Historique de l'opération FINUL

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FINUL       Liban

Force intérimaire des Nations Unies au Liban

 

Malgré la formation du gouvernement, le Liban continue de faire face à des défis majeurs. D'une part, les violations de la résolution 1701 et les incidents frontaliers avec Israël continuent de se multiplier. Le 1er août des échanges de tirs à la frontière poussent le Liban à déposer une plainte au Conseil de sécurité. D'autre part, la découverte d'importantes réserves gazières au large du Liban et d'Israël en janvier 2011 alimente de nouvelles tensions au sujet de la délimitation des frontières maritime. La marine israélienne se déploie dans les zones en question, ce qui est considéré comme une agression par le Liban qui dépose une nouvelle plainte au Conseil de Sécurité et qui adopte une loi sur la démarcation de ses frontières maritimes. Même si le litige frontalier n'est pas encore réglé, les travaux d'exploration israéliens et libanais se poursuivent dans les eaux contestées.



Depuis le début des années 1970, la frontière israélo-libanaise est le théâtre de vives tensions entre des éléments armés palestiniens réfugiés au Liban et les forces israéliennes. Le 11 mars 1978, une attaque palestinienne revendiquée par l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) fait de nombreux morts et blessés du côté israélien. En riposte, dans la nuit du 14 au 15 mars 1978, l’armée israélienne envahit le sud du Liban, à l’exception de la région du Tyr.


Un temps stabilisé, le conflit s’aggrave lorsque, suite à un échange de tirs à la frontière israélo-libanaise, Israël envahit de nouveau le Liban, atteignant Beyrouth. Dans ces conditions, le rôle de la FINUL se limite à l’assistance humanitaire aux civils. Un retrait partiel des troupes israéliennes intervient en 1985. Cependant, les Forces de défense israéliennes (Tsahal) restent stationnées dans le Sud-Liban, confrontées à la résistance de l’armée libanaise, en dépit de la signature des Accords de Taef, en 1989, accords mettant notamment en place le fragile équilibre de représentation politique des communautés.


Malgré la pression internationale, la décision israélienne de se retirer du Sud-Liban n’est annoncée que le 17 avril 2000. Israël décide alors de se conformer aux résolutions 425 et 426 de l’ONU, permettant ainsi à la FINUL de remplir le mandat qui lui avait été octroyé 22 ans plus tôt. Le retrait effectif des troupes israéliennes est annoncé par le gouvernement israélien le 25 mai 2000 et confirmé par le Secrétaire général de l’ONU le 16 juin suivant. Des violations de la ligne de retrait par Tsahal empêchent cependant le déploiement de la FINUL et des forces libanaises. Ce n’est qu’en juillet 2000, après l’annonce par Israël de sa volonté de mettre fin aux violations de la Ligne Bleue et la déclaration du Secrétaire général confirmant l’effectivité de cette cessation des violations, que le déploiement intégral et le renforcement de la FINUL sont envisagés. Dans son rapport du 20 juillet 2000, le Secrétaire général de l’ONU indique que la première phase de renforcement de la mission a débuté un mois plus tôt avec de plus grandes capacités de déminage, un renforcement d’unités et l’attente de nouveaux bataillons d’infanterie. Le 27 juillet 2000, le Conseil de sécurité décide donc de proroger, par la résolution 1310 (2000), le mandat de la FINUL pour une nouvelle période intérimaire de six mois, jusqu’au 31 janvier 2001.


La situation reste relativement calme jusqu’en octobre 2000 où elle se détériore en raison des manifestations palestiniennes le long de la Ligne Bleue et de diverses escarmouches entre manifestants palestiniens et l’armée israélienne. Peu à peu, le gouvernement libanais délaisse sa responsabilité de garde-frontière au profit du Hezbollah. Face à cette situation, la FINUL se déploie de nouveau dans la région, avec l’aide du gouvernement libanais. Toutefois, elle ne réussira pas à convaincre ce dernier de reprendre le contrôle de son côté de la Ligne Bleue. Cette situation est décriée par le Conseil de sécurité dans une déclaration du Président du Conseil le 14 novembre 2000.


