du déploiement. Ces renseignements incluent le type d’opération, le pays et la région dans laquelle la mission sera déployée, la durée et la quantité de ressources disponibles, les contraintes à l’action du personnel, et le type de réaction prévue sur la scène politique nationale (du pays ciblé).

- La mission doit contribuer à améliorer les capacités chiliennes grâce à l’acquisition d’expérience ou de matériel, et l’entraînement du personnel.

 

Les forces que le pays déploie reçoivent un entraînement préalable auprès du Centre pour les Opérations de paix en Chili (CECOPAC), crée en 2002 par décret suprême, qui est dépendant du Ministère de la Défense. Le CECOPAC est chargé de :

- l’entrainement et de la préparation du personnel des Forces Armées, de la Police et des civiles qui vont participer aux OMP ;

- conseiller le Ministère de la Défense sur les OMP ;

- avoir un registre des accords et des initiatives internationales des OMP dans lesquelles le Chili a participé

 

ÉVOLUTION DE LA PARTICIPATION

 

La participation du Chili aux opérations de paix est plutôt modeste, le pays étant associé ou ayant collaboré à une dizaine de missions depuis la création de l’ONU. Conscientes de cette situation, les autorités se sont donné en 2001 pour but d’accroître et d’améliorer la contribution du Chili dans ce domaine. Ici, l’armée identifie trois niveaux d’engagement.

 

Au premier échelon, la participation à des opérations « traditionnelles » n’implique pas pour le pays des difficultés majeures dans la mesure où ce type d’apport ne nécessite pas de réformes légales ou organisationnelles spéciales. Les contributions du Chili à des missions comme GONUL (Liban), UNMOGIP (Inde et Pakistan), ONUST (Moyen orient), ONUSAL (El Salvador), MINUGUA (Guatemala), et MINUBH (Bosnie-Herzégovine), qui par ailleurs ne requièrent pas de l’approbation du congrès, s’inscrivent dans cette catégorie. Le Chili a envoyé, à titre d’exemple, 23 officiers et sous-officiers de l’armée à l’ONUSAL. Il a également mandaté des experts en matière d’enquête criminelle pour conseiller les membres de la commission de vérification des Droits Humains de la MINUGUA.

 

Le deuxième niveau d’engagement est constitué par des opérations qui nécessitent des capacités accrues de coordination interinstitutionnelle. Par exemple, l’envoi d’effectifs dans le cadre de l’APRONUC (Cambodge) et de l’ATNUTO (Timor Oriental) a nécessité la création d’unités spéciales de coordination avec les armées des autres États participants. Ainsi, 53 effectifs ont été intégrés dans les patrouilles fluviales de l’armée cambodgienne. Ce type d’engagement est devenu possible en raison de réformes légales adoptées au cours des années 1990 et qui, de façon générale, ont ouvert la porte à la participation du pays aux missions déployées dans le cadre du Chapitre VII de la charte de l’ONU. Il s’agit notamment de la « Politique nationale pour la participation de l’État chilien dans les opérations de maintien de la paix » (décret suprême # 94, 1996), et du décret # 68 (1999). Ces réformes ont permis, sous autorisation du Congrès, l’envoi de personnel militaire, policier, et d’évaluation médicale au Congo. Le Chili a aussi rejoint les rangs des missions déployées en Bosnie au cours des dix dernières années.

 

Sur la base de ces expériences, les autorités chiliennes ont commencé, à partir de 2003, à mettre en place les mécanismes nécessaires pour s’engager à un troisième niveau de coopération, fondé sur l’idée d’une gestion conjointe des opérations de paix. Le pays a accepté d’intégrer des effectifs chiliens dans les troupes argentines déployées à Chypre (UNFICYP), et d’incorporer des soldats chiliens aux contingents britanniques agissant sous les cadres de la SFOR et de la force européenne EUFOR-Althéa (Bosnie). Cette nouvelle capacité de coordination a permis au pays de montrer une plus grande flexibilité face aux besoins de l’ONU en matière de maintien de la paix. Toujours dans cette même quête de souplesse accrue, le pays a rejoint, en 1999, le système de forces de réserves de l’ONU, un mécanisme qui permet le déploiement rapide de ressources humaines, financières, et d’équipement dans le cadre d’une opération de paix.

