Département des opérations de maintien de la paix de l'ONU

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Le Département des opérations de maintien de la paix de l’ONU (DOMP) a été créé en 1992 pour assister le Secrétaire général des Nations Unies et les États membres dans leurs efforts de maintenir la paix et la sécurité internationales.

 

Il planifie, prépare, gère et conduit les opérations de maintien de la paix, pour leur permettre d’assurer leur mandat sous l’autorité du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale et sous la direction du Secrétaire général. Pour ce faire, il veille à mobiliser les ressources financières, humaines, matérielles et logistiques adéquates, en lien avec les États contributeurs de troupes et contributeurs financiers de ces opérations, et à intégrer les activités des différentes entités gouvernementales, non gouvernementales et de l’ONU au cœur de ces opérations.

 

La fonction première de ces opérations consiste à déployer une présence substantielle sur le terrain, comme tierce partie accompagnant un processus politique visant la résolution du conflit armé, grâce à la présence d’observateurs militaires en particulier et à l’interposition de Casques bleus entre les parties. Dans la réalisation de cette mission, le DOMP s’attache à préserver à la fois la crédibilité militaire et la légitimité politique des opérations qu’il commande. Il veille ainsi à réduire les multiples risques qui pèsent sur leur personnel civil et militaire, en lien avec les parties aux conflits, à l’égard desquelles il affirme son impartialité.

 

Mais la nature multidimensionnelle des opérations de paix de l’ONU contemporaines requiert de la part du DOMP une professionnalisation et une expertise dans les nouvelles tâches qui lui sont assignées, telles que la réforme des systèmes de justice, la réforme de la police, le désarmement, la démobilisation et la réinsertion des anciens combattants, l’assistance électorale, etc.

 

Le DOMP est par ailleurs en mesure de conseiller et soutenir les autres missions de l’ONU, les missions politiques et de consolidation de la paix, dans les domaines administratif, logistique, militaire, de la police et du déminage. Cet appui logistique concerne également des opérations de paix menées par des organisations régionales, comme c’est aujourd’hui le cas de la Mission de l’Union africaine au Darfour, la MUAS, au travers d’une cellule d’assistance créée par l’ONU au siège de l’Union africaine à Addis-Abeba.

Structure et moyens

Le DOMP est placé sous l’autorité du Secrétaire général adjoint pour les opérations de maintien de la paix.

 

Le 1er octobre 2000, Jean-Marie Guéhenno a été nommé par Kofi Annan Secrétaire général adjoint pour les opérations de maintien de la paix, après une carrière à la Cour des comptes et au ministère français des Affaires étrangères, en charge de questions de défense, notamment. M. Guéhenno est assisté par Hédi Annabi, fonctionnaire au DOMP depuis 1992 et Assistant du Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix depuis 1997, et par Jane Holl Lute, chargée de la gestion du personnel, des finances et du soutien logistique.

 

Le budget des opérations de maintien de la paix de l’ONU approuvé par l’Assemblée générale pour la période du 1er juillet 2006 au 30 juin 2007 a atteint 4,75 millions de dollars US.

 

En septembre 2006, le DOMP compte 92 200 personnes sous son autorité, engagés dans dix-huit opérations – et le renforcement en cours des missions au Timor-Leste et au Sud-Liban (et éventuellement au Soudan) devrait encore accroître ce chiffre. La mise en œuvre de ces opérations a, par exemple, exigé pour la seule année 2005 le transport de 161 386 personnes en 864 vols aériens.

 

Parmi ces 92 200 personnels, 69 150 sont des Casques bleus ou des observateurs militaires, 8060 sont des policiers civils, et les 15 000 personnels restants sont des employés civils, expatriés ou locaux. 108 États fournissent le personnel militaire et de police civile de ces opérations.

 

Le renforcement de la police civile constitue une forte tendance dans le renouveau des opérations de paix à partir de 1999. Sur la recommandation du Groupe d’étude sur les opérations de paix de l’Organisation des Nations Unies (rapport Brahimi), le DOMP s’est doté d’une division de police civile, qui comptait 22 personnes au siège en 2002.

 

Quant à la division militaire du DOMP, elle assure la coordination avec les états-majors des États contributeurs de troupes. Toutefois, elle ne constitue pas en un état-major à proprement parler.

Évolution de ses activités

Les opérations de maintien de la paix décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU (ou l’Assemblée générale) et mises en œuvre par le Secrétaire général commencent en 1948. Elles se développent au cours des années 1960 (avec l’ONUC au Congo) et 1970. Mais c’est à la fin de la guerre froide que cette activité de l’ONU prend une nouvelle ampleur, en particulier en Namibie, au Cambodge, en Bosnie et au Mozambique. Parce que ces opérations de paix se voient alors confier des mandats plus vastes et ambitieux par le Conseil de sécurité, les États membres de l’Organisation reconnaissent en 1992 la nécessité de créer une structure administrative spécifique pour assister le Secrétaire général dans la conduite de ces opérations.