Le 22 janvier 2001, le Secrétaire général présente un nouveau rapport où il formule des recommandations en vue d’une reconfiguration de la force et où il préconise une nouvelle prorogation du mandat de la FINUL pour une période de six mois (31 juillet 2001). La FINUL oeuvrant désormais pleinement à la mise en œuvre de la dernière partie de son mandat, qui est de rétablir la paix et la sécurité internationale, le Secrétaire général hésite à recommander au Conseil de sécurité le maintien des fonctions d’observation avec uniquement des observateurs non-armés. Il propose deux bataillons d’infanterie, un groupe d’observateurs de l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST) et un soutien logistique. Il souligne aussi qu’une procédure par étapes serait peut-être plus prudente et que le Conseil pourrait, dans un premier temps, réduire les effectifs de la FINUL à environ 4500 personnes tous rangs confondus, tel qu’avant leur augmentation intervenue l’année précédente.



Le Conseil accepte les recommandations du Secrétaire général par la résolution 1337 du 30 janvier 2001. Il lui demande d’ailleurs de soumettre, avant le 30 avril 2001, un rapport sur les projets de reconfiguration de la FINUL et sur les tâches de l’ONUST. Le Conseil rappelle aussi au gouvernement libanais la nécessité de contrôler l’ensemble de son territoire près de la Ligne Bleue. Le 30 avril 2001, le Secrétaire général présente son projet de reconfiguration au Conseil. Il y est mentionné qu’en attendant une paix globale, la FINUL gardera ses mandats de maintien du cessez-le-feu et de renforcement des relations entre les deux parties (armées israélienne et libanaise). Le Secrétaire général propose aussi une reconfiguration des effectifs de la mission en les revoyant à la baisse. En effet, composée de 5700 soldats en mars 2001, la FINUL pourrait comprendre, selon le Secrétaire général, 3600 personnes jusqu’en janvier 2002. Puis, s’il n’y a pas de dégradation de la situation dans la région, la reconfiguration pourrait réduire le nombre de soldats à 2000, à la fin juillet 2002. Le 31 juillet 2001, par la résolution 1365 (2001), le Conseil proroge une autre fois le mandat de la FINUL et accepte les termes de la reconfiguration proposés par le Secrétaire.



Le 2 septembre 2004, le Conseil de sécurité demande instamment, par la résolution 1559, le retrait de toutes les forces étrangères au Liban. Cette décision concerne particulièrement un acteur important de la région, la Syrie, qui maintient encore 14000 militaires sur le sol libanais depuis son intervention lors de la guerre civile de 1976. Après cette annonce du Conseil de sécurité, la Syrie retire 3000 soldats du Liban, mais il faudra attendre le 26 avril 2005 pour que les troupes syriennes quittent complètement du pays. Malgré ces avancements, la situation ne s’améliore pas entre le Hezbollah et l’armée israélienne, ce qui compromet l’efficacité et le redéploiement de la FINUL.


Suite à l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, le 14 février 2005, le Secrétaire général demande au Département des affaires politiques de coordonner les efforts de l'ONU pour mener une enquête préliminaire sur cet attentat et, par la suite, établir une Commission d'enquête internationale indépendante (IIIC). Le Conseil de sécurité adopte le 30 mai 2007 la résolution 1757 sur l’établissement du Tribunal spécial pour le Liban (TSL). Le Tribunal statuera sur les éléments rassemblés par la Commission d'enquête internationale.


L’attentat à la bombe dans lequel Rafic Hariri et de 22 autres personnes ont péri, plonge le Liban dans une nouvelle période d’instabilité qui est aggravée par la capture, par le Hezbollah, de deux soldats israéliens le long de la Ligne Bleue le 12 juillet 2006. Cet incident entraînera une riposte de grande envergure de l’armée israélienne dans une nouvelle guerre (la « Guerre des 33 jours » ou encore la « Seconde guerre du Liban »). Combinant des attaques terrestres, maritimes et aériennes, cette opération sera la première d’une telle ampleur depuis le retrait israélien du Sud-Liban en 2000. Israël bombarde des routes et des ponts, à l’intérieur et à l’extérieur de la zone d’opération de la FINUL, ce qui encourage le Hezbollah à attaquer des positions israéliennes au sud de la Ligne Bleue. Les combats font environ 1200 morts, 3700 blessés et plus de 900 000 personnes déplacées au Liban. Du côté israélien, le bilan est de près de 200 victimes civiles et militaires et plus de 300 000 personnes déplacées.