 

Toutefois, c’est la participation du Chili à la MINUSTAH (Haïti) qui a provoqué une forte croissance de la contribution du pays aux opérations de l’ONU (Tableau 1). Mis à part les réformes légales et organisationnelles déjà mentionnées et l’articulation de la politique extérieure autour de la paix, deux facteurs peuvent aider à expliquer ce niveau d’engagement. D’une part, il devenait important pour les autorités d’envoyer un signal univoque de solidarité avec leurs partenaires du Cône sud, l’Argentine et, surtout, le Brésil, qui s’apprêtaient à envoyer des troupes en Haïti en 2004 (le Brésil se plaçant comme le principal contributeur). Le Chili a décidé de déployer 578 effectifs, dont le Batallón Chile (354 individus), une unité d’hélicoptères (92 effectifs), 153 ingénieurs, 38 spécialistes du maintien de l’ordre et de la sécurité, et six officiers d’état-major. D’autre part, le « Livre de la défense nationale » (2002) établit une série de mesures de confiance mutuelle pour favoriser le rapprochement des Forces armées du pays avec celles du Pérou, de l’Argentine, et du Brésil. En fait, des exercices militaires conjoints ont été effectués à partir de 1999 avec le Pérou, de 2000 avec le Brésil, et de 2002 avec l’Argentine. L’association de ces pays à la MINUSTAH permet donc à l’Armée d’améliorer ses capacités d’intégration des forces, ce qui correspond à un des objectifs inscrits dans les critères d’engagement du Chili dans les opérations de paix.

 

 

VERS L’ADOPTION D’UNE VISION PLUS LARGE DU MAINTIEN DE LA PAIX ?

 

Les propositions du Chili en vue d’améliorer l’efficacité des missions de paix de l’ONU et créer ainsi les conditions pour maintenir la paix dans le long terme touchent des multiples domaines. Le pays a accueilli positivement la désignation, au sein des missions, d’assistants en protection des droits des mineurs. La garantie d’accès à l'éducation en temps de guerre, indiquent les autorités, est une mesure de prévention pour faciliter la réinsertion des jeunes après la fin des hostilités. Les autorités chiliennes soutiennent également l’initiative colombienne sur le contrôle des armes légères, qui exhorte l’ONU à inclure dans les négociations de paix et les mandats des missions, des plans de désarmement et de destruction d’armes légères parallèlement aux plans de démobilisation et de réintégration des ex-combattants. En mars 2006, le Chili indiquait lors d’une session ouverte du Conseil de sécurité portant sur la MINUSTAH, que le pays s’était engagé en Haïti afin de participer à une opération « intégrale et multidimensionnelle », c’est-à-dire génératrice des conditions permettant la récupération politique, sociale, et économique du pays. Cette approche appelle à une complexification des opérations de paix et à une meilleure coordination entre les acteurs internationaux, dans la mesure où elle propose de lier la sécurité aux questions de développement. En octobre 2015, le sous-secrétaire de la Défense, Marcos Robledos, indiquait que les officiers chiliens allaient s’incorporer à partir de 2016 dans d’autres missions de paix des Nations Unies en Afrique. Ainsi, en février de la même année, après approbation du Sénat, le gouvernement envoya trois officiers des Forces Armées en République Centrafricaine (MINUSCA).


SITUATION ACTUELLE

 

Aujourd’hui, 14 pays d’Amérique latine participent aux Opérations de Maintien de la Paix (OMP), pour un total de 7712 hommes déployés (7349 soldats, 165 policiers, 198 observateurs militaires). En décembre 2011, le Chili comptait une contribution en termes de personnel aux OMP de 520 soldats, 14 policiers et 4 observateurs, ce qui en le 35e contributeur au niveau mondial. Actuellement, le Chili participe à 6 opérations de maintien de paix ;  MINUSTAH en Haïti, UNFICYP en Chypre, UNMOGIP EN Inde et au Pakistan, UNTSO (Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve), EUFOR-ALTHEA (Force de l’Union Européenne en Bosnie-Herzégovine) et MINUSCA en République Centrafricaine.

Par ailleurs, en janvier 2014, l’Union Européenne et le Chili ont signé un accord-cadre sur la participation du pays aux opérations de gestion de crises menées par l’UE. Dans la mesure où le Chili et l’UE partagent des valeurs communes et la volonté de maintenir la paix, cet accord constitue une réalisation très importante en ce qu’il offre un cadre structurel à leur coopération dans la gestion des crises.


Il a assumé la première Présidence temporaire de l’UNASUR (l’Union des Nations sud-américaines) et joué un rôle positif dans l’apaisement des tensions en Bolivie, lors de la crise d’août-septembre 2008 (convocation d’une réunion d’urgence des 9 pays membres et déclaration de la Moneda du 16 septembre). Il participe en tant qu’ « accompagnateur » aux négociations de paix en cours entre le gouvernement colombien et les FARC.

 


Fernando A. Chinchilla

Candidat Ph.D., science politique (Université de Montréal)

Fiche mise à jour le 27 juillet 2016 par Gabriela ARBOLEDA,

Stagiaire au Centre d’Etudes des Crises et des Conflits Internationaux (CECRI)