 

Le gonflement considérable des tâches incombant au DOMP a progressivement conduit ce département à consolider ses capacités et son expertise dans divers domaines de compétence sur le terrain et au siège : l’analyse politique, les opérations militaires, la police civile, l’assistance électorale, les droits de l’homme, le développement, l’assistance humanitaire, l’aide aux réfugiés et déplacés, l’information, la logistique, les finances et le recrutement.

 

Son personnel passe ainsi de 45 personnes à 450 personnes de 1993 à 1997. En février 1999, ce chiffre était retombé à 50 personnes, si l’on exclut les personnels directement prêtés par les États. Avec l’importante intervention internationale au Kosovo cette même année 1999, parallèlement à la mise en place de deux nouvelles opérations de maintien de la paix (en Sierra Leone et en République démocratique du Congo), l’Organisation constate la faiblesse de ses services d’appui aux opérations de paix, le manque de personnel qualifié rapidement mobilisable.

 

Ces faiblesses sont pointées par le rapport Brahimi en juillet 2000. D’une part les dépenses de personnel au sein du DOMP et les dépenses connexes consacrées à la planification et à l’appui de l’ensemble des opérations de maintien de la paix ne se situent à cette date autour de 3% du budget total des opérations de paix de l’ONU, avec une moyenne de 6% sur la période 1995-2000 (soit 46 millions de dollars US), ce qui est nettement inférieur à ce qui se pratique dans d’autres organismes publics ou privés qui gèrent d’importants éléments déployés sur le terrain. Ainsi, les 27 000 casques bleus et les 8600 policiers alors déployés n’étaient directement appuyés au siège que par respectivement 32 officiers et neuf fonctionnaires.

 

D’autre part, le DOMP souffrait d’une grande difficulté à recruter des personnels compétents et à les garder, en partie à cause des modes de financement de ces carrières, d’où un taux important de rotation du personnel. Il devait constamment justifier l’existence des postes en son sein pour chaque nouvelle année d’exercice, comme s’il était une entité provisoire assumant une responsabilité temporaire de l’ONU, ne pouvant compter sur une enveloppe budgétaire prévisible lui permettant de se préparer pour les situations d’urgence éventuelles à 6 ou 12 mois. D’où la lenteur constatée dans le déploiement des importants moyens autorisés par le Conseil au Timor ou au Kosovo.

 

L’augmentation des opérations de paix et la publication du rapport Brahimi ont favorisé une réforme du DOMP. En 2003, celui-ci compte 600 fonctionnaires gérant 37 000 personnels. Il voit son niveau de professionnalisation s’améliorer, disposant d’un nouveau mécanisme de financement pré-mandat, de nouvelles ressources pour sa base logistique à Brindisi (Italie), d’une réorganisation du système de forces et moyens en attente des Nations Unies permettant de monter une opération nouvelle dans les 30 à 90 jours. Et ses efforts visant à obtenir des mandats clairs et réalistes de la part du Conseil de sécurité ont également progressé.

 

Les défis auxquels le DOMP doit aujourd’hui faire face concernent toujours le recrutement et la professionnalisation de ses personnels, contre des taux de rotation trop importants. Par ailleurs, l’accroissement des abus sexuels de la part des personnels des opérations de maintien de la paix déployés sur le terrain exige un effort de sensibilisation et de contrôle de la part du DOMP en lien avec les contributeurs de troupes.

 

Enfin, le DOMP reconnaît la nécessité de surmonter les faiblesses au sein de la chaîne de commandement des opérations de paix. Ces faiblesses ont été jugées en partie responsables du désengagement des armées des États occidentaux au sein de ces opérations depuis la seconde moitié des années 1990. Lorsque des États européens, l’Italie et la France en particulier, ont manifesté en septembre 2006 leurs dispositions à fournir des troupes au sein de la nouvelle Force intérimaire de l’ONU au Sud Liban (FINUL) à la condition qu’une véritable cellule militaire stratégique dédiée à cette mission soit constituée au sein du DOMP, Kofi Annan et Jean-Marie Guéhenno ont répondu favorablement à cette demande. Cette expérience préfigure les modalités de commandement stratégique permanent que le DOMP pourrait développer à un moment où ses activités connaissent un essor considérable.

 

David Ambrosetti

Chercheur post-doctoral, CÉRIUM

 

Documents

Références

 

30 nov. 2005

United Nations as Peacekeeper and Nation-Builder. Continuity and Change – What Lies Ahead ?


Nassrine Azimi et Chang Li Lin (dirs.). Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAR) / Institute of Policy Studies, Actes de la conférence à Hiroshima en 2005, Martinus Nijhoff Publishers

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30 nov. 2005

Politics and Process at the United Nations. The Global Dance.


Courtney B. Smith. Boulder, Lynne Rienner

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