Le 21 juillet 2006, le Secrétaire général dépose un nouveau rapport dans lequel il mentionne que les récentes hostilités ont « radicalement changé le contexte » entourant la mission et déplore que la FINUL ne soit plus en mesure d’accomplir ses tâches. Le Conseil vote, le 31 juillet,  la reconduction du mandat de la FINUL pour un mois, (Résolution 1697), le temps de préparer une proposition de renforcement de la mission afin de faire face à la nouvelle situation. Le 11 août 2006, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1701 issue d’un compromis entre la France et les États-Unis et appelant à la cessation immédiate des attaques.


La résolution propose un cessez-le-feu permanent et une solution à long terme qui implique le respect de la Ligne Bleue et l’adoption d’un dispositif de sécurité qui empêche la reprise des hostilités : une zone d’exclusion entre la Ligne Bleue et le fleuve Litani où seuls le gouvernement libanais et la FINUL peuvent circuler. La FINUL devra surveiller le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, superviser le retrait de l’armée israélienne et le déploiement de l’armée libanaise au Sud-Liban. Le mandat de la FINUL est prorogé jusqu’au 31 août 2007 et ses effectifs passent de 2000 à 15000 hommes. Une composante navale sera ajoutée à la mission, commandée par l’Allemagne qui participe ainsi à sa première opération militaire dans la région depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette FINUL renforcée comptera une vingtaine de pays, majoritairement européens, dont quelques uns musulmans : au début de l’année 2007, 26 pays participent à la FINUL avec un effectif total de 11,500 hommes (9800 soldats et 1700 marins). Les principaux contributeurs en sont la France et l’Italie, celle-ci prenant le commandement de la force à la fin du mandat du français Alain Pellegrini en février 2007 avec le Général Claudio Graziano. Les règles d’engagement de la FINUL lui permettent de recourir à la force en cas d’« activité hostile », de procéder à des contrôles routiers et d’intercepter des mouvements d’armes en cas de défaillance de l’armée libanaise. La FINUL n’est toutefois pas mandatée pour désarmer le Hezbollah.


Le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah entre en vigueur le 14 août 2006 et, le 17 août, l’armée libanaise, avec le soutien de la FINUL, commence à se déployer au Sud-Liban, zone qui échappait à son contrôle depuis 40 ans. Le retrait progressif de l’armée israélienne du territoire libanais, conditionné au déploiement de l’armée libanaise appuyées par la FINUL, ne sera effectif qu’en novembre 2006 (exception faite des «Fermes de Chebaa», point de jonction des territoires israélien, syrien et libanais, sur les contreforts du Golan occupé). Israël continuera cependant de survoler le territoire libanais, violant ainsi le cessez-le-feu et faisant fi des protestations de la FINUL, en se justifiant par le réarmement du Hezbollah. Le Hezbollah, opposé à la majorité anti-syrienne du gouvernement dirigé par Fouad Siniora, continue quant à lui à alimenter l’instabilité politique causée par la vacance du poste de Président après l’expiration du mandat d’Émile Lahoud le 24 novembre 2007. En témoigne notamment l’organisation d’une campagne de désobéissance civile en signe de protestation contre les décisions prises par le gouvernement Siniora le 6 mai 2008 de fermer le réseau de télécommunication du Hezbollah et de limoger le chef de la sécurité de l’Aéroport de Beyrouth en raison de ses liens présumés avec le groupe chiite. Le Hezbollah et d’autres groupes armés soutenant l’opposition prennent le contrôle de Beyrouth Ouest (quartier sunnite) et de l’aéroport international de Beyrouth, tandis que les groupes progouvernementaux ferment l’accès principal à la frontière syrienne. Le pays est paralysé. Entre le 8 et le 13 mai 2008, les combats entre ces groupes armés s’étendent au reste du pays et font 69 morts, parmi lesquels de nombreux civils.


L’été 2008  voit un certain apaisement de la crise politique libanaise. Après six mois d’instabilité, les dirigeants libanais concluent un accord à Doha (Qatar), le 21 mai 2008, sous les auspices de la Ligue arabe. L’accord prévoit l’élection d’un président (Michel Sleimane, chef de l’armée libanaise, étant l’unique candidat à ce poste) et la formation d’un gouvernement d’union nationale, en plus de réaffirmer que le gouvernement doit exercer son autorité sur l’ensemble du territoire et que les partis politiques doivent renoncer aux armes. La coalition anti-syrienne obtiendra la majorité des sièges tandis que l’opposition disposera d’une minorité de blocage. Michel Sleimane prêtera serment le 25 mai et le gouvernement d’union nationale sera mis en place, en juillet 2008. Après cinq mois d’impasse, le Premier ministre Saad Hariri réussit à former un cabinet de 30 ministres. Cependant les violences se poursuivent jusqu’à la fin septembre, notamment à Tripoli.



L’un des premiers gestes du nouveau président libanais est de rencontrer le président syrien Bashar al-Assad en août 2008 afin d’établir des relations diplomatiques entre ces deux pays, jusqu’alors inexistantes. Depuis leur indépendance, ces deux pays n’ont eu aucun échange diplomatique officiel, et ce, même si la Syrie a maintenu une présence militaire au Liban pendant près de trente ans, jusqu’en 2005. À l’issue de la rencontre des deux présidents, le Liban et la Syrie émettent un communiqué conjoint dans lequel ils font part de leur décision de réactiver « le comité conjoint pour délimiter et tracer leurs frontières selon un mécanisme et des priorités qui seront décidés par les deux parties » et affirment leur détermination « à lutter contre la contrebande et toutes les opérations illégales à leurs frontières ». Le 11 juillet, les différentes factions libanaises forment un cabinet d'union sous l'égide du Premier ministre, Fouad Siniora, incluant onze ministres du Hezbollah et seize de la majorité anti-syrienne. Finalement, en octobre, le Liban et la Syrie rétablissent leurs relations diplomatiques officielles.

 

Plusieurs développements en 2009 viendront toutefois renverser ces progrès. Le 28 février 2009, le mandat de l’IIIC se termine et son domaine de compétence est transféré au TSL.  Les informations rassemblées par l’IIIC sont remises au procureur du TSL. Les activités du Tribunal se déroulent en quatre étapes. La première est l'enquête du procureur et la décision par le juge de porter des accusations ou de classer l'affaire. La deuxième est celle de la mise en État, durant laquelle la défense  démarre son enquête et le procureur poursuit la sienne. Ce processus permet ensuite la tenue d'un procès suivi finalement et éventuellement d'un appel du jugement. La première action concrète du TSL est d'ordonner la libération des quatre anciens responsables des services de renseignements et de sécurité libanais, détenus dans leur pays depuis 2005 dans le cadre de l’enquête. Le TSL devient dès sa création, et continue d'être jusqu'à aujourd'hui, un enjeu des luttes politiques libanaises.

 

Les développements politiques au Liban sont nombreux en 2009 et ont un impact majeur sur les relations qu'entretient le pays avec ses voisins. Le 7 juin, la coalition anti-syrienne dirigée par Saad Hariri (le fils du Premier ministre assassiné Rafic Hariri), et appuyée par Michel Aoun, remporte les élections législatives. Saad Hariri est chargé de former le gouvernement d'union par le Président, mais les négociations avec l'opposition s'avèrent infructueuses pendant de longs mois. Pendant ce temps, les tensions avec Israël continuent d'augmenter et de multiples violations de la résolution 1701 sont observées de part et d’autre et dénoncées par l'ONU.

 

En dépit des menaces et des mises en garde d'Israël, Hariri continue de s'affirmer en faveur de l'inclusion du Hezbollah dans le cabinet. Cette ouverture ne conduit toutefois pas à une entente et en septembre Hariri renonce à former un gouvernement d'union. Moins de deux semaines plus tard, le Président Sleimane demande de nouveau au Premier ministre de parvenir à une entente avec l'opposition. Finalement, en novembre, après cinq mois d'impasse, Hariri parvient enfin à former un gouvernement d'union composé de 30 ministres, 15 pour la majorité anti-syrienne, 10 pour l’opposition, dont deux pour le Hezbollah, et cinq « neutres » désignés par le Président Sleimane.

 

La formation du gouvernement contribue à dégrader encore plus les relations avec Israël, en grande partie en raison de l'inclusion du Hezbollah dans le cabinet. La FINUL découvre également une importante cache d'explosif au Sud-Liban au début de l'année 2010. Les incidents frontaliers et les accusations d'espionnage se multiplient. Les violations de l'espace aérien libanais par Israël sont quotidiennes, de telle sorte que la rhétorique belliqueuse entre Israël et le Liban augmente au cours du printemps, alimentée par les accusations israéliennes et américaines selon lesquelles la Syrie aurait fourni des missiles Scuds au Hezbollah. Les tensions culminent le 3 août 2010 quand quatre personnes meurent dans un échange de tirs entre les armées libanaise et israélienne sur le Ligne bleue, au sujet de la coupe d'un arbre.

 

Après que l'ONU ait exhorté à de nombreuses reprises Israël à respecter la Ligne bleue,  le cabinet de sécurité israélien finit en octobre 2010  par accepter en principe l’idée d'un retrait du secteur nord du village de Ghajar, occupé par le Tsahal depuis 2006. Mais le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, indique qu’il ne veut pas laisser le village de Ghajar aux mains du Hezbollah et le retrait ne se concrétise pas sur le terrain. D'autre part, l'ONU rappelle à Israël que ce seul retrait éventuel n'est pas suffisant pour se conformer à la résolution 1701. L'armée libanaise continue de son côté à profiter des efforts de restructuration et de l'aide militaire des États-Unis et de la France, ce qui suscite une certaine inquiétude en Israël. En janvier 2011, l'État hébreu entreprend une opération de démonstration de force et de dissuasion destinée à décourager et intimider le Hezbollah. Suite à cet exercice, la FINUL déclare travailler sur un plan qui garantirait le retrait total de Ghajar. Cependant la crise politique qui mène à la chute du gouvernement libanais entraîne le report pour une durée indéterminée de ce retrait et la construction de fortifications autour du village.

 

Outre les tensions avec Israël, le travail du TSL alimente aussi les tensions politiques au Liban. Le TSL fait face à des accusations de faux témoignages et des informations laissent entendre que des membres du Hezbollah feront l'objet d'actes d'accusation. En septembre 2011, les députés du Hezbollah et leurs alliés bloquent en commission une clause sur le financement du TSL. En quelques semaines, une crise politique se développe autour du Tribunal et notamment de son financement. La Syrie fait pression sur Hariri pour qu'il dénonce le TSL. En octobre,  le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, appelle les Libanais à boycotter le TSL et estime que toute collaboration avec celui-ci constitue une agression contre le mouvement. En réponse, le TSL accuse le Hezbollah d'entrave à la justice. Les tensions entre l'opposition et la majorité au sujet du TSL continuent de croître.

 

Malgré des efforts de médiation de la part de la Syrie et de l'Arabie Saoudite, dix ministres de l'opposition pro-syrienne de la coalition du 8 mars démissionnent le 12 janvier 2011, entraînant la chute du gouvernement. Le Hezbollah fait aussitôt connaitre son intention de diriger le prochain gouvernement. Cependant, le Président Sleimane reporte les consultations sur la nomination d'un Premier ministre, le jour même où l’acte d’accusation, dont le contenu est maintenu secret, est remis au juge de mise en état du TSL, le Belge Daniel Fransen. Saad Hariri annonce qu'il entend briguer de nouveau le poste de Premier ministre et qu'il refusera de participer à un éventuel cabinet dirigé par le Hezbollah. Le parti chiite soutient de son côté la candidature du modéré pro-syrien et ancien Premier ministre Najib Mikati. Cette candidature entraîne d'importantes manifestations pro-Hariri à travers le pays. Finalement, l'appui  du chef druze Walid Djoumblatt, permet au parlement d'attribuer le poste de Premier ministre à Mikati. Hariri et ses alliés politiques refusent de participer au gouvernement. En raison de cette forte opposition de la coalition du 14 mars, le Premier ministre Mikati tarde plus de cinq mois à former, le 13 juin 2011, son gouvernement composé à majorité de députés du Hezbollah. Hariri se réfugie peu après à Paris par crainte pour sa sécurité.

 

D'autre part,  la FINUL fait face à une vague d'attaques terroristes contre ses Casques bleus et est la cible d’actes de « résistance populaire ». Le 27 mai 2011, six militaires italiens sont blessés, dont deux grièvement, par un attentat à la bombe visant leur convoi à Saïda, dans le sud du Liban. En juin, deux Casques bleus belges sont légèrement blessés lorsque leur convoi est attaqué à coups de pierres par des habitants du village de Srifa. Le 26 juillet, un attentat, encore à Saïda, blesse trois soldats français. En septembre, un autre convoi français est attaqué. Dix individus sont condamnés en lien avec ces attaques en octobre 2011. Néanmoins, en décembre, cinq Casques bleus français et un civil sont blessés dans l’explosion d’une bombe au passage de leurs véhicules à Tyr. Hariri et le chef des forces armées libanaises accusent le Hezbollah d'être derrière ces attaques. Parallèlement aux attaques, l'Italie, la France et l'Espagne font connaître leur intention de réduire leur participation à la FINUL. L’ONU affirme que le nombre de troupes déployées dans le sud du pays restera inchangé, mais que la stratégie de la mission pourrait être adaptée. Des contributions du Brésil, de l'Autriche et du Sri Lanka viennent remplacer ce qui semble être une amorce progressive de retrait de la part des troupes européennes.

 

Finalement, le TSL entre dans une phase cruciale de son travail suite au dépôt de l'acte d'accusation. Le tribunal fait face en mars au refus de quatre ministres du gouvernement intérimaire de Saad Hariri de collaborer à ses travaux. Cela n'empêche pas le Procureur Bellemare de soumettre au juge de la mise en état un acte d'accusation élargi. Quelques jours avant le dépôt des accusations du TSL au procureur général libanais, des quotidiens libanais laissent entendre que quatre membres du Hezbollah pourraient être inculpés.  Le TSL rend public l'acte d'accusation en août  et demande au Liban de redoubler d'efforts pour appréhender les quatre accusés qui sont membres du Hezbollah.  Le TSL indique également que trois autres attaques contre des hommes politiques libanais relèvent de sa compétence puisqu’elles sont connexes à l’attentat ayant coûté la vie à Rafic Hariri. Politiquement, le TSL fait des progrès importants obtenant une reconnaissance partielle de sa légitimité par le chef du Hezbollah, Hasan Nasrallah. Le parlement reconnaît pour sa part la nécessité de financer le tribunal. La question du financement risque cependant encore une fois de provoquer une crise et Mikati doit user de tout son poids politique en faveur du TSL, menaçant même de démissionner au cas où son cabinet refuserait d’assumer sa part de financement du tribunal. Finalement à la fin novembre le Liban règle son dû quant au le TSL. Après avoir refusé dans un premier temps de juger les quatre accusés par contumace, le TSL annonce finalement, en février 2012 son intention de procéder au jugement par défaut des suspects qui ne se sont pas toujours pas présentés à la justice. Finalement, le 14 février, le procureur du TSL annonce qu'il déposera de nouveaux actes d'accusation concernant les trois autres attentats commis contre des hommes politiques libanais.


Thomas Poulin
Agent de recherche au ROP

20 février 2012